Mes 10 règles d’écriture

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C’est un peu pompeux, de dresser une liste des dix règles d’écriture qui nous sont chères. D’abord, pourquoi dix et pas huit ou douze ? En plus, quelle autrice ou auteur pourrait sérieusement penser que cet acte infiniment complexe qu’est la création littéraire peut se résumer en si peu de mots ? On est bien d’accord.

Cela dit, de nombreux auteurs, illustres ou non, se prêtent à l’exercice et j’ai toujours trouvé ça rigolo et riche d’enseignements, en particulier quand je ne suis pas du même avis. En ce qui me concerne, j’estime avoir assez réfléchi à la création littéraire pour savoir ce qui est important pour moi, et, finalement, pourquoi ne pas présenter ça sous forme de liste ? Ce qui suit reprend énormément d’éléments déjà abordés sur ce site. Pour que votre lecture soit agréable, je n’ai pas constellé le texte de liens en tous genres, mais si vous souhaitez approfondir un point ou l’autre, ou mieux comprendre ce que je veux dire, vous trouverez la liste de tous mes articles en suivant ce lien.

Et s’il vous plaît, que vous soyez d’accord ou non, mais en particulier si vous ne l’êtes pas, rien ne me ferait plus plaisir que de connaître vos opinions. Je vous serais particulièrement reconnaissant de prendre quelques minutes pour en débattre en commentaire, je sens que ça pourrait être intéressant pour tous les visiteurs du site.

1. Lis autant que possible, aussi diversifié que possible

Oui, tu as avant tout envie de créer des histoires, et peut-être que cet élan t’a été inspiré d’abord par le cinéma ou les jeux vidéo, mais si tu choisis d’écrire, tu te situes quoi que tu en penses dans le champ de la littérature. Écrire, ça n’est pas la même chose que réaliser un film ou un jeu, et écrire un roman, ça n’est pas la même expérience qu’écrire une bande dessinée ou un poème. Cela implique des techniques et une approche spécifique, et pour apprendre à le faire, la démarche la plus simple et la plus fructueuse est de s’inspirer de celles et ceux qui le font avec un certain niveau de succès. Et même si tu es une autrice ou un auteur chevronné, continue à te frotter les méninges à tes pairs, et éloigne-toi régulièrement de tes domaines de prédilection, change de genre, lis autre chose que des romans, pour nourrir ta muse de perspectives nouvelles.

2. Note toutes tes idées

L’écriture romanesque est entièrement constituée d’idées. Il y a les grandes idées, celles qui te transportent et te motivent à te lancer dans l’ambitieux chantier d’un roman, mais il y a surtout des centaines de petites idées, et des milliers de micro-idées, dans des domaines pas nécessairement glamour, que ce soit la structure, la narration ou le choix de vocabulaire. Si tu as l’écriture en tête, tu génères probablement en permanence toutes sortes d’idées, des personnages, des tournures de phrase, des noms, des métaphores, des constructions dramatiques, dont tu ne sais que faire. Note tout, toujours, immédiatement, même si les idées ne te paraissent pas exceptionnelles. Un jour, une idée issue de ton carnet te sera utile pour un projet qui n’existe pas encore.

3. Écris tous les jours

Oui, chaque jour, il faut que tu écrives. Je sais, ça te fait faire la grimace. Tu n’as pas envie. Tu veux être libre, que l’écriture ne devienne pas une corvée. Mais en réalité, tu ne réalises pas que tu le fais probablement déjà. Parce que quand je dis « écris tous les jours », il faut que tu comprennes « imprègne d’écriture chaque instant ». Donc oui, il y a des jours où tu vas rédiger un manuscrit, mais même si tu accordes un petit congé à tes doigts, le simple fait de penser à tes projets, de les nourrir d’idées, de regarder autour de toi et de t’inspirer de ce que tu vois, de lire, d’apprendre, c’est de l’écriture. Une écrivaine, un écrivain, c’est quelqu’un qui a toujours plus ou moins la tête dans ses projets, même quand ses doigts ne sont pas sur un clavier, ou, soyons fous, autour d’une plume.

4. Apprends à ne pas t’en faire

Les autrices et les auteurs se soucient de bien faire, tout le temps, partout, à un tel point que chez certains, ça tourne à la névrose. Nous laissons la Perfection nous narguer, à jamais inatteignable dans son palais céleste, alors que nous devrions déjà être très heureux de simplement écrire de bons romans. Arrête de t’en faire autant, laisse-toi aller un petit peu. Le grand Gustave Parking a autrefois émis ce conseil qui m’a beaucoup aidé professionnellement dans un autre domaine et qui s’applique également très bien à l’écriture : pour réussir quoi que ce soit qui en vaille la peine, il faut « braver le bide », prendre le risque d’être mauvais, ridicule, imparfait. C’est la seule manière de réussir quoi que ce soit qui en vaut la peine. En plus, quand tu auras décidé de moins t’en faire, tu seras libéré de la peur de l’échec, du manque d’inspiration et du rejet.

5. Écrire de la fiction, c’est raconter une histoire

Dans un roman, tout ce qui n’est pas indispensable à l’histoire est superflu. OK, « superflu », c’est un peu exagéré, et « tout », ça fait quand même beaucoup. Mais comprends ce que j’essaye de te dire. Au coeur du roman, il y a une histoire. C’est ce qui lui donne sa raison d’être, et c’est ça, avant toute autre chose, que les lectrices et lecteurs viennent chercher. Si ce qui te motive à écrire, c’est d’inventer une langue fictive, tourner des TikTok, dessiner des cartes, rédiger de jolies phrases, faire dialoguer tes personnages sur Discord, croquer leur portrait ou tracer leur arbre généalogique, et que tu n’as pas d’idée précise de l’histoire que tu essayes de raconter, tu fais fausse route. C’est comme organiser un mariage avant d’avoir trouvé un conjoint. Réfléchis à ton histoire, fais-en ta priorité, tout le reste peut attendre et représente, au mieux, des distractions dans ce labeur considérable que constitue l’écriture d’un roman.

6. Les personnages sont la partie la plus importante de l’histoire

Le plus important, comme je viens de le dire, c’est l’histoire, et le plus important dans l’histoire, ce sont les personnages. Comment le prouver ? C’est simple : sans eux, l’histoire n’existe pas. On peut retirer le décor, la structure, le thème, le message, le style, le ton, tous ces éléments vont de toute manière exister dans le cerveau du lecteur même si on ne les inclut pas délibérément, mais sans personnages, il n’y a aucune raison de raconter une histoire. Sans eux, il n’y a rien. La raison pour laquelle les humains, depuis toujours, prennent place autour d’un feu de camp et se racontent des trucs, c’est parce qu’ils veulent être confronté à leur propre humanité, mêlée à l’imaginaire, et la fiction, comme l’a écrit le regretté David Foster Wallace, « ça parle de ce que c’est qu’être un putain d’être humain ». Oui, même les histoires sur les robots et les elfes. Donc fais-nous rentrer dans leur tête, donne-leur de la substance et du relief.

7. La bonne phrase, c’est celle qui donne envie de lire la suivante

Et le bon chapitre, celui qui donne envie de lire le suivant ; et le paragraphe, celui qui donne envie de lire le suivant ; et le mot, celui qui donne envie de suivant. C’est pour moi le principe stylistique le plus important : quand tu rédiges un texte narratif, ton but doit être de faire en sorte que les lectrices et les lecteurs ne puissent pas lâcher ton bouquin. Pour cela, il faut les tenir en haleine, écrire de manière propulsive, se débarrasser de tout ce qui freine, générer du suspense, laisser des questions ouvertes et y apporter juste assez d’éléments de réponse pour qu’il soit presque insoutenable physiquement d’interrompre sa lecture. Les romans ne sont pas là pour engendrer des citations amusantes, sorties de leur contexte : leurs phrases ne sont pas faites pour exister indépendamment, mais pour s’encastrer les unes dans les autres, s’enchaîner pour former un récit poignant et addictif.

8. Écris, puis réécris, puis réécris encore

Réécris, en clair, jusqu’à ce que tu ne saches plus comment faire pour améliorer le résultat final. Oui, je suis tout à fait conscient que je contredis ce que j’ai affirmé au numéro 4, quand je t’ai suggéré de laisser de côté tes envies de perfection. Mais là, ce que je t’encourage à faire, c’est à travailler, et à être conscient qu’une fois que tu as terminé ton premier jet, ton boulot ne fait que commencer. Selon moi, les corrections, la réécriture, c’est considérablement plus important que l’écriture initiale, que ce soit au niveau du temps que ça demande, comme au niveau de l’impact que ça finit par avoir dans le résultat final. Donc bosse ton manuscrit jusqu’à la nausée, jusqu’à ce que tu ne puisses plus supporter d’en lire les phrases, mais naturellement, sans perdre de vue que la perfection reste malgré tout hors d’atteinte.

9. Le produit final n’est pas le roman, c’est la rencontre entre le roman et le lecteur

Il n’y a pas qu’un seul cerveau en fonctionnement autour d’un roman, il y en a deux. Le tien, et celui de la personne qui te lis. Ça serait dommage de n’en utiliser qu’un seul des deux. Ce qu’il faut comprendre, c’est que tes mots ne vont pas simplement être reçus et compris tels quels. La réalité de ton histoire va être construite presque autant par le lecteur que par toi. Cela permet de restreindre une partie des descriptions, en prenant conscience que celles et ceux qui abordent le texte vont s’imaginer les choses un peu à leur manière, quoi que tu écrives. Cela permet aussi de se montrer subtil : le lecteur est parfaitement capable de se forger une opinion sur un personnage ou une situation à partir des faits, sans avoir à être explicite. Tu peux aussi retourner la situation et jouer sur les attentes de celle ou celui qui te lit pour lui faire peur, l’amuser ou la surprendre.

10. On n’apprend à écrire un livre qu’une fois qu’on l’a terminé

Les romans ne sont jamais vraiment finis, on se contente de les laisser partir. Bien souvent, c’est une fois qu’ils sont sous presse qu’on s’aperçoit de certaines failles et qu’on réalise qu’un aurait pu faire les choses de manière différente. C’est normal : une histoire est comme une énigme qu’on résout tout en la racontant, elle suit ses propres règles et ce n’est qu’en l’ayant terminée qu’on réalise comment on aurait dû s’y prendre. Ce n’est pas grave. Ai-je mentionné que la Perfection est hors d’atteinte ? Prend acte des leçons apprises pour ton projet suivant, et attends-toi à de nouvelles difficultés et de nouveaux apprentissages à chaque roman.

20 réflexions sur “Mes 10 règles d’écriture

  1. Je voudrais bien critiquer pour lancer le débat, mais je suis d’accord avec tout ! J’ajoute quand même 2 choses que j’ai appris à la dure :
    – savoir renoncer : toutes les idées ne deviendront pas des romans ,tous les brouillons entamés ne se finiront pas. Quand ça coince, inutile d’insister.
    – savoir couper : je crois que c’est Stephen King qui coupe 10% du premier jet, en tout cas c’est au moins ce que je peux enlever des miens. Il faut élaguer pour mieux faire ressortir la forme de l’histoire.

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  2. je voulais polémiquer, mais je suis d’accord avec Hélène sur tes dix points et sur ses deux autres 🙂
    je reviens vendredi (le temps de répondre avec beaucoup de retard à un mail qui m’a beaucoup touché) et je chercherai la petite bête, pour le plaisir d’essayer de ne pas être d’accord 🙂

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  3. Salut Julien ! Puisque tu nous pousses à commenter – et parce que c’est toi et que je peux me le permettre – je vais le faire.
    🙂
    Il me semble que tu lis, au moins occasionnellement, le site de Mythcreants : ils ont l’habitude de décortiquer (et souvent descendre en flèche) les « 10 règles d’écriture » des auteurs connus, soit parce qu’elles sont fausses, soit (le plus souvent) parce qu’elles ne servent à rien.
    Et tes dix points sont dans la même veine : ce sont globalement de bons conseils, c’est-à-dire qu’ils ne sont pas faux ou incorrects. Difficile de « ne pas être d’accord ». Ce sont effectivement de bonnes attitudes à adopter pour un auteur. Mais aucun de ces conseils n’aidera concrètement qui que ce soit à écrire un bon texte. Ce sont des « règles d’écriture » qui ne parlent *pas* d’écriture ; des coquilles vides, la plupart du temps.
    C’est typiquement le genre de contenu facile qu’on trouve sur tous les blogs d’écriture partout sur internet (et que j’ai commis moi aussi parfois) – exactement le genre de contenu contre lequel j’étais furieux et exaspéré quand j’ai débuté : « il faut raconter une histoire », « il faut développer les personnages », « il faut que les phrases s’enchaînent bien », « il faut couper ce qui est inutile », « il faut créer un ton et une ambiance », etc. Oui, merci, c’est gentil, mais c’est *justement* ce que j’attends de la part de billets de blog écris par des professionnels : pas qu’on me dise « pour être un auteur compétent tu dois savoir faire ces choses-là » ; mais qu’on me dise « cette chose-là, voici comment elle fonctionne et voici comment t’y prendre ».

    Mais bref : tu te doutais sans doute de ce que j’allais dire. J’estime déjà qu’aucun guide d’écriture ne peut apprendre l’écriture (par la limite de son format), alors un unique article ! Par contre, c’est pour cela que je trouve le format « blog » supérieur à tous les autres pour étudier un sujet : on peut dédier un article entier (ou plusieurs) à un point très spécifique, on peut relier des articles entre eux, on peut créer des arbres entiers de sujets interconnectés dans une sorte d’étude sans réel début ni fin. Mais j’estime qu’un article de blog devrait viser à chaque fois un sujet *concret* précis, et se demander « qu’est-ce que j’apporte ? Qu’est-ce qu’un lecteur saura faire (ou pourra désormais essayer de faire) qu’il ne pouvait pas avant ? ». Alors évidemment, notre public, lui, il est humain et cherche donc la facilité : les gens adoreraient pouvoir apprendre à écrire en lisant 10 points clefs sur un blog gratuit. Mais cela, ça n’arrivera jamais. M’enfin, ce n’est que mon avis 🙂

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    • Merci pour ton commentaire, Stéphane, qui est apprécié même si effectivement il était un peu attendu 🙂

      Mon point de vue est différent du tien. Je pense que ces règles, chacune d’entre elles, parlent effectivement d’écriture et qu’elles peuvent potentiellement être utiles à des autrices ou auteurs. Par exemple, l’idée que l’écriture romanesque doit être structurée pour pousser à la lecture, c’est quelque chose qui me paraît fondamental, pas si souvent énoncé, et qui touche très étroitement à la manière dont on rédige un texte.
      D’ailleurs, c’est juste un paragraphe ici, mais j’ai écrit plusieurs billets à ce sujet par ailleurs, hein, je n’ambitionne pas d’offrir ici une solution à tous les problèmes de tous les auteurs. Et si quelqu’un souhaite approfondir un point, il y a un lien dans le texte qui mène à une liste de plus de 350 articles, donc mon idée est plus d’ouvrir des portes que d’en fermer. Ca ne fait pas de mal de proposer un hall d’entrée pour que les curieux puissent s’orienter plus facilement (surtout que les curieux se font rare par ici).

      Cela dit, je pense qu’il y a un malentendu sur la raison d’être de ce genre de liste. Il s’agit de règles, c’est à dire, au sens où je l’entends, que ce sont des principes éthiques et esthétiques liés à l’acte créatif, auxquels j’adhère, que je m’efforce d’appliquer, et que je conseille à d’autres d’observer. Par contre, ce ne sont pas des techniques, ce que tu sembles appeler de tes voeux.
      Les règles et les techniques sont des choses différentes, raison pour laquelle, en consultant les 17 règles du football, on n’y trouvera aucune mention du dribble, de l’amorti poitrine ou du 4-4-2. Les conseils techniques d’écriture sont précieux, les tiens par exemple, mais je ne pense pas qu’il s’agisse de l’unique réflexion autour de la création littéraire qui soit utile.

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      • Oui, oh, je sais bien qu’au fond nous sommes d’accord, et je sais bien le sens qu’ont ces règles, et j’applaudis le contenu énorme de ton blog. Je critique d’abord parce que tu l’as demandé, parce que tu semblais *vouloir* qu’on critique : comme je l’ai écrit, il est quasi impossible d’être en désaccord avec ces « bonnes pratiques ».

        Mais je sens que je critique parce qu’au fond de moi je suis un peu agacé, aussi ; pas par toi, et certainement pas par ton blog (je suis sincèrement peiné que tu sembles démotivés par le blog et son affluence – il en faudrait beaucoup plus dans le paysage, des comme toi). J’espère ne pas avoir trop donné l’impression que je m’en prenais à toi. 🙂

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      • Ah mais pas du tout, tu peux me dire absolument tout ce que tu veux. Si j’ai paru faire de la résistance, ça n’est pas parce que j’étais vexé, c’est parce que je n’étais pas d’accord. Mais ne pas être d’accord, c’est _bien_

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  4. je repasse par là pour dire : pas d’accord avec la règle 2 ; ou plutôt, je ne la pratique pas. J’ai essayé (un peu) mais ça donne des carnets de notes foisonnants et plein de trucs d’intérêts divers (et le plus souvent insipides à la relecture). Oui, je sais, plus tard, relu dans un autre contexte, ça pourrait être un élément formidable… mais souvent, trop vite fixé par écrit, ça se fige. Chez moi, hein.
    Alors quand une idée pop-uppe, je joue un peu avec (ça demande d’être dans des conditions ou on peut rêvasser un peu, mais bon, écrire dans un carnet aussi ça demande des conditions favorables).
    Et puis je laisse le filtre mémoire jouer : si je m’en rappelle un peu plus tard et que ça m’amuse encore, je développe et ainsi de suite ; si l’idée croit et me trolotte dans la tête, je sais qu’elle aura droit à sa page d’écriture un jour…
    Alors oui, il y a de la perte (si j’ai oublié, ben j’ai oublié, et ça n’est pas grave 🙂 ), mais c’est moins triste que de relire une page de notes gribouillées en se disant « mais quelles trouvailles stupides !! »

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    • Tout à fait d’accord avec ça.
      Je ne note mes idées que lorsqu’elles ont déjà passé un premier « test », à savoir « survivre dans ma tête un peu de temps par elles-mêmes » (il faut qu’elles soient assez fortes pour ça, c’est la jungle dans ma tête). La plupart des idées qu’on a sont sans réel intérêt, et en remplir des carnets prend du temps. À chacun d’estimer si ça vaut le coup… mais je suis de ceux qui pensent qu’on
      surestime généralement la valeur des idées. Je ne les considère pas comme assez rares pour les accumuler avec autant d’ardeur. Je ne note que mes *très* bonnes idées (celles-ci sont rares, donc précieuses).

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    • Comme toutes les règles, je la signale parce qu’elle fonctionne pour moi. On peut faire le tri dans ses idées, pour ne garder que les meilleures, mais le souci, c’est que le contexte change, et qu’une idée qui ne fonctionne pas dans l’abstrait, ou dans un projet, va finir par trouver sa place dans un autre projet. Il y a deux idées qui ont pris la poussière (numérique) dans mes carnets pendant plus de dix ans, jusqu’à ce qu’un beau matin, j’ai réalisé qu’en les emboitant, on obtenait un magnifique point de départ pour un roman. Je suis allé jusqu’à écrire le plan, mais pas encore le roman lui-même, cela dit, si je n’avais pas pris l’habitude de tout noter, ça aurait été plus difficile.

      Il faut aussi réaliser que chez certaines personnes, la fantaisie diminue avec l’âge, et on finit par revenir toujours sur les mêmes motifs. Moi. j’ai une montagne de vieilles idées inutilisées qui peuvent venir rajeunir n’importe quel projet, au besoin.

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  5. Ces « règles » sont comme des lumières de phare pour moi, je les partage aussi 🙂

    Concernant le carnet à idées (mais pas que), je m’y suis remise, et personnellement j’aime vraiment ça. Même en étant très occupée, c’est facile de noter quelques mots ou phrases à la volée.

    D’autres fois, je l’utilise comme un laboratoire et je prends du temps pour noter des choses qui m’inspirent, noter des bouts de structures, des détails intéressants, des thèmes, des citations que j’aimerais explorer ou creuser plus tard. Et vu que j’ai beaucoup de flash comme ça quand je m’endors ou quand je suis en train d’émerger du sommeil.

    Cela ressemble beaucoup les carnets d’artistes qui aident et stimulent le processus créatif, car le but n’est pas de contraindre mais de libérer « l’inspiration ».

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  6. 1. Lire autant que possible ? J’adhère, mais pas toujours pour les mêmes raisons.
    La principale reste le plaisir, il faut croire que j’aime être confronté à mon humanité, comme tu dis. La deuxième c’est que ça alimente la pompe à idée, même si ce n’est pas (en ce qui me concerne) un carburant plus détonnant qu’un film, une image, de la musique, ou même, soyons fous, le match Forget/Sampras à Bercy en 1991.

    2. Noter ses idées ? Surtout pas, malheureux !
    Si j’avais noté sur papier toutes les idées moisies qui m’ont transitée dans le citron, l’Amazonie aurait des faux airs du Sahel en plein cagnard.
    Les bonnes idées sont têtues, c’est à ça que je les reconnais. Sur ce plan-là, je me range plutôt du côté de Stéphane et de carnetsparresseux.

    3. Écrire tous les jours ? J’ai beau traquer la faille dans ce principe, je ne trouve pas.
    Pour tout te dire, je m’aperçois que mon encéphale écrit depuis qu’il sait lire. Même si mon fâcheux penchant procrastinatoire m’a fait reporter la partie concrète du boulot pendant des dizaines d’années…

    4.Ne pas s’en faire ? N’importe quoi !
    Si je ne m’inquiète plus de la façon dont ça sera perçu par les lecteurs, il va me manquer du jus pour continuer quand ça devient dur d’écrire. Je sais feindre le détachement et jouer les dilettantes, comme pas mal de maudits scribouillards, mais ce n’est que de la flute. Même sur cet insignifiant commentaire, je vais passer du temps (et le correcteur orthographique). Parce que je me fais de la bile. Et si je passais pour un con ? Ou pire encore : un cuistre.

    5. Écrire c’est raconter une histoire ? Oui, et non.
    En indécrottable jardinier, je découvre souvent l’histoire alors que j’ai déjà pas mal avancé dans le texte. Mais comme il y a toujours une histoire à la fin, tu as sans doute raison.

    6. Les personnages sont ce qui importe le plus ? Je claque des talons et je pose le doigt sur la couture pour saluer cette vérité première.
    Amen, mon révérend, capitaine fictiologue !

    7. La bonne phrase appelle la suivante ? Je plussoie là encore.
    Le jeu c’est l’âme de la mécanique et du mouvement. Inutile d’alourdir la machine, chaque rouage doit être calibré, équilibré, fonctionnel et essentiel. En mettre trop, même si c’est beau c’est risquer de gripper la tocante. Tuez vos chéries (s’il faut en passer par là) dirait le King. (Si je ne m’abuse)

    8. Écrire, réécrire et recommencer.
    Je ne sais pas faire autrement, Pierre Lemaitre ne sait pas non plus, alors qu’il joue dans une tout autre cour. Donc, je ne peux qu’être d’accord.
    Et relis donc mon point n° 4 au passage… Quand je dis que la bile est un carburant nécessaire, je pense à cette huitième ou neuvième version de mon roman (j’ai perdu le compte) qui ne serait jamais sortie de mon clavier sans ça.

    9. Le produit final c’est la rencontre roman/lecteur ? Je ne sais pas, je l’espère.
    Et comme ton conseil n° 4 n’est pas si bête que ça, j’ai arrêté de sécréter de la bile et j’ai fait les présentations. Je verrais bien…

    10. On n’apprend à écrire un livre qu’une fois qu’il est terminé ? Oui, je pense.
    En tout cas, ça se vérifie sur mes nouvelles.

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    • Je persiste avec mon idée de noter toutes les idées (d’ailleurs il est à noter que cette idée aussi, je l’ai notée).
      A mon sens, il est impossible de savoir dans l’instant si une idée va servir une semaine, un mois, un an, une décennie plus tard. En particulier, il faut souligner que je ne parle pas uniquement des idées d’histoires, mais de toutes les idées. Les premières surnagent peut-être, mais comment garder à bout de bras tous les motifs, toutes les métaphores, tous les concepts structurels de qualité qui nous sont venus à l’esprit ? Ne pas noter ses idées, s’est s’astreindre à devoir constamment en échafauder de nouvelles, dans l’instant, peut-être moins bonnes que celles que l’on aurait conservé.

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      • Je te rassure, j’en note quelques-unes, mais pas tout. Si je devais tout noter, 90 % du temps que j’accorde à l’écriture serait occupé à remplir les carnets ou chercher à quelle page se trouve cette fichue idée dont je me souviens presque et qui m’intéresse… Que ce soit une structure, une métaphore ou une idée d’histoire importe peu.
        Et puis en ce qui me concerne chercher l’idée est rarement une astreinte, je cherche plutôt à filtrer.
        J’ai tout à fait conscience de passer à côté de quelques pépites, mais je ne souhaite pas passer ma vie cramponné à mon carnet de notes dans l’angoisse viscérale de laisser s’échapper une belle phase.

        Mais ceci n’est que mon point de vue. Je ne cherchais pas à te convaincre Julien. Il faut persister, tu as raison. C’est ta méthode, elle te convient. Et j’ajouterai qu’en tant que lecteur je n’ai pas du tout à me plaindre du résultat. Loin de là !
        Et puis elle conviendra certainement à d’autres que moi.

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  7. Et quitte à verser dans le commentaire-fleuve, je vais aussi te télégraphier mes règles à moi. Pardon pour le double post.

    1. Tous les jours, il faut lire, voir, écouter : se nourrir l’imaginaire. Tout autant de fiction que de vraies relations humaines.

    2. Pas plus d’un mois sans produire du texte. On doit parfois faire une pause, mais une plume rouillée, ça écrit mal.

    3. Si tu n’as pas le temps, prends-le quand même.

    4. Soit régulier dans ta pratique. Mieux vaut écrire 5 minutes par jour qu’une journée entière dans le mois.

    5. Même si tu as 10 heures devant toi, n’écris pas 10 heures. Garde du jus pour demain, c’est une course de fond, pas un sprint. Il faudra[…]

    6. […] commencer et recommencer, faire et refaire.

    7. Quand tu as repoussé toutes tes limites, demande des avis.

    8. Écris sincèrement.

    9. Persévère.

    10. Garde une place pour les vraies gens qui comptent.

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      • Oui, bien vu. Certaines règles sont plus des règles de vie et de travail.

        J’ai longtemps voulu assoir ma « situation » en me disant que j’écrirai sérieusement après, quand j’aurai le temps. Non seulement ma situation est restée plutôt moyenne, mais en plus je n’ai rien écrit pendant des années.
        Sans écrivain discipliné, pas d’œuvre à la clé.
        Maintenant, ma vie s’organise pour laisser une vraie place à l’écriture.
        Et je ne m’en porte que mieux…

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