Décrire la colère

décrire la colère

On pourrait croire que la colère est une émotion élémentaire, qui s’apparente à une explosion de rage, bruyante et intense et de courte durée, mais il suffit de s’interroger quelques instants pour réaliser qu’il existe des colères larvées et de longue durée, des colères intériorisées, des colères destructrices, des colères théâtrales et presque comiques. En tant qu’auteur, vous avez toute une gamme de possibilités avec lesquelles vous pouvez jouer.

Comme dans tous les articles de cette série, les listes et les conseils ci-dessous sont destinés à vous y aider. N’hésitez pas à me proposer des suggestions pour étoffer tout ça.

Verbes

(S’)affliger, (s’)agacer, (s’)agiter, (s’)aigrir, attaquer, blesser, bouder, bouillonner, (se) brouiller, (se) cabrer, chagriner, chiffonner, contrarier, courroucer, crier, criser, déblatérer, déchaîner, désappointer, détester, désobliger, embêter, (s’)émouvoir, s’emporter, ennuyer, enrager, (s’)exciter, exaspérer, exploser, (se) fâcher, (se) formaliser, (se) froisser, fulminer, geindre, grogner, gronder, gueuler, haïr, heurter, humilier, hurler, (s’)impatienter, (s’)indigner, indisposer, injurier, (s’)irriter, invectiver, maugréer, mécontenter, (se) mettre en colère, meurtrir, mortifier, nuire, offenser, offusquer, pester, piquer, protester, rager, réclamer, révolter, refroidir, ronchonner, rouspéter, ruer (dans les brancards), tempêter, tonner, (se) tourmenter, ulcérer, (se) venger, vexer

Noms

Acharnement, amertume, agitation, agressivité, aigreur, algarade, animosité, atrabile, bile, bouffée, bouillonnement, bourrasque, brutalité, colère, coup de sang, courroux, crise, déchaînement, démangeaison, démence, démesure, dépit, ébullition, effervescence, égarement, émotion, emportement, exaltation, exaspération, excitation, explosion, fâcherie, férocité, feu, folie, foudre, frénésie, fulmination, fureur, furie, grogne, haine, hargne, humeur, hystérie, impatience, indignation, irascibilité, ire, irritabilité, ivresse, manie, mécontentement, ouragan, passion, possession, querelle, quérulence, rage, rancœur, rancune, représailles, ressentiment, rogne, scène, surexcitation, susceptibilité, tempête, vengeance, violence

Adjectifs

Agressif, aigre, âpre, ardent, atrabilaire, belliqueux, bouillant, bouillonnant, brusque, brutal, cassant, chaud, coléreux, colérique, convulsif, criard, cru, cruel, dangereux, déchaîné, dément, démesuré, difficile, effréné, emporté, énergique, enflammé, enragé, excessif, explosif, extrême, farouche, fébrile, féroce, fiévreux, fou, fougueux, frénétique, fulgurant, fulminant, funeste, hargneux, immodéré, impétueux, impulsif, injurieux, intense, intraitable, irascible, irritable, orageux, outré, passionné, perçant, pétulant, poignant, rageur, rude, sanguinaire, sauvage, sectaire, tempétueux, terrible, tranchant, véhément, vif, vigoureux, violent, virulent, volcanique

Types de colère

Auguste, beau, brusque, bruyant, céleste, concentré, contagieux, contrôlé, coriace, démonstratif, dévastateur, dérisoire, divin, douloureux, effroyable, épouvantable, éternel, étouffé, excessif, extrême, fameux, faux, feint, flamboyant, forcé, fou, fraternel, frivole, froid, gesticulant, grandissant, honteux, imbécile, impétueux, implacable, impuissant, inconstant, incontrôlable, injuste, inouï, intérieur, irrationnel, ivre, jaloux, juste, majestueux, maîtrisé, maniaque, maternel, mou, naissant, noble, odieux, opiniâtre, opportuniste, orageux, paternel, pathétique, pernicieux, perpétuel, populaire, profond, puéril, rationnel, redoutable, rentré, ridicule, risible, royal, sacré, saint, secret, sot, soudain, sourd, subit, tenace, terrible, triste, tu, vain, vengeur, vif, violent

Manifestations de la colère

Bafouillement, bégaiement, cœur qui bat plus vite, comportement agressif, comportement d’écartement, comportement de fuite, cri, dents qui grincent, dents serrées, éclairs dans les yeux, élever la voix, frapper le pied par terre, frapper du poing sur la table, frisson, gorge serrée, maux d’estomac, maux de tête, mouvements frénétiques, mouvements rapides, mouvements secs, objets brisés, mâchoire crispée, poings serrés, postillons, pupilles dilatées, respiration lourde, rouge aux joues, sensation de chaleur, sourcils froncés, transpiration des paumes, tremblements, yeux injectés de sang

Prendre des notes

Ce qui est intéressant avec la colère, c’est qu’elle se manifeste de plein de manières très différentes en fonction des individus et des circonstances : certains crient et deviennent violents, d’autres au contraires se figent et parlent plus calmement que d’habitude, alors qu’il y a aussi des gens qui sont si bouleversés qu’ils fondent en larmes et perdent tout contrôle sur eux-mêmes. La colère est un bon révélateur de la nature d’un personnage, et en particulier de ce qui arrive lorsqu’on franchit ses limites. Elle permet de distinguer les sanguins des cérébraux, les lymphatiques des cyniques.

Il est donc plus important encore que pour les autres émotions de chercher à se constituer une bibliothèques d’impressions de la colère, non seulement en puisant dans votre vécu à vous, mais dans les réactions de ceux qui vous entourent. La colère est très subjective, c’est un théâtre du cœur, et on est constamment surpris par la manière dont elle s’exprime chez certaines personnes. Votre personnage, furieux, va-t-il briser la table, parler très fort, boire un verre et s’en aller, pleurer des larmes de rage, frapper la personne la plus proche ? Même les plus petits détails peuvent donner à ce type de scène le vernis de la vraisemblance.

Se servir du décor

Si l’expression de la colère se prête à des scènes spectaculaires et très chargées émotionnellement, c’est aussi parce que les gens furieux ont tendance à se servir de tout ce qui passe à leur portée pour exprimer leur émotion. Parfois, cela donne à penser que le sentiment de colère est une explosion intérieure, qui peut se transmettre aux choses et aux personnes environnantes.

Pour un auteur, il peut s’agit d’un bon angle d’attaque pour la décrire. Plutôt que de chercher à entrer dans la tête de celui ou celle qui s’enrage, prenons note de ce qu’il fait de ses mains et de ses pieds. Il peut renverser une table, faire chuter des objets, saisir quelque chose de fragile et le projeter contre un mur, donner un coup de pied contre le mobilier ou une porte, il peut effrayer le chat ou faire s’envoler des oiseaux, faire sursauter ceux qui se trouvent autour de lui, leur donner envie de se protéger avec les bras ou de s’enfuir, cracher par terre, presser accidentellement le bouton qui enclenche un compte à rebours dévastateur, tirer avec un pistolet et blesser quelqu’un (ou se blesser lui-même), détruire un objet unique et essentiel à l’intrigue, etc…

Un moteur de l’action

Comme on peut le comprendre à travers les exemples ci-dessus, la colère constitue un excellent moyen d’accélérer l’action et de causer un accident lourd de conséquences ou de faire en sorte que l’irrémédiable soit commis. Un personnage en proie à la colère va négliger quelques instants ce qui pourrait être ses priorités, et endommager des objets précieux ou se brouiller avec un personnage important.

Une scène de ce genre, placée au début d’une histoire, peut servir de point de départ à l’arc narratif d’un personnage. La colère lui a fait commettre une erreur aux proportions monumentales, ce qui engendre une autre émotion, la honte. Que va devoir accomplir ce personnage pour racheter ses fautes ? Cela peut être le point de départ de toutes ses aventures.

Le mot juste

Comme d’autres émotions, la colère s’exprime par degrés, et en tant qu’auteur, il est important de choisir les bons mots pour décrire ce que vous avez en tête. Entre une légère irritation et une fureur totale, il y a toute une gamme de possibilités, à vous de choisir celle qui fonctionne le mieux pour votre histoire.

Une dimension supplémentaire, lorsque l’on parle de la colère, c’est que l’émotion ressentie et la manière dont elle s’exprime ne sont pas nécessairement de la même intensité. Certaines personnes ont beau être furieuses, elles gardent tout à l’intérieur, et leur colère n’est perceptible qu’à travers quelques indices discrets, alors que d’autres en font des tonnes même pour une colère de relativement faible amplitude.

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Décrire le plaisir

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Écouter un concerto, se faire masser les pieds, jouer avec ses enfants, faire un tour sur les montagnes russes, fumer une cigarette, lire un bon roman : les sources de plaisir sont innombrables. Un être humain, en tout cas par moments, fonctionne comme une machine à rechercher cette récompense qu’est le plaisir, une sensation agréable et de courte durée qui prend des formes différentes et s’incarne dans les activités les plus diverses.

Malgré cela, lorsqu’on se contente de parler du « plaisir », sans y ajouter de précision, on pense en premier lieu au plaisir sexuel, le plus vif et le plus viscéral d’entre tous, sans doute, et celui, en tout cas, auquel tous les autres sont comparés. Je vous renvoie pour approfondir cette dimension au billet que j’ai rédigé sur cette question.

Face à cette multiplicité de stimuli différents, et les réactions qui vont avec, le plaisir est un objet littéraire qui peut se révéler coriace. Difficile d’unir toutes ses manifestations dans une seule démarche littéraire, et il n’y aurait pas grand-chose à gagner à le tenter. C’est pourquoi les listes de mots ci-dessous, et les quelques conseils qui les accompagnent, sont concentrés sur les plaisirs sensuels, plutôt que sur les plaisirs esthétiques ou intellectuels. On y trouvera une forte résonance sexuelle, mais la plupart de ces mots peuvent être utilisés dans d’autres contextes.

Verbes

(S’)Abandonner, affectionner, aimer, anéantir, apprécier, approuver, baiser, basculer, bénéficier, branler, chavirer, décharger, déguster, (se) (se) délecter, désorienter, dévorer, (se) donner, éjaculer, enfiler, festoyer, foutre, fricoter, (se) gargariser, (se) goberger, goûter, jaillir, jouir, juter, lécher, manger, manipuler, masturber, mettre, offrir, pénétrer, (se) perdre, posséder, plaire, (se) pourlécher, profiter, (se) ravager, régaler, (se) réjouir, renverser, ressentir, saillir, savourer, (se) soulager, subir, toucher, trembler, tressaillir, vénérer

Noms

Abandon, agrément, aise, émotion, amour, amusement, appétit, baise, bien-être, bonheur, charme, coït, concupiscence, contentement, coup, cyprine, délectation, délice, désir, détachement, distraction, divertissement, don, effet, éjaculation, épicurisme, euphorie, félicité, fantaisie, friandise, gaieté, hédonisme, impudicité, jeu, joie, jouissance, lascivité, libido, lubricité, luxure, oubli, orgasme, paillardise, récréation, ravage, ravissement, régal, réjouissance, satisfaction, séisme, sensualité, soubresaut, spasme, sperme, tonnerre, transcendance, tremblement

Adjectifs

Affriolant, agréable, amène, amusant, appétissant, attirant, attrayant, bien, bon, chouette, commode, confortable, délectable, délicat, délicieux, doux, empressé, enchanteur, engageant, enivrant, euphorique, excitant, exquis, facile, fascinant, gourmand, gracieux, harmonieux, heureux, impertinent, incommensurable, indicible, indispensable, ineffable, joli, joyeux, léger, ordinaire, phénoménale, plaisant, quotidien, récréatif, réjouissant, ravissant, riant, savoureux, séduisant, sensible, splendide, suave, subtil, succulent, sympathique, tactile, vivable, urgent

Prendre des notes

Personne ne prétendra que le travail d’écrivain est constamment harassant. Ainsi, je vous encourage ici à rechercher le plaisir et à tenter de le capturer en mots, lorsque vous en faites l’expérience, afin de vous constituer une bibliothèque personnelle d’images. N’allez pas sortir complètement du moment pour autant, mais enfin ça peut être salutaire de mener une veille de ce genre-là.

Explorez également les frontières du plaisir : à quoi ressemble la sensation de l’arrivée du plaisir, de son anticipation, des moments qui lui succèdent. Que ressent-on lorsqu’on est privé d’un plaisir que l’on recherche sur une durée prolongée, et de quelle manière est-ce que cela se manifeste ? Tout cela, vivez-le et écrivez-le. Personne ne peut prétendre à l’universalité, surtout dans un domaine comme celui-ci, mais un peu de vécu peut apporter beaucoup de vraisemblance à un roman.

Le mot juste

Il y a des plaisirs diffus, des plaisirs menus, presque imperceptibles, qui nous font sourire. Et puis il y a ceux qui nous font hurler et dont l’expérience nous change. Entre les deux, toutes les intensités, toutes les variétés sont possibles.

Il est particulièrement important de sélectionner un vocabulaire adapté lorsque vous décrivez un moment de plaisir vécu par un de vos personnages. En particulier, prenez garde de faire preuve de mesure. On a vite tendance à donner dans l’emphase, lorsqu’on parle de plaisir, et à décrire une sensation comme « la plus puissante » qu’un personnage « avait ressentie de sa vie. » La métaphore est faible, déjà parce qu’il s’agit d’un cliché, mais surtout parce qu’il est bien rare, dans la vie réelle, de classifier ainsi ses expériences. Lorsque vous vous régalez au restaurant, allez-vous vraiment situer votre plaisir culinaire sur l’échelle de tous vos autres repas ? C’est peu probable.

Le pays des métaphores cucul

Le plaisir, il faut également le noter, c’est le pays des métaphores cucul. On a déjà eu l’occasion d’en parler dans mon billet intitulé « Écrire le sexe« , mais c’est valable de manière plus générale pour toutes les expériences sensuelles. Peut-être parce qu’on est embarrassé par le sujet, peut-être parce qu’on souhaite faire ressentir des impressions précises au lecteur, on a tendance à oser, pour décrire les sensations de plaisir, des comparaisons grandiloquentes ou tirées par les cheveux, qui basculent facilement vers le kitsch.

Ce n’est pas la bonne approche. Lorsque vous décrivez le plaisir, faites simple, et surtout, arrangez-vous pour nous faire comprendre au lecteur ce que cette sensation signifie pour le personnage qui en fait l’expérience, cela sera bien plus efficace que d’écrire « Son plaisir était plus intense que mille soleils en fusion. »

Subjectivité du plaisir

Il n’y a pas de plaisir au singulier : il n’y a que des plaisirs, pluriels, aux multiples formes, causes, expressions. Ce qui plait à une personne sera bien différent de ce qui procure des sensations à une autre, et même deux individus qui apprécient les mêmes choses vont les ressentir de manière différente et exprimer leur plaisir sous un mode singulier.

Si le plaisir est une réalité difficile à nier, il échappe toutefois à la taxonomie, à une classification de type scientifique, et ne peut être saisi qu’à travers les filtres multiples d’une subjectivité aux multiples facettes et qui évolue constamment. Le plaisir, en tant qu’objet romanesque, n’est pas un construit intellectuel mais un agrégat d’expériences singulières, qui présentent des points communs mais aussi énormément de différences. Un auteur devrait être capable de s’en servir pour percevoir ce qui fait la substance de ses personnages : celle qui goûte avec les émotions les plaisirs de la table sera différent de celui qui apprécie qu’on le fouette, avec un brin de culpabilité. Peu de choses en disent plus long sur quelqu’un que ce qu’il fait quand il n’y est pas obligé.

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Décrire le goût

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Si l’odorat est notre sens le plus insaisissable, le goût est le plus rudimentaire. Notre langue n’est capable que de capter et d’identifier cinq goûts différents : le salé, le sucré, l’amer, l’acide et l’umami. En réalité, les infinies combinaisons de saveurs qui composent notre expérience gustative ne sont le produit que de ces cinq notes, ainsi que des arômes que parvient à détecter notre nez, un organe autrement plus subtil que la bouche. À cela s’ajoutent encore certaines caractéristiques des aliments : à quel point ceux-ci sont épicés ou astringents, quel est leur arôme, quelle est leur texture, et ont-ils un avant-goût ou un arrière-goût descriptibles.

Qu’est-ce que ça signifie pour un romancier qui souhaiterait décrire un goût ? D’abord, que le vocabulaire à sa disposition n’est pas très étendu. Un peu comme ce qu’on a pu dire au sujet de l’odorat, le goût humain n’est pas un instrument de grande précision. Il serait sans doute possible de décrire chaque expérience gustative en ne s’appuyant que sur les cinq goûts de base, dans le genre « la tarte au citron était très sucrée, assez acide, un peu amère, avec une légère note d’umami et pas de sel », mais ça serait absurde. En réalité, au quotidien, la manière dont nous faisons l’expérience du goût est plus vaste, faisant appel à la vue (qui nous fait saliver), au toucher, à l’odorat. C’est en tenant compte de cette dimension multisensorielle qu’il faut s’appuyer pour décrire la sensation gustative d’un personnage.

Un autre conseil à garder en tête, c’est qu’il faut choisir ses batailles. Décrire précisément le goût de chaque repas absorbé par un des personnages de votre roman, à moins que cela soit le thème du bouquin, ça n’a aucun sens. Par contre, si votre intrigue est ainsi tournée qu’un repas, qu’une bouchée, est supposée avoir un impact émotionnel particulier, prenez le temps de la décrire en détails. Comme toujours, les listes de vocabulaire et de conseils ci-dessous peuvent vous aider.

Noms

Appétence, appétit, attrait, bouffe, bouquet, délectation, délice, fumet, générosité, goût, gueuleton, montant, nourriture, palais, piment, piquant, ravissement, régal, repas, relent, sapidité, satisfaction, saveur, sel, sensualité

Verbes

Absorber, apprécier, avaler, bâfrer, becqueter, bouffer, boulotter, boustifailler, collationner, consommer, croquer, croustiller, cuisiner, déguster, déjeuner, dîner, (se) délecter, dévorer, s’empiffrer, engloutir, engouffrer, entamer, éprouver, expérimenter, festoyer, se gargariser, (se) goinfrer, goûter, grignoter, homologuer, ingérer, ingurgiter, jouir, mâcher, manger, mastiquer, mordre, picorer, (se) régaler, (se) repaître, ripailler, saliver, savourer, tâter

Adjectifs

Abject, affreux, agréable, appétissant, avide, complexe, délectable, délicat, délicieux, déplaisant, doux, durable, excellent, exquis, fameux, friand, gourmand, goûteux, goûtu, immonde, mangeable, odieux, plaisant, pur, ragoutant, repoussant, révoltant, sale, savoureux, subtil, succulent

Types de goût

Acide, âcre, agressif, amer, aromatique, astringent, bizarre, brûlant, camphré, chaud, citronné, corsé, croquant, croustillant, déconcertant, délicat, dominant, doux, écœurant, épicé, excellent, exquis, fade, fort, frais, gras, horrible, inhabituel, merveilleux, mystérieux, naturel, noble, nostalgique, nouveau, parfait, piquant, pimenté, poivré, poudreux, prolongé, pur, relevé, salé, sauvage, simple, singulier, sucré, terreux, vif, volcanique

Types de textures

Aérien, caoutchouteux, cassant, collant, coriace, coulant, craquant, crémeux, croquant, croustillant, ductile, dur, élastique, épais, feuilleté, fibreux, fondant, fibreux, gélatineux, gluant, gommeux, granuleux, gras, grumeleux, juteux, liquide, lisse, mâchant, moelleux, mou, mousseux, onctueux, pâteux, pétillant, poudreux, râpeux, sablé, sirupeux, soufflé, souple, soyeux, tendre, visqueux

Prendre des notes

Dans les billets de cette série consacrée aux descriptions, j’ai pris l’habitude de vous suggérer de faire l’expérience des différentes sensations sur lesquelles je m’attarde et de prendre note de ce qu’elles vous évoquent, afin d’étoffer votre vocabulaire. Naturellement, en ce qui concerne le goût, c’est à la fois plus facile et plus agréable : facile parce qu’on mange en général plusieurs fois par jour, agréable parce qu’il est délicieux de manger. Donc faites-vous plaisir, au nom de la littérature.

Cela dit, il est peut-être encore plus intéressant de goûter à des choses qui ne se mangent pas ou qui ne devraient pas s’ingérer, comme des aliments avariés ou brûlés. La teneur hautement émotionnelle de l’expérience devrait, n’en doutons pas, vous inspirer des descriptions hautes en couleur.

Le mot juste

Si vous prenez la peine de décrire un goût, faites-le correctement, et surtout, faites-le précisément. Savoir que quelque chose est bon ou mauvais a relativement peu d’intérêt. Si votre personnage s’attarde sur un goût, c’est que cela signifie quelque chose pour lui, et c’est là qu’il est particulièrement important de savoir faire la différence entre un goût poivré et un goût épicé, entre l’astringence et la pseudo-chaleur et entre toutes les textures qui peuvent se présenter à nous lors d’un repas. Si vous avez un doute sur la signification d’un terme, il n’y a pas de honte à vérifier tout ça dans le dictionnaire.

Le goût en-dehors des repas

Voyons les choses en face : le goût n’est pas le plus polyvalent de nos sens. On pardonnerait volontiers aux écrivains qui ne le mentionneraient jamais, ou uniquement, fugitivement, au cours de quelques descriptions de repas. C’est compréhensible, mais prenons malgré tout le temps de noter que le goût n’a pas une dimension exclusivement culinaire.

On peut utiliser sa langue pour identifier la trace d’un poison dans une boisson ou pour se rendre compte qu’un aliment n’est plus consommable parce qu’il est passé de date, un mauvais arrière-goût en bouche peut être le symptôme d’une maladie, on peut se servir du goût pour identifier un fil de fer ou de cuivre, ou faire la différence entre un cristal d’halite d’un cristal de sylvite, une forte dose de radiation cause une sensation métallique dans la bouche, une atténuation des sensations agréables liées au goût peut être un symptôme de dépression. Dans les littératures de l’imaginaire, il est possible qu’une créature non-humaine puisse utiliser ses papilles gustatives pour détecter des substances que nous ne parvenons pas à discerner (après tout, les souris peuvent sentir la présence de calcium dans les aliments, ce dont nous sommes incapables).

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Décrire la joie

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La joie a mauvaise presse. Pas tellement dans le monde réel, où elle reste généralement appréciée, dans la mesure où elle vient apporter un peu de répit au milieu de l’angoisse existentielle qui accompagne le quotidien de l’espèce humaine. Mais les écrivains, eux, s’en méfient, la jugent simpliste, faussement séduisante. Ils trouvent infiniment plus intéressantes ses sœurs la tristesse, la peur, la douleur, la honte. Ils ne savent pas trop quoi faire d’un sentiment en apparence simple, léger et inoffensif. Au moins, le bonheur, profond et serein, peut-il faire l’objet d’un traitement thématique intéressant, mais la joie, fugace et insaisissable, n’a pas cet attrait.

Les écrivains devraient pourtant y regarder à deux fois. Entre les mains de quelqu’un qui sait ce qu’il fait, la joie peut être un instrument dévastateur.

Pour commencer, la joie l’emporte sur la raison. Un personnage au cœur rempli d’allégresse est susceptible de prendre des décisions irréfléchies, de faire de mauvais choix, qui risquent de le mener, lui et ceux qui l’entourent à leur perte. Ah, voilà que les auteurs dressent l’oreille, séduits par cette manière originale de torturer leurs personnages…

En réalité, on se trompe en considérant que la joie est une émotion positive. Il existe une mauvaise joie, celle, par exemple, qui est affichée par un individu saoul, qui s’en sert pour camoufler son mal-être. Il y a aussi une joie factice, de circonstance, celle dont font étalage les personnages qui se forcent à avoir l’air joyeux parce que c’est ce qu’ils pensent qu’on attend d’eux. Et puis à l’inverse, il existe une joie authentique, mais coupable, en particulier dans les cas où on se sent joyeux pour des raisons honteuses, par exemple en se réjouissant du malheur d’autrui. Et bien souvent, cette joie-là n’est pas du tout extériorisée : elle est tue, silencieuse, et, croupissant en silence à l’intérieur du cœur d’un être, elle finit par se transformer en amertume.

Verbes

Badiner, délirer, (se) divertir, (s’) enivrer, exulter, jouir, jubiler, (se) régaler, (se) réjouir, rayonner, triompher

Noms

Agrément, aisance, aise, allégresse, amusement, animation, apesanteur, ardeur, badinage, béatitude, bien-être, bienfait, bonheur, consolation, contentement, délice, désinvolture, douceur, effronterie, enchantement, enjouement, enthousiasme, entrain, épanouissement, euphorie, exaltation, extase, exultation, facilité, félicité, fierté, fougue, frivolité, gaieté, grâce, griserie, grivoiserie, hardiesse, hilarité, humour, impertinence, ivresse, joie, jouissance, jovialité, joyeuseté, jubilation, liberté, liesse, pétulance, plaisir, ravissement, rayonnement, régal, réjouissance, rigolade, rire, satisfaction, sourire, transport, transe, verdeur, vitalité

Adjectifs

Agréable, à l’aise, allègre, animé, badin, béat, bien, bienheureux, bonhomme, chanceux, comblé, content, délassant, délassé, détendu, distrait, éméché, enjoué, enthousiasmé, enthousiaste, épanoui, équilibré, espiègle, euphorique, excité, fébrile, fier, florissant, folâtre, folichon, fortuné, fou, foufou, fougueux, gai, gaillard, grisant, guilleret, harmonieux, heureux, hilare, ivre, joueur, jovial, mutin, pompette, privilégié, radieux, rassasié, ravi, rayonnant, réjoui, repu, riant, rieur, rigolard, satisfait, sémillant, serein, souriant, tranquille, triomphant, victorieux

Types de joie

Alarmant, abruti, abrutissant, amer, amical, anonyme, beau, bête, bref, brillant, bruyant, céleste, chaste, colossal, communicatif, compatissant, complet, contagieux, coupable, court, cruel, décérébré, délicieux, doux, embarrassant, éphémère, épisodique, étrange, forcé, fou, frénétique, extrême, franc, horrible, humble, idiot, immuable, inconvenant, indécent, indicible, indomptable, inexprimable, infernal, infini, innocent, inouï, insensé, intarissable, intérieur, intime, légitime, malicieux, merveilleux, mystérieux, naturel, paisible, parfait, patriotique, précieux, préoccupant, profond, pur, rassurant, réconfortant, réglementaire, révolutionnaire, sain, saint, salutaire, sanglant, séduisant, serein, simple, spirituel, stupide, tranquille, triomphal, unique, universel, véritable, vif, visible, vrai

Prendre des notes

S’observer soi-même et rester à l’affût de ses propres émotions afin d’enrichir sa palette de descriptifs littéraires : voilà ce que je vous suggère de faire depuis le début de cette série d’articles sur les descriptions. Dans le cas de la joie, ce n’est pas très difficile : contrairement à la tristesse ou à la peur, en règle générale, rien ne vous perturbe au point de vous empêcher d’observer ce que vous ressentez lorsque vous êtes joyeux. La joie n’est pas un obstacle à l’introspection. Donc profitez-en pour étoffer votre bibliothèque de descriptions de la joie telle que vous la ressentez.

Ce qui peut être plus intéressant, cela dit, c’est de rester aux aguets et d’identifier la joie là où on ne l’attend pas. Vous vous réjouissez du malheur de quelqu’un que vous détestez, vous vous trouvez étonné d’être soulagé quand vos enfants, que vous adorez, s’en vont à l’école, vous appréciez de vous flageller le dos avec des branches d’olivier fraichement cueillies : ce qui apporte de la joie aux êtres humains est souvent déconcertant. Ce n’est pas parce qu’il s’agit d’une émotion positive qu’elle est provoquée par des événements positifs, et c’est surtout dans ce domaine que vient se nicher la subtilité.

Le mot juste

On l’a dit : la joie n’est pas le bonheur. Il est possible d’être joyeux sans être heureux, et d’être heureux sans être joyeux, et c’est dans la description de ce genre de moments subtils qu’un écrivain peut déployer tout son talent. Dans un autre registre, il est nécessaire d’avoir les idées claires sur les différences entre la joie qui débouche sur le rire, comme l’hilarité, la joie qui mène ou débouche du plaisir, comme l’extase, ou la joie qui amène la paix, comme la sérénité. Bien souvent, pour choisir le mot juste, demandez-vous quelle tête fait votre personnage et vous devriez parvenir à discerner à quel type de joie vous avez affaire.

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Décrire les odeurs

blog décrire odeurs

Parmi les sens qui sont utilisés pour les descriptions littéraires, l’odorat est le grand oublié, échouant à une lamentable quatrième place. Certains auteurs ne le mentionnent jamais, oubliant jusqu’à son existence. Pourtant, les odeurs sont tout autour de nous, occupant l’espace, nous permettant même de nous orienter en nous renseignant sur leurs points d’origine, et nourrissant nos pensées d’émotions et de souvenirs qui, parfois, nous hantent sans même que nous prenions conscience de l’effet qu’elles ont sur nous.

Ne renoncez pas aux odeurs. Au contraire : utilisez-les dans vos romans, incorporez-les à vos descriptions, servez-vous en, pourquoi pas, pour définir vos personnages. Comme toujours dans notre série, les listes de mots et les quelques conseils ci-dessous devraient vous aider à vous lancer.

Verbes

Cocoter, cogner,  dégager, émaner, embaumer, emboucaner, empester, empoisonner, exhaler, flairer, flagorner, fleurer, humer, odorer, parfumer, pourrir, répandre, respirer, sentir, suer, suinter, transpirer

Noms

Air, arôme, bouquet, bouffée, courant, effluence, effluve, émanation, essence, exhalaison, fragrance, fumée, fumet, haleine, infection, nuage, odeur, parfum, pestilence, puanteur, relent, remugle, senteur, trace, vapeur

Adjectifs

Abominable, âcre, affreux, agréable, agressif, aigre, ambré, amer, animal, appétissant, aromatique, artificiel, aseptisé, bizarre, boisé, bon, brûlant, camphré, capiteux, caressant, céleste, charmant, clinique, complexe, coriace, délicat, désagréable, détestable, divin, doucereux, doux, écœurant, enivrant, entêtant, épicé, exquis, exotique, fade, faible, fauve, fétide, fin, fleuri, floral, fort, frais, fruité, fugace, gênant, gras, hoquetant, ignoble, indéfinissable, infect, insaisissable, insupportable, iodé, léger, lourd, maladif, malodorant, malsain, marin, matinal, mauvais, médical, métallique, moisi, musqué, naturel, nauséabond, nauséeux, pénétrant, pestilentiel, pimenté, piquant, plaisant, poivré, poussiéreux, printanier, primitif, puant, putride, rance, râpeux, rebutant, rémanent, repoussant, résineux, riche, sain, salé, sauvage, suave, subtil, sucré, succulent, suffocant, tenace, terreux, terrible, vague, végétal, vif, violent, vomitif

Prendre des notes

On fait peu attention aux odeurs. Si vous découvrez pour la première fois une petite crique ombragée, lors de vos vacances à la mer, vous allez en décrire spontanément les couleurs émeraude de l’eau et les contours escarpés des falaises à vos amis en revenant à la maison, mais il est peu probable que vous vous attardiez sur l’odeur iodée des lieux, et il est presque inenvisageable que ça soit ça que vous reteniez en premier. De nombreuses personnes sont peu sensibles aux odeurs et n’y font que rarement attention.

Pourtant, même si ça ne se situe pas sur le plan conscient, ces senteurs les affectent, parfois bien au-delà de ce qu’ils peuvent imaginer. Elles peuvent débloquer en eux des souvenirs enfouis, les attacher ou les repousser sans même qu’ils perçoivent ce qui se passe.

Ne soyez pas comme eux. En tant qu’auteur, faites l’effort de vous montrer attentif aux odeurs, tentez de les percevoir, de les identifier, de les décrire et de les cataloguer. Ce ne sera pas toujours facile, vous allez vite réaliser que vous allez manquer de vocabulaire pour les classifier aussi efficacement que vous le souhaiteriez, mais persévérez, parce qu’un écrivain qui sait incorporer l’odorat dans ses descriptions, qui le fait de manière à la fois naturelle et originale, offre à ses lecteurs une expérience empreinte de réalisme et de sensualité. Il serait dommage de passer à côté.

Le mot juste… s’il existe

L’odorat est sans doute le plus imprécis de nos sens. Le nez humain perçoit des odeurs, mais n’est pas efficace pour en analyser les composants. Il n’en a pas d’expérience objective, comme il peut en connaître pour la vue ou l’ouïe, il ne peut pas les diviser en « parties » que l’on peut considérer indépendamment. Contrairement aux sons dont on peut décrire le timbre, l’intensité et la hauteur tonale, contrairement à la vue que l’on peut décrire en termes de couleurs et de formes, il n’est pas possible de décrire, de représenter et de transmettre à autrui une odeur spécifique.

D’ailleurs le vocabulaire olfactif est extrêmement pauvre. Alors que, par exemple, nous reconnaissons les couleurs comme des données visuelles qui ont une existence objective, qui peut servir de référence universelle, quelle que soit la personne qui les perçoit (les daltoniens, c’est bon, vous pouvez baisser la main), ou quel que soit l’endroit où elles apparaissent, à quelques rares exceptions, les odeurs n’existent qu’en comparaison avec les substances qui les émettent. Ainsi, les fleurs ont une odeur florale, et le musc a une odeur musquée. Super.

Décrire une odeur est donc une gageure pour l’écrivain, mais il n’est pas seul dans ce cas : l’expérience de l’odorat n’est pas analytique, ou très peu. Elle est émotionnelle. Dans un roman, on passera donc, par manque de vocabulaire à disposition, assez peu de temps à décrire une odeur, mais on pourra s’attarder davantage sur les réactions qu’elle suscite chez celles et ceux qui y sont exposés.

Les odeurs du cœur

Comme l’odorat résiste à l’intellect, par défaut, il est venu le plus émotionnel de nos sens. On ne parvient pas à l’analyser, alors on se contente d’évoquer les sensations qu’il fait naître en nous. On ne le décrit pas en tant que tel, mais à travers ses effets, ses conséquences.

Chaque odeur est un voyage à travers notre monde intérieur, qui nous fait cheminer le long de plusieurs émotions distinctes et évoque des souvenirs, certains récents, d’autres anciens, d’autres encore enfouis si profondément que seule un effluve très spécifique est capable de les rappeler à la surface de notre conscience. L’odorat est un sens nostalgique, un sens qui nous fait voyager dans le temps et l’espace, même lorsqu’on ne parvient pas tout à fait à mettre le doigt sur l’origine de nos souvenirs.

En décrivant une odeur, un auteur sera donc bien avisé de prendre en compte cette dimension, et de nous faire comprendre à quel souvenir et à quelle gamme d’émotions un personnage relie un parfum spécifique.