Le pitch

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Le Fictiologue joue les réducteurs de tête en ce moment, en examinant les différentes manières de résumer un texte littéraire, dans le but d’atteindre des objectifs divers. Nous avons déjà abordé le sujet, qui sert de concept, de point de départ à une histoire ; nous avons ensuite détaillé le synopsis, qui détaille l’intrigue d’un projet, souvent pour le soumettre à une maison d’édition. Cette fois-ci, je vous propose d’aborder un autre passage obligé de l’activité d’une romancière ou d’un romancier : le pitch.

D’habitude, je n’aime pas trop utiliser des anglicismes dans mes articles, surtout dans les titres, parce que j’estime qu’une de mes missions en tant qu’écrivain francophone est d’être au service de la langue, mais comme je ne suis pas à une contradiction près, je fais une exception, parce que ce mot-ci est rigolo à lire et à dire, comme d’ailleurs celui de la semaine prochaine, donc je m’y autorise. Cela dit, ce terme est loin d’être intraduisible. On pourrait très bien dire « argument » ou « lancement », sans rien perdre dans l’opération.

Bref. Le pitch, c’est, pour faire simple, un condensé de votre roman destiné à donner irrésistiblement envie de le lire. Situé à mi-chemin entre le résumé et l’argument de vente, il n’a qu’un but : susciter la curiosité de la personne qui le découvre. Si c’est un lecteur, le pitch est destiné à provoquer l’acte d’achat. Si c’est un éditeur, il ne doit avoir qu’une seule envie, après en avoir pris connaissance : vous faire signer un contrat.

Votre arme maîtresse pour vendre votre texte

On peut même aller plus loin. Si le sujet constitue le cœur de votre histoire d’un point de vue littéraire, le pitch en est le cœur du point de vue du marketing. C’est votre arme maîtresse pour vendre votre texte, celle que vous allez utiliser en salon, lors de dédicaces, sur les réseaux sociaux ou dans n’importe quelle conversation pour séduire les lecteurs ; celle dont vous allez vous servir pour donner envie aux éditeurs de s’intéresser à vous ; pour convaincre les journalistes, les blogueurs, les critiques de parler de votre livre ; celle qui sera utilisée par un agent pour vendre le projet à un éditeur, par un membre d’un comité de lecture pour persuader une maison d’édition de s’intéresser à la manuscrit, par celle-ci pour évoquer votre projet auprès de ses réseaux de diffusions, et par les libraires pour le vendre à leur clientèle. Le pitch, c’est le schibboleth qui va permettre à votre roman de circuler et d’être imprimé par millions d’exemplaires.

Un orphelin va dans une école pour les magiciens

Un professeur découvre des secrets cachés dans de vieilles œuvres d’art en cherchant le Saint-Graal

Une lycéenne introvertie tombe amoureuse d’un vampire

Un astronaute, naufragé sur Mars, doit trouver un moyen de survivre

Peut-être que là, vous êtes un tout petit peu anxieux. C’est normal : rater votre pitch, c’est un luxe que vous ne pouvez pas vous payer. Afin de mettre toutes les chances de votre côté, tâchez d’observer les quelques règles décrites ci-dessous.

Un bon pitch doit être court. Les anglophones les surnomment « elevator pitch », comprenez, un argument qui peut être communiqué lors d’une conversation délivrée le temps d’un bref trajet en ascenseur, si possible en compagnie du patron d’une grande maison d’édition qui se trouverait piégé avec vous pendant quelques dizaines de secondes (on peut rêver). Dans la mesure du possible, limitez-vous à une ou deux phrases, et tâchez si possible de ne pas dépasser une vingtaine de mots (et en aucun cas plus d’une cinquantaine de mots).

L’idée n’est pas d’expliquer votre histoire

Pour y parvenir, retirez-en presque tout le contenu de votre bouquin. L’idée n’est pas d’expliquer votre histoire ou de détailler votre démarche. Tout cela peut venir plus tard, dans un deuxième temps. Il s’agit simplement de ne conserver que les éléments qui vont susciter la réaction suivante : « Hé, ça a l’air intéressant, dis m’en plus ! ».

Comment on fait ça ? Comme toujours avec le travail des mots, on couche une idée sur le papier, puis une autre, puis on triture, on bouture, on modifie, on améliore, jusqu’à ce que ça nous semble convenir. N’hésitez pas à soumettre votre pitch à vos bêta-lecteurs, si vous en avez.

Et dans le doute, faites passer un test à votre pitch, en vous posant les questions suivantes et en y répondant de manière impitoyable :

  • Est-ce que c’est court ? Est-ce qu’on peut le raccourcir ? Est-ce que chaque mot est indispensable ?
  • Est-ce que c’est unique ? Est-ce que cela semble distinct de tous les autres romans du même genre ?
  • Est-ce que c’est mémorable ? Est-ce que le pitch est suffisamment frappant pour que la personne s’en rappelle 24 heures après l’avoir entendu ?
  • Est-ce que c’est efficace ? Est-ce que cela peut pousser un lecteur potentiel ou un éditeur à se dire : « Hé, ça a l’air intéressant, dis m’en plus ! » ?

Il est possible de concevoir des pitches un peu plus long que ça, de la taille d’un paragraphe, à utilise dans des circonstances où votre public consent à vous accorder un peu plus d’attention. C’est le genre de matériel que je vous ai déjà suggéré d’inclure dans votre communiqué de presse quand j’y ai consacré un article. Mais pour l’essentiel, la démarche est la même : un texte court pour susciter l’envie d’un livre.

Un orphelin anglais de onze ans tout ce qu’il y a d’ordinaire se voit ouvrir les portes d’une école pour magiciens. Alors qu’il suit des cours pour se servir de son balai et de sa baguette magique, il est confronté à un secret de famille, lié à un effroyable sorcier dont personne n’ose prononcer le nom.

Un pitch réussi doit vanter les mérites de votre livre, pas en vous jetant des fleurs, mais en en soulignant les qualités intrinsèques. En d’autres termes, en en prenant connaissance, on doit comprendre immédiatement ce qui, dans votre roman, est frappant, unique, rafraichissant, captivant. S’il donne l’impression inverse, s’il semble banal, déjà vu, réchauffé, vous n’allez pas en vendre beaucoup. Un mauvais pitch peut tuer tous vos efforts. C’est une cruelle réalité.

Le livre vu comme un produit

Alors oui, je vous entends déjà grincer des dents : là, on se situe fermement dans le territoire du capitalisme. C’est le livre vu comme un produit. Du pur consumérisme. Ça ne vous fait pas nécessairement plaisir, vous avez peut-être même l’impression de prostituer votre manuscrit, à résumer ainsi vulgairement ses innombrables subtilités dans le but avilissant de faire du chiffre. Rien ne vous y oblige, en réalité. Mais si vous souhaitez convaincre un maximum de lectrices et lecteurs de vous lire, c’est bien ainsi qu’il faut procéder, et fondamentalement, il n’’y a rien de mal à ça. Détendez-vous.

Deux mots encore pour vous dire que même si vous avez trouvé le pitch parfait, celui-ci sera forcément un argument de vente générique pour votre roman, destiné au public dans son ensemble. Il est possible de pousser le vice jusqu’à développer des pitches pour des publics ciblés, en soulignant des qualités différentes en fonction d’intérêts particuliers. C’est particulièrement utile en salon, lorsqu’on est confronté à des profils de lectrices et lecteurs distincts. Il peut être pratique d’avoir en tête des approches qui s’adaptent à leurs centres d’intérêts spécifiques.

Ainsi, en ce qui concerne mon roman « Révolution dans le Monde Hurlant », le pitch de base peut s’exposer ainsi :

Une jeune femme part à la recherche de son frère qui s’est fait enlever dans un univers parallèle déchiré par une révolution

C’est celui que j’utiliserais face à une personne dont je ne sais rien et qui ne révèlerais aucun détail au sujet de ses préférences de lecture. Cela dit, une bonne partie des personnes que je rencontre en séance de dédicace sont intéressées par la fantasy ou plus généralement par la littérature de genre, donc face à eux j’utiliserais plutôt l’argumentaire suivant :

Une jeune femme de notre monde se retrouve mêlée, dans un univers baroque et fantastique, à une guerre larvée entre un pouvoir religieux et des rebelles qui contrôlent les lois de la fiction

Et puis il m’est arrivé d’essayer de convaincre des personnes passionnées de romances de s’intéresser à mon roman. Dans ces circonstances, je l’ai plutôt décrit de cette manière :

Une jeune femme vit une relation drôle et volcanique avec un coup d’un soir qui s’est embarqué par inadvertance dans son voyage dans un univers parallèle

Naturellement, si ce genre de chose vous amuse, n’hésitez pas à décliner votre pitch pour tous les publics possibles et imaginables.

Critique : Ensemble, on aboie en silence

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En 2001, Thibault Tranchant est diagnostiqué schizophrène. Deux décennies plus tard, son grand frère, passé entretemps par le rap et le cinéma, prend la plume pour raconter leurs destins croisés, mêlant ses souvenirs de textes écrits par Thibault et de tentatives d’entretiens avec ce dernier.

TITRE : Ensemble, on aboie en silence

AUTEUR : Gringe

EDITEUR : Harper Collins (ebook)

Pour un blog qui multiplie depuis toujours les références cachées aux Casseurs Flowters, il pouvait paraître étonnant que son auteur n’ait jamais pris la peine d’entamer le livre de Gringe, le rappeur/acteur /auteur/âme damnée qui signe ici son premier livre. En réalité, comme en attestent mes critiques publiées ici, je suis principalement un lecteur de romans, et il a fallu attendre une envie de respiration pour que je me mette à lire autre chose.

Mais de quoi s’agit-il ? Situé au carrefour de l’autofiction, du livre-témoignage, du récit de voyage, du roman, du carnet de route, « Ensemble, on aboie en silence » est un objet littéraire singulier. De tous les genres, cela dit, c’est au portrait qu’il s’apparente le plus. Ce collage d’anecdotes servies dans le désordre chronologique, de réflexions, de morceaux de vie dont on ne sait pas toujours lequel des deux frangins les a écrits, sert principalement à mettre en scène un personnage, même si ce n’est pas nécessairement celui que l’on attend.

Plus que de Thibault, ce livre parle de Guillaume (Gringe, donc), de la manière dont il a vécu à travers les années cette relation tortueuse avec un frère atteint dans sa santé mentale, et comment cela l’a affecté personnellement. On découvre un personnage souvent en conflit avec lui-même, souvent narcissique, souvent généreux. Il n’a pas toujours le beau rôle, il n’a pas que de nobles pensées, il commet des erreurs  de jugement et même ses actes les plus louables se terminent souvent par des naufrages. Un vrai, un beau personnage de roman, donc, dont on viendrait presque à oublier qu’il se donne vie à lui-même.

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On retient deux constats de tout ça. Le premier, c’est qu’il ne doit pas toujours être simple de vivre dans l’orbite de Gringe, qui apparaît comme un personnage hanté, perpétuellement déraciné et pas toujours agréable avec ceux qui l’entourent. Mais au fond, qu’en sait-on réellement ? A quel point le Gringe reconstruit dans le texte est fidèle à la réalité, et à quel point le trait est-il noirci ou embelli ? Cette ambiguité est assumée avec élégance par un texte toujours sincère mais, on le devine, pas toujours beau joueur.

La seconde leçon, c’est que Gringe est un putain d’auteur. On s’en doutait en découvrant ses textes en tant que rappeur, mais un livre, c’est un exercice différent, dont il se tire admirablement. Qualité rare, il apparaît capable d’enchaîner des métaphores élaborées et des figures de style complexes sans jamais paraître pédant. Chaque phrase est à sa place, et même les plus travaillées sonnent de manière naturelle, ce qui est considérablement plus facile à dire qu’à faire. Quant à la structure de l’ouvrage, qui paraît aléatoire, elle parvient toujours à nous amener à l’émotion ou à la compréhension par l’accumulation de petites bribes d’informations placées avec justesse. Cela donne envie que Gringe signe, un jour peut-être, un roman ou un récit de voyage.

Le synopsis

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Faire court. Voilà ce qui nous préoccupe en ce moment dans cette série d’articles entamée par un premier billet consacré au sujet, et qui se propose d’examiner un certain nombre de résumés qui jouent un rôle essentiel au travail littéraire. Cette fois-ci, on continue à faire court, mais un poil moins, en s’intéressant au synopsis.

Un synopsis, c’est quoi ? Pour faire simple, il s’agit d’un texte qui va résumer votre roman, mais de manière complète, en incluant toute l’intrigue, du début jusqu’à la fin.

À quoi est-ce que ça peut bien servir ? À plein de choses différentes, en réalité. Avant de s’engager dans un projet, de nombreux éditeurs vont réclamer un synopsis, afin de savoir exactement ce que vous avez en tête avant que vous écriviez votre manuscrit. D’autres vont vous demander un synopsis même si le texte intégral est déjà écrit, afin de savoir où ils mettent les pieds sans avoir à se taper des centaines de pages de lecture pas forcément agréables.

Un synopsis est également très précieux lorsqu’on écrit à plusieurs, en particulier si un membre de l’équipe est plus particulièrement chargé de construire l’intrigue, ou si un texte est appelé à subir de grosses corrections de la part d’un pool d’auteur. Dans ces cas, il joue le rôle de document de référence. Pourquoi pas, d’ailleurs, partager un synopsis avec un ou plusieurs alpha-lecteurs, afin de leur demander de porter un regard sur l’architecture de votre intrigue ?

C’est une manière de vendre un projet de livre

Enfin, un synopsis peut vous être utile à vous, écrivain, lors de votre processus d’écriture. Il m’est arrivé de produire un synopsis à partir d’un plan, afin de mieux comprendre si l’intrigue de mon roman allait fonctionner ou non. Il s’agissait d’une sorte de test en miniature, une maquette du roman final, et le fait de le rédiger m’a évité bien des tracas lors de la rédaction du bouquin. On pourrait presque appeler cela un « pré-synopsis », cela dit, puisqu’il existe au final des différences entre ce texte et le roman terminé. Si j’avais eu à envoyer un synopsis à un éditeur, j’aurais donc dû y apporter des modifications.

Donc un synopsis, c’est, la plupart du temps, une manière de vendre un projet de livre, même si on se trouve être soi-même le client. Et c’est un résumé exhaustif de l’intrigue : tout le roman, mais en beaucoup plus court. Par contre, un synopsis ne se destine pas aux lecteurs, et il ne s’agit pas de convaincre qui que ce soit de découvrir votre roman pour le plaisir…

Voilà pour le « quoi ». Le « comment », cela dit, mérite également que l’on y consacre un peu d’attention. Parce que oui, le synopsis, c’est une version de votre histoire en modèle réduit, mais si vous vous imaginez que pour le rédiger il suffit de prendre dans l’ordre toutes les scènes de votre roman et de les résumer en mode « D’abord, il y a ça qui se passe, et puis ensuite il y a ceci qui arrive, et puis après… », vous pouvez vous arrêter tout de suite. Oui, à la rigueur, on pourrait qualifier de « synopsis » le résultat d’un tel travail, mais je vous déconseille très vigoureusement de procéder de cette manière. Tout simplement parce que le résultat sera très ennuyeux à lire.

Un synopsis doit avoir du style

Parce qu’un synopsis, oui, c’est un résumé, oui, c’est exhaustif, mais ça ne veut pas dire qu’il doit être si minimaliste et soporifique que même l’auteur lui-même, en le lisant, finirait par ne plus comprendre pourquoi qui que ce soit pourrait être tenté de lire le roman complet. Un synopsis doit avoir du style, il doit faire envie.

Il y a une analogie qui est souvent citée pour comprendre comment s’y prendre : c’est celle du récit d’un match sportif, dans un journal ou sur un site d’information. Jamais l’auteur d’un tel texte ne va se contenter d’évoquer platement toutes les actions de jeu, les unes après les autres. « D’abord l’équipe A a marqué un but, puis l’équipe B a marqué à son tour, ensuite un joueur a reçu un carton rouge, et après… », ça serait insupportable à lire, on est bien d’accord.

Que l’on parle du récit d’un match ou d’un synopsis, ce qui rend la lecture intéressante, c’est l’émotion : il s’agit non seulement d’énumérer les moments forts du déroulement de l’intrigue, mais également leur impact émotionnel, la peur, le suspense, la joie, l’espoir qui les accompagnent.

Donc oui, faites la liste des scènes-clé de votre histoire, dans l’ordre, mais de manière aussi captivante que possible, en y mêlant les états d’âme de vos personnages, et en particulier ceux de votre personnage principal.

Il ne s’agit pas de faire des cachotteries

Que doit contenir un synopsis réussi, alors ? Pour commencer, il doit présenter les événements importants, y compris les surprises, et bien entendu la conclusion – le document est fait pour révéler les qualités de votre histoire, il ne s’agit pas de faire des cachotteries.

Le synopsis doit également rendre compte de l’arc narratif et de l’évolution de votre personnage principal (ou de vos personnages principaux), éventuellement d’un antagoniste si votre projet s’y prête. Si une relation, amoureuse, familiale, amicale, évolue en cours d’histoire et joue un rôle central dans votre récit, il faut la mentionner également. Si le thème ou le message est essentiel à votre projet, faites-en mention. Tous ces ingrédients, mettez-les dans un grand pot, mélangez-les et dressez-les de la manière la plus attrayante possible, pour constituer un repas délicieux.

Deux mots de la narration : le plus simple est de rédiger votre synopsis au présent et à la troisième personne, même si votre choix narratif pour le texte en lui-même est différent. Pourquoi ce choix ? D’abord parce que c’est le plus habituel, le plus conventionnel pour ce genre de texte, et donc celui qui va créer le moins de distance entre votre histoire et le public très spécifique auquel celle-ci est destinée. Ensuite parce qu’il s’agit du choix stylistiquement le plus neutre, qui privilégie une distance naturaliste avec le sujet, et permet au lecteur de comprendre qu’il a affaire à un résumé, pas à un texte de nature littéraire.

D’autres possibilités existent, mais dans ce contexte, l’usage de la narration à la première personne, ou même le récit au passé, risque de paraître précieux et artificiel. Faites simple.

Le conseil est le même dans d’autres domaines. Du point de vue du style, faites joli si possible, mais surtout faites court. Donc n’écrivez pas :

« Marguerite cherche à parler au père Mounier au sujet des propos controversés qu’il a tenu lors de l’enterrement, afin de lui dire ce qu’elle a sur le cœur. Elle ne le trouve pas dans la chapelle, mais finit par le traquer jusqu’à son appartement et lui parle sur le pas de la porte. »

À la place, écrivez plutôt :

« Marguerite se rend chez le père Mounier pour lui reprocher son attitude lors de l’enterrement. »

Dans la mesure du possible, n’incluez des éléments de décor que s’ils sont essentiels à la compréhension de votre intrigue. Oui, peut-être que vous considérez que l’univers très riche de votre fresque de fantasy ou les recherches extensives auxquelles vous vous êtes astreint pour rédiger votre fresque historique représentent une de leurs principales qualités, mais le synopsis ne constitue pas une bonne occasion de le décrire dans le détail. Vous avez une histoire à raconter, et en l’occurrence, c’est cela qui compte, et pas autre chose.

Pour des raisons semblables, simplifiez autant que possible la nomenclature. Ne nommez les personnages et les lieux que si c’est absolument indispensable à la compréhension de votre histoire. Pas la peine non plus d’énumérer extensivement les noms et surnoms de vos personnages : un prénom suffit.

De la même manière, évitez d’inclure des dialogues dans votre résumé. Il ne s’agit toutefois pas d’une règle absolue. Dans certains cas, il peut être judicieux de citer une réplique, mais uniquement si celle-ci est absolument essentielle à la compréhension de l’intrigue, ou si elle résume mieux les enjeux d’une partie de votre histoire que ne le ferait un passage descriptif. Une citation de ce genre, parfois, peut aussi relancer l’intérêt du lecteur et rendre votre texte plus agréable à découvrir.

Critique : On Connection

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Comment, en tant qu’artiste, parvenir à se servir de la connexion entre les êtres pour vaincre l’aliénation de notre époque ? Comment, en tant que public, peut-on établir une connexion authentique avec les oeuvres qui enrichisse notre vie ? Voici deux des questions au coeur de ce court essai signé par cette figure bien connue des mondes du rap et de la poésie au Royaume-Uni.

TITRE : On Connection

AUTEUR : Kae Tempest

EDITEUR : Faber (ebook)

Régulièrement, j’arrive à la conclusion que pour ne pas mourir d’asphyxie émotionnelle et intellectuelle, il est nécessaire que je lise autre chose que des bouquins de fantasy. Non pas que j’aie quoi que ce soit contre ce genre, bien au contraire, mais j’ai parfois besoin d’aller voir ailleurs pour m’aérer la tête. Sur ma trajectoire, la dernière fois que ça s’est produit, j’ai trouvé cet essai signé par une personnalité que j’affectionne, active dans le domaine de la musique, du roman, du théâtre, de la poésie.

Si je l’évoque ici, c’est pour trois raisons. D’abord parce que je critique tout ce que je lis ; ensuite parce que si ça me fait du bien à moi, de ventiler mes synapses, peut-être en sera-t-il de même pour vous ; enfin, et surtout, Tempest dévoile dans ce livre une partie de son processus créatif, et quand on écrit, il est toujours utile de découvrir comment s’y prennent les autres.

« Un sot ne voit pas le même arbre qu’un sage » disait William Blake. L’auteur romantique anglais est cité en tête de chaque chapitre de ce livre, et s’il en va ainsi des sages et des arbres, il en va également des poètes et du processus créatif. Kae Tempest cite également abondamment le Livre Rouge de Carl Gustav Jung, où le psychologue se livre à une descente en profondeur dans les méandres de son propre psychisme. Blake et Jung, deux âmes torturées, deux parrains pour ce livre qui ont su explorer sans tabou les parallèles entre les ouragans de l’âme et ceux du cosmos.

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Pourtant, « On Connection » n’a rien d’un livre tortueux, c’est même l’inverse : il est rafraichissant comme un grand verre d’eau. Kae Tempest y évoque des sujets essentiels pour l’époque, comme par exemple la manière dont un individu peut prendre ses distances avec la léthargie et le cynisme engendrés par notre époque consumérisme, et pourquoi il peut malgré tout être salutaire de se réfugier dans un certain engourdissement des sens ; la perspective de l’artiste face à l’humanité et le regard qu’il porte sur les petits gestes et les histoires microscopiques qui se déroulent sous ses yeux, qui viennent ensuite nourrir ses oeuvres ; comment on peut apprendre à être un meilleur lecteur, plus disponible émotionnement face à l’oeuvre que l’on découvre ; comment s’immerger dans la créativité peut nous rapprocher les uns des autres ; pourquoi les mots, et en particulier les mots déclamés devant un public, ont le potentiel de nous toucher davantage que n’importe quoi d’autre.

L’auteur évoque ces questions profondes et complexes avec une grande clarté, de la grâce et une science de la phrase simple qui donne constamment envie de lire le texte à voix haute. En découvrant certains chapitres, on se sent parfois saisi d’une vive émotion, celle qui naît de la découverte de vérités qui paraissent immédiatement évidentes, ou de la confirmation de certains de nos soupçons sur l’existence. Pourtant, en s’éloignant du livre, ces moments s’éloignent comme après un rêve, ce qui paraissait couler de source redevient complexe, et s’il reste quelque chose des réflexions de l’artiste, ce sont moins des solutions à appliquer telles quelles, et davantage l’espoir qu’une connexion entre les êtres reste possible dans ce monde fragmenté et éternellement distrait.

Le sujet

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Faire court. Voilà à quoi on va se consacrer dans la nouvelle série que j’entame avec ce billet. Dans la vie d’un romancier, différentes raisons se présentent qui vont l’obliger à condenser son texte et à en proposer une version raccourcie, soit en amont de l’écriture, soit une fois que le projet est terminé. C’est à cela que je vous propose de nous atteler pendant les semaines qui viennent. Et pour l’occasion, afin de me mettre dans l’ambiance, je vais tâcher de ne pas trop étaler ma prose.

La première occasion de faire court, et parfois même très court, c’est lorsqu’on définit le sujet du roman. On a déjà eu l’occasion de l’évoquer dans le premier article consacré au thème, le sujet, ou si vous préférez l’appeler ainsi, le concept, c’est la réponse à la question « de quoi ça parle ? »

Ici, votre talent pour la concision sera soumis à rude épreuve. Le sujet d’un roman peut, dans certains cas, être réduit à un seul mot. De quoi ça parle ? D’une famille, de la guerre, de solitude, d’un procès, d’un voyage, etc… Parfois, il n’y a pas besoin de davantage pour répondre à la question, et donc pour caractériser votre roman.

De la manière la plus simple et la plus directe

Dans d’autres cas, il faut une courte phrase pour exprimer le sujet du livre. Quelques mots qui vont servir à esquisser l’intrigue et les enjeux de l’histoire, de la manière la plus simple et la plus directe possible, sans nécessairement chercher à susciter l’envie chez un lecteur potentiel. Le sujet, contrairement à d’autres types de résumés, c’est une information brute, pas une opération séduction.

Le sujet de mon roman « Révolution dans le Monde Hurlant », c’est « Une jeune femme recherche son frère dans un monde parallèle à l’aube d’une révolution ». En quatorze mots, tout est dit : le démarrage du roman, mais aussi son personnage principal et son cadre. Quatorze mots, c’est déjà beaucoup. Essayez dans la mesure du possible de faire encore plus court que ça.

C’est sans doute une bonne idée de vous exercer à le faire en partant de romans populaires et bien connus. « Un ancien bagnard pourchassé par un policier sauve une petite fille de la pauvreté » : voilà les Misérables. « Un être paisible est entraîné dans une mission pour voler le trésor d’un dragon » : c’est « Le Hobbit ». « L’histoire cyclique d’une famille sur six générations », c’est le sujet de « Cent ans de solitude ».

Notons au passage qu’entre la formule en un mot et la formule en une phrase, il n’est pas obligatoire de choisir : vous pouvez très bien prendre les deux. Par exemple, « Les Misérables », de quoi ça parle ? De pauvreté. « Cent ans de solitude » ? De famille. Définir le concept de ces deux manières peut vous fournir un tableau plus conforme à la réalité de l’histoire.

Un outil précieux en amont d’un projet

Quelle que soit la formule que vous allez choisir, là, on touche au nerf d’un roman, à son expression la plus élémentaire, la plus laconique. Être capable d’exprimer les choses aussi simplement permet de bénéficier d’une clarté de vision qui va vous rendre service au cours de votre processus d’écriture.

Déjà, le sujet d’un roman, c’est un outil précieux en amont d’un projet. Alors que vous êtes en train de rassembler vos idées et votre enthousiasme, et avant que vous mettiez tout en forme en construisant un plan, prenez le temps de définir le sujet de votre histoire. Cela peut vous paraître trivial. Peut-être que vous avez l’impression de le connaître, ce sujet, et qu’il n’est pas nécessaire de le formaliser. Au contraire, il est possible que vous pensiez qu’en mettant vos idées en forme de cette manière, vous allez vous couper les ailes.

Ce ne sera pas le cas, au contraire. Comme disait Nicolas Boileau, « Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement. Et les mots pour le dire arrivent aisément ». En réalité, les projets trop vagues qui mériteraient d’être mieux focalisés sont plus courants que les projets trop précis qu’il faudrait rendre plus lâches.

En fixant le sujet de votre roman en une phrase, vous allez vous munir d’un guide précieux, qui va vous permettre de garder le cap pendant toute l’écriture, du premier jet jusqu’à la fin des corrections. En rédigeant cette simple phrase, vous allez définir ce qui entre dans la composition de votre histoire et ce qui n’en fait pas partie. Un concept clair mène à un thème clair, une intrigue claire et des personnages clairs. Cela vous facilite également le travail de relecture : où couper, si ce n’est dans les passages qui s’écartent trop du sujet ?

Il vous permet de communiquer

Faire le choix de ne pas définir un concept écrit en amont, c’est naviguer aux instruments, et prendre le risque de se perdre en cours de route, dans les brumes de votre inspiration. Sans un sujet, votre roman peut se muer en une collection d’idées disparates, privées d’un fil rouge qui pourrait les unir. Et chercher à définir le sujet après le premier jet, par exemple, va vous réclamer beaucoup plus de travail que si vous vous y étiez pris d’entrée de jeu.

Le sujet a également une raison d’être en-dehors du processus d’écriture. Il vous permet de communiquer au sujet de votre projet en cours, afin de répondre aux questions sans trop en dire. Quand on vous demandera de quoi parle votre roman, il vous suffira d’énoncer votre sujet, tel que vous l’avez défini, et que je vous conseille d’apprendre par cœur pour faire face avec élégance à ce genre de curiosité.

En réalité, le sujet est un point de départ, que ce soit du travail littéraire ou d’une conversation. C’est aussi, on va le voir, une brique qui va vous aider à construire d’autres types de résumés, qui interviennent plus tard dans le processus.