Rédiger un communiqué de presse

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Lorsqu’on se met en tête de contacter les médias afin qu’ils évoquent nos créations littéraires, le vecteur le plus évident pour les avertir de la sortie d’un roman, ou d’un autre projet littéraire, c’est de diffuser un communiqué de presse.

Un communiqué de presse, qu’est-ce que c’est ? En deux mots, c’est le nom qu’on donne à un message qui contient toutes les informations-clé sur un événement, un spectacle, une exposition, une compétition sportive, un rassemblement d’une association, ou, par exemple, la sortie d’un bouquin, destiné à être adressé aux médias, dans le but qu’ils réalisent un sujet, comme nous l’avons évoqué dans l’article précédent. On informe les journalistes afin qu’à leur tour, ils informent leur public.

À quoi ça sert de créer ce genre de document ? En fait, cela vise deux objectifs distincts : premièrement, donner envie aux médias de parler de votre roman ; deuxièmement, mettre à leur disposition tout ce qu’ils ont besoin de savoir s’ils ont décidé de le faire. Un bon communiqué de presse est donc à la fois promotionnel et informatif, si possible de manière équilibrée. Trop de promotion, et le rédacteur qui va le recevoir aura l’impression d’avoir affaire à de la pub. Trop d’information, et il ne comprendra pas en quoi votre projet se distingue des nombreuses autres sollicitations similaires qu’il a reçu la même semaine.

Dans cet article, je vous propose un modèle de base de communiqué de presse, un regard sur cet exercice. À vous de l’adopter, de vous en inspirer, de le modifier, ou d’opter pour une approche complètement différente, mais quelle que soit votre attitude, les suggestions qui suivent devraient vous aider à éviter les pièges les plus courants, et à garder à l’esprit l’essentiel.

Le communiqué tel que je le conçois est un document, par exemple au format pdf. Il comporte une première page qui contient toutes les informations importantes, ainsi que, le cas échéant, des pages supplémentaires. Tout cela est envoyé par courriel, dont la composition fera elle aussi l’objet d’un soin particulier.

Le titre

La première page peut être décomposée en différentes parties. Pour commencer, il y a un titre. Celui-ci, en une phrase, délivre votre message essentiel, celui que vous souhaitez que le journaliste retienne. Il doit à la fois contenir l’information principale (par exemple le fait que vous sortez votre roman), et la raison qui pourrait pousser un média à s’y intéresser (« Un naturaliste sort un roman sur la mort de notre écosystème », « Le premier roman d’un auteur de 12 ans », « Une autrice décrit l’érotisme des virus », « Un roman policier qui pourrait vous rendre riche », etc…)

Ménager ces deux impératifs à la fois, c’est un équilibre délicat à trouver, aussi je vous suggère de rédiger votre titre à la fin, quand vous aurez déjà fait l’effort de résumer les points forts de votre œuvre.

Le chapeau

En-dessous de votre titre, je vous suggère de faire figurer ce que les journalistes appellent un « chapeau » (parfois même écrit « chapô ») : un passage qui contient tous les points essentiels, en trois phrases maximum, rédigé en gros caractères ou en gras. L’objectif, c’est que si le journaliste prend la peine de lire cette section, il connaisse tous les points essentiels de votre œuvre et sache pourquoi ses lecteurs pourraient trouver ça intéressant.

Rédiger le chapeau réclame que vous ayez les idées claires au sujet de votre roman, pas tellement au niveau de vos intentions, mais surtout en ce qui concerne la manière dont il pourrait être perçu par le grand public. Quels sont les thèmes que vous traitez ? Quelle est votre approche ? Y a-t-il une originalité dans votre démarche qui serait susceptible de faire réagir, sourire, réfléchir même des individus qui ne vont pas lire votre roman ? Est-ce qu’il y a quelque chose chez vous, l’auteur, qui se démarque, et soit de nature à influencer l’image que les lecteurs potentiels ont de votre œuvre ?

Vous écrivez votre premier roman à l’âge de 72 ans ? Vous êtes égoutier et vous avez signé un polar dont l’action se déroule justement dans les égouts ? Vous traitez de manière romanesque d’un thème d’actualité dont tout le monde parle ? Il y a un détail formel dans votre manuscrit qui le distingue de tous les autres, par exemple des passages destinés à être complétés par l’usage d’une appli, ou des dialogues en araméen ? C’est là qu’il faut le mentionner.

Ça peut donner quelque chose dans ce genre :

Un naturaliste sort un roman sur la mort de notre écosystème

L’humanité n’a plus que cinquante ans pour éviter une disparition massive des espèces animales et végétales. À partir de ce point de départ tragique, Rodolfo Gregorius, biogénéticien à l’Université de Strasbourg, a signé un livre d’anticipation au suspense haletant. Un livre au carrefour de la science, de la littérature, et de l’actualité la plus brûlante, qui offre quelques pistes sur ce que nous pourrions faire pour éviter ça.

Il convient, à ce sujet, de faire un travail sur soi : ces anecdotes, ce n’est peut-être pas ce qui compte le plus pour vous, l’auteur du roman, mais elles constituent une porte d’entrée vers votre univers, susceptibles d’attirer l’attention du plus grand nombre. Et c’est bien pour ça que vous avez contacté les médias, n’est-ce pas ? Si vous éprouvez des scrupules à présenter vos écrits de cette manière, si pour vous, une approche marketing équivaut à de la prostitution, ne vous infligez pas ce supplice et abstenez-vous tout simplement de contacter la presse.

En fait, ce que l’on recherche ici, c’est une manière de harponner l’attention du journaliste, un détail, une anecdote qui lui fasse se dire : « Tiens, c’est rigolo/intéressant/original, il faut que j’en parle à mes lecteurs/auditeurs/téléspectateurs. » En lisant votre titre et votre chapeau, il faut qu’il ait déjà une idée de ce à quoi pourrait ressembler son article. De cette manière, vous lui aurez mâché le travail, selon le principe évoqué dans l’article précédent.

Attention de conserver à l’esprit le média auquel vous vous adressez. Un quotidien régional s’intéressera principalement à évoquer des personnages de la région, et à mettre en valeur des thèmes locaux. Si vous le pouvez, mettez donc en avant ces aspects-là dans votre présentation. Un média populaire va plutôt rechercher l’universel, l’anecdote, l’amusant, et c’est ça qu’il faut lui offrir en pâture. Enfin, un média culturel, ou la presse dite « de qualité », va s’intéresser à la singularité de la démarche, à la qualité littéraire supposée du texte. Et puis, si l’on considère un autre axe, une télévision ou un média audiovisuel vont chercher à savoir à quel point il est aisé d’illustrer le sujet en image, alors qu’une radio sera sensible au contenu audio et à la possibilité de convier l’auteur pour une interview en direct. Oui, tout cela suppose que, dans la mesure du possible, il peut être sage de varier votre approche selon les médias.

Le corps du texte

Juste en-dessous du chapeau, je vous suggère de faire figurer un bref texte explicatif, de trois paragraphes, éventuellement quatre. Celui-ci va venir compléter et éclaircir les informations contenues dans votre chapeau, et fournir au journaliste toutes les informations de base dont il a besoin avant de vos contacter.

Ce texte doit être agréable à lire, exempt de jargon et ne pas se perdre dans les détails. Mais il ne s’agit plus ici de hameçonner l’attention de la personne qui vous lit : si elle est arrivée jusque-là, c’est qu’elle n’est déjà plus complètement indifférente à votre démarche. Par contre, profitez de son attention pour répondre à ce que, en journalisme, on appelle « les cinq questions » : qui, quoi, quand, où, pourquoi. Expliquez qui vous êtes, ce que vous avez fait, quand vous l’avez commencé et terminé, d’où vous venez et où se passe votre récit, et ce qui vous a motivé à l’écrire.

Ces questions ne sont qu’une des possibilités de rédiger un texte explicatif pour un communiqué de presse, qui permettent de ne rien oublier d’important. En règle générale, je pense qu’une approche qui fonctionne bien, c’est de consacrer le premier paragraphe à développer un peu plus longuement les points résumés dans votre titre et votre chapeau, le deuxième à parler du bouquin et le troisième à parler de vous.

Les coordonnées

Attention, c’est très important : vos coordonnées doivent figurer sur la première page du communiqué. Je le répète pour que ça soit tout à fait clair : vos coordonnées doivent figurer sur la première page du communiqué. Par « coordonnées », j’entends une section qui comporte votre prénom et nom, un numéro de téléphone mobile et une adresse e-mail.

Si un journaliste doit traquer votre numéro ou votre mail lui-même, ou vous envoyer une note par Messenger parce que vous n’avez pas songé à lui fournir de moyens de le joindre, il va vite se décourager, et même, probablement, renoncer avant d’avoir commencé. Vous n’avez vraisemblablement aucune idée à quel point il est fréquent, dans les médias, de tomber sur des communiqués dans lesquels il manque cette information cruciale.

Tout aussi essentiel : maintenant que vous avez indiqué votre numéro de téléphone, décrochez lorsqu’on vous appelle. Pendant au moins une semaine après l’émission du communiqué, pas question de laisser votre portable en mode Nuit, ou de laisser sonner en espérant qu’on vous laisse un message sur votre boîte vocale. Le contrat moral, lorsque votre numéro figure sur un communiqué, c’est que vous allez être disponible pour répondre (même si vous répondez en demandant à la personne de rappeler plus tard). Là aussi, les journalistes se fatiguent très vite s’il n’y a personne au bout du fil. Ça m’est arrivé des tas de fois.

Une image

Un communiqué de presse, ça n’est pas que du texte. Il est important d’y faire figurer un visuel, afin d’attirer l’œil et de créer un contact. On lit bien plus volontiers un texte informatif s’il inclut une illustration. Pour un roman, ça tombe bien, il y a deux illustrations qui s’imposent d’elles-mêmes : la couverture du livre et le portrait photographique de l’auteur. Choisissez-en une des deux, ou incluez les deux si vous voulez.

Il a été prouvé que les images qui comportent un visage humain suscitent davantage d’engagement de la part des lecteurs. Si l’illustration de votre bouquin n’inclut pas cet élément, optez plutôt pour votre portrait. Et pas question d’opter la première photo floue, prise en fin de soirée, qui vous tombe sous la main : prenez le temps de prendre un portrait qui vous met en valeur.

Les autres pages

En principe, tout ce que je viens de décrire ici est suffisant. Toutes les informations utiles doivent tenir sur une seule page. Cela ne vous empêche pas cependant d’ajouter des pages supplémentaires à votre document. Il faut juste être conscient qu’il y a relativement peu de chance que celles-ci soient lues, donc n’y faites pas figurer des informations essentielles.

Que pouvez-vous y mettre ? Une notice bibliographique plus complète, par exemple, accompagnée d’un nouveau portrait photo, au cas où votre présentation en première page aurait été trop succincte. Vous pouvez également dire deux mots de la maison d’édition (si vous êtes édité de cette manière) et donner un aperçu de sa collection. Si vous êtes l’auteur de plusieurs romans, ou, par exemple, d’essais, ou de pièces de théâtre, qui pourraient retenir l’attention d’un journaliste et lui permettre de vous situer, vous pouvez en inclure la liste, sous la forme d’une brève chronologie. Et puis, pourquoi ne pas inclure un court extrait de votre roman, la première page, par exemple.

La mise en page

Je recommande une mise en page sobre. L’idée, c’est que c’est le contenu qui doit primer, et que celui-ci doit être le plus clair et le plus accessible possible. Donc présentez votre communiqué de presse sur du papier blanc, avec des polices de caractère usuelles et lisibles, et sans rien qui puisse faire diversion par rapport à votre message.

Si l’aspect visuel de votre livre est important, par exemple s’il est illustré, vous pouvez faire figurer cet aspect dans le communiqué. Et puis il faut le reconnaître : parfois, un communiqué original sur le plan visuel va séduire les journalistes et retenir leur attention. Mais c’est plus l’exception que la règle, et si c’est l’option que vous retenez, je vous souhaite d’être sûr de votre coup, parce que ce qui peut séduire peut également agacer.

Le mail

Votre communiqué de presse, c’est un document, idéalement au format pdf, qui va être attaché à un mail. Ce mail est également très important, comme on peut aisément se l’imaginer, puisque c’est lui qui va déterminer si le journaliste ou le secrétaire de rédaction qui en prend réception va décider d’aller plus loin.

Il m’est déjà arrivé d’être en charge de la boîte mail d’une rédaction, et je peux confesser qu’il est rare que l’on passe plus de dix secondes avant de supprimer un courriel ou de le classer pour qu’il soit traité, d’une manière ou d’une autre. Le contenu du message est donc absolument crucial. Il doit contenir toutes les informations essentielles et être incitatif.

Au fond, la manière la plus simple de procéder, c’est de proposer une version alternative du titre et du chapeau de votre communiqué de presse. Tournez les phrases différemment, écrivez le tout comme une lettre, avec les formules de politesse de circonstance, mais pour l’essentiel, tout ce que j’ai dit ci-dessus est valable. Oui, ça n’est pas facile d’écrire le même message deux fois de manière différente, en restant bref et en se montrant courtois, mais prenez malgré tout le temps de le faire, c’est important.

Sur ce mail doivent également figurer vos coordonnées, les mêmes que dans le communiqué, présentées de la même façon. Parfois, les attachements se perdent : si vous faites figurer ces données essentielles dans votre courriel, un journaliste pourra toujours vous contacter, même s’il a égaré votre communiqué de presse. Oui, ça aussi, c’est courant.

Que faut-il en attendre ?

D’un point de vue journalistique, la sortie d’un roman constitue une actualité « froide. » À moins qu’elle ne soit assortie d’un événement, d’une séance de dédicace, d’un vernissage public, rien n’oblige un média à s’y intéresser de toute urgence, ou même dans un temps donné.

Cela signifie que votre communiqué de presse pourrait avoir la vie dure. Il est possible que vous soyez contactés immédiatement par un journaliste enthousiaste. Il est également envisageable que l’on cherche à vous joindre plus tard, peut-être même plusieurs semaines plus tard, une fois que l’actualité se calme et qu’il faut « boucher un trou » dans la publication.

Donc si on ne vous donne pas de retour tout de suite, ça n’est pas forcément fichu. Par contre, il est également très possible que vous n’ayez pas de réaction du tout. Si vous faites parvenir votre communiqué à une quinzaine de médias, estimez-vous heureux d’être contacté en retour par un ou deux d’entre eux. Et préparez-vous à ce que personne ne soit intéressé, malgré tout votre travail. C’est le genre de choses qui arrivent. En tous les cas, ne relancez pas les rédactions : si elles n’ont pas été intéressées la première fois, elles ne le seront pas la seconde, et risquent même de vous coller une étiquette de gêneur.

A qui l’adresser ?

Envoyez votre mail à un maximum de médias, ça ne coûte rien. Constituez-vous une liste d’adresses de contact des rédactions susceptibles d’être intéressées, au plan régional ou national, sans oublier la presse écrite, les radios, les télés, les magazines, les médias en ligne.

En général, on trouve les adresses mail sur les sites web des médias. Dans le cas d’une rédaction qui aurait une rubrique culturelle, envoyez une copie de votre courriel à cette adresse, en plus de l’adresse principale de la rédaction. Et si vous connaissez personnellement un rédacteur qui pourrait potentiellement, selon vous, manifester de l’intérêt pour votre roman, ajoutez-le lui aussi à la liste.

Les médias

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Quand on est autrice et auteur, une fois qu’on est parvenu à écrire et à publier un roman, une des préoccupations suivantes est de communiquer la nouvelle au public, afin d’avoir des lectrices et lecteurs. Eh oui, avouez que ça serait dommage de s’être donné tant d’efforts pour que votre œuvre passe inaperçu. Pour éviter cette tragédie, il faut utiliser tous les moyens à votre disposition afin de crier sur tous les toits que vous existez, votre bouquin aussi, et que, diable, il pourrait devenir, qui sait, le livre préféré de nombreux lecteurs.

Et un ce ces moyens, c’est de faire appel aux médias.

Comme je suis journaliste radio, en-dehors de mon activité d’auteur et de blogueur, je suis idéalement placé pour vous donner quelques astuces dans cette démarche. C’est pourquoi ce billet et les suivants sont consacrés à cette question, et qu’il ne faut surtout pas hésiter à me laisser un commentaire si vous avez une question plus spécifique.

Mais avant de passer aux considérations pratiques, posons-nous la première question qui s’impose : pourquoi, pour un auteur, faire appel aux médias ?

La raison principale, c’est qu’en le faisant, vous bénéficiez de leur audience. À travers eux, votre texte va atteindre leurs lecteurs, auditeurs, téléspectateurs, abonnés, ce qui potentiellement, peut lui donner un retentissement qu’il n’aurait pas sans cette intervention. C’est particulièrement le cas pour la littérature de genre, dont on ne parle traditionnellement que dans des cercles relativement fermés : en passant par la presse, vous pouvez toucher le grand public, ou en tout cas un petit segment. Un article bien tourné, pour le dire autrement, peut augmenter vos ventes.

Obtenir la considération d’un organe de presse reconnu augmente également votre crédibilité : si on parle de votre roman dans les médias, vos démarches auprès des libraires, par exemple, pour organiser des séances de dédicaces, n’en seront que facilitées.

Les journalistes sont exactement aussi paresseux que n’importe qui d’autre

Mais pour que ça fonctionne, il est également nécessaire de comprendre ce qu’un journaliste recherche de son côté. C’est assez différent. Lui (ou elle), a une mission : rapporter l’actualité (artistique ou régionale, selon à qui vous vous adressez). Il a également une rubrique à remplir, ce qui parfois recoupe la même considération, et parfois non. Enfin, comme à peu près n’importe qui, il aimerait parvenir à faire cela sans trop se fatiguer.

Qu’est-ce que ces trois critères signifient pour vous, qui souhaitez que l’on parle de votre livre dans les médias ?

Le premier, le souhait de justesse, de coller au plus près de l’actualité, nécessite que vous plaidiez en faveur de votre roman : il s’agit de le présenter comme une information digne d’être rapportée, qui répond aux préoccupations du public. Nous verrons de manière détaillée comment procéder dans l’article que je consacrerai aux communiqués de presse.

Le deuxième critère, soit la nécessité pour le journaliste de produire du contenu régulièrement pour une rubrique, va influencer le facteur temps. Cela signifie qu’il y a des moments où votre requête sera mieux accueillie que d’autres. Cela peut aussi vouloir dire, étant donné qu’un roman reste d’actualité plus longtemps qu’une exposition ou un festival, qu’un média à qui vous vous êtes adressée peut potentiellement vous recontacter plusieurs jours, voire plusieurs semaines après la première prise de contact. Essentiellement, dès qu’il y a un trou à boucher dans la rubrique, votre roman passe de la catégorie « Mouais, on en parlera peut-être un jour » à « Pourquoi pas aujourd’hui ? »

Les journalistes sont exactement aussi paresseux que n’importe qui d’autre, ce qui est un élément essentiel à comprendre pour qui souhaite faire appel à leurs services. C’est le troisième critère, et il signifie que pour attirer l’attention des médias, il faut leur mâcher le travail : toutes les informations essentielles doivent leur être communiquées de manière synthétique, et si vous pouvez, en leur envoyant un premier mail, déjà leur suggérer à quoi pourrait ressembler leur article, cela augmente vos chances de les intéresser.

Chacun se rend disponible pour l’autre

Là aussi, on verra comment procéder dans un article suivant. Mais retenez ce principe essentiel : si vous n’êtes pas clair, ou que vous n’incluez pas des informations essentielles, comme des numéros de contact, vous diminuer vos chances que l’on parle de votre bouquin. Si le gars ou la fille à qui vous envoyez votre mail doit faire des recherches pour comprendre où vous voulez en venir, il est fort probable qu’il préfère se lancer à la place dans un autre sujet moins coriace. Oui, c’est le principe du moindre effort, omniprésent dans les professions qui doivent travailler vite.

Attention, soyez subtils et ne refermez pas les portes avant que celles-ci ne s’ouvrent. Si, dans votre approche, vous donnez l’impression que le journaliste vous doit quelque chose et qu’il est donc normal qu’il parle de vous, ou que vous connaissez mieux son métier que lui-même et que vous allez donc lui dire quand et comment évoquer votre roman, votre message va terminer immédiatement dans la corbeille de son ordinateur. En plus d’être paresseux, un journaliste est un être fier. Il n’apprécie pas que des inconnus viennent lui dicter sa conduite. Vous êtes là pour leur soumettre une suggestion qui n’engage à rien, pas pour leur imposer quoi que ce soit.

Dans une démarche d’approche des médias telle que celle que je décris ici, il y a un échange implicite : chacun y trouve son intérêt, et chacun se rend disponible pour l’autre. Le journaliste accepte de vous consacrer un peu de son temps, et en échange, il faut que vous libériez un peu du votre. S’il a besoin de vous poser des questions au téléphone, aménagez le temps qu’il faut ; s’il veut vous voir pour enregistrer vos réponses ou tourner un sujet vidéo, n’ergotez pas sur le moment du rendez-vous ; s’il vous pose des questions que vous jugez idiotes, faites preuve de patience et de compréhension, même s’il faut s’y reprendre à plusieurs fois pour que vous vous fassiez comprendre. Et attention, c’est important : si vous communiquez votre numéro de téléphone à un journaliste, il faut répondre quand il vous appelle. Pas sûr que vous ayez une seconde chance.

Parce qu’au fond, c’est ça, interagir avec un journaliste : une conversation, dans un cadre précis, sur un sujet qui vous tient à cœur, et qui, si elle se passe bien, peut mener à de nombreuses autres conversations encore plus fructueuses.

 

Kocmoc – un jeu de rôle META

kocmoc twitter

Après avoir partagé ici la dernière version de mon système de jeu de rôle META, je suis très fier de vous présenter le premier jeu qui en est tiré: « Kocmoc – aventures dans un avenir soviétique. » Cela fait deux ans que je travaille dessus – avec de longues pauses au milieu – mais des versions antérieures de ce jeu existent depuis plus d’un quart de siècle.

« Kocmoc » est un jeu de space opera rétrofuturiste qui présente un futur où l’Union soviétique part à la conquête de l’espace. Vous pouvez le télécharger, le lire, y jouer, le partager, librement et gratuitement, pour autant que vous n’y apportiez pas de modifications et que vous mentionniez la source.

💾 Télécharger Kocmoc

Si vous n’êtes pas amateur de jeux de rôles, notez que le document contient une courte nouvelle de science-fiction, entre les pages 6 et 10.

META: règles élémentaires pour jeux de rôles

meta logo

Quand le travail et la vie de famille me laissent un peu de temps, j’écris des romans. Quand les romans me laissent un peu de temps, je rédige des billets sur ce blog. Quand ce blog me laisse un peu de temps, j’écris des jeux de rôles.

Vous trouverez ici la toute nouvelle version de mon système de règles élémentaires pour jeux de rôles, META, dont j’ai déjà partagé une ancienne version autrefois. Vous pouvez le télécharger, le lire et le partager sans frais, pour peu que vous n’y apportiez pas de modifications. Toutes les remarques sont les bienvenues.

META: règles élémentaires pour jeux de rôles

Dans quelques jours, sur ce blog, je publierai le tout premier univers de jeu pour META, qui s’appelle « Kocmoc, aventures dans un avenir soviétique. »

La boîte à outils pour vos descriptions

blog le petit plus

Réunir en un seul endroit une série de mots qui peuvent être utilisés pour décrire une émotion ou une expérience sensorielle, et assortir tout ça de conseils pour réussir ces descriptions dans un cadre romanesque : c’était la raison d’être d’une série d’articles publiés sur ce blog ces dernières semaines.

Il s’agissait d’articles-outils, de références à consulter en fonction plutôt que des billets à lire pour le plaisir ou pour élargir ses horizons, raison pour laquelle il m’a semblé nécessaire de les regrouper ici. Vous trouverez ainsi des liens vers chacun des articles de la série, ce qui vous permettra de les redécouvrir, et surtout de tout retrouver en un seul signet, dans l’attente du moment où vous en aurez besoin.

Décrire les émotions

La peur

La tristesse

La joie

La colère

La honte

Décrire les sens

La douleur

Le plaisir

Le toucher

L’odeur

Le goût

Le bruit

 

Décrire la honte

blog décrire la honte

Le vocabulaire de la honte présente une double nature. Il touche naturellement à la honte ressentie, mais également aux actes qui inspirent ce sentiment, en deux mots, aux comportements honteux. On a d’un côté, tout un champ sémantique touchant à la culpabilité, et de l’autre, des mots liés à l’avilissement. Dans les listes qui suivent, j’évoque donc les deux à la fois : tout ce qui touche à la sensation de honte et ce qui a trait à ses conséquences.

Et voici qui clôt la série d’articles « boîte à outils », que j’ai posté sur mon blog, et dont la raison d’être est de vous aider à décrire les émotions et les sensations des personnages de vos romans. Avec la honte, je complète la liste des sujets que je souhaitais aborder. Cela dit, si vous avez des suggestions d’éléments narratifs qui pourraient être traités de la même manière, n’hésitez pas à me les suggérer, et j’envisagerai de les traiter à leur tour.

Verbes

Abâtardir, affoler, agiter, alarmer, altérer, assaillir, avilir, bouffer, chagriner, chiffonner, consumer, contrarier, corroder, corrompre, déchoir, déconsidérer, dégénérer, dégrader, dépraver, désespérer, déshonorer, détruire, dévaluer, dévaster, dévorer, diminuer, discréditer, embarrasser, émouvoir, enlaidir, entamer, ennuyer, épuiser, éroder, gangréner, gâter, grignoter, habiter, halluciner, hanter, harceler, humilier, lanciner, languir, miner, morfondre, obséder, posséder, préoccuper, profaner, ravager, remuer, ruminer, salir, saper, soucier, souiller, submerger, tarabuster, tenailler, ternir, titiller, torturer, tourmenter, travailler

Noms

Abaissement, abjection, abomination, affection, agitation, alourdissement, angoisse, auto-accusation, autopunition, avilissement, bassesse, bouillon, bourbier, cafard, charge, chiendent, complication, confusion, consternation, contorsion, contrainte, contrariété, culpabilité, déchéance, défaillance, dégoût, dégradation, désagrément, désarroi, déshonneur, difficulté, doute, embarras, embêtement, embrouillamini, embrouillement, embûche, émotion, enchevêtrement, encombrement, engorgement, ennui, entrave, esbroufe, étourdissement, faiblesse, faute, gêne, hésitation, humiliation, ignominie, impasse, incertitude, incommodité, inconvénient, indignité, indisposition, infamie, malaise, mal-être, malheur, manque, marasme, nausée, obstacle, obstruction, opprobre, panade, péché, peine, pesanteur, pétrin, répugnance, regret, remords, repentir, scandale, scrupule, souffrance, tension, timidité, tourment, tracas, trouble, turpitude, vergogne, vilenie

Adjectifs

Affligé, avili, avilissant, bas, confus, consterné, contrit, coupable, crucifié, décomposé, déconfit, décontenancé, dégoûté, désemparé, ébahi, écœuré, embarrassé, gêné, humilié, ignoble, ignominieux, hanté, honteux, humilié, immonde, immoral, impur, inavouable, indigne, infâme, inqualifiable, lâche, mauvais, méprisable, misérable, mortifié, obscène, outragé, pantois, penaud, piteux, répugnant, révoltant, repentant, sale, sordide, soumis, turpide, vergogneux

Prendre des notes

Pour une fois, cela peut s’avérer délicat de vous faire l’observateur de vos états émotionnels, en ce qui concerne la honte. Alors que tout le monde fait à un moment ou à un autre l’expérience de la joie ou de la tristesse, certains tempéraments traversent l’existence sans jamais ressentir de culpabilité, ou même de responsabilité pour leurs actions. Il y en a même parmi ceux-là qui parviennent à remporter des élections. Si c’est votre cas, vous allez sans doute avoir beaucoup de mal à décrire cette sensation qui vous est inconnue.

Cela dit, la plupart des gens font à un moment ou à un autre l’expérience de la honte. Certains sont rongés pendant toute leur existence par une erreur qu’ils ont commise il y a des années ; d’autres se sentent coupables quotidiennement d’avoir été menteurs, paresseux, colériques, peu fiables ; pour d’autres encore, à la rigueur morale inflexible, la honte est leur état normal, une soupe corrosive dans laquelle ils baignent en permanence.

Prenez note des multiples nuances de la honte, de la manière dont celle-ci se manifeste et de ses causes, et vous pourrez transmettre ce sentiment désagréable à vos personnages – en tout cas, ceux qui sont dotés d’une boussole morale (ou d’un penchant naturel pour l’affliction).

Une émotion durable

De toutes les émotions, la honte est probablement celle qui a le plus d’endurance. Un individu peut avoir honte d’un de ses actes pendant toute sa vie, et être confronté à ce sentiment chaque fois qu’il rencontre une situation similaire. À moins de faire un travail sur soi pour se débarrasser de la culpabilité, rien ne vient jamais boucler la boucle et cette désagréable sensation se manifeste encore et encore, comme une fièvre tropicale. Alors que la joie et la colère finissent par retomber, alors que la peur ou la tristesse se transforment, la honte ne fait que s’en aller et revenir, immuable et indestructible.

Et ça, cela concerne uniquement les cas où l’on a honte de ce que l’on fait. Certaines personnes ont honte de ce qu’elles sont, ou d’un aspect spécifique de leur personnalité ou de leur physionomie, et font l’expérience de ce dégoût en permanence, jusqu’à ce que cette émotion s’intègre pleinement à leur personnalité.

Suivre le cheminement d’un personnage hanté par la honte, et qui parvient éventuellement à s’en libérer, peut constituer une piste intéressante pour un auteur.

Le mot juste

Comme toujours, il faut être attentif à rester proportionné dans le descriptif des émotions. La honte ressentie par un enfant qui a chipé une pièce de monnaie sur la table de la cuisine ne se décrit pas avec les mêmes mots que celle du professionnel qui s’est rendu responsable d’un accident de chantier qui a coûté la vie à plusieurs personnes.

De même, il convient de distinguer le vocabulaire de la honte ressentie par un individu de celui qui décrit ses conséquences sociales. On ne décrira pas avec les mêmes mots le ressenti de quelqu’un qui a commis une grave erreur en public et celui des gens qui portent désormais un regard négatif sur lui.

Décrire le bruit

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Rien que le mot en lui-même dérange, évoque le vacarme. Pourtant, quand on parle de « bruit », c’est tout la gamme des perceptions auditive que l’on évoque, du plus feutré jusqu’au plus tapageur, du plus harmonieux au plus dissonant, du ronronnement réconfortant de la machine à laver jusqu’au crissement crispant des essieux sur les rails de chemin de fer. L’ouïe est un fidèle allié des romanciers, un sens qui permet de donner du corps aux descriptions, de leur conférer une dimension supplémentaire, souvent plus viscérale et instinctive que ne l’est l’aspect visuel. C’est pourquoi les guides de conseils à l’écriture suggèrent aux auteurs en herbe de davantage en tenir compte dans les descriptions.

Le bruit, c’est le sens de l’indéfinissable, et donc du suspense : nous, les humains, sommes plus efficaces pour localiser les sources des sons qui nous entourent que pour les identifier. Ce raclement à la fenêtre, est-ce le bruit d’une branche qui frotte la vitre ou quelque chose de plus sinistre ? Il arrive que le bruit nous renseigne de la présence ou de l’arrivée d’un phénomène mais qu’on ne parvienne pas à en avoir le cœur net avant d’avoir une confirmation visuelle.

Le bruit est aussi un sens spatial, réellement tridimensionnel. Notre cerveau est conçu pour localiser la source d’un son dans l’espace qui l’entoure, et donc de lui attribuer un cap et une distance. Percevoir un son, c’est également comprendre si celui-ci s’approche ou s’éloigne, et à quelle vitesse. Cet aspect 3D peut venir enrichir les descriptions et aider un romancier à esquisser à quoi ressemble l’espace qui entoure ses personnages.

Comme toujours dans les articles de cette série, n’hésitez pas à me suggérer des termes liés à la description des bruits mais qui ne figureraient pas dans les listes ci-dessous.

Verbe

Aboyer, ahaner, battre, bêler, beugler, brailler, braire, bramer, bruire, chahuter, chanter, chuchoter, claquer, couiner, craquer, crépiter, criailler, crier, croasser, éclater, (s’)écrier, (s’)égosiller, (s’)époumoner, exploser, feuler, gémir, gargouiller, gazouiller, glapir, grésiller, grincer, grogner, gronder, hoqueter, huer, hululer, hurler, meugler, mugir, murmurer, pépier, piailler, plaindre, résonner, retentir, ronfler, ronronner, rugir, siffler, sonner, soupirer, striduler, taper, tinter, tonner, vagir, vociférer

Noms

Aboiement, agitation, ahanement, babil, barouf, bastringue, battage, battement, borborygme, bordel, boucan, bourdonnement, brouhaha, bruissement, cacophonie, canard, cancan, chahut, chambard, charivari, chuchotement, chuintement, clamer, clapotis, claquement, cliquetis, coup, crépitement, craquètement, craquement, cri, crissement, déclic, déflagration, détonation, écho, éclat, explosion, fanfare, foin, froissement, gémissement, gargouillis, gazouillis, glouglou, grabuge, grésillement, grincement, grognement, grondement, hoquet, huée, hululement, hurlement, impact, mugissement, murmure, musique, parasites, pétarade, pétard, pétillement, potin, raffut, râle, ramdam, remue-ménage, résonance, ronflement, ronron, ronronnement, roulement, sifflement, son, sonnerie, souffle, soupir, stridulation, tapage, tapement, tintamarre, tintement, tintouin, tohu-bohu, ton, tumulte, turbulence, vacarme, vagissement, vent, vocifération, voix

Adjectifs

Acéré, affreux, aigu, assommant, assourdissant, avant-coureur, bavard, beuglard, braillard, bref, bruyant, charmant, comique, continu, continuel, criard, désagréable, distinct, éclatant, effroyable, égrillard, énorme, épouvantable, étourdissant, étrange, extraordinaire, faible, familier, fatiguant, formidable, fort, fracassant, grave, grondeur, harmonieux, horrible, hurleur, importun, inattendu, incessant, infernal, intrusif, joyeux, léger, lointain, lugubre, mauvais, métallique, monotone, mugissant, mystérieux, perçant, plaintif, profond, rauque, récurrent, résonnant, retentissant, ronflant, sec, sinistre, sonore, soudain, sourd, strident, stridulent, suraigu, tapageur, terrible, tonitruant, tumultueux, vague, violent, vociférant

Onomatopées

Badaboum, bam-bam, bamf, bang, bing, blam, boing, boum, broum, bzoing, bzzz, clac, clap-clap, clic, crac, criiii, ding, ding-dong, driiiiing, fsshhh, flap-flap, froutch, glouglou, gzzzzzt, kof-kof, kssss-kssss, paf, pan, pchhhh, pimpon, ping, plic-ploc, plif, plouf, pof, pop, pschiiiiit, ratatata, scrrr, scratch, schlak, scrotch, scrunch, smack, snikt, splash, tic-tac, toc-toc, ttschopp, tuuuut, vlan, vroum, vrrrrr, whammo, whoooouuuu, zzzzrt, zzzz

Prendre des notes

Le grand avantage avec le bruit, dans la perspective d’un romancier, c’est que nous sommes perpétuellement entourés de sons en tous genres. Alors qu’avec les émotions, il est nécessaire d’attendre que celles-ci se manifestent pour en prendre note et nourrir notre vocabulaire spécifique en se basant sur cette expérience, avec les sons, nous sommes constamment bombardés d’exemples.

C’est une aubaine. Profitez-en donc pour tendre réellement l’oreille vers les bruits qui vous entourent et cherchez, pour vous exercer, à les transcrire en mots. Mieux : pourquoi ne pas tenter le coup de consacrer toute une journée à se montrer attentifs aux sons en tous genres, des plus infimes aux plus perçants, afin de voir de quelle manière ceux-ci s’invitent dans notre espace sensoriel et sous quelle forme on peut les inclure dans un contexte romanesque.

Le mot juste

Comme les humains sont perpétuellement entourés de sons, ils ont développé un vocabulaire d’une grande précision pour les décrire. Il est donc important de ne pas faire n’importe quoi, parce que sinon, on tombe vite dans le non-sens. Non, si vous frappez un rocher, celui-ci ne va pas « tinter », et le plus farouche des moineaux ne va jamais « rugir. » Si vous avez un doute, consultez les définitions, et si réellement vous souhaitez détourner un terme pour lui faire dire autre chose que ce qu’on attend, faites-le en toute connaissance de cause.

Des croisements

Décrire un bruit, cela consiste à choisir le mot juste. Mais parfois, dans sa fantaisie, un écrivain va souhaiter s’écarter un tout petit peu des définitions du dictionnaire pour adopter un style plus libre et plus métaphorique. Il n’y a pas de mal à ça. En particulier, il est possible d’obtenir de très bons résultats en croisant les bruits vocaux, produits par l’homme ou par des animaux, et les bruits non-vocaux, générés par des objets.

Ainsi, n’hésitez pas à décrire le son que produit un trolleybus au démarrage comme un « hululement », ou, à l’inverse, à décrire la voix d’un des personnages de votre roman comme « un grincement. » Il est possible de réussir d’autres types de mélanges et d’usages de mots à contre-emploi, mais disons que ce mélange entre le vivant et le non-vivant recèle des trouvailles très riches.

Des mots qui font du bruit

Mots qui cherchent à imiter, en toutes lettres, des sons qui ne sont pas nécessairement produits par la voix humaine, les onomatopées sont des éléments dont on ne réalise pas toujours qu’ils figurent au vocabulaire officiel de la langue française. Pourtant, « bang », « grrrr » ou « zzzzz » sont des mots à part entière, compréhensibles par chacun et qu’il ne faut pas avoir peur d’utiliser. Ça n’est pas sale ! En plus, ils offrent une manière très originale de décrire une sensation auditive, en en intégrant une approximation, un fac-similé, directement dans le texte.

Donc n’hésitez pas à faire preuve d’audace et explorez ce champ avec intérêt. Oui, on peut très bien inclure dans un roman une phrase comme « En pénétrant dans la pièce, il ne perçut qu’un hmm électronique dont il ne parvint pas à identifier l’origine » ou « La proue produisit un grand crac en percutant le ponton. »

Ci-dessus, vous trouvez une liste d’onomatopées ordinaires, mais ce ne sont que des exemples et n’hésitez pas à en inventer de nouvelles en fonction de vos besoins.

De manière plus discrète, vous pouvez également souhaiter jouer sur les allitérations et la musicalité des mots pour appuyer l’évocation des bruits au sein d’un texte. Un verbe comme « fracasser », par exemple, contient déjà des sons qui évoquent les bruits associés à sa signification. Le lecteur ne sera pas nécessairement conscient de ce que vous faites, mais inconsciemment, cela peut avoir une influence sur la manière dont il reçoit votre histoire.

⏩ La semaine prochaine: Décrire la honte

Décrire la colère

décrire la colère

On pourrait croire que la colère est une émotion élémentaire, qui s’apparente à une explosion de rage, bruyante et intense et de courte durée, mais il suffit de s’interroger quelques instants pour réaliser qu’il existe des colères larvées et de longue durée, des colères intériorisées, des colères destructrices, des colères théâtrales et presque comiques. En tant qu’auteur, vous avez toute une gamme de possibilités avec lesquelles vous pouvez jouer.

Comme dans tous les articles de cette série, les listes et les conseils ci-dessous sont destinés à vous y aider. N’hésitez pas à me proposer des suggestions pour étoffer tout ça.

Verbes

(S’)affliger, (s’)agacer, (s’)agiter, (s’)aigrir, attaquer, blesser, bouder, bouillonner, (se) brouiller, (se) cabrer, chagriner, chiffonner, contrarier, courroucer, crier, criser, déblatérer, déchaîner, désappointer, détester, désobliger, embêter, (s’)émouvoir, s’emporter, ennuyer, enrager, (s’)exciter, exaspérer, exploser, (se) fâcher, (se) formaliser, (se) froisser, fulminer, geindre, grogner, gronder, gueuler, haïr, heurter, humilier, hurler, (s’)impatienter, (s’)indigner, indisposer, injurier, (s’)irriter, invectiver, maugréer, mécontenter, (se) mettre en colère, meurtrir, mortifier, nuire, offenser, offusquer, pester, piquer, protester, rager, réclamer, révolter, refroidir, ronchonner, rouspéter, ruer (dans les brancards), tempêter, tonner, (se) tourmenter, ulcérer, (se) venger, vexer

Noms

Acharnement, amertume, agitation, agressivité, aigreur, algarade, animosité, atrabile, bile, bouffée, bouillonnement, bourrasque, brutalité, colère, coup de sang, courroux, crise, déchaînement, démangeaison, démence, démesure, dépit, ébullition, effervescence, égarement, émotion, emportement, exaltation, exaspération, excitation, explosion, fâcherie, férocité, feu, folie, foudre, frénésie, fulmination, fureur, furie, grogne, haine, hargne, humeur, hystérie, impatience, indignation, irascibilité, ire, irritabilité, ivresse, manie, mécontentement, ouragan, passion, possession, querelle, quérulence, rage, rancœur, rancune, représailles, ressentiment, rogne, scène, surexcitation, susceptibilité, tempête, vengeance, violence

Adjectifs

Agressif, aigre, âpre, ardent, atrabilaire, belliqueux, bouillant, bouillonnant, brusque, brutal, cassant, chaud, coléreux, colérique, convulsif, criard, cru, cruel, dangereux, déchaîné, dément, démesuré, difficile, effréné, emporté, énergique, enflammé, enragé, excessif, explosif, extrême, farouche, fébrile, féroce, fiévreux, fou, fougueux, frénétique, fulgurant, fulminant, funeste, hargneux, immodéré, impétueux, impulsif, injurieux, intense, intraitable, irascible, irritable, orageux, outré, passionné, perçant, pétulant, poignant, rageur, rude, sanguinaire, sauvage, sectaire, tempétueux, terrible, tranchant, véhément, vif, vigoureux, violent, virulent, volcanique

Types de colère

Auguste, beau, brusque, bruyant, céleste, concentré, contagieux, contrôlé, coriace, démonstratif, dévastateur, dérisoire, divin, douloureux, effroyable, épouvantable, éternel, étouffé, excessif, extrême, fameux, faux, feint, flamboyant, forcé, fou, fraternel, frivole, froid, gesticulant, grandissant, honteux, imbécile, impétueux, implacable, impuissant, inconstant, incontrôlable, injuste, inouï, intérieur, irrationnel, ivre, jaloux, juste, majestueux, maîtrisé, maniaque, maternel, mou, naissant, noble, odieux, opiniâtre, opportuniste, orageux, paternel, pathétique, pernicieux, perpétuel, populaire, profond, puéril, rationnel, redoutable, rentré, ridicule, risible, royal, sacré, saint, secret, sot, soudain, sourd, subit, tenace, terrible, triste, tu, vain, vengeur, vif, violent

Manifestations de la colère

Bafouillement, bégaiement, cœur qui bat plus vite, comportement agressif, comportement d’écartement, comportement de fuite, cri, dents qui grincent, dents serrées, éclairs dans les yeux, élever la voix, frapper le pied par terre, frapper du poing sur la table, frisson, gorge serrée, maux d’estomac, maux de tête, mouvements frénétiques, mouvements rapides, mouvements secs, objets brisés, mâchoire crispée, poings serrés, postillons, pupilles dilatées, respiration lourde, rouge aux joues, sensation de chaleur, sourcils froncés, transpiration des paumes, tremblements, yeux injectés de sang

Prendre des notes

Ce qui est intéressant avec la colère, c’est qu’elle se manifeste de plein de manières très différentes en fonction des individus et des circonstances : certains crient et deviennent violents, d’autres au contraires se figent et parlent plus calmement que d’habitude, alors qu’il y a aussi des gens qui sont si bouleversés qu’ils fondent en larmes et perdent tout contrôle sur eux-mêmes. La colère est un bon révélateur de la nature d’un personnage, et en particulier de ce qui arrive lorsqu’on franchit ses limites. Elle permet de distinguer les sanguins des cérébraux, les lymphatiques des cyniques.

Il est donc plus important encore que pour les autres émotions de chercher à se constituer une bibliothèques d’impressions de la colère, non seulement en puisant dans votre vécu à vous, mais dans les réactions de ceux qui vous entourent. La colère est très subjective, c’est un théâtre du cœur, et on est constamment surpris par la manière dont elle s’exprime chez certaines personnes. Votre personnage, furieux, va-t-il briser la table, parler très fort, boire un verre et s’en aller, pleurer des larmes de rage, frapper la personne la plus proche ? Même les plus petits détails peuvent donner à ce type de scène le vernis de la vraisemblance.

Se servir du décor

Si l’expression de la colère se prête à des scènes spectaculaires et très chargées émotionnellement, c’est aussi parce que les gens furieux ont tendance à se servir de tout ce qui passe à leur portée pour exprimer leur émotion. Parfois, cela donne à penser que le sentiment de colère est une explosion intérieure, qui peut se transmettre aux choses et aux personnes environnantes.

Pour un auteur, il peut s’agit d’un bon angle d’attaque pour la décrire. Plutôt que de chercher à entrer dans la tête de celui ou celle qui s’enrage, prenons note de ce qu’il fait de ses mains et de ses pieds. Il peut renverser une table, faire chuter des objets, saisir quelque chose de fragile et le projeter contre un mur, donner un coup de pied contre le mobilier ou une porte, il peut effrayer le chat ou faire s’envoler des oiseaux, faire sursauter ceux qui se trouvent autour de lui, leur donner envie de se protéger avec les bras ou de s’enfuir, cracher par terre, presser accidentellement le bouton qui enclenche un compte à rebours dévastateur, tirer avec un pistolet et blesser quelqu’un (ou se blesser lui-même), détruire un objet unique et essentiel à l’intrigue, etc…

Un moteur de l’action

Comme on peut le comprendre à travers les exemples ci-dessus, la colère constitue un excellent moyen d’accélérer l’action et de causer un accident lourd de conséquences ou de faire en sorte que l’irrémédiable soit commis. Un personnage en proie à la colère va négliger quelques instants ce qui pourrait être ses priorités, et endommager des objets précieux ou se brouiller avec un personnage important.

Une scène de ce genre, placée au début d’une histoire, peut servir de point de départ à l’arc narratif d’un personnage. La colère lui a fait commettre une erreur aux proportions monumentales, ce qui engendre une autre émotion, la honte. Que va devoir accomplir ce personnage pour racheter ses fautes ? Cela peut être le point de départ de toutes ses aventures.

Le mot juste

Comme d’autres émotions, la colère s’exprime par degrés, et en tant qu’auteur, il est important de choisir les bons mots pour décrire ce que vous avez en tête. Entre une légère irritation et une fureur totale, il y a toute une gamme de possibilités, à vous de choisir celle qui fonctionne le mieux pour votre histoire.

Une dimension supplémentaire, lorsque l’on parle de la colère, c’est que l’émotion ressentie et la manière dont elle s’exprime ne sont pas nécessairement de la même intensité. Certaines personnes ont beau être furieuses, elles gardent tout à l’intérieur, et leur colère n’est perceptible qu’à travers quelques indices discrets, alors que d’autres en font des tonnes même pour une colère de relativement faible amplitude.

⏩ La semaine prochaine: Décrire le bruit

Décrire le plaisir

blog décrire le plaisir

Écouter un concerto, se faire masser les pieds, jouer avec ses enfants, faire un tour sur les montagnes russes, fumer une cigarette, lire un bon roman : les sources de plaisir sont innombrables. Un être humain, en tout cas par moments, fonctionne comme une machine à rechercher cette récompense qu’est le plaisir, une sensation agréable et de courte durée qui prend des formes différentes et s’incarne dans les activités les plus diverses.

Malgré cela, lorsqu’on se contente de parler du « plaisir », sans y ajouter de précision, on pense en premier lieu au plaisir sexuel, le plus vif et le plus viscéral d’entre tous, sans doute, et celui, en tout cas, auquel tous les autres sont comparés. Je vous renvoie pour approfondir cette dimension au billet que j’ai rédigé sur cette question.

Face à cette multiplicité de stimuli différents, et les réactions qui vont avec, le plaisir est un objet littéraire qui peut se révéler coriace. Difficile d’unir toutes ses manifestations dans une seule démarche littéraire, et il n’y aurait pas grand-chose à gagner à le tenter. C’est pourquoi les listes de mots ci-dessous, et les quelques conseils qui les accompagnent, sont concentrés sur les plaisirs sensuels, plutôt que sur les plaisirs esthétiques ou intellectuels. On y trouvera une forte résonance sexuelle, mais la plupart de ces mots peuvent être utilisés dans d’autres contextes.

Verbes

(S’)Abandonner, affectionner, aimer, anéantir, apprécier, approuver, baiser, basculer, bénéficier, branler, chavirer, décharger, déguster, (se) (se) délecter, désorienter, dévorer, (se) donner, éjaculer, enfiler, festoyer, foutre, fricoter, (se) gargariser, (se) goberger, goûter, jaillir, jouir, juter, lécher, manger, manipuler, masturber, mettre, offrir, pénétrer, (se) perdre, posséder, plaire, (se) pourlécher, profiter, (se) ravager, régaler, (se) réjouir, renverser, ressentir, saillir, savourer, (se) soulager, subir, toucher, trembler, tressaillir, vénérer

Noms

Abandon, agrément, aise, émotion, amour, amusement, appétit, baise, bien-être, bonheur, charme, coït, concupiscence, contentement, coup, cyprine, délectation, délice, désir, détachement, distraction, divertissement, don, effet, éjaculation, épicurisme, euphorie, félicité, fantaisie, friandise, gaieté, hédonisme, impudicité, jeu, joie, jouissance, lascivité, libido, lubricité, luxure, oubli, orgasme, paillardise, récréation, ravage, ravissement, régal, réjouissance, satisfaction, séisme, sensualité, soubresaut, spasme, sperme, tonnerre, transcendance, tremblement

Adjectifs

Affriolant, agréable, amène, amusant, appétissant, attirant, attrayant, bien, bon, chouette, commode, confortable, délectable, délicat, délicieux, doux, empressé, enchanteur, engageant, enivrant, euphorique, excitant, exquis, facile, fascinant, gourmand, gracieux, harmonieux, heureux, impertinent, incommensurable, indicible, indispensable, ineffable, joli, joyeux, léger, ordinaire, phénoménale, plaisant, quotidien, récréatif, réjouissant, ravissant, riant, savoureux, séduisant, sensible, splendide, suave, subtil, succulent, sympathique, tactile, vivable, urgent

Prendre des notes

Personne ne prétendra que le travail d’écrivain est constamment harassant. Ainsi, je vous encourage ici à rechercher le plaisir et à tenter de le capturer en mots, lorsque vous en faites l’expérience, afin de vous constituer une bibliothèque personnelle d’images. N’allez pas sortir complètement du moment pour autant, mais enfin ça peut être salutaire de mener une veille de ce genre-là.

Explorez également les frontières du plaisir : à quoi ressemble la sensation de l’arrivée du plaisir, de son anticipation, des moments qui lui succèdent. Que ressent-on lorsqu’on est privé d’un plaisir que l’on recherche sur une durée prolongée, et de quelle manière est-ce que cela se manifeste ? Tout cela, vivez-le et écrivez-le. Personne ne peut prétendre à l’universalité, surtout dans un domaine comme celui-ci, mais un peu de vécu peut apporter beaucoup de vraisemblance à un roman.

Le mot juste

Il y a des plaisirs diffus, des plaisirs menus, presque imperceptibles, qui nous font sourire. Et puis il y a ceux qui nous font hurler et dont l’expérience nous change. Entre les deux, toutes les intensités, toutes les variétés sont possibles.

Il est particulièrement important de sélectionner un vocabulaire adapté lorsque vous décrivez un moment de plaisir vécu par un de vos personnages. En particulier, prenez garde de faire preuve de mesure. On a vite tendance à donner dans l’emphase, lorsqu’on parle de plaisir, et à décrire une sensation comme « la plus puissante » qu’un personnage « avait ressentie de sa vie. » La métaphore est faible, déjà parce qu’il s’agit d’un cliché, mais surtout parce qu’il est bien rare, dans la vie réelle, de classifier ainsi ses expériences. Lorsque vous vous régalez au restaurant, allez-vous vraiment situer votre plaisir culinaire sur l’échelle de tous vos autres repas ? C’est peu probable.

Le pays des métaphores cucul

Le plaisir, il faut également le noter, c’est le pays des métaphores cucul. On a déjà eu l’occasion d’en parler dans mon billet intitulé « Écrire le sexe« , mais c’est valable de manière plus générale pour toutes les expériences sensuelles. Peut-être parce qu’on est embarrassé par le sujet, peut-être parce qu’on souhaite faire ressentir des impressions précises au lecteur, on a tendance à oser, pour décrire les sensations de plaisir, des comparaisons grandiloquentes ou tirées par les cheveux, qui basculent facilement vers le kitsch.

Ce n’est pas la bonne approche. Lorsque vous décrivez le plaisir, faites simple, et surtout, arrangez-vous pour nous faire comprendre au lecteur ce que cette sensation signifie pour le personnage qui en fait l’expérience, cela sera bien plus efficace que d’écrire « Son plaisir était plus intense que mille soleils en fusion. »

Subjectivité du plaisir

Il n’y a pas de plaisir au singulier : il n’y a que des plaisirs, pluriels, aux multiples formes, causes, expressions. Ce qui plait à une personne sera bien différent de ce qui procure des sensations à une autre, et même deux individus qui apprécient les mêmes choses vont les ressentir de manière différente et exprimer leur plaisir sous un mode singulier.

Si le plaisir est une réalité difficile à nier, il échappe toutefois à la taxonomie, à une classification de type scientifique, et ne peut être saisi qu’à travers les filtres multiples d’une subjectivité aux multiples facettes et qui évolue constamment. Le plaisir, en tant qu’objet romanesque, n’est pas un construit intellectuel mais un agrégat d’expériences singulières, qui présentent des points communs mais aussi énormément de différences. Un auteur devrait être capable de s’en servir pour percevoir ce qui fait la substance de ses personnages : celle qui goûte avec les émotions les plaisirs de la table sera différent de celui qui apprécie qu’on le fouette, avec un brin de culpabilité. Peu de choses en disent plus long sur quelqu’un que ce qu’il fait quand il n’y est pas obligé.

⏩ La semaine prochaine: Décrire la colère

 

Podcast: invité du Laboratoire d’écriture

blog le petit plus

Nouvelle expérience : j’ai eu le plaisir et l’honneur d’être un des invités d’Elodie Lauret pour son podcast du Laboratoire d’écriture consacré au noble art du blog.

Je ne peux que vous recommander de l’écouter, d’autant plus que j’y suis entouré de nombreux blogueurs talentueux, et qui, contrairement à moi, semblent savoir de quoi ils parlent (vous trouverez les liens vers leurs excellents blogs sur SoundCloud) Bonne écoute !