Critique : La Grande Maison

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Séduit par la profession, un jeune enseignant suisse romand décide d’entamer une carrière au sein de la Police genevoise, la fameuse « Grande Maison » du titre. A partir de sa formation, on suit son parcours d’inspecteur pendant plusieurs années, émaillé de découvertes, de luttes et de frustrations.

Disculpeur : Lucien est un ami.

Titre : La Grande Maison

Auteur : Lucien Vuille

Editeur : BSN Press

La fiction est un mensonge qui raconte des histoires vraies. C’est aussi, parfois, un masque, qui permet à des auteurs d’aborder des vérités trop brûlantes ou trop douloureuses, en y ajoutant une distance qui permet d’affirmer « Ca ne s’est pas passé exactement comme ça », et d’éviter ainsi de heurter, de s’attirer des ennuis, ou tout simplement, d’échapper à des polémiques qui pourraient, au final, nuire à la lisibilité de leur texte.

Ainsi, « La Grande Maison » est officiellement « un roman qui raconte les premiers pas dans la police d’un jeune enseignant qui devient inspecteur ». Un roman dont le protagoniste porte le même prénom et le même nom de famille que l’auteur, qui a bel et bien été inspecteur au sein de la Police genevoise. On perdrait son temps à s’interroger, dans ces conditions, sur ce qui est vrai ou ce qui ne l’est pas, si certaines anecdotes relatées ont été simplifiées ou vécues par d’autres, si certains personnages ont été renommés ou amalgamés à partir de plusieurs individus bien réels. On ne peut que supposer que tout est vrai, tout ce qui compte, en tout cas, et qui constitue le coeur du récit.

Dans cette optique, « La Grande Maison » fait l’effet d’un coup de poing dans les gencives. Le livre se présente comme un récit constitué d’une série d’anecdotes, présentées dans l’ordre chronologique, vécues par un apprenti policier, lors de sa formation, puis au cours de stages dans différents services. Ce qu’on y découvre, c’est que la police, c’est comme les saucisses : on n’a pas vraiment envie de savoir ce qu’il y a dedans ou comment c’est fabriqué. Dans le cas des forces de l’ordre, tant qu’elles nous assurent une certaine quiétude ou nous éloignent des criminels, nous sommes trop heureux de fermer les yeux sur leur fonctionnement ou ce que cela coûte à celles et ceux qui y travaillent de côtoyer la fange de trop près.

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C’est ça, « La Grande Maison » : l’occasion de découvrir de l’intérieur la violence effarante du système policier, qui semble gangréné par le favoritisme, le racisme, le sexisme et les débordements en tous genres, qui broie et épuise celles et ceux qui y travaillent. Certaines brigades sont présentées comme des clans, voire comme des sectes, et bien souvent, l’obéissance aveugle au chef l’emporte sur toutes les autres considérations. C’est comme si la violence de la rue avait fini par contaminer et par empoisonner l’institution chargée de la combattre.

Le triomphe du livre, c’est qu’il s’interdit d’être démonstratif. Les fait sont présentés dans un langage simple, sans pathos et sans jugement particulier, en-dehors de l’état d’esprit du protagoniste, comme dans un carnet de notes. D’ailleurs, il ne s’agit pas d’un réquisitoire : à tout moment, on comprend ce qui a attiré le jeune inspecteur vers ce métier, et il évoque aussi librement ce qui lui plaît que ce qui lui fait horreur. La lectrice ou le lecteur est laissé libre de penser ce qu’il veut des faits qui sont relatés, et de situer où, pour lui, se situe la limite à ne pas dépasser. Ainsi, le mécanisme qui amène des policiers des stups qui n’ont affaire qu’à des Guinéens à haïr les Africains est décortiqué avec un certain recul. On comprend aussi ce qui peut amener un jeune inspecteur à voir comme une libération l’idée de se faire sauter le caisson avec son arme de service. C’est comme ça, tout simplement, et c’est cette prise de conscience d’une atrocité banale qui font par moment basculer le récit dans l’horreur.

La force du témoignage, la justesse du ton et une construction narrative faussement simple sont les triomphes de ce livre très réussi. On n’a aucune peine à s’imaginer qu’un producteur de télévision audacieux en tire une mini-série poignante un jour. Pour le moment, cela dit, difficile d’imaginer que des images aient autant de puissance que ces mots.

Le titre

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Sur ce site, ces dernières semaines, nous avons exploré diverses formes de résumés littéraires. Pour conclure, je vous propose de nous intéresser au plus bref d’entre tous, que vous avez d’ailleurs toute liberté de ne pas considérer comme un résumé à proprement parler : le titre.

Quoi qu’il en soit, de toutes les versions courtes de votre histoire, le titre est le plus crucial. En parallèle à la couverture, il s’agit du premier élément de votre livre que vos potentiels futurs lecteurs vont voir. C’est aussi ce que vous allez répéter encore et encore en évoquant votre œuvre dans des conversations, en salon, en ligne, et je vous le souhaite, dans les médias.

Un bon titre ne fait pas un bon livre, mais il peut contribuer à son succès et susciter la curiosité et l’envie. Quant à un mauvais titre, il peut à lui seul ruiner toute chance de vendre votre roman. Pour ces raisons, choisir le titre représente une des décisions de marketing les plus importantes de la promotion de votre œuvre.

Parce que ne nous y trompons pas : le titre, ça n’est pas de la littérature, c’est un argument de vente. C’est important de se le mettre en tête, et de ne pas se montrer trop sentimental à ce sujet. Le titre est une des principales portes d’entrée vers votre texte, et plus il est séduisant, meilleures sont vos chances de vendre votre bouquin. Faites preuve de souplesse : si votre éditeur (ou n’importe qui d’autre) a une meilleure idée de titre que celle que vous aviez en tête, changez-en. Oui, même si vous travaillez sur votre manuscrit depuis que vous avez huit ans et que celui-ci n’a jamais eu qu’un seul titre à vos yeux. Le titre, c’est pour les lecteurs et les libraires, pas pour vous faire plaisir à vous.

Une fois qu’on s’est mis cette réalité en tête, il est temps d’examiner les qualités qui font qu’un titre de roman est bon. Ci-dessous, je vous en énumère quatre.

Il attire l’attention

On l’a bien compris, la principale raison d’être du titre, c’est de susciter l’envie. Donc mieux il accomplit cette mission, meilleur il est. Rien n’est pire qu’un titre banal, qui génère l’ennui ou le désintérêt. Ce qu’il faut, c’est prendre lectrices et lecteurs par la pupille et ne plus les lâcher.

Pour cela, les solutions ne manquent pas : vous pouvez vous montrer intéressant, énigmatique, original, provocateur, ou même faire des promesses audacieuses, peu importe. Ce qui compte, c’est que votre titre captive l’attention, et pourquoi pas, la controverse, ou en tout cas le débat. Avertissement : on n’attire pas l’attention de manière positive sans le faire également de manière négative, mais mieux vaut une discussion enflammée que de la tiédeur.

Il est mémorable

Une fois que vous vous êtes fait remarquer, votre objectif numéro 2, c’est qu’on ne vous oublie pas. Il faut que vos lectrices et lecteurs, une fois qu’ils ont appris comment s’intitule votre roman, le gardent en tête pour de bon.

Pour cela, il est au minimum nécessaire que votre titre soit unique : faites en sorte qu’il ne soit pas identique à celui d’un autre livre déjà sorti, ou pire, d’un classique. Il serait mieux qu’on ne puisse pas confondre les deux, d’ailleurs, à moins qu’il ne s’agisse d’un pastiche. Faites quelques recherches si nécessaire.

Votre titre doit être distinctif et rester en tête. Il doit aussi être facile à trouver en ligne, parce qu’à notre époque, c’est un aspect qu’on ne peut pas se permettre de négliger. Pour cela, évitez d’utiliser des termes trop courants dans les romans de la même catégorie que le vôtre.

Il est évocateur

Pour être réussi, votre titre doit représenter le roman. Cela veut dire, pour commencer, qu’il doit évoquer une idée de votre sujet. Ce n’est pas nécessairement crucial pour un livre de fiction, mais cela peut mettre le potentiel lecteur sur la bonne voie et lui indiquer qu’il a affaire à une histoire qui peut être susceptible de l’intéresser.

Être évocateur, c’est aussi être capable de conjurer une image puissante à travers une combinaison de mots bien choisis. Ici, c’est moins le contenu de votre roman que vos compétences d’auteur et votre style qui sont mis en avant.

Il est simple

Dernier critère : un bon titre doit être simple. Mais attention, ici, la définition de « simple » peut être compliquée.

Pour commencer, on doit pouvoir le comprendre, ou en tout cas, ne pas rester avec davantage de points d’interrogation que de points d’exclamation en tête. Les gens ont davantage de facilité à réagir et à garder en mémoire des mots qu’ils connaissent, c’est ce qu’on appelle la fluidité cognitive (ironiquement, « fluidité cognitive » est une expression qui manque cruellement de fluidité cognitive). Un titre incompréhensible ou hors-sujet risque de susciter davantage de confusion que d’intérêt.

La simplicité, c’est aussi trouver un groupe de mots qui ne va pas nous emmener sur les chemins de traverse : prenez garde que votre titre ne constitue pas un jeu de mot involontaire, une référence fortuite à un sujet polémique, et pendant que vous y êtes, prenez garde à ce qu’il ne soit pas embarrassant à prononcer à haute voix.

En règle générale, les titres courts sont les meilleurs. Opter pour un titre constitué de quelques mots, voire d’un seul, revient à simplifier la vie de vos futurs lecteurs, qui pourront plus facilement le comprendre, le mémoriser et même le prononcer. C’est aussi une manière, et ce n’est pas négligeable, de s’offrir un petit supplément de flexibilité pour le design de la couverture.

Attention : un titre constitué d’un seul mot représentait une excellente option à une certaine époque, mais aujourd’hui, un tel choix complique les recherches en ligne et je vous suggère plutôt d’opter pour un titre de deux ou trois mots.

Inspiration

Une fois qu’on a ces critères en tête, on n’a pas encore approché le titre en lui-même. C’est intéressant de savoir à quoi il ne doit pas ressembler, mais au bout d’un moment, il faut se demander dans quelle direction aller. Quelles peuvent être les sources d’inspiration ?

Déjà, qu’on s’en rende compte ou non, il existe des standards en matière de titre, qui sont différents d’un genre à l’autre. Il est important de vous familiariser avec ce qui existe (vos concurrents, pour le dire simplement). Y adhérer a des conséquences positives : en particulier, ça permet au lectorat fidèle d’identifier en un instant à quel type de roman il a affaire. Si le titre est « Chroniques du Dragon », c’est de la fantasy » ; si c’est « L’été dans tes bras », c’est de la romance ; si c’est « Désarticulation de la chevelure du désarroi », c’est de la littérature blanche.

Cela dit, on s’en rend compte en découvrant mes exemples délibérément caricaturaux : les habitudes en matière de titres propres aux genres débouchent souvent sur des clichés. Traquez-les et tordez-leur la tête.

Pour cela, relevez quels sont les mots qui reviennent le plus souvent dans les titres des différents genres, et faites en sorte de ne pas les utiliser vous aussi. Donc évitez les mots « étoiles », « planète » ou les dates dans les titres de romans de science-fiction ; les mots « sang », « nuit » ou « vengeance » dans les titres de polars ; les mots « chronique », « épée » ou « destin » dans les romans de fantasy, etc… Il serait facile mais relativement fastidieux de mener une étude statistique des occurrences les plus nombreuses dans ces différents genres, mais tout auteur familiarisé avec son milieu doit avoir une certaine idée de ce qu’il faut éviter.

Donc comme inspiration, vous feriez bien d’aller puiser à la source, c’est-à-dire votre roman. Une approche consiste à choisir comme titre un extrait du roman. Il peut s’agir d’une phrase récurrente, d’une expression emblématique de votre personnage principal, ou, par exemple, d’une phrase qui colle particulièrement bien avec votre thème (« Pars vite et reviens tard », « Germinal »).

Autre possibilité : partir de votre personnage principal, en particulier si l’histoire est très focalisée sur votre protagoniste. Vous pouvez incorporer son nom dans le titre du roman (« Le journal de Bridget Jones »), ou simplement faire de son nom le titre en entier (« David Copperfield »). Vous pouvez aussi vous servir d’un surnom couramment utilisé dans votre histoire (« Le Grand Meaulnes »), ou d’un descriptif professionnel (« Docteur Zhivago »), ou encore faire du titre un descriptif de votre personnage central, de son apparence, de son rôle dans l’intrigue ou de ses idéaux (« La Dame aux camélias »).

Naturellement, il est possible d’opérer la même manœuvre en partant cette fois-ci du décor de votre roman, si celui-ci est notable et mémorable. Cela fonctionne exactement de la même manière. Vous pouvez adopter le nom du lieu comme titre en lui-même (« Gormenghast », « Dune ») ; l’incorporer à d’autres aspects (« Mort sur le Nil »), ou décrire par une périphrase un des lieux caractéristiques (« La Cité des Saints et des Fous »).

Et même si ça ne saute pas aux yeux, il est même possible de trouver de l’inspiration dans l’intrigue de votre roman, dans sa mécanique narrative. On peut avoir affaire à un titre qui paraphrase le sujet du livre (« La Position du tireur couché »), son thème (« Guerre et paix »), ou un peu des deux (« Cent ans de solitude »). Ou alors vous avez l’option de choisir un titre-question, qui résume et reflète les interrogations soulevées dans votre histoire (« Et si c’était vrai ? »).

Les sous-titres

Encore quelques mots des sous-titres. Ils sont très courants dans les livres hors fiction, par exemple dans ceux qui donnent des conseils (« La semaine de 4 heures – travaillez moins, gagnez plus et vivez mieux ! »). Pour les romans, c’est généralement une mauvaise idée, parce qu’ils alourdissent votre propos sans l’expliciter. A moins d’avoir une idée extraordinaire, renoncez-y.

L’exception, vous l’avez deviné, c’est celle des sagas littéraires, ou le titre de la série agit comme un titre à proprement parler, et le titre du roman, comme un sous-titre. Je le répète ici : n’écrivez pas de saga. Mais si toutefois cette idée étrange vous traversait l’esprit, faites simple. Optez pour un titre de série court, frappant et exempt de clichés, et pour un titre de roman qui se focalise de très près sur l’action de l’histoire en question (« Le Château »/« L’Année de notre guerre », « Millenium »/« Les Hommes qui n’aimaient pas les femmes »).

Critique : Infomocracy

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Comme tous les dix ans, la planète s’apprête à élire ses dirigeants. Sous le nouveau régime mondial de la microdémocratie, le monde a été découpé en territoires de 100’000 personnes, libres de choisir leur forme de gouvernements parmi de nombreuses possibilités, sous la supervision d’Information, une organisation qui a le monopole de l’information au niveau mondial. Impliqués à divers niveaux dans ce processus, trois individus vont naviguer cette élection émaillée de surprises.

Titre : Infomocracy (The Centenal Cycle #1)

Autrice : Malka Older

Editeur : Tor.com (ebook)

« Infomocracy » n’est pas un roman comme les autres. Pour commencer, il s’agit d’un amalgame de plusieurs genres littéraires. Le livre emprunte beaucoup au cyberpunk, offrant des versions revisitées de certains des motifs traditionnels du genre. Comme il consacre beaucoup de place à décrire un système politique qui marche dans l’ensemble plutôt bien, je le situerais aussi dans ce genre presque oublié qu’est la littérature utopique. Enfin, on a affaire sous certains aspects à un thriller politique, à un roman noir, et même, en cherchant bien, à une romance.

Si on ajoute à cela que la structure emmène le lecteur suivre trois protagonistes (plutôt cinq, en réalité), qui tous, parcourent la planète toute entière, présentée comme un gigantesque village où les distances n’ont plus réellement d’importance, on a affaire à un objet littéraire singulier, qui mérite respect et attention rien que pour l’ambition dont il fait preuve.

L’autrice bénéficie d’une longue expérience dans l’aide au développement et l’action humanitaire, et ça se sent. Son parcours confère une grande vraisemblance aux rouages des institutions qu’elle décrit, à la manière dont les efforts des humains se conjuguent, souvent maladroitement et chaotiquement, pour produire un effort commun. Elle décrit avec beaucoup de justesse la culture singulière qui se crée au sein des institutions internationales, et la manière dont les traditions locales se juxtaposent avec les us et coutumes de la société globale.

Autre point fort du livre : la manière délicate dont Malka Older parvient à décrire ses personnages entièrement à travers leurs actions. Pour peu qu’il soit un peu attentif, le lecteur apprendra à connaître ces individus et leurs différences à travers les choix qu’ils prennent ou qu’ils rejettent. Même la place considérable, presque insolite, consacrée à décrire les tenues d’une des protagonistes contribue à nous permettre de comprendre la manière dont elle fonctionne. C’est ici, dans les petites choses, dans les non-dits, les menues complications des relations humaines, que le livre excelle.

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Tout n’est pas aussi convaincant, hélas. Pour l’essentiel, « Infomocracy » est un livre sans enjeux. Pendant le premier tiers du livre, les personnages errent, réagissent aux événements et nous permettent de découvrir leur univers, jusqu’à ce qu’on comprenne que ce qui tient d’enjeux, ici, peut se résumer en « comment des personnages vivent chacun à leur manière une élection ». Cela prive l’histoire de toute tension dramatique. Après cette phase d’introduction, un événement surprenant, une catastrophe naturelle, vient relancer le narratif, mais on s’aperçoit vite qu’il ne s’agit que d’une péripétie, pas du coeur de l’histoire.

Dans la seconde moitié, on s’attache à une tentative de fraude électorale massive, aux multiples rebondissements, et le roman trouve enfin son moteur, mais là non plus, ça n’est pas entièrement convaincant. Les protagonistes enquêtent pour découvrir qui a fait le coup, mais ils ne parviennent jamais à une réponse définitive. Au final, l’histoire est réglée en quelques paragraphes, on nous livre ce qui est l’hypothèse la plus probable sur ce qui est arrivé, et les personnages ne semblent pas trop s’en soucier. Il n’y a que deux protagonistes qui ont un réel impact sur l’intrigue et qui connaissent une évolution en cours d’histoire. Les autres, soit ne servent qu’à illustrer un aspect du décor, soit vivent des intrigues secondaires qui s’étiolent. Peut-être que tout cela est développé davantage dans les deux tomes suivants, mais ce livre-ci se termine comme un pétard mouillé.

Enfin, le roman souffre de ruptures de ton. Pour l’essentiel, il s’agit d’un thriller politique, et tout reste généralement feutré, mais le tout est ponctué de scènes d’action dont on a l’impression qu’elles existent principalement pour conférer un vernis cyberpunk à l’ensemble. Un chapitre où une des protagonistes se bat contre des saboteurs à grands coups de shurikens m’a parue parfaitement grotesque.

Il y a beaucoup de négatif dans cette critique, mais en réalité, j’ai plutôt apprécié « Infomocracy ». L’autrice a du talent, les qualités du livre le rendent attachant, et son univers est fascinant. Ce que j’ai appris des tomes suivants me donne toutefois l’impression que l’histoire s’éloigne des éléments qui m’ont séduit, et je préfère en rester là.

Le blurb

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En 1907, un humoriste américain nommé Gelett Burgess a signé une illustration sur la couverture d’un petit livre, représentant une jeune femme identifiée comme « Mademoiselle Belinda Blurb, en plein blurbage », surmontée par le titre « Oui, ceci est un blurb ! », et accompagné d’un bref résumé du contenu du bouquin.

Par un caprice de l’évolution du langage, ce qui n’était conçu que comme un gag absurde a accidentellement introduit un nouveau mot dans la langue anglaise, toujours si accueillante vis-à-vis des néologismes. Désormais, le mot blurb y désigne un texte de quatrième de couverture.

Comme je l’ai dit récemment sur ce site en évoquant le pitch, utiliser des anglicismes ne fait pas partie de mes habitudes. Je préfère généralement utiliser une traduction, quitte à l’inventer moi-même. Mais le mot « blurb » est amusant à lire et à dire, et il est encore plus rigolo quand on l’associe au mot « pitch ». Je n’y peux rien, je suis faible. Mais ne vous privez pas d’utiliser plutôt le terme correct, qui est tout simplement un « quatrième de couverture ».

Un blurb, c’est quoi ? C’est tout simplement un texte destiné à résumer un livre. Mais contrairement au synopsis, il s’agit d’un condensé beaucoup plus court et même lacunaire, comme on va s’en apercevoir. Et il n’a qu’une seule raison d’être, c’est de provoquer l’acte d’achat de la lectrice ou du lecteur potentiel qui tient le livre dans ses mains.

L’expression « quatrième de couverture » n’est pas très adaptée

Ici, je parle de livres en papier, déniché dans une librairie ou un salon, mais le blurb est également utilisé dans les plateformes de vente en ligne ou dans les sites d’évaluation de lectures comme Goodreads ou Babelio. Généralement, il s’agit exactement du même texte, qui fait donc double emploi. Ce qui, au passage, constitue une raison de plus d’utiliser le mot « blurb », parce que pour décrire un insert promotionnel aperçu sur un site web, l’expression « quatrième de couverture » n’est pas très adaptée, vous en conviendrez.

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Pour être réussi, un blurb doit être court, informatif et incitatif. Je vous propose de nous attarder sur chacun de ces aspects.

Pour commencer, bien sûr qu’il doit être court. Après tout, vous lisez un article d’une série consacrée aux différentes formes de résumés littéraires, donc forcément qu’à un moment ou à un autre, je vais vous suggérer de faire court. Cela dit, il y a plusieurs manières de s’y prendre. En l’occurrence, le blurb est un résumé de votre livre qui est plus long qu’un pitch ou qu’un concept, mais plus court qu’un synopsis. Il contient davantage d’informations que les premiers, mais moins que le dernier. Certaines informations ne doivent pas y figurer, comme par exemple la fin, ou tout coup de théâtre ou retournement de situation qui constitue une surprise pour le lecteur, à moins que cette surprise intervienne tout au début du récit et soit indispensable à la compréhension de l’intrigue. En règle générale, dites-vous que si un élément n’est pas indispensable à votre blurb, c’est qu’il est superflu.

Certains mensonges par omission sont possibles

Un blurb doit aussi être informatif. Après tout, il doit permettre au lecteur de choisir rapidement et en toute connaissance de cause s’il souhaite ou non acheter un roman. Oui, l’auteur va souhaiter que ce texte soit aussi séduisant que possible, mais il doit s’interdire toute forme de mensonge dans le but d’y arriver.

OK, ce n’est pas tout à fait vrai. Certains mensonges par omission sont possibles et probablement judicieux. Le simple fait de ne pas mentionner certains éléments-clés de votre histoire constitue, après tout, une forme de dissimulation. Donc ça, ne vous gênez pas de le faire.

Par contre, votre quatrième de couverture doit être absolument transparent en ce qui concerne le genre dans lequel s’inscrit l’histoire, le type de protagoniste, et se montrer fidèle au ton général du roman. Il s’agit ici d’honorer le contrat auteur-lecteurs, un principe moral selon lequel celui qui souhaite vendre un livre joue carte sur table avec le public, afin de lui permettre de se forger une première opinion. Pas question par exemple de vendre un thriller comme une romance, dans le but de racoler des lecteurs friands d’histoires d’amour. Ce genre de tromperie est un mauvais tour à jouer aux lecteurs, qui s’abstiendront ensuite de lire les romans d’un auteur qui les a trompés sur la marchandise.

Il existe de nombreuses manières de structurer un blurb, mais pour vous donner un point de repère, une structure simple et pratique à utiliser, essayez d’y intégrer obligatoirement les éléments ci-dessous. D’abord, proposez une introduction du personnage principal (ou des personnages principaux, s’ils ne sont pas trop nombreux).

Eroll Pulsar est le dernier survivant du peuple saint des Caïmans Rouges qui régnait autrefois sur l’Amas de Deneb.

Ensuite, évoquez les racines du conflit central, ou de la tension qui sert d’amorce à l’intrigue.

Sous les ordres de son rival, le Contre-Empereur Heinrik Zero, il est emprisonné pour un crime qu’il n’a pas commis et jeté dans une cellule d’Alphatraz, la prison située au cœur d’une supernova.

Enchaînez en évoquant les enjeux liés à ce conflit, enjeux externes pour commencer, mais il n’est pas exclu de mentionner aussi les enjeux internes s’ils sont pertinents.

Parviendra-t-il à s’évader à temps pour empêcher le despote de s’emparer de la Nef d’Antimatière, qui lui donnera le pouvoir de régner sans partage sur la galaxie ? Arrivera-t-il à découvrir ce qui est advenu de ses semblables, et à vaincre la culpabilité qui le tenaille ?

Enfin, expliquez au lecteur pourquoi ce livre est pour eux, pour quelle raison il est impensable qu’ils passent à côté :

Croisement entre Star Wars et les épopées de l’Antiquité, « Les Étoiles cruelles » est une fresque baroque et décadente qui déconstruit les codes du genre et les réinvente pour le 21e siècle.

Comme je l’ai dit, tout cela doit être incitatif, c’est-à-dire que ce petit texte, à lui seul, doit inspirer une envie irrésistible d’acheter le livre. On a incorporé cette dimension dans la dernière partie, mentionnée ci-dessous, mais elle doit être présente dans tout le texte. La première phrase de votre quatrième de couverture est à ce titre particulièrement importante, puisque c’est elle qui va déterminer si le lecteur potentiel poursuit ou non la lecture de votre résumé. Cette première phrase, soignez-la, rendez la passionnante, frappante, marrante, mémorable, débrouillez-vous comme vous voulez, mais elle mérite une attention particulière.

Une vengeance d’une telle intensité qu’elle pourrait déchirer la galaxie…

Si on met tout ça ensemble, ça donne ceci :

Une vengeance d’une telle intensité qu’elle pourrait déchirer la galaxie…

Eroll Pulsar est le dernier survivant du peuple saint des Caïmans Rouges qui régnait autrefois sur l’Amas de Deneb. Sous les ordres de son rival, le Contre-Empereur Heinrik Zero, il est emprisonné pour un crime qu’il n’a pas commis et jeté dans une cellule d’Alphatraz, la prison située au cœur d’une supernova.

Parviendra-t-il à s’évader à temps pour empêcher le despote de s’emparer de la Nef d’Antimatière, qui lui donnera le pouvoir de régner sans partage sur la galaxie ? Arrivera-t-il à découvrir ce qui est advenu de ses semblables, et à vaincre la culpabilité qui le tenaille ?

Croisement entre Star Wars et les épopées de l’Antiquité, « Les Étoiles cruelles » est une fresque baroque et décadente qui déconstruit les codes du genre et les réinvente pour le 21e siècle.

Ça vous donne envie de lire ce livre (qui n’existe pas), vous ? Peut-être pas. Peut-être que la space opera grandiloquente, ça n’est pas votre truc. Mais justement : le but du blurb n’est pas de plaire à tous les lecteurs. Il s’agit d’informer des gens qui existent déjà et qui, sans le savoir, seraient ravis de lire exactement ce genre de bouquin, que celui-ci existe, et que oui, il correspond à ce qu’ils ont toujours rêvé de lire. C’est un missile à tête chercheuse, dont la cible est un type de lectorat très spécifique : le vôtre.

Notez qu’ici, je vous ai présenté une architecture typique pour un blurb, mais que rien ne vous oblige à incorporer ces éléments dans cet ordre. Par exemple, rien ne vous interdit d’entamer la présentation par les enjeux :

Le commissaire Fouchard va-t-il se relever du scandale qui le frappe ?

Ou par un argumentaire :

Le conte du Vilain petit canard devient une romance lesbienne !

Et puis un blurb, ça a du style. Mais pas nécessairement celui que j’adopte depuis le début de cet article, celui de l’aboyeur public, ou du publicitaire sans scrupules, même si cette approche n’est pas inefficace. Une bonne manière de procéder consiste à tenter de coller aux partis-pris de votre roman, qu’ils soient esthétiques ou narratifs. Ainsi, si votre histoire est rédigée à la première personne, pourquoi ne pas faire de même en ce qui concerne le blurb, afin qu’il reflète immédiatement le ton qui va accompagner le lecteur ? Et si votre texte est marrant, émoustillant ou terrifiant, débrouillez-vous pour que le résumé le soit aussi, sans quoi vous risquez de manquer votre cible.

Pour finir, je mentionne encore le pari qui consiste à jeter tout ce que je viens de vous dire à la poubelle, pour partir dans une direction complètement différente. Certains auteurs, par exemple, choisissent, en guise de blurb, de reproduire en quatrième de couverture un extrait du roman particulièrement saisissant. D’autres y voient l’occasion de laisser parler d’autres voix et de citer des critiques. Il y a également l’option, rare mais précieuse, de proposer un texte complémentaire, qui évoque le ton du roman, sans nécessairement en faire partie ou évoquer son contenu. Je me permets ainsi, en guise d’illustration, de vous proposer l’intégralité du blurb du deuxième tome de « Fable », de Lucien Vuille, dont vous pouvez lire une critique ici. À noter que ce roman ne parle pas réellement de dragons. Pourtant, avouez que votre attention est titilléee…

« Jadis il y avait pléthore de ces reptiles géants amateurs d’or.

Aujourd’hui il ne reste plus guère

Qu’une petite dizaine de congénères

Dotés d’écailles de couleurs différentes.

Voici des indications, si la chasse vous tente :

Rouge comme le sang il somnole peut-être sous la Mare du Grand Flétan.

Bleu comme le ciel en été il se repose quelque part où je n’ai pas été.

Blanc comme un œuf frit mais sans le jaune,

Ceux qui le cherchaient dans la neige ont dit « j’abandonne. »

Vert comme un truc qui serait vert il dort sur un tas d’or dans la Cordillière.

Doré comme l’aiment les nains, il est apparu et avant que quiconque ne lui parle il a disparu.

Harmonieusement tacheté, il serait parti dans les Brumes

Si cela est vrai parlons de lui de manière posthume.

Mauve et orange il doit faire mal aux yeux, il a rejoint le Titan dans son repaire ténébreux.

Quant au huitième, le Dragoméléon, si on le voyait il n’aurait pas cette appellation. »

Vanelilily Le Roux, « Où trouver peut-être des dragons »

Le pitch

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Le Fictiologue joue les réducteurs de tête en ce moment, en examinant les différentes manières de résumer un texte littéraire, dans le but d’atteindre des objectifs divers. Nous avons déjà abordé le sujet, qui sert de concept, de point de départ à une histoire ; nous avons ensuite détaillé le synopsis, qui détaille l’intrigue d’un projet, souvent pour le soumettre à une maison d’édition. Cette fois-ci, je vous propose d’aborder un autre passage obligé de l’activité d’une romancière ou d’un romancier : le pitch.

D’habitude, je n’aime pas trop utiliser des anglicismes dans mes articles, surtout dans les titres, parce que j’estime qu’une de mes missions en tant qu’écrivain francophone est d’être au service de la langue, mais comme je ne suis pas à une contradiction près, je fais une exception, parce que ce mot-ci est rigolo à lire et à dire, comme d’ailleurs celui de la semaine prochaine, donc je m’y autorise. Cela dit, ce terme est loin d’être intraduisible. On pourrait très bien dire « argument » ou « lancement », sans rien perdre dans l’opération.

Bref. Le pitch, c’est, pour faire simple, un condensé de votre roman destiné à donner irrésistiblement envie de le lire. Situé à mi-chemin entre le résumé et l’argument de vente, il n’a qu’un but : susciter la curiosité de la personne qui le découvre. Si c’est un lecteur, le pitch est destiné à provoquer l’acte d’achat. Si c’est un éditeur, il ne doit avoir qu’une seule envie, après en avoir pris connaissance : vous faire signer un contrat.

Votre arme maîtresse pour vendre votre texte

On peut même aller plus loin. Si le sujet constitue le cœur de votre histoire d’un point de vue littéraire, le pitch en est le cœur du point de vue du marketing. C’est votre arme maîtresse pour vendre votre texte, celle que vous allez utiliser en salon, lors de dédicaces, sur les réseaux sociaux ou dans n’importe quelle conversation pour séduire les lecteurs ; celle dont vous allez vous servir pour donner envie aux éditeurs de s’intéresser à vous ; pour convaincre les journalistes, les blogueurs, les critiques de parler de votre livre ; celle qui sera utilisée par un agent pour vendre le projet à un éditeur, par un membre d’un comité de lecture pour persuader une maison d’édition de s’intéresser à la manuscrit, par celle-ci pour évoquer votre projet auprès de ses réseaux de diffusions, et par les libraires pour le vendre à leur clientèle. Le pitch, c’est le schibboleth qui va permettre à votre roman de circuler et d’être imprimé par millions d’exemplaires.

Un orphelin va dans une école pour les magiciens

Un professeur découvre des secrets cachés dans de vieilles œuvres d’art en cherchant le Saint-Graal

Une lycéenne introvertie tombe amoureuse d’un vampire

Un astronaute, naufragé sur Mars, doit trouver un moyen de survivre

Peut-être que là, vous êtes un tout petit peu anxieux. C’est normal : rater votre pitch, c’est un luxe que vous ne pouvez pas vous payer. Afin de mettre toutes les chances de votre côté, tâchez d’observer les quelques règles décrites ci-dessous.

Un bon pitch doit être court. Les anglophones les surnomment « elevator pitch », comprenez, un argument qui peut être communiqué lors d’une conversation délivrée le temps d’un bref trajet en ascenseur, si possible en compagnie du patron d’une grande maison d’édition qui se trouverait piégé avec vous pendant quelques dizaines de secondes (on peut rêver). Dans la mesure du possible, limitez-vous à une ou deux phrases, et tâchez si possible de ne pas dépasser une vingtaine de mots (et en aucun cas plus d’une cinquantaine de mots).

L’idée n’est pas d’expliquer votre histoire

Pour y parvenir, retirez-en presque tout le contenu de votre bouquin. L’idée n’est pas d’expliquer votre histoire ou de détailler votre démarche. Tout cela peut venir plus tard, dans un deuxième temps. Il s’agit simplement de ne conserver que les éléments qui vont susciter la réaction suivante : « Hé, ça a l’air intéressant, dis m’en plus ! ».

Comment on fait ça ? Comme toujours avec le travail des mots, on couche une idée sur le papier, puis une autre, puis on triture, on bouture, on modifie, on améliore, jusqu’à ce que ça nous semble convenir. N’hésitez pas à soumettre votre pitch à vos bêta-lecteurs, si vous en avez.

Et dans le doute, faites passer un test à votre pitch, en vous posant les questions suivantes et en y répondant de manière impitoyable :

  • Est-ce que c’est court ? Est-ce qu’on peut le raccourcir ? Est-ce que chaque mot est indispensable ?
  • Est-ce que c’est unique ? Est-ce que cela semble distinct de tous les autres romans du même genre ?
  • Est-ce que c’est mémorable ? Est-ce que le pitch est suffisamment frappant pour que la personne s’en rappelle 24 heures après l’avoir entendu ?
  • Est-ce que c’est efficace ? Est-ce que cela peut pousser un lecteur potentiel ou un éditeur à se dire : « Hé, ça a l’air intéressant, dis m’en plus ! » ?

Il est possible de concevoir des pitches un peu plus long que ça, de la taille d’un paragraphe, à utilise dans des circonstances où votre public consent à vous accorder un peu plus d’attention. C’est le genre de matériel que je vous ai déjà suggéré d’inclure dans votre communiqué de presse quand j’y ai consacré un article. Mais pour l’essentiel, la démarche est la même : un texte court pour susciter l’envie d’un livre.

Un orphelin anglais de onze ans tout ce qu’il y a d’ordinaire se voit ouvrir les portes d’une école pour magiciens. Alors qu’il suit des cours pour se servir de son balai et de sa baguette magique, il est confronté à un secret de famille, lié à un effroyable sorcier dont personne n’ose prononcer le nom.

Un pitch réussi doit vanter les mérites de votre livre, pas en vous jetant des fleurs, mais en en soulignant les qualités intrinsèques. En d’autres termes, en en prenant connaissance, on doit comprendre immédiatement ce qui, dans votre roman, est frappant, unique, rafraichissant, captivant. S’il donne l’impression inverse, s’il semble banal, déjà vu, réchauffé, vous n’allez pas en vendre beaucoup. Un mauvais pitch peut tuer tous vos efforts. C’est une cruelle réalité.

Le livre vu comme un produit

Alors oui, je vous entends déjà grincer des dents : là, on se situe fermement dans le territoire du capitalisme. C’est le livre vu comme un produit. Du pur consumérisme. Ça ne vous fait pas nécessairement plaisir, vous avez peut-être même l’impression de prostituer votre manuscrit, à résumer ainsi vulgairement ses innombrables subtilités dans le but avilissant de faire du chiffre. Rien ne vous y oblige, en réalité. Mais si vous souhaitez convaincre un maximum de lectrices et lecteurs de vous lire, c’est bien ainsi qu’il faut procéder, et fondamentalement, il n’’y a rien de mal à ça. Détendez-vous.

Deux mots encore pour vous dire que même si vous avez trouvé le pitch parfait, celui-ci sera forcément un argument de vente générique pour votre roman, destiné au public dans son ensemble. Il est possible de pousser le vice jusqu’à développer des pitches pour des publics ciblés, en soulignant des qualités différentes en fonction d’intérêts particuliers. C’est particulièrement utile en salon, lorsqu’on est confronté à des profils de lectrices et lecteurs distincts. Il peut être pratique d’avoir en tête des approches qui s’adaptent à leurs centres d’intérêts spécifiques.

Ainsi, en ce qui concerne mon roman « Révolution dans le Monde Hurlant », le pitch de base peut s’exposer ainsi :

Une jeune femme part à la recherche de son frère qui s’est fait enlever dans un univers parallèle déchiré par une révolution

C’est celui que j’utiliserais face à une personne dont je ne sais rien et qui ne révèlerais aucun détail au sujet de ses préférences de lecture. Cela dit, une bonne partie des personnes que je rencontre en séance de dédicace sont intéressées par la fantasy ou plus généralement par la littérature de genre, donc face à eux j’utiliserais plutôt l’argumentaire suivant :

Une jeune femme de notre monde se retrouve mêlée, dans un univers baroque et fantastique, à une guerre larvée entre un pouvoir religieux et des rebelles qui contrôlent les lois de la fiction

Et puis il m’est arrivé d’essayer de convaincre des personnes passionnées de romances de s’intéresser à mon roman. Dans ces circonstances, je l’ai plutôt décrit de cette manière :

Une jeune femme vit une relation drôle et volcanique avec un coup d’un soir qui s’est embarqué par inadvertance dans son voyage dans un univers parallèle

Naturellement, si ce genre de chose vous amuse, n’hésitez pas à décliner votre pitch pour tous les publics possibles et imaginables.