L’interview: Lionel Truan

Auteur, et dessinateur dans une entreprise horlogère, Lionel Truan vit dans le canton de Genève, en Suisse. Il a signé un premier roman dont l’action se situe dans un monde après l’apocalypse, « Le Monde de Demain. » Il est membre, comme moi, du GAHeLiG, le groupe des Auteurs helvétiques de littérature de genre.

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L’amorce de ce roman, c’est un scénario pour un jeu grandeur nature. Comment est-ce que tu es passé d’une expérience ludique à une expérience littéraire ?

Premièrement, disons que, pour réussir à imaginer et à créer un scénario de jeu grandeur nature, il a fallu passer par la phase « d’écriture », la plus importante à mes yeux. Les points clés, les énigmes, le décor, les joueurs, le rôle de chacun, la mise en scène et les objets m’ont demandé de faire travailler mes méninges à 200%. Si je n’avais pas écrit la trame, il aurait été impossible de réussir ce projet. Pour moi, si les règles sont définies sur papier et qu’elles sont carrées, alors le reste suit. Deuxièmement, l’événement qui m’a propulsé vers une expérience littéraire et qui m’a énormément bouleversé, est le décès de ma tante. La mère de celui pour qui j’ai créé le jeu grandeur nature. Elle était déjà très malade à cette époque et elle me demandait souvent de lui montrer l’état d’avancement du jeu pour son fils. Lorsqu’elle nous a quittée, le jeu n’était pas terminé et j’ai regretté qu’elle ne puisse le voir achevé. J’ai alors eu un déclic et l’écriture d’un roman m’a traversé l’esprit. J’ai sauté sur mon clavier, des idées plein la tête et je me suis lancé.

Le jeu, c’est quelque chose d’important pour toi ? Le jeu vidéo Fallout est cité dès les premières pages…

J’aime jouer, autant sur la console qu’à des jeux de plateau en famille ou entre amis. Je suis fan des jeux grandeur nature et des escapes games. Concernant le jeu Fallout, je dois l’admettre, il est mon favori. Je peux m’y plonger sans jamais être rassasié par ce que le décor et le monde me proposent. Ce qui me fait l’apprécier autant, c’est ce mélange année 50 et technologie futuriste. C’est une sorte de paradoxe qui se marie à la perfection, selon moi.

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Est-ce que tu avais déjà été tenté par l’écriture romanesque auparavant ? Est-ce qu’il y a des projets inachevés qui dorment dans tes tiroirs ?

Je n’avais jamais été tenté par l’écriture romanesque cependant, durant dix ans j’ai écrit mais d’une manière différente. Durant cette période j’ai fait du rap, je buvais rap, mangeais rap, je vivais rap mais surtout j’écrivais tout mes couplets. J’essayais de faire passer des messages à travers mes morceaux sans jamais être trop vulgaire. Avec mon groupe, on souhaitait avant tout montrer au gens qu’ils se faisaient une mauvaise opinion de ce style musical et nous avons réussi notre défi. Notre musique se laissait écouter, même les plus âgés appréciaient.

C’est un roman qui met en scène notre civilisation après l’apocalypse. Est-ce que la fin du monde, c’est un thème qui te hante ?

L’apocalypse me fascine en réalité. Loin de moi l’idée de vouloir arriver à cette fin catastrophique pour l’humanité mais je dois l’avouer, je serais curieux de voir comment l’homme arriverait à se relever si cela devait se produire. Vu les agissements de l’homme en notre temps, je ne serais pas étonné que nous en arrivions là. Qu’est ce qui me fascine ? Simplement de voir que dans chaque scène post-apocalyptique la nature reprend ses droits et je trouve cela beau.

En général, la littérature postapocalyptique est sombre. Ton protagoniste, Elliott Runan, est pourtant quelqu’un de plutôt optimiste. Pourquoi ce choix ?

J’ai voulu montrer aux lecteurs, que même lorsque tout semble perdu, il y a un espoir, si on y croit. J’ai un vécu chargé malgré les apparences et mon âge. Je suis né, atteint d’une maladie cardiaque, la tétralogie de Fallot. Je suis une personne qui, normalement n’aurait pas dû survivre et pourtant je suis là. Je pense que malgré les circonstances, réalité ou monde postnucléaire, il ne faut jamais abandonner et se battre pour pouvoir espérer vivre et être heureux. C’est le choix que j’ai fait pour ce personnage.

Est-ce que qu’Eliott, c’est un peu toi ?

Je dirais qu’il est celui que je souhaiterais devenir si le monde partait en vrille.

Qu’est-ce qui différencie selon toi ton roman d’autres univers postapocalyptiques ?

A travers ce roman, j’ai voulu faire passer des messages sur ce qu’il se passe à notre époque. J’ai souhaité avertir et faire prendre conscience aux lecteurs de la chance qu’ils ont de pouvoir apprécier la vie telle qu’elle se présente. Je suis une personne très spirituelle et j’espère avoir pu apporter quelques aides ou réponses aux lecteurs, à travers les passages plutôt philosophiques du personnage principal.

Tu as dessiné quelques illustrations qui accompagnent le roman. Qu’est-ce que ça apporte, selon toi, de marier textes et dessins ?

J’aime dessiner, c’est indéniable. Puisque j’ai pris goût à l’écriture, je me suis dit « pourquoi ne pas intégrer quelques dessins » ? Pour apporter ma touche personnelle. Ce que je sais, d’après les retours que j’ai eus, c’est que les gens ont apprécié ce petit plus.

Le livre est écrit au passé composé, une volonté de le rapprocher du style d’un journal de bord ?

Totalement. Le livre se veut être le journal de bord d’Elliot. Mon objectif était de rapprocher le lecteur au plus prés du personnage principal pour qu’il se sente imprégné par cette histoire.

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Tu as une solide expérience de rappeur. Est-ce que le fait d’avoir déjà écrit t’a aidé à te lancer dans un roman ?

En effet, je pense que le fait d’avoir écrit pendant dix ans des textes m’a beaucoup aidé. Bien sûr, la structure d’un morceau de rap est complètement différente et bien plus proche de la poésie, s’il est bien rédigé.

Quelles sont selon toi les points communs et les différences entre l’écriture rap et l’écriture de fiction ?

L’écriture d’un roman est à faire avec une autre approche, cela demande d’avoir une construction plus précise, une structure prédéfinie, des passages clés et des personnages au caractère bien spécifique. Les textes de rap se construisaient de façon plus spontanée. Il suffisait d’avoir une instrumentale, un thème et de l’inspiration pour sortir des rimes et des punchlines bluffantes.

Le point commun, je dirais une imagination débordante et une envie de faire les choses proprement.

Est-ce que des éléments de la culture hip-hop se sont glissés dans ton roman ?

A vrai dire pas tellement, voir même pas du tout. J’ai vraiment voulu me défaire de ce coté musique pour me consacrer au côté roman. Je ne veux pas que l’on assimile Bido (mon blaze de rappeur) à Lionel Truan l’auteur. Ce choix était réfléchi.

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Tu fais partie du GAHeLiG, le Groupe des Auteurs Helvétiques de Littérature de Genre. Y-a-t-il selon toi quelque chose de typiquement suisse dans ton approche de l’écriture ?

Typiquement Suisse, dans l’approche je dirais, non, mais dans le roman je dirais oui. L’histoire se passe uniquement en Suisse, peut-être que certaines expressions du pays se sont glissées dans le livre. Je parle de lieux réels dans le roman, les Helvètes qui le liront ne pourront qu’être transportés à travers une Suisse dévastée.

Un conseil, une suggestion à ceux qui te lisent et qui ont envie d’écrire ?

Si tu as des rêves, comme d’écrire un livre, alors donne en toi les moyens et fais-le. Ne te pose pas trente mille questions. Tu as des idées, une imagination à toute épreuve, alors écris. N’écoute pas les haineux et les gens qui pensent que c’est une mauvaise idée. N’écoute que ton cœur et Fonce ! Tu n’as rien à perdre, tout à apprendre.

« Le Monde de Demain » est conçu comme une série, ce qui appelle une ou plusieurs suites. À quoi vont-elles ressembler ?

Le Tome 2 est en pleine écriture, j’ai prévu 3 livres pour cette série. Ils seront tous sous forme de carnet de bord et le ou les personnages devront affronter leur réalité. La réalité que le leur monde est bien dévasté, peuplé de créatures et d’humains qui ont perdu la raison. Garderont-ils espoir ? L’humanité pourra-t-elle reconstruire, pour un avenir meilleur ? Je ne peux vous le dire, sinon ce serait du spoil.

Au-delà de ça, est-ce que tu as d’autres projets d’écriture ? Dans d’autres genres ?

J’ai participé à quelques concours littéraires en Suisse, afin de tester mes capacités à écrire des nouvelles. C’est un bon exercice je trouve. Plus sérieusement, oui, j’ai des idées de roman de genre différent. J’ai déjà prévu un roman futuriste en one shot qui parlera de meurtre et voyage dans le temps. Sinon, j’ai quelques pistes pour d’autres histoires mais pour l’heure, chaque chose en son temps. Le monde de demain reste ma priorité.

 

Un magazine pour la littérature suisse de genre

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La Suisse est un vivier d’autrices et d’auteurs qui œuvrent dans la littérature de genre, sous toutes ses formes: polar, fantasy, romance, science-fiction, roman historique, fantastique, etc… Pour les regrouper et leur donner de la visibilité, certains d’entre eux, dont je fais partie, ont formé le GAHeLiG, le Groupe des auteurs helvétiques de littérature de genre, formellement constitué depuis ce weekend.

À présent, vous pouvez avoir un aperçu des auteurs impliqués et de leurs œuvres à travers un webzine, dont le tout premier numéro vient de paraître. Interviews, profils, chroniques, j’espère que son contenu vous séduira.

Vous pouvez le télécharger ici:

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Si vous souhaitez vous abonner à ce webzine et le recevoir gratuitement à chaque parution dans votre boîte mail, il suffit de suivre ce lien.

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On fait le bilan – 2018

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Le temps passe et passe et passe et beaucoup de choses ont changé. Qui aurait pu s’imaginer que le temps se serait si vite écoulé ?

Comme à peu près tous les blogueurs de la planète, en particulier les blogueurs-auteurs, il est temps de passer en revue, avec un poil de retard, les moments forts de l’année 2018 qui vient de s’écouler.

Sur le plan personnel, 2018, c’est l’année de la naissance de notre troisième garçon. Naturellement, il s’agit de l’événement qui éclipse tous les autres, et donc je pourrais m’arrêter là que l’évocation de cette année me paraîtrait complète.

Mais ceci n’est pas mon carnet de notes personnel. Sur un plan plus littéraire, 2018, ça a été l’année de la sortie de mon deuxième livre, « La Mer des Secrets« , qui complète la duologie de fantasy steampunk « Merveilles du Monde Hurlant » aux Editions le Héron d’Argent. C’est la fin d’une très belle aventure et d’une jolie part de mon existence.

J’ai eu l’occasion en novembre de rencontrer les premiers futurs lecteurs de ce premier tome à Mon’s Livre en Belgique, et que les lecteurs du premier volume me fassent leurs retours, ce qui était une expérience très enrichissante. Cela a comme toujours été une joie de rencontrer mes collègues autrices et auteurs à cette occasion. J’aurai vraisemblablement l’occasion de faire quelques autres apparitions dans des salons ces prochains mois, histoire de boucler la boucle. J’ai également été interviewé à la radio pour parler de mon livre.

Malgré tout, « La Mer des Secrets » n’aura pas été mon unique actualité littéraire en 2018. J’ai suspendu au printemps l’écriture de la suite des Merveilles du Monde Hurlant, parce qu’il aurait été trop frustrant de la terminer avant la sortie du bouquin. Cela m’a donné le temps de me consacrer à quelques autres projets.

En particulier, j’ai mis en forme mon système générique de jeu de rôle, « META », que vous pouvez toujours trouver ici. Les retours ont été très encourageants. J’ai également écrit un décor de campagne qui va avec, intitulé « Kocmoc », mais je n’ai pas encore eu le courage de m’attaquer à sa laborieuse mise en page. Peut-être le ferai-je ces prochains mois.

2018, c’est l’année où j’ai rejoint le GAHeLiG, le Groupe des auteurs helvétiques de littérature de genre. J’ai eu la grande joie de faire la connaissance de certains d’entre eux et de contribuer modestement à quelques apparitions du groupe dans les médias. Nous avons un projet commun pour lequel j’ai rédigé une nouvelle.

J’ai également entamé la rédaction d’une autre nouvelle personnelle, dont l’action se situe dans le Monde Hurlant. Je suis sur le point d’en achever l’écriture, et je dois dire qu’à présent, je ne sais pas trop quoi en faire, ni à qui la faire lire ! Et puis, comme chaque année, j’ai rédigé un conte de Noël pour mes enfants.

Au cours de l’année 2018, le blog a volé de succès en succès. Le nombre de pages vues, mais surtout, le nombre de commentaires et de réactions, grimpe de mois en mois et c’est un grand plaisir de voir que certains en trouvent la lecture agréable ou utile. Mon article « Les huit types de lecteurs » est, sauf erreur, le plus populaire nouveau billet de l’année. Quant au billet qui continue à accumuler, jour après jour, le plus de vues, sans trop que je me l’explique, sans doute à cause d’un référencement positif chez Google, c’est « La structure d’un roman: les chapitres« , lu à ce jour à plus de 3’500 reprises. C’est un peu un mystère.

Merci de votre lecture attentive. Je me réjouis de vivre 2019 à vos côtés.

L’interview: Florence Cochet

Elle se laisse paraît-il tenter par une tablette de chocolat, une coupe de champagne ou un livre passionnant. En matière d’écriture, les choix de la Suissesse Florence Cochet sont tout aussi éclectiques et raffinés: fantastique, thriller, science-fiction – elle a déjà signé une demi-douzaine de romans dans les styles les plus divers.

Cette interview est réalisée avec la complicité des Auteurs helvétiques de littérature de genre, un groupe dont je fais partie. Retrouvez sur ce blog d’autres entretiens avec des auteur-e-s qui démontrent le talent des Suisses dans la littérature de genre.

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La plupart de tes protagonistes sont des jeunes femmes qui se découvrent une destinée extraordinaire. Faut-il y voir un reflet de ta trajectoire personnelle d’auteure ?

Si seulement ! J’espère que ta question est prémonitoire. Plus sérieusement, les similitudes partagées par mes protagonistes proviennent de ma (lointaine) adolescence. Avec ma meilleure amie, nous avons inventé des dizaines d’histoires qui se déroulaient dans des mondes fantastiques. Mes héroïnes, et plus particulièrement celles du Sang de la guerrière, sont nées de là. Dans mes lectures, c’est pareil : j’apprécie les femmes fortes et possédant des pouvoirs défiant la réalité. Mention spéciale à Mercy Thompson et Kate Daniels.

Ce choix de protagonistes, c’est aussi une manière de s’adresser à un lectorat spécifique ? Pourrais-tu envisager d’écrire, par exemple, un récit centré sur une vieille dame amère ou sur un jeune homme ?

Quand je construis mon scénario et mes personnages, ils correspondent à une « tranche d’âge » et à un « genre littéraire ». Vu mon éclectisme (thriller fantastique, SF, fantasy, romance, jeunesse…), je ne suis pas certaine que mon lectorat me suive sur tous mes chemins de traverse. Pour la deuxième question, en tant que femme, c’est plus simple pour moi de me glisser dans la peau d’une héroïne. Je ne suis pas certaine d’être crédible dans celle d’une vieille dame amère (encore que ça ferait un bon exercice de style), mais mon prochain roman devrait avoir un préadolescent pour héros. On verra si je parviens à lui donner assez de substance.

Avec « La Proie du Dragon », tu viens d’entamer une nouvelle série intitulée « Altérés », qui parle de la lutte entre l’homme et la machine. La technologie, c’est une source d’angoisse pour toi ?

En soit, les avancées technologiques sont extraordinaires, mais il y a de quoi s’inquiéter, non ? Regarde l’usage que l’homme en fait, en partant du téléphone portable qui abrutit (moindre mal) pour finir au développement des armes autonomes (et autres joyeusetés). Sans parler des nanotechnologies et du transhumanisme. La course en avant, le manque de recul, la bêtise et l’égoïsme humains, cela me fait peur. Je pense qu’avec le développement de l’intelligence artificielle, nous approchons du point de non-retour (si nous ne l’avons pas déjà franchi). Nous sommes en train d’ouvrir la boîte de Pandore et nous risquons bien de ne réussir à la refermer qu’une fois qu’elle sera totalement vide. (Je sais, je ne dégouline pas d’optimisme…)

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Fantasy, fantastique contemporain, romance, science-fiction, etc… Tu œuvres dans des genres divers. Est-ce une volonté de toucher des publics différents ?

Plutôt une volonté d’écrire ce qui me plaît (et qui, je l’espère, plaira aux autres), et d’essayer d’aborder les thèmes sous un angle différent. Par exemple, pour « La Domination des sens », si le thème est rebattu et passablement « cliché » (la jeune citadine et le millionnaire), j’avais envie de me singulariser par son traitement. De ce fait, l’héroïne est une jeune femme ronde à lunettes et le récit aborde les 5 sens, l’un après l’autre, de manière à titiller ceux du lecteur.

Tu préfères les littératures dites « de genre ». Tu pourrais envisager d’écrire dans un registre réaliste ? Qu’est-ce qui te retient ?

Si tu parles de la littérature qualifiée de « littérature blanche » par les auteurs dits « de genre » (alors que d’autres diront, avec des trémolos dans la voix, la littérature avec un grand L), je pense que c’est le manque d’idées et d’intérêt qui me retient. Cette littérature ne me fait pas vibrer comme la SFFF, elle manque d’imaginaire, en somme. Je pourrais en revanche écrire du feel good, de la chick lit, etc., qui sont aussi des « genres », mais ancrés dans le réel.

T’évader de la réalité, est-ce une des raisons qui te pousse à écrire ?

Sans hésitation, oui. Je trouve la réalité plutôt laide, quand on l’observe dans sa globalité. Écrire, c’est vivre mille vies différentes, vivre l’impossible, refaire le monde à sa manière. C’est pareil pour la lecture. Je serais malheureuse si je ne pouvais plus lire ni écrire.

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« Ce qui est dur, ce n’est pas de trouver sa muse, c’est de la supporter », a dit Harlan Coben. Et toi ? As-tu parfois du mal à supporter l’inspiration qui survient sans prévenir ? Comment trouves-tu l’inspiration ? D’où viennent tes idées ?

J’aime passionnément ma muse et n’ai pas encore eu de frictions avec elle. Il faut dire qu’elle est plutôt sympa : elle me laisse dormir et s’arrange pour que j’aie toujours un carnet à portée de main quand elle m’envoie de l’inspiration. Ce qui est fatigant, c’est que toutes les idées qu’elle me souffle me semblent bonnes et que les journées ne comptent que 24 heures. Les idées viennent « comme ça », au hasard des rencontres et des discussions. Pour « Altérés », par exemple, mon mari évoquait avec un ami un livre qu’il avait lu (Black out). Mon oreille a traîné jusqu’à eux et mon esprit a turbiné autour d’une question : si les IA voulaient éliminer l’humanité, comment les hommes réussiraient-ils à les contrer ? Réponse : avec des bombes à black-out et des impulsions électromagnétiques, de manière à faire tomber les réseaux pour les isoler. Bien sûr, cela conduirait au chaos et à la destruction de la société telle qu’elle est. Et, trois siècles plus tard… Je tenais l’embryon d’Altérés.

De quand date ton intérêt pour l’écriture ? Quand as-tu compris que c’était quelque chose à quoi tu souhaitais consacrer du temps ?

Mon intérêt, depuis l’adolescence. (Journaux intimes, poèmes d’amou-ou-our, etc.) Ma volonté d’écrire « sérieusement » date de 2014. Mes enfants ayant grandi, j’avais plus de temps et je me suis dit que c’était le moment ou jamais, et que si ça ne fonctionnait pas, je tournais la page.

J’ai tourné des pages, mais pas celle de l’écriture, au final.

Écrire, pour toi, c’est toujours un plaisir ? Est-ce parfois une douleur ?

Une douleur, non. Je n’ai pas la fibre masochiste. Par contre, je qualifierais l’écriture de travail que je fais avec plaisir. Je m’impose des horaires, une régularité, des exigences, etc. Et sur la durée, je vois la différence, même si j’ai l’impression d’avoir encore des milliers de choses à apprendre. J’aimerais un jour (on peut rêver) vivre partiellement de mes textes.

Certains de tes textes s’épanouissent sur Wattpad. Ce contact direct avec le lecteur, c’est quelque chose que tu recherches ?

L’échange avec le lecteur me plaît énormément. Quand mon recueil de nouvelles avait été lu dans une classe, et que j’avais rencontré les élèves, c’était magique. L’écrivain est très seul, au fond. Pouvoir discuter avec quelqu’un qui a apprécié (ou pas) son texte est enrichissant. Au-delà de ce lien avec le lecteur, Wattpad permet aussi de découvrir le début d’un texte pour se faire une idée. À l’heure où l’on commande beaucoup par Internet et que les extraits disponibles sont courts, j’avais envie d’offrir la possibilité aux intéressés de lire quelques chapitres (pour Altérés) ou une nouvelle dans l’univers d’un texte (Morsure).

Et les salons, les dédicaces ? Quelle place cela occupe dans ta vie ?

Minime, pour l’instant. Cette année, j’ai participé à quelques salons, dont ceux de Genève et Paris, qui m’ont mis des étoiles plein les yeux. C’est toujours agréable et enrichissant d’échanger avec des auteurs, des lecteurs, des organisateurs et des maisons d’édition. Je rêve, en tant qu’auteur suisse romande, de participer au Livre sur les Quais, et en tant qu’auteur de l’imaginaire, de retourner aux Imaginales. Un jour, peut-être.

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Tu fais partie du groupe des Auteurs helvétiques de littérature de genre. Y a-t-il selon toi quelque chose de typiquement suisse dans ton approche de l’écriture ?

Bonne question… Si avoir le souci du travail bien fait, douter énormément, remettre son travail sur le métier des centaines de fois et tenir compte de toutes les critiques constructives sont typiquement suisses, alors oui.

Un conseil, une suggestion à ceux qui te lisent et qui ont envie d’écrire ?

Écrivez, tout simplement, sans vous poser trop de questions. Mais si vous voulez être publié ou vous autopublier, soyez prêts à travailler énormément (en mettant votre ego de côté). Parce qu’au fond, écrire n’est en rien différent du dessin ou de la musique. Ce n’est pas parce qu’on est capable de jouer au Pictionary qu’on deviendra Magritte, ni parce qu’on peut pianoter « joyeux anniversaire » qu’on peut interpréter du Bach.

(Au passage, les appels à texte sont un bon moyen de s’exercer et d’entamer une bibliographie.)

Quels sont tes prochains projets littéraires ?

En vrac, parmi tant d’autres : un roman jeunesse (9-11 ans) avec un héros haut potentiel, un roman sur un jeu de séduction façon jeu d’échecs, un roman d’anticipation basé sur ma nouvelle Sous le dôme (avec des amazones), un « truc » qui a pour titre provisoire J’ai choisi de mourir pour vous, une nouvelle sur une mère tueuse en série… Décidément, c’est vraiment, vraiment dommage que les journées n’aient que 24 heures…

✒ Tu es auteur-e? Tu souhaites être interviewé sur Le Fictiologue? Contacte-moi! (Non, je n’interviewe pas que des Suisses).

Interviewé sur la page des Auteurs helvétiques

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À chacun son tour d’y passer: j’ai été interviewé par Marylin Stellini sur la page des Auteurs helvétiques de littérature de genre. L’occasion d’évoquer ma trajectoire, mon approche et mes projets. Merci Marylin!

L’entretien a disparu du web, aussi je le reproduis dans son intégralité ci-dessous :

Quand a commencé la rédaction de ton premier roman, et étaient-ce tes premiers pas dans l’écriture ?

Pour toutes celles et ceux qui écrivent, je crois que c’est pareil : l’écriture est un passager clandestin, on ne sait pas trop quand elle a grimpé à bord. En ce qui me concerne, ça remonte à si loin que je ne me souviens plus d’un temps où je n’écrivais pas. Quand j’étais petit, j’ai entamé des ébauches de romans, puis j’ai énormément écrit pour les jeux de rôles, j’ai beaucoup fait de comic strip, rédigé en vitesse un petit roman policier quand j’étais à l’Université, ensuite j’ai écrit quelques nouvelles et une demi-douzaine de pièces de théâtre.

En 2012, j’étais en train de sortir d’un ambitieux projet théâtral auquel j’avais consacré beaucoup de temps et d’énergie, et je redoutais le grand blues qui survient quand s’achève ce genre d’aventure. Pour m’occuper l’esprit, je me suis donc dit : « Et si j’écrivais une trilogie de fantasy, trois gros bouquins avec plein de personnages et de machins qui partent dans tous les sens ? »

C’est donc ce que j’ai fait. Pour écrire le premier tome, « Mangesonge », il m’a fallu un an, puis un autre pour la relecture, et comme, au final, j’avais un bouquin entre les mains, je me suis dit qu’il était naturel d’aller jusqu’au bout de la démarche et de le proposer à des éditeurs.

Tu as été publié par une maison d’édition qui touche un peu à tous les genres : le Héron d’Argent. Comment a démarré votre collaboration ?

Alors là j’ai pratiqué à l’ancienne : j’ai imprimé mon énorme bouquin en dix exemplaires, je l’ai envoyé à dix maisons d’éditions que je jugeais susceptibles d’être intéressées. Deux d’entre elles m’ont répondu positivement, j’ai choisi celle qui me paraissait la plus enthousiaste, et nous nous sommes lancés dans une collaboration qui se prolonge encore aujourd’hui, puisque seule la moitié du roman que je leur ai proposé est parue à ce jour.

En fait, je crois que je suis tombé au bon moment : les Editions le Héron d’Argent démarraient, elles étaient en train d’étoffer leur catalogue et de diversifier les genres qu’elles proposaient. Mon roman leur a plu, et aussi, d’une certaine manière, elles y ont vu une manière d’occuper un créneau dont elles étaient absentes auparavant.

Peux-tu nous faire part de ton expérience du travail éditorial (corrections de fond, de forme, choix de la couverture, etc.) ?

Ça, c’est une toute autre aventure. « Mangesonge » faisait plus de 320’000 mots, donc c’est plutôt un gros roman. Comme je suis prévoyant, j’avais mis un point de rupture au milieu, permettant le cas échéant à un éditeur de couper à cet endroit et de le sortir en deux livres. C’est ce que nous avons choisi de faire avec mon éditrice Vanessa Callico.

C’est surtout la correction formelle qui m’a donné du fil à retordre : pour des raisons de frais d’envoi par la Poste, le premier tome ne devait pas dépasser une certaine longueur – environ 100’000 mots, dans mon souvenir. Cela signifiait que je devais raboter un gros tiers de mon texte, tout en préservant autant que possible la structure de l’histoire, le style et l’intégrité des personnages. Ça a été un casse-tête et parfois un crève-cœur, mais dans l’ensemble, grâce à l’appui de Vanessa, je crois que nous ne nous en sommes pas mal sortis.

Un point de désaccord a été le titre du livre. Ma trilogie s’appelait « Merveilles du Monde Hurlant » et le premier tome, c’était donc « Mangesonge. » Quand nous avons coupé « Mangesonge » en deux, les Editions le Héron d’Argent ont voulu le rebaptiser « Merveilles du Monde Hurlant » et le premier volume s’est appelé « La Ville des Mystères. »

Quant à la couverture, je ne souhaitais absolument pas intervenir, et le Héron a trouvé une illustratrice exceptionnelle, Elodie Dumoulin, à qui je dois une bonne partie du succès du roman. Le travail d’édition soigné en fait un beau livre que les gens ont envie de feuilleter.

Il y a aussi un aspect marketing qui m’a désarçonné au début mais qui, je crois, fait partie du monde du livre : moi, je voulais écrire une saga de fantasy très baroque, métissée et batarde, à la new weird. Au final, c’est vendu comme du steampunk, ce qui est de bonne guerre. Après tout, oui, il y a des dirigeables et des machines à vapeur, et c’est sans doute plus simple de dire « steampunk » que de dire « Vous avez lu Perdido Street Station ? »

Parle-nous de Tim Keller, ton héroïne.

C’est une fonceuse. Je voulais une protagoniste qui n’a pas toujours raison, qui commet beaucoup d’erreurs de jugement, qui se trompe sur les gens, qui agit avant de réfléchir. Certains lecteurs, ils me l’ont dit, ont eu du mal avec elle à cause de ça, parce qu’elle manque de discernement et qu’on n’est pas toujours d’accord avec elle. Mais j’assume, elle est telle que je la souhaitais.

À part ça, Tim est une petite nana de seize ans, un peu anar, du genre qui n’aime pas trop faire la princesse et qui est en décalage avec les gens de son âge et avec sa mère. Elle fait du VTT, elle suit l’école de cirque et elle écrit des petits poèmes. J’avais envie qu’elle soit comme ça parce que j’ai toujours bien aimé les gens qui détonnent et que ça me semblait intéressant de faire découvrir l’univers bigarré du Monde Hurlant à travers les yeux d’une fille dans ce genre.

Qu’est-ce qui a motivé le choix d’un personnage principal féminin ?

La principale raison, c’est que je considère que l’adolescence est l’âge le plus compliqué de la vie et que ce qui est compliqué pour les individus est forcément plus intéressant à écrire. Et il me semblait que les seules personnes qui traversent une phase plus difficile que les adolescents sont les adolescentes, avec toutes sortes de questions sans réponse sur les limites que leur fixe la société, des attentes contradictoires à satisfaire, la manière dont elles sont jugées sur leur apparence ou sur l’expression qu’elles font de la sexualité. En fait, je voulais lui pourrir la vie, à cette pauvre Tim !

Il y a ça, et puis de manière plus générale, le roman, même si c’est surtout une grosse aventure rigolote, parle de la manière dont une jeune femme se taille une place dans une société qui, fondamentalement, n’aime ni les jeunes ni les femmes. C’est l’histoire de l’affirmation d’un individu qui est en pleine construction et qui parvient au final à dire (spoiler) : voilà qui je suis, voilà ce que je veux, voici les normes auxquelles je souhaite adhérer et celles que je rejette. Nous nous situons à une époque charnière sur ces questions-là et il m’aurait semblé irresponsable de ne pas les aborder.

Le public-cible de ton diptyque est-il « jeunes adultes » ou bien n’importe qui pourrait apprécier ton univers ?

Je l’ai écrit pour moi et j’ai 44 ans. En fait, l’idée d’un public-cible ne m’a même pas effleuré l’esprit pendant l’écriture, ce qui peut sembler étrange, mais je crois que j’étais très naïf. J’ai bien constaté après coup que les gens sont prioritairement attirés par les protagonistes qui leur ressemblent, donc une bonne partie de mes lecteurs sont des lectrices entre 12 et 20 ans. Cela dit en l’écrivant j’ai relu des œuvres grand public dont les héros sont des jeunes : L’attrape-cœur, Le jeune Werther et les films de Miyazaki. Pour moi, c’est dans cette veine-là (je ne me compare pas à Salinger, à Goethe ou à Miyazaki, hein, je dis juste que c’est tous publics).

Quels sont tes autres projets littéraires passés, présents et futurs ?

Pour le moment on est un peu en stand-by dans l’édition du deuxième tome des « Merveilles du Monde Hurlant », intitulé « La Mer des Secrets », mais ça devrait se débloquer cet été. À part ça, je suis en train d’écrire le deuxième volume de ma trilogie, la suite des aventures de Tim Keller, donc, âgée de vingt ans. C’est un roman conçu pour être lu complètement indépendamment du premier et que je pense sortir en ligne, peut-être sur Amazon.

Cela dit, j’ai suspendu depuis des mois mon travail sur ce bouquin parce que, au rythme où allaient les choses, je l’aurais terminé avant la sortie de « La Mer des Secrets », ce qui aurait été très frustrant puisque j’aurais dû m’asseoir dessus pendant des mois avant de le sortir. Donc j’ai mis ça entre parenthèses et en ce moment, en-dehors de mon blog le Fictiologue, j’écris trois jeux de rôle gratuits, ce qui m’étonne moi-même parce que je ne joue plus depuis des années.

Et puis j’ai plein d’idées de nouvelles dans mes tiroirs. Fondamentalement, c’est ça que j’aime le plus écrire.

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