La bataille spatiale

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Notre exploration littéraire des conflits militaires nous a déjà emmenés sur terre, sur mer et dans l’air. Encore deux mots de la bataille spatiale, afin que ce survol des potentialités littéraires des différents théâtres d’opération soit complet. Ici, en parlant de bataille spatiale, on fait référence à toute action militaire qui se joue dans le vide, ou dans la haute atmosphère.

Aujourd’hui

L’espace joue un rôle dans les guerres d’aujourd’hui, mais il a relativement peu de choses à voir avec les conflits stellaires tels qu’on les voit au cinéma. Les enjeux stratégiques autour de l’espace tournent principalement autour de deux problématiques : celle des missiles balistiques à longue portée et celle de la surveillance.

Les missiles balistiques sont capables de porter une charge explosive, éventuellement une ogive nucléaire, d’un continent à un autre. Ils peuvent être tirés de bases souterraines ou éventuellement de sous-marins. Ils constituent la principale menace à l’échelon stratégique que peuvent déployer les grandes puissances et c’est sur ce socle que repose l’équilibre de la terreur qui a fait transpirer la planète entière pendant la Guerre Froide. La raison pour laquelle on peut classifier ces missiles comme des armes de l’espace, c’est que fondamentalement, il n’y a pas grand-chose qui permet de distinguer la technologie qui propulse ces missiles de celle qui sert à faire fonctionner les fusées qui mettent en orbite les satellites civils : ils s’arrachent à l’attraction terrestre, transitent par la très haute atmosphère, puis s’abattent à terre.

La surveillance est une course technologique qui n’est pas terminée, et qui a révolutionné notre perception du monde. La planète est survolée en permanence par des satellites espions qui permettent d’obtenir en temps réel des images et d’autres données au sol, tels que la construction de bases et d’installations militaires, les mouvements de troupes, les déplacements des flottes, etc… Une nation bien équipée dans le domaine possède un avantage déterminant sur ses rivaux : elle détient des informations détaillées sur leurs activités.

On est donc en présence d’une double présence stratégique des nations modernes dans l’espace. Mais peu à peu se développent des technologies destinées à contrer l’une comme l’autre : des lasers orbitaux destinés à intercepter des missiles ; des satellites tueurs de satellites, qui capturent ou désactivent les dispositifs ennemis ; ou même les mystérieuses navettes spatiales autonomes de l’armée américaine, dont la mission est peu claire, et dont un écrivain malin pourrait se servir comme point de départ pour toutes sortes d’histoires.

L’espace

Si on avance de quelques dizaines d’années, voire de quelques siècles, on peut s’imaginer un conflit plus classique, où des véhicules spatiaux militaires participent à des conflits militaires, un peu sur le modèle de la guerre navale.

La gravité est un facteur dont il faut tenir compte. Il n’y en a pas, ou dans le cadre de la haute atmosphère, très peu. À moins que la civilisation de votre univers de science-fiction ait mis au point un système de gravité artificielle, la vie dans un astronef est inconfortable, il n’y a pas de haut et de bas et le fait d’être exposé à une microgravité cause des troubles de l’oreille interne, du système circulatoire et du squelette. Pour le moment, les systèmes envisagés pour créer de la gravité, qui consistent essentiellement à placer les astronautes dans des roues dont le vecteur d’accélération rappelle la pesanteur, ne sont pas très satisfaisants.

Dans l’espace, il n’y a pas non plus de friction : un vaisseau lancé dans une direction va continuer à s’y mouvoir sans interruption, à moins qu’il se mette à produire une poussée dans une autre direction ou qu’il entre en collision avec un obstacle. Un pilote de vaisseau spatial ne peut pas faire tourner son appareil en le faisant pencher sur le côté, à l’image d’un avion : il ne peut qu’agir par des petites poussées de réacteurs secondaires. Cela signifie que chaque changement de trajectoire réclame une dépense d’énergie, mais cela veut dire aussi qu’un astronef peut effectuer des manœuvres impossibles en avion, comme la possibilité de tourner à 360 degrés sur son axe sans faire bouger son vecteur de vitesse. Une réalité à garder en tête lorsque l’on décrit un engagement entre deux vaisseaux spatiaux.

Une bataille spatiale s’inscrit dans un espace tridimensionnel : c’est un aspect dont un auteur doit être conscient, lorsqu’il s’attaque à ce genre de scène. Il s’agit de ne pas céder à la tentation de tout situer sur un seul plan, et de se rappeler que dans le cosmos, sauf à proximité d’une planète, il n’y a pas de haut ni de bas, et que n’importe quelle menace peut provenir de n’importe quelle direction.

Bien sûr, il est possible d’imaginer une réalité romanesque où les vaisseaux spatiaux ne suivent pas les lois de la physique. On peut même dire que c’est probablement plus fréquent que l’inverse. Si on ne juge la perception du combat spatial à travers l’image qu’en donnent la télévision et le cinéma, en-dehors de « Babylon 5 » et de « The Expanse », la plupart des autres univers, dans le sillage de « Star Wars », décrivent des situations où les vaisseaux spatiaux se comportent plus ou moins comme des avions, avec des batailles qui s’inscrivent sur un plan et des astronefs qui virent de bord comme s’ils étaient portés par une atmosphère. C’est tout à fait possible de faire ce choix, mais ne comptez pas sur l’adhésion des amoureux de hard SF à votre projet.

Cela dit, un des luxes des auteurs de science-fiction, c’est qu’ils n’ont pas à décrire les scènes plus en détail que nécessaire : ils peuvent s’attacher aux enjeux, au déroulement des événements et aux conséquences, mais sans s’attarder sur la manière précise dont les véhicules se déplacent dans l’espace.

Les vaisseaux

Il n’existe pas de terminologie contemporaine pour décrire les conflits stellaires de l’avenir, puisque nous ne les avons pas encore vécus. Traditionnellement, la science-fiction emprunte les termes de la guerre navale (par exemple les « croiseurs » de « Star Trek »), ou de la guerre aérienne (les « chasseurs » de « Star Wars »). Dans la science-fiction littéraire, on fait souvent preuve de science-fiction et certains auteurs créent leur propre terminologie pour classifier les astronefs, distincte de celle des engagements militaires qui s’inscrivent sur un autre théâtre d’opération (je pense par exemple aux « vaisseaux-torches » du cycle « Hyperion » de Dan Simmons).

Si vous souhaitez vous inspirer des catégories de navires ou d’avions, libre à vous de consulter les articles que j’ai signé à ce sujet, sous « variantes. »

Les conditions

L’espace reste l’espace, quelle que soit l’époque, et il s’agit du milieu le plus hostile que l’on puisse imaginer. En-dehors de la gravité, mentionnée ci-dessus, il y a d’autres facteurs préoccupants.

Un être humain qui serait exposé au vide interplanétaire serait exposé à au moins trois facteurs capables de le tuer en très peu de temps : les températures minimalistes, la très basse pression et le fort taux de radiations. Je laisse aux spécialistes le soin de détailler tout ce que l’espace est susceptible de faire subir à un organisme vivant, ainsi que les moyens technologiques développés pour permettre d’évoluer dans ce milieu, mais il faut garder à l’esprit qu’on a affaire à un endroit où une personne saine d’esprit n’a aucune envie de rester trop longtemps.

En-dehors de ça, l’espace, c’est très grand, et on peut ajouter, dans un roman de science-fiction, toutes sortes de conditions qui compliquent la vie des pilotes de vaisseaux spatiaux : champ d’ondes disruptives, astéroïdes, faisceaux lasers naturels, créatures géantes, gaz explosifs, ruines spatiales, comètes, poussière, etc…

⏩ La semaine prochaine: Guérilla

 

Critique: Star Wars – Bloodline

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Six ans avant Le Réveil de la Force, la princesse Leia Organa est sénatrice de la Nouvelle République. Découragée par une arène politique figée dans les lenteurs et les querelles stériles, elle envisage de mettre un terme à sa carrière. Une investigation au sujet d’un réseau criminel va la mener à se poser des questions sur ses alliés et sur le fonctionnement des institutions qu’elle a juré de servir.

Titre : Star Wars : Bloodline

Auteur : Claudia Gray

Éditeur : Del Rey (ebook)

Emballé par « Les derniers Jedi » et me retrouvant justement entre deux lectures, j’ai eu envie, pour la première fois depuis des années, de prolonger le film en me plongeant dans un roman Star Wars. J’ai choisi celui-ci parce qu’il semblait se suffire à lui-même et que les critiques n’étaient pas mauvaises.

« Bloodline » est un roman de commande tout à fait correct, plutôt bien construit, correctement écrit et qui fait de son mieux pour proposer une histoire et une approche thématique cohérente, malgré les impératifs qu’on devine délicats à négocier de ce genre d’exercice.

Le personnage de Leia, autour duquel le roman tourne, est un protagoniste convaincant, remarquablement proche de son incarnation au cinéma, tout en refusant de s’y cantonner. On s’attache à ses aventures et la manière dont l’auteure lui donne de la vie est une des réussites du roman. Par bien des aspects, l’intrigue politique dans laquelle elle se retrouve empêtrée n’est pas sans rappeler la Prélogie Star Wars, mais démontre qu’il est tout à fait possible de bâtir une histoire cohérente dans ce genre de milieu.

Les autres personnages récurrents de la saga qui font des apparitions dans le roman sont rares, et leur utilisation est moins convaincante. Han Solo apparaît par-ci par-là pour remonter les bretelles de son épouse, mais l’auteure ne parvient jamais à faire vivre sur le papier le personnage tel qu’on le connaît à l’écran. C’est donc un Han passif et mielleux auquel on a droit, ce qui n’a pas beaucoup d’intérêt. Comme la plupart des auteurs Star Wars, Claudia Gray n’a aucune idée de ce qu’elle peut bien faire avec les droïdes, et C3PO, qui apparaît dans de nombreuses scènes, n’est ni utile, ni drôle.

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Les nouveaux personnages introduits par l’auteure ont un intérêt variable. Ransolm Casterfo est un jeune et ambitieux sénateur, rival de Leia, qu’on imagine facilement pouvoir être interprété au cinéma par Tom Hiddleston. C’est un personnage complexe et attachant, qui fait presque office de co-protagoniste du roman et qui donne du relief à toutes les scènes dans lesquelles il apparaît : une belle réussite. Ce n’est pas le cas d’un gangster et d’une aristocrate, qui jouent des rôles-clé dans l’intrigue, et qui ne parviennent par contre jamais à se hisser au-dessus du cliché.

L’auteure a souhaité adjoindre à Leia trois personnages qui constituent son équipe, une idée qui là aussi tourne court : Greer, son adjointe, et Joph, un pilote, sont le genre de figures que l’on imaginerait bien figurer dans une série télé basée sur la carrière politique de Leia, mais en l’état, comme il ne semble pas que ce roman doive avoir une suite, les intrigues secondaires qui les concernent sont brièvement esquissées et ne mènent nulle part. Une stagiaire, Korrie, n’a aucune personnalité et aucun rôle dans l’intrigue et c’est à se demander ce qu’elle fait dans ce roman.

Ça ressemble assez peu à du Star Wars tel qu’on l’aime à l’écran

Pour le reste, Bloodline souffre des mêmes défauts que la quasi-totalité des romans Star Wars : comme eux, il se regarde le nombril, comporte très peu d’humour, aucun esprit pulp, et remplit page après page de considérations culturelles sur les cultures aliens. Bref : ça ressemble assez peu à du Star Wars tel qu’on l’aime à l’écran, même si c’est terriblement proche de ce qu’on trouve dans les bouquins de la saga. Alors que les scénaristes parviennent souvent à capturer l’esprit de Star Wars à la télévision ou dans les bande dessinée (et parfois dans les jeux vidéo), les auteurs de romans, sans que je m’explique pourquoi, finissent invariablement par produire des histoires mornes, lentes et introspectives qui rappellent davantage Babylon 5 que l’univers de George Lucas.

Malgré tout, Bloodline n’est pas si mal fichu. Il constitue une lecture agréable et on sent que des efforts ont été faits pour qu’il constitue un véritable roman plutôt qu’une série de références et de clins d’œil. C’est loin d’être la pire œuvre de commande qu’il m’ait été donné de lire (mais ce n’est pas la meilleure non plus).

Et vous ? Il vous est déjà arrivé de lire des romans Star Wars ?