La boîte à outils pour vos descriptions

blog le petit plus

Réunir en un seul endroit une série de mots qui peuvent être utilisés pour décrire une émotion ou une expérience sensorielle, et assortir tout ça de conseils pour réussir ces descriptions dans un cadre romanesque : c’était la raison d’être d’une série d’articles publiés sur ce blog ces dernières semaines.

Il s’agissait d’articles-outils, de références à consulter en fonction plutôt que des billets à lire pour le plaisir ou pour élargir ses horizons, raison pour laquelle il m’a semblé nécessaire de les regrouper ici. Vous trouverez ainsi des liens vers chacun des articles de la série, ce qui vous permettra de les redécouvrir, et surtout de tout retrouver en un seul signet, dans l’attente du moment où vous en aurez besoin.

Décrire les émotions

La peur

La tristesse

La joie

La colère

La honte

Décrire les sens

La douleur

Le plaisir

Le toucher

L’odeur

Le goût

Le bruit

 

Décrire la honte

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Le vocabulaire de la honte présente une double nature. Il touche naturellement à la honte ressentie, mais également aux actes qui inspirent ce sentiment, en deux mots, aux comportements honteux. On a d’un côté, tout un champ sémantique touchant à la culpabilité, et de l’autre, des mots liés à l’avilissement. Dans les listes qui suivent, j’évoque donc les deux à la fois : tout ce qui touche à la sensation de honte et ce qui a trait à ses conséquences.

Et voici qui clôt la série d’articles « boîte à outils », que j’ai posté sur mon blog, et dont la raison d’être est de vous aider à décrire les émotions et les sensations des personnages de vos romans. Avec la honte, je complète la liste des sujets que je souhaitais aborder. Cela dit, si vous avez des suggestions d’éléments narratifs qui pourraient être traités de la même manière, n’hésitez pas à me les suggérer, et j’envisagerai de les traiter à leur tour.

Verbes

Abâtardir, affoler, agiter, alarmer, altérer, assaillir, avilir, bouffer, chagriner, chiffonner, consumer, contrarier, corroder, corrompre, déchoir, déconsidérer, dégénérer, dégrader, dépraver, désespérer, déshonorer, détruire, dévaluer, dévaster, dévorer, diminuer, discréditer, embarrasser, émouvoir, enlaidir, entamer, ennuyer, épuiser, éroder, gangréner, gâter, grignoter, habiter, halluciner, hanter, harceler, humilier, lanciner, languir, miner, morfondre, obséder, posséder, préoccuper, profaner, ravager, remuer, ruminer, salir, saper, soucier, souiller, submerger, tarabuster, tenailler, ternir, titiller, torturer, tourmenter, travailler

Noms

Abaissement, abjection, abomination, affection, agitation, alourdissement, angoisse, auto-accusation, autopunition, avilissement, bassesse, bouillon, bourbier, cafard, charge, chiendent, complication, confusion, consternation, contorsion, contrainte, contrariété, culpabilité, déchéance, défaillance, dégoût, dégradation, désagrément, désarroi, déshonneur, difficulté, doute, embarras, embêtement, embrouillamini, embrouillement, embûche, émotion, enchevêtrement, encombrement, engorgement, ennui, entrave, esbroufe, étourdissement, faiblesse, faute, gêne, hésitation, humiliation, ignominie, impasse, incertitude, incommodité, inconvénient, indignité, indisposition, infamie, malaise, mal-être, malheur, manque, marasme, nausée, obstacle, obstruction, opprobre, panade, péché, peine, pesanteur, pétrin, répugnance, regret, remords, repentir, scandale, scrupule, souffrance, tension, timidité, tourment, tracas, trouble, turpitude, vergogne, vilenie

Adjectifs

Affligé, avili, avilissant, bas, confus, consterné, contrit, coupable, crucifié, décomposé, déconfit, décontenancé, dégoûté, désemparé, ébahi, écœuré, embarrassé, gêné, humilié, ignoble, ignominieux, hanté, honteux, humilié, immonde, immoral, impur, inavouable, indigne, infâme, inqualifiable, lâche, mauvais, méprisable, misérable, mortifié, obscène, outragé, pantois, penaud, piteux, répugnant, révoltant, repentant, sale, sordide, soumis, turpide, vergogneux

Prendre des notes

Pour une fois, cela peut s’avérer délicat de vous faire l’observateur de vos états émotionnels, en ce qui concerne la honte. Alors que tout le monde fait à un moment ou à un autre l’expérience de la joie ou de la tristesse, certains tempéraments traversent l’existence sans jamais ressentir de culpabilité, ou même de responsabilité pour leurs actions. Il y en a même parmi ceux-là qui parviennent à remporter des élections. Si c’est votre cas, vous allez sans doute avoir beaucoup de mal à décrire cette sensation qui vous est inconnue.

Cela dit, la plupart des gens font à un moment ou à un autre l’expérience de la honte. Certains sont rongés pendant toute leur existence par une erreur qu’ils ont commise il y a des années ; d’autres se sentent coupables quotidiennement d’avoir été menteurs, paresseux, colériques, peu fiables ; pour d’autres encore, à la rigueur morale inflexible, la honte est leur état normal, une soupe corrosive dans laquelle ils baignent en permanence.

Prenez note des multiples nuances de la honte, de la manière dont celle-ci se manifeste et de ses causes, et vous pourrez transmettre ce sentiment désagréable à vos personnages – en tout cas, ceux qui sont dotés d’une boussole morale (ou d’un penchant naturel pour l’affliction).

Une émotion durable

De toutes les émotions, la honte est probablement celle qui a le plus d’endurance. Un individu peut avoir honte d’un de ses actes pendant toute sa vie, et être confronté à ce sentiment chaque fois qu’il rencontre une situation similaire. À moins de faire un travail sur soi pour se débarrasser de la culpabilité, rien ne vient jamais boucler la boucle et cette désagréable sensation se manifeste encore et encore, comme une fièvre tropicale. Alors que la joie et la colère finissent par retomber, alors que la peur ou la tristesse se transforment, la honte ne fait que s’en aller et revenir, immuable et indestructible.

Et ça, cela concerne uniquement les cas où l’on a honte de ce que l’on fait. Certaines personnes ont honte de ce qu’elles sont, ou d’un aspect spécifique de leur personnalité ou de leur physionomie, et font l’expérience de ce dégoût en permanence, jusqu’à ce que cette émotion s’intègre pleinement à leur personnalité.

Suivre le cheminement d’un personnage hanté par la honte, et qui parvient éventuellement à s’en libérer, peut constituer une piste intéressante pour un auteur.

Le mot juste

Comme toujours, il faut être attentif à rester proportionné dans le descriptif des émotions. La honte ressentie par un enfant qui a chipé une pièce de monnaie sur la table de la cuisine ne se décrit pas avec les mêmes mots que celle du professionnel qui s’est rendu responsable d’un accident de chantier qui a coûté la vie à plusieurs personnes.

De même, il convient de distinguer le vocabulaire de la honte ressentie par un individu de celui qui décrit ses conséquences sociales. On ne décrira pas avec les mêmes mots le ressenti de quelqu’un qui a commis une grave erreur en public et celui des gens qui portent désormais un regard négatif sur lui.

Décrire le bruit

blog décrire le bruit

Rien que le mot en lui-même dérange, évoque le vacarme. Pourtant, quand on parle de « bruit », c’est tout la gamme des perceptions auditive que l’on évoque, du plus feutré jusqu’au plus tapageur, du plus harmonieux au plus dissonant, du ronronnement réconfortant de la machine à laver jusqu’au crissement crispant des essieux sur les rails de chemin de fer. L’ouïe est un fidèle allié des romanciers, un sens qui permet de donner du corps aux descriptions, de leur conférer une dimension supplémentaire, souvent plus viscérale et instinctive que ne l’est l’aspect visuel. C’est pourquoi les guides de conseils à l’écriture suggèrent aux auteurs en herbe de davantage en tenir compte dans les descriptions.

Le bruit, c’est le sens de l’indéfinissable, et donc du suspense : nous, les humains, sommes plus efficaces pour localiser les sources des sons qui nous entourent que pour les identifier. Ce raclement à la fenêtre, est-ce le bruit d’une branche qui frotte la vitre ou quelque chose de plus sinistre ? Il arrive que le bruit nous renseigne de la présence ou de l’arrivée d’un phénomène mais qu’on ne parvienne pas à en avoir le cœur net avant d’avoir une confirmation visuelle.

Le bruit est aussi un sens spatial, réellement tridimensionnel. Notre cerveau est conçu pour localiser la source d’un son dans l’espace qui l’entoure, et donc de lui attribuer un cap et une distance. Percevoir un son, c’est également comprendre si celui-ci s’approche ou s’éloigne, et à quelle vitesse. Cet aspect 3D peut venir enrichir les descriptions et aider un romancier à esquisser à quoi ressemble l’espace qui entoure ses personnages.

Comme toujours dans les articles de cette série, n’hésitez pas à me suggérer des termes liés à la description des bruits mais qui ne figureraient pas dans les listes ci-dessous.

Verbe

Aboyer, ahaner, battre, bêler, beugler, brailler, braire, bramer, bruire, chahuter, chanter, chuchoter, claquer, couiner, craquer, crépiter, criailler, crier, croasser, éclater, (s’)écrier, (s’)égosiller, (s’)époumoner, exploser, feuler, gémir, gargouiller, gazouiller, glapir, grésiller, grincer, grogner, gronder, hoqueter, huer, hululer, hurler, meugler, mugir, murmurer, pépier, piailler, plaindre, résonner, retentir, ronfler, ronronner, rugir, siffler, sonner, soupirer, striduler, taper, tinter, tonner, vagir, vociférer

Noms

Aboiement, agitation, ahanement, babil, barouf, bastringue, battage, battement, borborygme, bordel, boucan, bourdonnement, brouhaha, bruissement, cacophonie, canard, cancan, chahut, chambard, charivari, chuchotement, chuintement, clamer, clapotis, claquement, cliquetis, coup, crépitement, craquètement, craquement, cri, crissement, déclic, déflagration, détonation, écho, éclat, explosion, fanfare, foin, froissement, gémissement, gargouillis, gazouillis, glouglou, grabuge, grésillement, grincement, grognement, grondement, hoquet, huée, hululement, hurlement, impact, mugissement, murmure, musique, parasites, pétarade, pétard, pétillement, potin, raffut, râle, ramdam, remue-ménage, résonance, ronflement, ronron, ronronnement, roulement, sifflement, son, sonnerie, souffle, soupir, stridulation, tapage, tapement, tintamarre, tintement, tintouin, tohu-bohu, ton, tumulte, turbulence, vacarme, vagissement, vent, vocifération, voix

Adjectifs

Acéré, affreux, aigu, assommant, assourdissant, avant-coureur, bavard, beuglard, braillard, bref, bruyant, charmant, comique, continu, continuel, criard, désagréable, distinct, éclatant, effroyable, égrillard, énorme, épouvantable, étourdissant, étrange, extraordinaire, faible, familier, fatiguant, formidable, fort, fracassant, grave, grondeur, harmonieux, horrible, hurleur, importun, inattendu, incessant, infernal, intrusif, joyeux, léger, lointain, lugubre, mauvais, métallique, monotone, mugissant, mystérieux, perçant, plaintif, profond, rauque, récurrent, résonnant, retentissant, ronflant, sec, sinistre, sonore, soudain, sourd, strident, stridulent, suraigu, tapageur, terrible, tonitruant, tumultueux, vague, violent, vociférant

Onomatopées

Badaboum, bam-bam, bamf, bang, bing, blam, boing, boum, broum, bzoing, bzzz, clac, clap-clap, clic, crac, criiii, ding, ding-dong, driiiiing, fsshhh, flap-flap, froutch, glouglou, gzzzzzt, kof-kof, kssss-kssss, paf, pan, pchhhh, pimpon, ping, plic-ploc, plif, plouf, pof, pop, pschiiiiit, ratatata, scrrr, scratch, schlak, scrotch, scrunch, smack, snikt, splash, tic-tac, toc-toc, ttschopp, tuuuut, vlan, vroum, vrrrrr, whammo, whoooouuuu, zzzzrt, zzzz

Prendre des notes

Le grand avantage avec le bruit, dans la perspective d’un romancier, c’est que nous sommes perpétuellement entourés de sons en tous genres. Alors qu’avec les émotions, il est nécessaire d’attendre que celles-ci se manifestent pour en prendre note et nourrir notre vocabulaire spécifique en se basant sur cette expérience, avec les sons, nous sommes constamment bombardés d’exemples.

C’est une aubaine. Profitez-en donc pour tendre réellement l’oreille vers les bruits qui vous entourent et cherchez, pour vous exercer, à les transcrire en mots. Mieux : pourquoi ne pas tenter le coup de consacrer toute une journée à se montrer attentifs aux sons en tous genres, des plus infimes aux plus perçants, afin de voir de quelle manière ceux-ci s’invitent dans notre espace sensoriel et sous quelle forme on peut les inclure dans un contexte romanesque.

Le mot juste

Comme les humains sont perpétuellement entourés de sons, ils ont développé un vocabulaire d’une grande précision pour les décrire. Il est donc important de ne pas faire n’importe quoi, parce que sinon, on tombe vite dans le non-sens. Non, si vous frappez un rocher, celui-ci ne va pas « tinter », et le plus farouche des moineaux ne va jamais « rugir. » Si vous avez un doute, consultez les définitions, et si réellement vous souhaitez détourner un terme pour lui faire dire autre chose que ce qu’on attend, faites-le en toute connaissance de cause.

Des croisements

Décrire un bruit, cela consiste à choisir le mot juste. Mais parfois, dans sa fantaisie, un écrivain va souhaiter s’écarter un tout petit peu des définitions du dictionnaire pour adopter un style plus libre et plus métaphorique. Il n’y a pas de mal à ça. En particulier, il est possible d’obtenir de très bons résultats en croisant les bruits vocaux, produits par l’homme ou par des animaux, et les bruits non-vocaux, générés par des objets.

Ainsi, n’hésitez pas à décrire le son que produit un trolleybus au démarrage comme un « hululement », ou, à l’inverse, à décrire la voix d’un des personnages de votre roman comme « un grincement. » Il est possible de réussir d’autres types de mélanges et d’usages de mots à contre-emploi, mais disons que ce mélange entre le vivant et le non-vivant recèle des trouvailles très riches.

Des mots qui font du bruit

Mots qui cherchent à imiter, en toutes lettres, des sons qui ne sont pas nécessairement produits par la voix humaine, les onomatopées sont des éléments dont on ne réalise pas toujours qu’ils figurent au vocabulaire officiel de la langue française. Pourtant, « bang », « grrrr » ou « zzzzz » sont des mots à part entière, compréhensibles par chacun et qu’il ne faut pas avoir peur d’utiliser. Ça n’est pas sale ! En plus, ils offrent une manière très originale de décrire une sensation auditive, en en intégrant une approximation, un fac-similé, directement dans le texte.

Donc n’hésitez pas à faire preuve d’audace et explorez ce champ avec intérêt. Oui, on peut très bien inclure dans un roman une phrase comme « En pénétrant dans la pièce, il ne perçut qu’un hmm électronique dont il ne parvint pas à identifier l’origine » ou « La proue produisit un grand crac en percutant le ponton. »

Ci-dessus, vous trouvez une liste d’onomatopées ordinaires, mais ce ne sont que des exemples et n’hésitez pas à en inventer de nouvelles en fonction de vos besoins.

De manière plus discrète, vous pouvez également souhaiter jouer sur les allitérations et la musicalité des mots pour appuyer l’évocation des bruits au sein d’un texte. Un verbe comme « fracasser », par exemple, contient déjà des sons qui évoquent les bruits associés à sa signification. Le lecteur ne sera pas nécessairement conscient de ce que vous faites, mais inconsciemment, cela peut avoir une influence sur la manière dont il reçoit votre histoire.

⏩ La semaine prochaine: Décrire la honte

Décrire la colère

décrire la colère

On pourrait croire que la colère est une émotion élémentaire, qui s’apparente à une explosion de rage, bruyante et intense et de courte durée, mais il suffit de s’interroger quelques instants pour réaliser qu’il existe des colères larvées et de longue durée, des colères intériorisées, des colères destructrices, des colères théâtrales et presque comiques. En tant qu’auteur, vous avez toute une gamme de possibilités avec lesquelles vous pouvez jouer.

Comme dans tous les articles de cette série, les listes et les conseils ci-dessous sont destinés à vous y aider. N’hésitez pas à me proposer des suggestions pour étoffer tout ça.

Verbes

(S’)affliger, (s’)agacer, (s’)agiter, (s’)aigrir, attaquer, blesser, bouder, bouillonner, (se) brouiller, (se) cabrer, chagriner, chiffonner, contrarier, courroucer, crier, criser, déblatérer, déchaîner, désappointer, détester, désobliger, embêter, (s’)émouvoir, s’emporter, ennuyer, enrager, (s’)exciter, exaspérer, exploser, (se) fâcher, (se) formaliser, (se) froisser, fulminer, geindre, grogner, gronder, gueuler, haïr, heurter, humilier, hurler, (s’)impatienter, (s’)indigner, indisposer, injurier, (s’)irriter, invectiver, maugréer, mécontenter, (se) mettre en colère, meurtrir, mortifier, nuire, offenser, offusquer, pester, piquer, protester, rager, réclamer, révolter, refroidir, ronchonner, rouspéter, ruer (dans les brancards), tempêter, tonner, (se) tourmenter, ulcérer, (se) venger, vexer

Noms

Acharnement, amertume, agitation, agressivité, aigreur, algarade, animosité, atrabile, bile, bouffée, bouillonnement, bourrasque, brutalité, colère, coup de sang, courroux, crise, déchaînement, démangeaison, démence, démesure, dépit, ébullition, effervescence, égarement, émotion, emportement, exaltation, exaspération, excitation, explosion, fâcherie, férocité, feu, folie, foudre, frénésie, fulmination, fureur, furie, grogne, haine, hargne, humeur, hystérie, impatience, indignation, irascibilité, ire, irritabilité, ivresse, manie, mécontentement, ouragan, passion, possession, querelle, quérulence, rage, rancœur, rancune, représailles, ressentiment, rogne, scène, surexcitation, susceptibilité, tempête, vengeance, violence

Adjectifs

Agressif, aigre, âpre, ardent, atrabilaire, belliqueux, bouillant, bouillonnant, brusque, brutal, cassant, chaud, coléreux, colérique, convulsif, criard, cru, cruel, dangereux, déchaîné, dément, démesuré, difficile, effréné, emporté, énergique, enflammé, enragé, excessif, explosif, extrême, farouche, fébrile, féroce, fiévreux, fou, fougueux, frénétique, fulgurant, fulminant, funeste, hargneux, immodéré, impétueux, impulsif, injurieux, intense, intraitable, irascible, irritable, orageux, outré, passionné, perçant, pétulant, poignant, rageur, rude, sanguinaire, sauvage, sectaire, tempétueux, terrible, tranchant, véhément, vif, vigoureux, violent, virulent, volcanique

Types de colère

Auguste, beau, brusque, bruyant, céleste, concentré, contagieux, contrôlé, coriace, démonstratif, dévastateur, dérisoire, divin, douloureux, effroyable, épouvantable, éternel, étouffé, excessif, extrême, fameux, faux, feint, flamboyant, forcé, fou, fraternel, frivole, froid, gesticulant, grandissant, honteux, imbécile, impétueux, implacable, impuissant, inconstant, incontrôlable, injuste, inouï, intérieur, irrationnel, ivre, jaloux, juste, majestueux, maîtrisé, maniaque, maternel, mou, naissant, noble, odieux, opiniâtre, opportuniste, orageux, paternel, pathétique, pernicieux, perpétuel, populaire, profond, puéril, rationnel, redoutable, rentré, ridicule, risible, royal, sacré, saint, secret, sot, soudain, sourd, subit, tenace, terrible, triste, tu, vain, vengeur, vif, violent

Manifestations de la colère

Bafouillement, bégaiement, cœur qui bat plus vite, comportement agressif, comportement d’écartement, comportement de fuite, cri, dents qui grincent, dents serrées, éclairs dans les yeux, élever la voix, frapper le pied par terre, frapper du poing sur la table, frisson, gorge serrée, maux d’estomac, maux de tête, mouvements frénétiques, mouvements rapides, mouvements secs, objets brisés, mâchoire crispée, poings serrés, postillons, pupilles dilatées, respiration lourde, rouge aux joues, sensation de chaleur, sourcils froncés, transpiration des paumes, tremblements, yeux injectés de sang

Prendre des notes

Ce qui est intéressant avec la colère, c’est qu’elle se manifeste de plein de manières très différentes en fonction des individus et des circonstances : certains crient et deviennent violents, d’autres au contraires se figent et parlent plus calmement que d’habitude, alors qu’il y a aussi des gens qui sont si bouleversés qu’ils fondent en larmes et perdent tout contrôle sur eux-mêmes. La colère est un bon révélateur de la nature d’un personnage, et en particulier de ce qui arrive lorsqu’on franchit ses limites. Elle permet de distinguer les sanguins des cérébraux, les lymphatiques des cyniques.

Il est donc plus important encore que pour les autres émotions de chercher à se constituer une bibliothèques d’impressions de la colère, non seulement en puisant dans votre vécu à vous, mais dans les réactions de ceux qui vous entourent. La colère est très subjective, c’est un théâtre du cœur, et on est constamment surpris par la manière dont elle s’exprime chez certaines personnes. Votre personnage, furieux, va-t-il briser la table, parler très fort, boire un verre et s’en aller, pleurer des larmes de rage, frapper la personne la plus proche ? Même les plus petits détails peuvent donner à ce type de scène le vernis de la vraisemblance.

Se servir du décor

Si l’expression de la colère se prête à des scènes spectaculaires et très chargées émotionnellement, c’est aussi parce que les gens furieux ont tendance à se servir de tout ce qui passe à leur portée pour exprimer leur émotion. Parfois, cela donne à penser que le sentiment de colère est une explosion intérieure, qui peut se transmettre aux choses et aux personnes environnantes.

Pour un auteur, il peut s’agit d’un bon angle d’attaque pour la décrire. Plutôt que de chercher à entrer dans la tête de celui ou celle qui s’enrage, prenons note de ce qu’il fait de ses mains et de ses pieds. Il peut renverser une table, faire chuter des objets, saisir quelque chose de fragile et le projeter contre un mur, donner un coup de pied contre le mobilier ou une porte, il peut effrayer le chat ou faire s’envoler des oiseaux, faire sursauter ceux qui se trouvent autour de lui, leur donner envie de se protéger avec les bras ou de s’enfuir, cracher par terre, presser accidentellement le bouton qui enclenche un compte à rebours dévastateur, tirer avec un pistolet et blesser quelqu’un (ou se blesser lui-même), détruire un objet unique et essentiel à l’intrigue, etc…

Un moteur de l’action

Comme on peut le comprendre à travers les exemples ci-dessus, la colère constitue un excellent moyen d’accélérer l’action et de causer un accident lourd de conséquences ou de faire en sorte que l’irrémédiable soit commis. Un personnage en proie à la colère va négliger quelques instants ce qui pourrait être ses priorités, et endommager des objets précieux ou se brouiller avec un personnage important.

Une scène de ce genre, placée au début d’une histoire, peut servir de point de départ à l’arc narratif d’un personnage. La colère lui a fait commettre une erreur aux proportions monumentales, ce qui engendre une autre émotion, la honte. Que va devoir accomplir ce personnage pour racheter ses fautes ? Cela peut être le point de départ de toutes ses aventures.

Le mot juste

Comme d’autres émotions, la colère s’exprime par degrés, et en tant qu’auteur, il est important de choisir les bons mots pour décrire ce que vous avez en tête. Entre une légère irritation et une fureur totale, il y a toute une gamme de possibilités, à vous de choisir celle qui fonctionne le mieux pour votre histoire.

Une dimension supplémentaire, lorsque l’on parle de la colère, c’est que l’émotion ressentie et la manière dont elle s’exprime ne sont pas nécessairement de la même intensité. Certaines personnes ont beau être furieuses, elles gardent tout à l’intérieur, et leur colère n’est perceptible qu’à travers quelques indices discrets, alors que d’autres en font des tonnes même pour une colère de relativement faible amplitude.

⏩ La semaine prochaine: Décrire le bruit

Décrire le toucher

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On tente quelque chose d’un peu différent dans le troisième article de cette série. Après avoir rassemblé des mots qui servent à décrire la douleur et la peur, ce n’est pas à une sensation ou à une émotion que le présent article va s’attacher, mais à un de nos sens : le toucher. Ici, vous trouverez une collection de mots qui peuvent être utilisés pour décrire la manière dont deux personnages de roman peuvent entrer en contact, par le biais de leurs mains ou d’une autre partie leur corps.

Il s’agit de toute une communication invisible qui peut transmettre énormément de choses au sujet des personnages de vos histoires, sans que ceux-ci aient la moindre parole à prononcer. Cela passe des gestes les plus doux aux plus violents, des contacts bienveillants jusqu’aux intrusions inacceptables, des caresses érotiques jusqu’aux coups violents, en passant par les contacts les plus anodins. Entrer en contact avec un autre être humain, que ce soit en le giflant, en l’embrassant ou en effleurant son épaule, constitue toujours une irruption dans sa sphère privée, sinon intime, et c’est rarement anodin.

Verbes

Accoster, affleurer, affoler, attaquer, attoucher, attraper, blesser, bousculer, cajoler, câliner, capturer, caresser, chatouiller, cogner, déranger, effleurer, embrasser, entailler, examiner, exciter, flatter, fouetter, frapper, frôler, frotter, glisser, goûter, gratter, griffer, heurter, jouer, lécher, lutiner, malaxer, manger, manier, manipuler, masser, meurtrir, s’occuper, palper, parcourir, peloter, pénétrer, perturber, pétrir, pincer, pister, prendre, presser, rencontrer, remuer, rouler, saisir, secouer, serrer, sillonner, sonder, sucer, suçoter, taper, tapoter, tâter, tâtonner, tenir, titiller, torturer, toucher, tripoter, troubler, utiliser

Noms

Accolade, action, agissement, approche, attention, attouchement, baffe, baiser, bec, bécot, bise, bisou, blessure, câlin, câlinerie, caresse, chatouille, chatouillement, chatterie, claque, contact, coup, délice, direct, douceur, effleurement, embrassade, enlacement, étreinte, égard, fessée, froissement, frôlement, frottement, galanterie, geste, gifle, gnon, heurt, impact, intimité, jonction, léchouille, liaison, mamours, massage, meurtrissure, papouille, patin, pression, proximité, rouste, sévices, secousse, tact, taloche, tape, tarte, trempe, tendresse, transgression, uppercut, violence

Types de contact

Accidentel, affectueux, agressif, aimable, aimant, amical, amoureux, anodin, ardent, attendrissant, attentionné, autoritaire, belliqueux, bienvenu, bienveillant, brutal, câlin, caressant, chaud, choquant, complice, conciliant, cruel, déchaîné, délicieux, douloureux, doux, dur, énergique, enragé, exquis, ferme, féroce, familier, flatteur, fort, fou, fougueux, franc, fraternel, frénétique, frivole, gauche, gracieux, grossier, haineux, hésitant, impulsif, infime, inoffensif, inquisiteur, insistant, instantané, intrusif, irascible, irrésistible, joyeux, léger, lourd, malveillant, malvenu, mauvais, méchant, menaçant, minutieux, mordant, mou, obscène, pacifique, passager, passionné, pervers, précis, provocant, provocateur, pudique, puissant, rapide, rude, sage, sauvage, sec, sensible, sensuel, solennel, soudain, subi, subit, tactile, tendre, terrible, tranquille, vif, vigoureux, violent

Combiner tout ça

En s’appuyant sur les listes ci-dessus, décrire un contact entre deux personnages est quelque chose de relativement simple, qui peut donner lieu à une grande richesse évocatoire, en peu de mots.

Comme point de départ de vos explorations dans ce domaine, prenez un verbe parmi ceux que je suggère, mariez-le avec un adjectif ou un adverbe dérivé, et ajoutez-y une partie du corps précise en tant que point d’arrivée du geste, et cela peut mener à une image riche en connotations : « Il effleura accidentellement le creux de son bras », « Il me cogna sauvagement l’arête du menton », « Elle parcourut avec tendresse la fossette au coin de sa bouche », « Il sillonna avec délice sa cuisse attendrissante. »

N’en faites pas trop : n’allez pas décrire de cette manière chaque geste de vos personnages, ça deviendrait rapidement ridicule. Mais une ou deux images de ce genre peuvent laisser une trace dans la mémoire de vos lecteurs et aider à caractériser durablement une relation de votre roman.

Prendre des notes

Imaginez une larme qui coule sur la joue d’un personnage, et le geste que fait quelqu’un de proche pour l’intercepter. Qu’est-ce qui entre en contact avec la larme ? La pulpe du doigt, l’ongle, la phalange, la paume, l’index, le majeur, plusieurs doigts en même temps ? Quelle est la nature du geste ? Efface-t-il la larme ? La saisit-elle ? Se poste-t-il sur sa trajectoire ? Quelle est l’intention qui transparaît dans le geste ? Est-ce une attention tendre, un contact machinal, prudent, séducteur, autoritaire ? Sur un geste aussi simple que celui-ci, il existe une infinité de variations.

Afin de donner de la vraisemblance à vos descriptions dans ce domaine, comme toujours, je ne peux que vous suggérer de vous montrer observateurs, et de regarder de quelle manière vous touchez les gens, de quelle manière ils vous touchent et se touchent entre eux, sans oublier de noter comment ces contacts sont acceptés ou rejetés, et quelle réaction ils suscitent. Un geste entre deux êtres est une conversation, avec une intention, un argumentaire et une réponse, le tout se passant de mots.

Le mot juste

Comme dans cet article, je vous suggère de cultiver les descriptions de contacts physiques entre les personnages comme une forme de communication non-verbale, je ne peux que vous encourager à chercher à utiliser les mots appropriés pour porter le sens que vous désirez. Palper n’est pas pincer, effleurer n’est pas caresser, cogner n’est pas bousculer. Profitez d’étendre votre vocabulaire afin de bénéficier d’une large gamme de synonymes capables de qualifier chaque situation de manière appropriée.

Un geste suffit

Si l’on considère qu’un geste est une forme de communication entre plusieurs personnages, traitez-le comme tel, et passez-vous d’explications. Si, dans votre romance, Jessie ne rate pas une occasion de toucher la main de Jason, de lui tripoter les doigts, de caresser sa paume, il n’est pas nécessaire de préciser ce que tout cela signifie, les lecteurs n’ont pas besoin qu’on souligne ce qui est évident. Donc retenez-vous d’écrire quelque chose comme « Jessie lui toucha la main afin de lui témoigner discrètement l’attirance qu’elle éprouvait pour lui. » Voilà un domaine où le principe « Montrer plutôt que raconter » s’applique la plupart du temps.

Tactiles ou pas ?

Le toucher n’est pas seulement un atout précieux du romancier au niveau de la scène, pour exprimer un sentiment entre deux individus : il peut également être utilisé à plus long terme, dans les grandes longueurs du roman, pour définir un personnage, son comportement et sa personnalité. Certaines personnes sont très tactiles, touchent constamment les autres, quitte à les importuner, et communiquent ainsi toutes sortes d’émotions différentes. À l’inverse, d’autres sont peu tactiles et considèrent que tout contact non-sollicité est une forme d’agression dont ils souhaitent se prémunir. Eux-mêmes ne s’expriment jamais de cette manière, ce qu’on pourrait apparenter à une forme de mutisme des mains.

En vous appuyant sur ces différences, sur le registre émotionnel que vos personnages sont capables d’exprimer par le toucher, vous contribuerez à en proposer un portrait, différent, par exemple, de celui qui transparaît dans leurs choix de vocabulaire.

⏩ La semaine prochaine: Décrire la tristesse

 

Décrire la peur

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Dans le cadre de notre série, voici un deuxième article « boîte à outil », qui vous fournit, à vous autrices et auteurs, toutes sortes de clés pour évoquer la peur et ses manifestations dans un cadre littéraire. Dans la première partie, je dresse la liste de toutes sortes de mots en rapport avec le sujet – elle ne se veut pas exhaustive, mais elle peut être complétée si vous avez des suggestions. Dans la seconde partie, j’évoque quelques astuces pour donner du relief à vos évocations de cette émotion. Et puis si vous souhaitez aborder la question sous l’angle du suspense, vous pouvez lire le billet que j’ai consacré à la question.

Verbes

S’affoler, s’agiter, s’alarmer, angoisser, appréhender, baliser, caponner, craindre, se défier, (être effrayé) effrayer, (être épouvanté), (s’)émouvoir, (s’)épouvanter, flipper, impressionner, s’inquiéter, se méfier, avoir peur, paniquer, pressentir, redouter, terrifier (être terrifié), terroriser (être terrorisé), trembler

Noms

Affolement, affres, alerte, angoisse, anxiété, appréhension, aversion, cauchemar, confusion, couardise, crainte, danger, effroi, émotion, épouvante, frayeur, frisson, frousse, horreur, inquiétude, insécurité, instabilité, lâcheté, panique, pétoche, phobie, répulsion, saisissement, souci, stupéfaction, suspicion, terreur, timidité, tourment, trac, transe, trouble, trouille, vertige

Adjectifs

Affolé, alarmé, alerté, angoissé, atterré, confus, couard, craintif, effarouché, épouvanté, froussard, inquiet, lâche, paniqué, peureux, perplexe, pleutre, poltron, pusillanime, stupéfait, terrifié, terrorisé, tourmenté

Les types de peur

Absolu, affreux, ambiant, animal, atavique, atroce, bleu, confus, coriace, dangereux, délicieux, déraisonnable, diffus, enfantin, ensorcelant, effroyable, envoûtant, folle, frénétique, frivole, fugitive, incommensurable, incontrôlable, indécis, indéfinissable, indélébile, indicible, infâme, inouï, insensé, insurpassable, lancinant, mauvais, mortel, obsédant, paralysant, physique, primal, primitif, profond, rétrospective, salutaire, soudain, superficiel, temporaire, tenace, terrible, total, troublant, vague

Les conséquences de la peur

Être aphone, balbutier, blêmir, bondir, avoir les cheveux qui se hérissent (sur la tête), chevroter, avoir le cœur qui bat la chamade, avoir le cœur qui palpite, avoir le cœur qui bat à cent à l’heure, avoir la chair de poule, avoir les cheveux qui se hérissent, claquer des dents, avoir le cœur qui s’emballe, perdre connaissance, avoir le corps qui se raidit, crier, défaillir, avoir les dents qui claquent, avoir les doigts crispés, s’évanouir, étouffer un sanglot, être fébrile, frémir, frissonner, gargouiller, avoir les genoux qui s’entrechoquent, avoir la gorge qui se noue, avoir la gorge sèche, avoir les jambes molles, sentir ses jambes se dérober, hurler, lâcher un objet, devenir livide, avoir les mains moites, sentir ses muscles se tendre, pâlir, perdre l’équilibre, perdre la tête, perdre (l’usage de) la parole, être paralysé, être pétrifié, ne pas tenir sur ses pieds, avoir les poils qui se hérissent, ne pas tenir debout, arriver à peine à respirer, retenir un cri, ruisseler de transpiration, avaler sa salive, avoir le sang qui se fige (dans les veines), avoir le sang qui se glace, n’avoir aucun son qui sort de sa gorge, sourciller, suer (à grosses gouttes), avoir des sueurs froides, sursauter, trembler (comme une feuille), trembloter, tressaillir, vaciller, avoir les yeux qui sortent de la tête

Prendre des notes

Les peintres apprennent leur art en observant le monde autour d’eux, et souvent, en copiant d’après nature. Les écrivains sont encouragés à faire la même chose : lorsque vous avez peur, jetez un regard d’auteur sur cette sensation, prenez conscience de l’effet qu’elle a sur vous et de la manière dont vous réagissez et consignez-le quelque part. Un jour, cela sera utile, je peux vous le garantir. Vous constaterez aussi qu’autour de vous, différentes personnes ont des réactions distinctes.

Tout cela peut venir nourrir vos descriptions et y ajouter des éléments qui ne sont pas listées ici, parce que la vocation de ce genre d’article est d’être aussi universel que possible, alors que la manière dont nous faisons l’expérience des émotions est singulière. Par exemple, moi, quand je suis terrorisé, ma sueur change d’odeur, et devient ammoniaquée. Ce n’est pas quelque chose que j’ai rencontré dans la littérature, c’est donc intéressant.

Le mot juste

Une note brève pour vous mettre en garde : différents descriptifs de la peur ne sont pas interchangeables. Pour commencer, ils ne représentent pas des émotions d’une intensité équivalente. Quelqu’un de « soucieux » a moins peur que quelqu’un d’« inquiet », qui a moins peur que quelqu’un de « terrorisé. » Faites en sorte de choisir un terme qui correspond à la situation, à la source de la peur et à la sensibilité du personnage.

Des mots différents sont également porteurs de connotations distinctes. L’« angoisse » est une peur diffuse, de longue durée, tournée vers l’avenir et le sort que vont connaître certains événements en cours. Alors que la « terreur » est une peur soudaine, paralysante, qui sert de réaction à une situation présente et immédiate. L’idée de « panique » suppose une perte de contrôle ainsi qu’un sentiment qui se propage à un groupe de personne, éventuellement à une foule. Choisissez soigneusement vos termes, et au cas où vous auriez besoin de synonymes, ne mélangez pas les définitions au point de vous éloigner du sens que vous souhaitiez donner à la scène.

Montrer plutôt que raconter

On a déjà eu l’occasion de le relever ici, le fameux conseil littéraire « montrer plutôt que raconter » est précieux, mais à manipuler avec quelques précautions, dans la mesure où, parfois, le travail de l’écrivain consiste malgré tout bel et bien à raconter plutôt qu’à tout détailler, action par action. En ce qui concerne l’évocation de la peur, cela dit, choisir de la montrer, c’est-à-dire d’en rendre compte à-travers ses manifestations, débouche sur une expérience de lecture plus viscérale pour le lecteur.

À quoi bon, en effet, évoquer la peur si c’est pour le faire de manière dépassionnée, distante ? Décréter qu’un personnage « a peur » est une information qui ne contient en elle-même aucune résonance émotionnelle. Pour faire saisir, viscéralement, ce que ressent le protagoniste de votre histoire, il est bien plus efficace de dire que « ses mains tremblent » et que « son estomac est noué. » Il s’agit de sensations dont chacun a déjà fait l’expérience un jour ou l’autre, et il est aisé pour chacun de tirer un parallèle avec son propre vécu. Prenez garde, cela dit, la plupart des expressions liées à la peur sont devenues des clichés, donc usez-en avec modération.

La peur se propage au lecteur

C’est une chose de faire comprendre au lecteur ce que le personnage ressent, c’en est une autre de lui faire partager la peur. C’est la prérogative de la littérature d’horreur, à laquelle je consacrerai un billet, un jour, peut-être. Mais pour faire court, effrayer un lecteur passe assez peu par les descriptions, mais plutôt par les mécanismes du suspense. Il est également possible de susciter chez lui un inconfort philosophique en évoquant des thèmes qui dérangent, ou qui renvoient à des peurs ancestrales, telles que l’enfermement, la mutilation, la folie.

La terreur vs l’horreur

Pour faire peur, il convient également de savoir faire la distinction entre la terreur et l’horreur, les deux piliers de l’épouvante. La terreur est le sentiment ressenti lorsque l’on redoute que survienne dans l’avenir proche un événement fâcheux. Il s’agit d’une peur immédiate, causée en réaction à la menace et au danger, et qui peut se baser sur la raison (la menace existe bel et bien, elle est identifiable et connue), ou sur l’émotionnel (l’existence de la menace n’est qu’une hypothèse ; si ça se trouve, elle ne se trouve que dans l’imagination du personnage). La terreur est une réaction naturelle, programmée dans l’ADN, qui nous programme à réagir en combattant ou en fuyant la source de son inquiétude.

L’horreur est une réaction à ce qui se passe autour de nous, dans le temps présent. Être horrifié peut se manifester par un dégoût ou de la nausée face à une scène bizarre ou révoltante. Par bien des aspects, l’horreur est la matérialisation de la terreur : on est terrifié à l’idée qu’un tueur se cache dans notre appartement pour nous découper en rondelles avec son couteau, et on est horrifié une fois qu’il frappe.

La peur se propage au décor

Décrire la peur, c’est aussi décrire la manière dont celle-ci modifie la manière dont nous percevons notre environnement. Être effrayé colore toutes nos autres sensations, et un écrivain serait bien inspiré d’en tenir compte au moment de rédiger une scène au cours de laquelle son protagoniste est en proie à la terreur.

Ainsi, la personne effrayée deviendra prudente, jusqu’à s’imaginer des dangers sur la base de détails insignifiants. Lorsqu’on se trouve dans un état de terreur, un bruit, même ténu, ou même l’absence de bruit, une ombre, une odeur peuvent nous faire craindre le pire. Un auteur devrait garder en tête cet état d’esprit particulier et la manière dont il influence les descriptions.

Lorsque la peur se propage au décor, elle peuple également celui-ci de détails effrayants. Dans la littérature de l’horreur, on n’hésitera pas à mettre en scène des éléments effrayants tels que la brume, le vent de la nuit, la lune cachée par les nuages, des bruits de pas feutrés, une sirène qui claque, etc…

⏩ Dans deux semaines: Décrire le toucher

Décrire la douleur

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Ce billet se veut à la fois l’ultime prolongement de ma série d’articles sur la guerre commencée ici, mais aussi le premier d’une nouvelle série de guides pratiques destinés à décrire différentes sensations et émotions courantes dans l’existence humaine et donc dans la littérature.

La première partie consiste en une série de listes de mots dans lesquelles chaque auteur est invité à piocher. Ici, il s’agit de verbes, de noms et d’adjectifs liés à la douleur physique. Je n’inclus pas de définitions, conscient que l’usage de chaque mot dans un contexte littéraire va beaucoup dépendre des circonstances. Ces listes sont incomplètes et je vous invite à m’aider à les étoffer. Toutes les propositions sont les bienvenues – ce billet (et les suivants) pourraient être adapté en fonction de vos suggestions.

Juste en-dessous de ces listes de mots, vous trouverez une série de brefs conseils à appliquer pour épicer ou améliorer vos descriptions.

Verbes

Agoniser, avoir mal, en baver, boire le calice, en chier, déguster, dérouiller, se détériorer, écoper, endurer, morfler, pâtir, peiner, ressentir, en roter, souffrir, suer, trinquer, en voir de toutes les couleurs

Noms

Affliction, affres, agonie, bobo, boulet, brisement, brûlure, calvaire, contraction, coup (de marteau, de poignard), déchirement, démangeaison, déplaisir, douleur, endolorissement, élancement, épine, fourmillement, indisposition, irritation, lourdeur, mal, malaise, malheur, martyre, peine, picotement, pincement, plaie, point, raideur, rigidité, souffrance, supplice, torture, tiraillement, tourment

Adjectifs

Abattu, accablé, affligé, atteint, cuisant, douloureux, endolori, éprouvé, fiévreux, incommodé, indisposé, mal en point, pénible, perclus, punitif, souffrant, tendu, tiraillé, torturant, torturé

Les types de douleur

Affreux, aigu, amer, ancien, atroce, authentique, battant, en battement, chaud, chronique, cruel, cuisant, débilitant, en décharges électriques, déchirant, en éclairs, effroyable, par élancements, engourdissant, entêtant, épouvantable, éternel, excessif, extrême, fébrile, fiévreux, frénétique, fou, froid, habituel, horrible, interne, immense, immortel, incompréhensible, inconcevable, incroyable, indescriptible, inexprimable, ineffable, infernal, infini, ingrat, injuste, insupportable, intérieur, interminable, inutile, irradiant, qui lance, par lancées, morbide, morne, mortel, muet, mystérieux, obsédant, pénétrant, physique, poignant, profond, quelconque, rayonnant, secret, solennel, sourd, stérile, suprême, tendre, terrible, tragique, transperçant, vain, vif, violent, vrai

Les conséquences de la douleur

S’accrocher, ahaner, asphyxier, crier, se décourager, s’évanouir, se fâcher, faire bonne figure, se figer, frémir, frapper, gémir, grimacer, haleter, hurler, jurer, se mordre (la joue, la langue, la lèvre), pâlir, pleurer, prier, résister, retenir (ses gestes, ses larmes, sa respiration, son souffle), se rouler par terre, sangloter, saigner, sauter, serrer (les dents, les fesses, les phalanges, les poings), suer, supporter, se tendre, se tenir, tomber, se tordre, tousser, transpirer, trembler, vaciller, vomir

Asphyxie, colère, cri, désespoir, découragement, étourdissement, flegme, gémissement, haut-le-cœur, hoquet, humiliation, larme, nausée, peur, plainte, pleurs, sanglot, vertige

Prendre des notes

La douleur est peut-être bien la sensation la plus répandue – certains estiment même qu’il s’agit de la seule chose que tous les humains ont en commun. Cela a beau être désagréable, puisque vous êtes écrivain, profitez-en : lorsque vous avez mal, cherchez à comprendre ce qui se passe en vous, les sensations que vous éprouvez, la manière dont celles-ci se manifestent, gagnent ou perdent en intensité, évoluent avec le temps, et tentez de traduire tout cela en mots.

Peut-être retrouverez-vous certains des termes dont j’ai dressé la liste ci-dessus, peut-être trouverez-vous des manières complètement nouvelles de coucher sur le papier les différents types de souffrance. Quoi qu’il en soit, prenez-en note et gardez vos observations pour plus tard : elles se révéleront précieuses tôt ou tard.

Le mot juste

Comme tout le monde a eu mal, a mal, aura mal, il s’agit d’une sensation au sujet de laquelle la plupart des gens ont un certain degré d’expertise. Aussi il est important de ne pas faire n’importe quoi, sans quoi vos lecteurs s’en rendront compte immédiatement.

Lorsque vous vous lancez dans la description de la douleur ressentie par un personnage, faites en sorte que les mots que vous employez correspondent à la cause de la blessure ou de l’affliction : par exemple, une punaise enfoncée dans le bras ne cause pas une brûlure, une fracture n’est pas à l’origine d’un picotement. Cherchez les mots corrects du point de vue du sens, mais aussi ceux qui vous paraissent authentiques par rapport aux circonstances et au ressenti de votre personnage.

Garder le sens des proportions

Inutile d’en faire trop. Il n’est pas nécessaire, et il est même déconseillé, de décrire toutes les douleurs ressenties par votre personnage, sans quoi il finira par apparaître comme quelqu’un de fragile (si c’est ce que vous souhaitez, alors allez-y, sentez-vous libre d’y aller à fond). Il faut également être attentif à l’intensité : se piquer avec une fourchette, c’est peut-être douloureux, mais ce n’est pas « une torture », ni « un supplice. » Toute exagération dans ce domaine risque de basculer dans le ridicule.

Montrer plutôt que raconter

Jusqu’ici, nous avons dressé une série de mots et de conseils destinés à décrire la douleur, donc à la raconter. En suivant l’adage « Montrer plutôt que raconter », sentez-vous libres d’explorer d’autres voies, en approchant la douleur non pas par un alignement de termes qualificatifs, mais en vous concentrant sur les actions de vos personnages, sur les manifestations externes de la souffrance, qu’elles soient physiologiques ou comportementales. Dire d’un personnage qui vient de se cogner qu’il gémit et se mord les phalanges suffit : inutile de préciser qu’il a mal, c’est tout à fait clair.

Se soucier des conséquences

Parfois, la douleur est intense, mais elle s’en va rapidement. D’autres fois, elle s’installe durablement. Dans ces cas de figure, tenez-en compte. Un personnage qui a mal va voir de la peine à penser à autre chose, à se concentrer, parfois même à exécuter certaines actions qui ne lui posaient pas de difficultés jusque là. Une douleur durable nous diminue, elle dicte nos actes, nous rend trop prudent, irritable : c’est une source inépuisable de situations dramatiques pour un auteur.

L’évolution de la douleur

La douleur n’est pas une constante : elle change. Elle vient et s’en va, comme la marée ; elle augmente brutalement et s’apaise lentement, ou l’inverse ; elle peut être débilitante un instant et supportable l’instant d’après. Soyez attentifs à cette dimension en ce qui concerne vos personnage, et décrivez les transformations de leurs souffrances (« Avec le temps, l’horrible sensation se dissipa pour ne laisser que quelques élancements » ; « La douleur dans mon genou, simple raideur il y a une minute, explosa sans prévenir en une souffrance atroce. »)

Qualificatifs obliques

On parle de littérature : l’imagination de l’auteur va toujours faire reculer les limites de ce qui est acceptable. Pour décrire la douleur, autorisez-vous donc des métaphores et comparaisons (« La douleur crépitait en moi comme un feu d’artifice », « C’était comme si mes muscles avaient été parcouru par du plomb en fusion. ») Attention, comme toujours avec les métaphores, la frontière qui sépare une image parlante et efficace d’une figure de style lourde et risible est souvent bien mince.

Et puis, si votre style vous y oblige, autorisez-vous des emprunts à des champs sémantiques qui n’ont rien à voir avec celui de la douleur, et cherchez à déterminer si ça peut avoir du sens pour ce que vous souhaitez exprimer. La douleur de votre personnage peut être réglementaire, sa souffrance burlesque, ses maux palpitants ou surréalistes.

⏩ La semaine prochaine: Décrire la peur

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Introduction

Écrire, c’est cuisiner avec des mots

L’écriture, c’est dur

Avec des morceaux de fiction dedans

Inspiration et préparation

La machine à idées

L’angoisse de la page blanche (n’existe pas)

Être original

La théorie des genres

Le livre de démarrage

Se presser le citron

Se mettre dans de bonnes conditions

Écrire en musique

Qu’est-ce qu’une histoire

Je thème… moi non plus

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Actes, parties, tomes

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La théorie des blocs

Construire une intrigue

Les formes de l’intrigue

Les formes de l’intrigue II

L’intrigue sans forme

Prologues, épilogues et interludes

Le plan

Le narrateur: la 3e personne

Le narrateur: la 1e personne

Le narrateur: autres possibilités

Le récit au passé

Le récit au présent

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Personnages: quelques astuces

Personnages: les outils

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L’antagoniste

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Le style

Le style

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Montrer plutôt que raconter

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Les dialogues

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C’était la vallée de l’ombre qui dévore (1)

C’était la vallée de l’ombre qui dévore (2)

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