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C’est un de ces trucs viraux. J’ai été tagué par la talentueuse Elodie Agnesotti, que j’ai déjà eu l’occasion d’interviewer. Le principe est simple: répondre à onze questions, puis en poser onze autres à onze personnes.

Voici mes réponses aux questions d’Elodie:

A quel âge ta passion pour l’écriture s’est-elle développée ?

Oh je crois que j’ai toujours écrit : j’inventais des histoires de batailles spatiales et de superhéros avec mon frère, ensuite j’ai vite enchaîné en dessinant des bédés, puis une première ébauche de roman (vite abandonnée). Honnêtement je crois que l’idée que l’écriture était quelque chose de fascinant date de l’époque où j’ai appris à écrire, voire même légèrement auparavant.

Qu’est-ce qui t’a motivé à ouvrir un blog ?

C’est un enchaînement de décisions. Comme l’attente entre les deux tomes de mon roman se prolongeait, alors que mon éditeur avait d’autres priorités, j’ai jugé qu’il serait utile d’avoir une présence en ligne ailleurs que sur Facebook. Et comme précisément je n’avais pas d’actualité, je me suis dit qu’il pourrait être amusant de faire profiter les autres des quelques leçons que j’avais apprises en écrivant au cours des années. Et partant de là, je me suis un peu emballé…

A présent que l’autoédition semble être une perspective séduisante, je pense que ce blog se justifie encore davantage.

Aimes-tu le thé ? Si oui, lequel est ton préféré ?

Oui, je suis un buveur de thé à la base, mais le thé est une boisson pour les gens qui ont du temps, et je n’en ai pas beaucoup. Donc je suis devenu un buveur de café, parfois avec excès. Parfois, je bois du thé, mais je n’ai plus la patience requise, comme si mes sens s’étaient émoussés.

Papier et stylo, ou clavier ?

Clavier. Je ne comprends pas les gens qui écrivent à la main. Mon cerveau n’est pas câblé pour cela. Quand, saisi d’une bouffé d’excentricité, il me vient l’idée d’esquisser à la hâte un paragraphe ou deux à la main, je dois tout réécrire une fois que je me retrouve en face d’un écran.

Le dernier livre que tu as lu ?

« Le Maître et Marguerite » de Boulgakov. Tôt ou tard, je vais écrire un petit quelque chose dessus.

Le roman que tu n’écriras jamais ?

Parmi mes idées de roman, la plupart n’existeront jamais que comme quelques lignes de texte dans un bloc-note sur un serveur informatique. Je pense que celle qui a le moins de chance de se réaliser actuellement, c’est un roman qui s’intitule « Vanitraque », au sujet d’une… non je vais quand même garder l’idée pour moi, au cas où.

Le roman que tu ne liras jamais ?

Tout porte à croire que je ne parviendrai jamais à terminer « Infinite Jest » de David Foster Wallace. C’est mon Everest.

Quel est ton fruit préféré ?

Les nectarines de fin de saison, toutes dures et toutes sèches, qui font du bruit quand on croque dedans.

Quelle est ta ville préférée ?

Boston, la ville de mon cœur. Mais je suis chez moi partout où est ma famille.

L’auteur qui t’impressionne le plus ?

Je suis très souvent impressionné par les auteurs. La dernière fois que quelqu’un m’a réellement bluffé, c’était Catherynne M. Valente.

Quelle est la question que tu aurais aimé que je te pose ?

Peut-on s’habituer à la mélancolie du regard des moineaux ?

Voici mes onze questions:

  1. Qu’est-ce qui te happe?
  2. Y a-t-il un mot que tu souhaiterais ajouter à la langue française?
  3. Qu’est-ce qui est le plus important: le talent ou le travail?
  4. Si ton écriture était une des quatre saisons (ou une cinquième qui reste à inventer), laquelle serait-ce et pourquoi?
  5. Quel est, pour toi, le sujet sur lequel il est le plus difficile d’écrire?
  6. Ecrire un blog, est-ce parfois comme jeter des bouteilles à la mer?
  7. Si la romance est un genre lu principalement par des femmes, à quoi ressemblerait une romance écrite pour les hommes?
  8. Se lever tôt et se coucher tôt ou se lever tard et se coucher tard?
  9. Quand tu penses à ton enfance, quel est la toute première image qui te vient à l’esprit?
  10. Seul(e) sur une scène pendant une heure, qu’est-ce que tu racontes?
  11. A quoi ressemblerait la rue à laquelle toi seul(e) aurait accès?

Je ne tague personne, répondez donc à mes questions si le cœur vous en dit uniquement, même si je vous encourage vraiment à le faire parce que je rêverais que quelqu’un se mette en tête de plancher sur ces questions bizarres, mais quoi qu’il en soit, rendez-donc visite aux blogueurs suivants, je vous en conjure:

Ecri’turbulente, Carnets Paresseux, C.Kean, Feyd Rautha – L’épaule d’Orion, Les Conseils de Ponine, Laurent Jayr – Carnet d’écriture, Stéphane Arnier, Epaisseur sans consistance, Chris Bellabas, L.A Braun, Amélie Hanser.

L’interview: Elodie Agnesotti

Gourmande d’écriture, Elodie Agnesotti, auteure française encore bien éloignée de ses trente ans, a signé un recueil de poèmes, échafaude un roman de poésie, orchestre un blog passionnant et participe à différents autres projets créatifs et associatifs.

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Ta première publication est un recueil de poésie autoédité. Comment faire pour intéresser les lecteurs à la poésie ?

Ce n’est vraiment pas évident. La poésie est entourée d’une aura très mystérieuse, comme si elle faisait peur à beaucoup de lecteurs. J’ai l’impression qu’elle souffre de l’image qu’on nous en donne à l’école : quelque chose qui s’apprend par cœur, qui se récite… A-t-on jamais eu l’idée de faire apprendre aux élèves des passages entiers de romans pour les leur faire réciter ?

Aujourd’hui, j’ai encore l’impression que la poésie évolue dans un monde à part, avec ses lecteurs-habitués et ses codes. C’est un peu dommage. J’adorerais qu’il y ait plus de mélanges entre les genres, car c’est là que se trouve la richesse.

En attendant, quand j’écris de la poésie, c’est souvent pour y parler de voyages. Je trouve cette forme plus dynamique qu’une narration classique, qui ne laisserait pas suffisamment de place aux images et aux sons. L’avantage de cette thématique des voyages, c’est qu’elle parle à beaucoup de monde et qu’elle peut donc intéresser indépendamment de l’étiquette de genre. Quand mes lecteurs me disent qu’ils ont voyagé en me lisant, j’ai l’impression d’avoir rempli mon contrat, sans que la forme n’ait d’importance.

Écrire, pour toi, c’est un plaisir ? Un besoin ? Une torture ? Autre chose ?

Si ce n’était pas un plaisir, je pense que je n’écrirais plus depuis longtemps. Dès que l’écriture devient torture (typiquement, parce que je n’arrive pas à me sortir d’une scène que je dois écrire), j’ai tendance à passer à autre chose assez rapidement. C’est d’ailleurs une des raisons qui font que j’écris très lentement : quand je me force à extraire quelque chose de ma tête, cela ne me plaît jamais.

C’est aussi un besoin, comme une manière d’exprimer plein de choses que je n’exprime pas dans la vie quotidienne.

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Ça date de quand, ce goût de l’écriture ? Tu as des romans de jeunesse dans tes tiroirs ?

D’une certaine façon, je pense que l’écriture a toujours fait partie de moi. C’est une composante de ma personnalité. Pourtant, contrairement à d’autres auteurs, je n’ai pas cherché à écrire mes propres histoires avant l’adolescence – et encore, à cette époque, ce n’étaient que des textes courts ou des fan-fictions sans grand intérêt. L’envie d’un roman ne m’est venue qu’à la vingtaine. Quelque part, j’ai l’impression que l’écriture s’est épanouie en moi comme une fleur au printemps, pour ne se déployer qu’au moment où je me suis sentie prête. Ça ne l’a pas empêchée de toujours m’accompagner, sous des formes diverses.

Ton premier roman est à classer dans la catégorie « fantasy. » Pourquoi ce choix ?

C’est marrant parce que je ne l’ai pas vraiment vécu comme un choix. Le roman est né dans ma tête avec une certaine forme, des thématiques, et je ne me suis posé la question du genre qu’au moment où j’ai voulu présenter ce projet à d’autres gens. « Fantasy » est une étiquette facile car elle veut tout et rien dire. C’est un signal pour le lecteur. En fait, je pense que je n’aurais tout simplement pas pu dire ce que j’avais envie de dire, dans un univers réaliste. C’était une évidence.

C’est quoi selon toi, les littératures de l’imaginaire ? Est-ce à dire qu’il y a des littératures qui ne font pas appel à l’imaginaire ?

Il est certain que ce terme de « littérature de l’imaginaire » a quelque chose d’absurde.

Le propre de beaucoup de littératures, c’est justement de faire appel à l’imaginaire et de l’utiliser, à différents degrés, pour refléter la réalité. Par contre, les littératures dites de l’imaginaire (Fantasy, Science Fiction…) sont les seules, je pense, à ne pas faire semblant d’être la réalité. Il y a quelque chose de clairement assumé dans la démarche : au lieu de mettre le lecteur en face d’un miroir, on le met derrière une fenêtre et on l’invite à regarder le plus loin possible de ce qu’il connaît. Mais au final, c’est la même chose : toutes les littératures parlent de l’Homme.

Être originale, c’est important pour toi ? De quelle manière essayes-tu de te démarquer des autres auteur-e-s de fantasy ?

Je n’y pense pas trop quand j’écris et à vrai dire, ce n’est pas très important pour moi. A mes yeux, l’originalité n’est pas une fin en soi, c’est une chose qui vient assez naturellement si l’acte d’écrire est suffisamment abouti. Toute œuvre écrite avec sincérité aura forcément une part d’originalité étant donné qu’elle sera personnelle. Après tout, n’oublions pas qu’un des sens d' »original », c’est justement quelque chose d’authentique, qui provient de l’auteur et qui n’est pas une copie. Tout roman peut répondre à cette définition.

Au-delà de ça, j’ai l’impression qu’il y a quelque chose d’un peu prétentieux à dire qu’on est original. Ca sous-entend qu’on a inventé l’eau chaude ou qu’on a révolutionné la littérature, alors que, quand on y regarde de plus près, aucun roman n’est réellement révolutionnaire. C’est comme une construction : elle se base toujours sur des fondations.

Pour être très honnête, je pense qu’à raisonner en terme d’originalité, on se trompe de combat. Les lieux communs peuvent avoir quelque chose de rassurant pour le lecteur, tant qu’ils ne sont pas un raccourci mais un tremplin vers autre chose. A force de vouloir les éviter à tout prix, on peut perdre de vue ce qui est réellement important : la psychologie des personnages et la sincérité de la démarche d’écriture.

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« Le mystère est le meilleur artisan du merveilleux » a écrit Ursula K. Le Guin. Quelles sont tes recettes pour émerveiller tes lecteurs ?

Je ne sais pas si l’émerveillement est ce qui caractérise le plus ma plume. En tout cas, j’ai l’impression qu’il renvoie à quelque chose d’un peu fascinant, dans lequel Ursula K. Le Guin s’inscrit totalement. Or, je fais très peu de Worldbuilding quand j’écris. Contrairement à beaucoup de gens, ce n’est pas vraiment ce qui m’intéresse en fantasy. Je préfère imaginer que mes personnages touchent les lecteurs, ça, oui. Je n’ai pas vraiment de recette miracle pour y arriver. J’essaie de me concentrer sur les ressentis de mes personnages et de nuancer au maximum ce qui les habite. J’essaie aussi d’aborder des thèmes assez larges, dans lesquels chacun peut se reconnaître : la recherche d’identité, le sentiment d’exil, l’urgence écologique…

Comment est-ce que tu juges la qualité de la littérature de genre en France ?

C’est comme tout : il y a du bon et du moins bon. A mes yeux, le meilleur auteur de SFFF est français et s’appelle Alain Damasio. Pour le reste, je dirais que la littérature de genre souffre surtout d’une mauvaise presse qui la relègue au rang de sous-littérature dans la culture française. J’ai l’impression que c’est plutôt l’inverse aux Etats-Unis, par exemple. C’est un peu dommage car je suis sûre que cela rend les éditeurs frileux et qu’on passe à côté de bien belles choses !

Tu te préoccupes de la représentation des personnages féminins dans les médias de l’imaginaire. Ces derniers sont-ils sexistes, selon toi ? Comment l’expliquer ? Et comment en sortir ? Comment traites-tu tes propres personnages féminins ?

Pas toujours, mais bien sûr qu’il y a une part de sexisme là-dedans ! Il suffit de se reporter à l’imagerie des jeux vidéos, où la femme est souvent représentée à moitié nue (alors même qu’elle est censée combattre) et les seins prêts à exploser. C’est peut-être moins visible en littérature, mais il y a quelque chose qui est extrêmement révélateur : je ne peux citer qu’un seul personnage féminin qui soit décrit comme étant moche, et qui ne soit pas une antagoniste. C’est Chien du heaume, dans le roman du même nom de Justine Niogret. Et justement, quand je l’ai lu, ça m’a marquée parce que ce n’est pas si courant. En fait, j’ai l’impression que les personnages masculins ont droit à davantage de diversité dans leur représentation, même s’il est évident qu’il existe également des clichés liés aux injonctions de genre. Et j’aimerais beaucoup que ça évolue.

Après, c’est finalement assez logique car la littérature reflète la société qui la fait naître, et que notre société est encore très sexiste. Mais loin de moi l’idée de donner des leçons ou quoique ce soit car je m’inclus totalement dans cette réflexion. Il y a peu, je me suis rendu compte que je tombais moi-même dans ces pièges. Je n’ai jamais écrit de personnage féminin laid, tout simplement parce que j’étais limitée par ce que j’ai toujours vu ou lu et que je ne me posais pas de questions. Peu à peu, je réalise que chaque auteur est responsable des personnages qu’il crée, et que tout changement commence d’abord dans nos propres projets ! Alors j’essaie d’être attentive aux lieux communs, et surtout de travailler la cohérence des ambitions de mes personnages féminins. Qu’elles ne deviennent jamais des faire-valoir.

Tu es administratrice d’un forum consacré à l’écriture. Est-ce important pour toi de te frotter à d’autres auteur-e-s ? En quoi est-ce que ça te permet de progresser dans ton écriture ?

Je n’ai jamais envisagé ma passion sans ce côté communautaire propre aux fora d’écriture ! Bien sûr, c’est hyper important de se frotter à d’autres styles, d’autres idées… car c’est cela qui ouvre nos horizons. Quand j’achète un livre, j’ai toujours tendance à aller vers les mêmes univers, alors que là, je suis exposée à plein de choses différentes en permanence. C’est aussi une source précieuse d’avis et de regards critiques, car tout le monde n’a pas la chance de connaître des bêta-lecteurs. Mine de rien, il y a quelque chose de réconfortant dans le fait de savoir que certaines personnes attendent la suite de notre roman, c’est motivant.

Un conseil, une suggestion à ceux qui te lisent et qui ont envie d’écrire?

N’ayez pas peur, lancez-vous !

Il y aura toujours quelqu’un pour vous soutenir et apprécier sincèrement ce que vous écrivez. Tout comme il y aura toujours quelqu’un pour vous dire que vous écrivez mal et que ce que vous faîtes n’a aucun intérêt. Ce qui compte à la fin, c’est la sincérité et le cœur que vous mettrez à la tâche.

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