Mes 10 règles d’écriture

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C’est un peu pompeux, de dresser une liste des dix règles d’écriture qui nous sont chères. D’abord, pourquoi dix et pas huit ou douze ? En plus, quelle autrice ou auteur pourrait sérieusement penser que cet acte infiniment complexe qu’est la création littéraire peut se résumer en si peu de mots ? On est bien d’accord.

Cela dit, de nombreux auteurs, illustres ou non, se prêtent à l’exercice et j’ai toujours trouvé ça rigolo et riche d’enseignements, en particulier quand je ne suis pas du même avis. En ce qui me concerne, j’estime avoir assez réfléchi à la création littéraire pour savoir ce qui est important pour moi, et, finalement, pourquoi ne pas présenter ça sous forme de liste ? Ce qui suit reprend énormément d’éléments déjà abordés sur ce site. Pour que votre lecture soit agréable, je n’ai pas constellé le texte de liens en tous genres, mais si vous souhaitez approfondir un point ou l’autre, ou mieux comprendre ce que je veux dire, vous trouverez la liste de tous mes articles en suivant ce lien.

Et s’il vous plaît, que vous soyez d’accord ou non, mais en particulier si vous ne l’êtes pas, rien ne me ferait plus plaisir que de connaître vos opinions. Je vous serais particulièrement reconnaissant de prendre quelques minutes pour en débattre en commentaire, je sens que ça pourrait être intéressant pour tous les visiteurs du site.

1. Lis autant que possible, aussi diversifié que possible

Oui, tu as avant tout envie de créer des histoires, et peut-être que cet élan t’a été inspiré d’abord par le cinéma ou les jeux vidéo, mais si tu choisis d’écrire, tu te situes quoi que tu en penses dans le champ de la littérature. Écrire, ça n’est pas la même chose que réaliser un film ou un jeu, et écrire un roman, ça n’est pas la même expérience qu’écrire une bande dessinée ou un poème. Cela implique des techniques et une approche spécifique, et pour apprendre à le faire, la démarche la plus simple et la plus fructueuse est de s’inspirer de celles et ceux qui le font avec un certain niveau de succès. Et même si tu es une autrice ou un auteur chevronné, continue à te frotter les méninges à tes pairs, et éloigne-toi régulièrement de tes domaines de prédilection, change de genre, lis autre chose que des romans, pour nourrir ta muse de perspectives nouvelles.

2. Note toutes tes idées

L’écriture romanesque est entièrement constituée d’idées. Il y a les grandes idées, celles qui te transportent et te motivent à te lancer dans l’ambitieux chantier d’un roman, mais il y a surtout des centaines de petites idées, et des milliers de micro-idées, dans des domaines pas nécessairement glamour, que ce soit la structure, la narration ou le choix de vocabulaire. Si tu as l’écriture en tête, tu génères probablement en permanence toutes sortes d’idées, des personnages, des tournures de phrase, des noms, des métaphores, des constructions dramatiques, dont tu ne sais que faire. Note tout, toujours, immédiatement, même si les idées ne te paraissent pas exceptionnelles. Un jour, une idée issue de ton carnet te sera utile pour un projet qui n’existe pas encore.

3. Écris tous les jours

Oui, chaque jour, il faut que tu écrives. Je sais, ça te fait faire la grimace. Tu n’as pas envie. Tu veux être libre, que l’écriture ne devienne pas une corvée. Mais en réalité, tu ne réalises pas que tu le fais probablement déjà. Parce que quand je dis « écris tous les jours », il faut que tu comprennes « imprègne d’écriture chaque instant ». Donc oui, il y a des jours où tu vas rédiger un manuscrit, mais même si tu accordes un petit congé à tes doigts, le simple fait de penser à tes projets, de les nourrir d’idées, de regarder autour de toi et de t’inspirer de ce que tu vois, de lire, d’apprendre, c’est de l’écriture. Une écrivaine, un écrivain, c’est quelqu’un qui a toujours plus ou moins la tête dans ses projets, même quand ses doigts ne sont pas sur un clavier, ou, soyons fous, autour d’une plume.

4. Apprends à ne pas t’en faire

Les autrices et les auteurs se soucient de bien faire, tout le temps, partout, à un tel point que chez certains, ça tourne à la névrose. Nous laissons la Perfection nous narguer, à jamais inatteignable dans son palais céleste, alors que nous devrions déjà être très heureux de simplement écrire de bons romans. Arrête de t’en faire autant, laisse-toi aller un petit peu. Le grand Gustave Parking a autrefois émis ce conseil qui m’a beaucoup aidé professionnellement dans un autre domaine et qui s’applique également très bien à l’écriture : pour réussir quoi que ce soit qui en vaille la peine, il faut « braver le bide », prendre le risque d’être mauvais, ridicule, imparfait. C’est la seule manière de réussir quoi que ce soit qui en vaut la peine. En plus, quand tu auras décidé de moins t’en faire, tu seras libéré de la peur de l’échec, du manque d’inspiration et du rejet.

5. Écrire de la fiction, c’est raconter une histoire

Dans un roman, tout ce qui n’est pas indispensable à l’histoire est superflu. OK, « superflu », c’est un peu exagéré, et « tout », ça fait quand même beaucoup. Mais comprends ce que j’essaye de te dire. Au coeur du roman, il y a une histoire. C’est ce qui lui donne sa raison d’être, et c’est ça, avant toute autre chose, que les lectrices et lecteurs viennent chercher. Si ce qui te motive à écrire, c’est d’inventer une langue fictive, tourner des TikTok, dessiner des cartes, rédiger de jolies phrases, faire dialoguer tes personnages sur Discord, croquer leur portrait ou tracer leur arbre généalogique, et que tu n’as pas d’idée précise de l’histoire que tu essayes de raconter, tu fais fausse route. C’est comme organiser un mariage avant d’avoir trouvé un conjoint. Réfléchis à ton histoire, fais-en ta priorité, tout le reste peut attendre et représente, au mieux, des distractions dans ce labeur considérable que constitue l’écriture d’un roman.

6. Les personnages sont la partie la plus importante de l’histoire

Le plus important, comme je viens de le dire, c’est l’histoire, et le plus important dans l’histoire, ce sont les personnages. Comment le prouver ? C’est simple : sans eux, l’histoire n’existe pas. On peut retirer le décor, la structure, le thème, le message, le style, le ton, tous ces éléments vont de toute manière exister dans le cerveau du lecteur même si on ne les inclut pas délibérément, mais sans personnages, il n’y a aucune raison de raconter une histoire. Sans eux, il n’y a rien. La raison pour laquelle les humains, depuis toujours, prennent place autour d’un feu de camp et se racontent des trucs, c’est parce qu’ils veulent être confronté à leur propre humanité, mêlée à l’imaginaire, et la fiction, comme l’a écrit le regretté David Foster Wallace, « ça parle de ce que c’est qu’être un putain d’être humain ». Oui, même les histoires sur les robots et les elfes. Donc fais-nous rentrer dans leur tête, donne-leur de la substance et du relief.

7. La bonne phrase, c’est celle qui donne envie de lire la suivante

Et le bon chapitre, celui qui donne envie de lire le suivant ; et le paragraphe, celui qui donne envie de lire le suivant ; et le mot, celui qui donne envie de suivant. C’est pour moi le principe stylistique le plus important : quand tu rédiges un texte narratif, ton but doit être de faire en sorte que les lectrices et les lecteurs ne puissent pas lâcher ton bouquin. Pour cela, il faut les tenir en haleine, écrire de manière propulsive, se débarrasser de tout ce qui freine, générer du suspense, laisser des questions ouvertes et y apporter juste assez d’éléments de réponse pour qu’il soit presque insoutenable physiquement d’interrompre sa lecture. Les romans ne sont pas là pour engendrer des citations amusantes, sorties de leur contexte : leurs phrases ne sont pas faites pour exister indépendamment, mais pour s’encastrer les unes dans les autres, s’enchaîner pour former un récit poignant et addictif.

8. Écris, puis réécris, puis réécris encore

Réécris, en clair, jusqu’à ce que tu ne saches plus comment faire pour améliorer le résultat final. Oui, je suis tout à fait conscient que je contredis ce que j’ai affirmé au numéro 4, quand je t’ai suggéré de laisser de côté tes envies de perfection. Mais là, ce que je t’encourage à faire, c’est à travailler, et à être conscient qu’une fois que tu as terminé ton premier jet, ton boulot ne fait que commencer. Selon moi, les corrections, la réécriture, c’est considérablement plus important que l’écriture initiale, que ce soit au niveau du temps que ça demande, comme au niveau de l’impact que ça finit par avoir dans le résultat final. Donc bosse ton manuscrit jusqu’à la nausée, jusqu’à ce que tu ne puisses plus supporter d’en lire les phrases, mais naturellement, sans perdre de vue que la perfection reste malgré tout hors d’atteinte.

9. Le produit final n’est pas le roman, c’est la rencontre entre le roman et le lecteur

Il n’y a pas qu’un seul cerveau en fonctionnement autour d’un roman, il y en a deux. Le tien, et celui de la personne qui te lis. Ça serait dommage de n’en utiliser qu’un seul des deux. Ce qu’il faut comprendre, c’est que tes mots ne vont pas simplement être reçus et compris tels quels. La réalité de ton histoire va être construite presque autant par le lecteur que par toi. Cela permet de restreindre une partie des descriptions, en prenant conscience que celles et ceux qui abordent le texte vont s’imaginer les choses un peu à leur manière, quoi que tu écrives. Cela permet aussi de se montrer subtil : le lecteur est parfaitement capable de se forger une opinion sur un personnage ou une situation à partir des faits, sans avoir à être explicite. Tu peux aussi retourner la situation et jouer sur les attentes de celle ou celui qui te lit pour lui faire peur, l’amuser ou la surprendre.

10. On n’apprend à écrire un livre qu’une fois qu’on l’a terminé

Les romans ne sont jamais vraiment finis, on se contente de les laisser partir. Bien souvent, c’est une fois qu’ils sont sous presse qu’on s’aperçoit de certaines failles et qu’on réalise qu’un aurait pu faire les choses de manière différente. C’est normal : une histoire est comme une énigme qu’on résout tout en la racontant, elle suit ses propres règles et ce n’est qu’en l’ayant terminée qu’on réalise comment on aurait dû s’y prendre. Ce n’est pas grave. Ai-je mentionné que la Perfection est hors d’atteinte ? Prend acte des leçons apprises pour ton projet suivant, et attends-toi à de nouvelles difficultés et de nouveaux apprentissages à chaque roman.

La machine à idées

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Si écrire, c’est cuisiner avec des mots, le matériau de base dont on se sert pour toute forme d’écriture créative, ce sont les idées.

C’est le constat qui s’impose à toute personne qui prend la plume : l’écriture réclame une quantité invraisemblable d’idées. Attention : ce ne sont pas nécessairement des idées géniales, originales ou remarquables. Juste des petites briques de pensée, prêtes à être assemblées une à une pour former un texte. Plus on en a en stock, plus on avance vite, plus on évite les mauvais pas et les pannes d’inspiration et plus vite et plus efficacement on écrit.

Il est donc souhaitable de trouver un moyen de générer rapidement de grandes quantités d’idées, et de parvenir à s’en souvenir, pour être en mesure de les mobiliser au moment où on en aura besoin.

« Ah, tiens, et si j’écrivais les aventures d’un pingouin qui s’engage dans l’armée de l’air ? »

Dans un travail d’écriture, des idées sont nécessaires à peu près à tous les niveaux :

D’abord, il y a l’idée centrale, celle qui nous motive à nous atteler à une histoire. « Ah, tiens, et si j’écrivais les aventures d’un pingouin qui s’engage dans l’armée de l’air ? »

Ensuite, il y a des idées de personnages : « Un de ses instructeurs pourrait être un manchot qui n’aime pas les pingouins » ; de décor : « Tout cela pourrait se passer sur une base aérienne construite sur une banquise en train de fondre » ; de thème : « L’histoire met en scène des individus qui triomphent des préjugés pour réaliser leurs rêves. »

Les idées interviennent aussi dans la structure de l’histoire : « Tout commence en plein milieu d’une grande bataille aérienne, le roman est ensuite raconté en flashback, et à la fin on revient à la grande bataille que l’on suit jusqu’à la conclusion. »

On a également besoin d’idées dans le domaine du style, qu’il s’agisse de choix narratifs : « L’histoire est écrite à la troisième personne du singulier, mais uniquement de la perspective du pingouin » ; ou d’options esthétiques : « Le pingouin étant un personnage simple, le langage utilisé l’est aussi et les phrases sont courtes. »

Les littératures de l’imaginaire, en particulier, réclament des idées innombrables pour bâtir un univers de fiction, sa culture, son langage, ses coutumes, ses particularités : « Dans le monde du pingouin, toutes les créatures bipèdes (grands singes, oiseaux, kangourous) sont capables de parler. »

Enfin, l’écriture réclame une foule de micro-idées, que ce soit dans le domaine de la construction des paragraphes, des tournures de phrases, des noms des personnages, des titres des chapitres, de la manière dont sont amenées les intrigues secondaires, etc…

Une partie des idées, c’est inévitable, naissent pendant l’acte d’écriture lui-même. Donner du corps au concept de base stimule l’inspiration et l’amène dans des recoins inattendus. De plus, en écrivant, on rencontre régulièrement des impasses ou des difficultés qui vont réclamer des idées fraîches afin de s’en sortir.

Il faut tout noter, partout, en toute occasion.

Malgré tout, pour tirer son épingle du jeu, plus on a d’idées en stock, plus on est efficace. Ecrire, en effet, ça n’est pas seulement rédiger des mots les uns après les autres : c’est être constamment à l’affût d’idées dont on pourrait se servir plus tard.

A cet effet, il est très utile de les noter au fur et à mesure. Munissez-vous d’un bloc-notes qui ne vous quitte jamais, qu’il s’agisse d’un objet physique que vous emmenez partout avec vous, ou, mieux encore, d’une application (OneNote, Evernote) à laquelle vous pouvez accéder sur votre téléphone ou sur un ordinateur. Il faut tout noter, partout, en toute occasion.

Chacun peut s’organiser comme il le veut : tout mettre pêle-mêle au même endroit, ou tout classer par catégories (constituer une liste d’idées d’histoires, de répliques, de noms de personnages, etc…), ou encore séparer les idées en fonction du contexte auquel on les destine (si on monte plusieurs projets d’écriture en parallèle).

A force, cela va devenir une seconde nature. Les idées, en effet, peuvent surgir à n’importe quel moment et sont très volatiles : elles sont aussi faciles à avoir qu’à oublier. Qui plus est, on est souvent mauvais juge de la qualité d’une idée lorsqu’elle survient, pensant qu’elle n’a pas de valeur et qu’elle ne servira à rien, alors que, si le contexte s’y prête, elle peut se montrer précieuse. Il m’est arrivé d’utiliser un concept, une phrase, un nom, des années après en avoir pris note. Mieux vaut donc ne rien filtrer du tout et laisser le temps montrer ce qui va être utile et ce qui ne le sera pas, sans a priori.

De la même manière que, lorsqu’on se met à noter ses rêves, on réalise qu’il devient de plus en plus facile de s’en souvenir, vous réaliserez rapidement qu’en notant vos idées, vous en aurez de plus en plus, et sur les sujets les plus divers. Au cours des années, j’ai par exemple accumulé des idées de scénarios pour les Schtroumpfs ou Lucky Luke qui ne verront jamais le jour… mais qui dit que je ne pourrai pas les réutiliser dans un contexte différent ?

Atelier: mettez-vous devant la télé et tentez d’avoir des idées qui ont trait à tout ce que vous voyez défiler: de nouvelles règles pour les jeux, des slogans pour les pubs, des dialogues pour les personnages des séries, une manière différente de raconter l’information, etc… Après très peu de temps, les idées vont venir toutes seules.