La boîte à outils pour vos descriptions

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Réunir en un seul endroit une série de mots qui peuvent être utilisés pour décrire une émotion ou une expérience sensorielle, et assortir tout ça de conseils pour réussir ces descriptions dans un cadre romanesque : c’était la raison d’être d’une série d’articles publiés sur ce blog ces dernières semaines.

Il s’agissait d’articles-outils, de références à consulter en fonction plutôt que des billets à lire pour le plaisir ou pour élargir ses horizons, raison pour laquelle il m’a semblé nécessaire de les regrouper ici. Vous trouverez ainsi des liens vers chacun des articles de la série, ce qui vous permettra de les redécouvrir, et surtout de tout retrouver en un seul signet, dans l’attente du moment où vous en aurez besoin.

Décrire les émotions

La peur

La tristesse

La joie

La colère

La honte

Décrire les sens

La douleur

Le plaisir

Le toucher

L’odeur

Le goût

Le bruit

 

Décrire le plaisir

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Écouter un concerto, se faire masser les pieds, jouer avec ses enfants, faire un tour sur les montagnes russes, fumer une cigarette, lire un bon roman : les sources de plaisir sont innombrables. Un être humain, en tout cas par moments, fonctionne comme une machine à rechercher cette récompense qu’est le plaisir, une sensation agréable et de courte durée qui prend des formes différentes et s’incarne dans les activités les plus diverses.

Malgré cela, lorsqu’on se contente de parler du « plaisir », sans y ajouter de précision, on pense en premier lieu au plaisir sexuel, le plus vif et le plus viscéral d’entre tous, sans doute, et celui, en tout cas, auquel tous les autres sont comparés. Je vous renvoie pour approfondir cette dimension au billet que j’ai rédigé sur cette question.

Face à cette multiplicité de stimuli différents, et les réactions qui vont avec, le plaisir est un objet littéraire qui peut se révéler coriace. Difficile d’unir toutes ses manifestations dans une seule démarche littéraire, et il n’y aurait pas grand-chose à gagner à le tenter. C’est pourquoi les listes de mots ci-dessous, et les quelques conseils qui les accompagnent, sont concentrés sur les plaisirs sensuels, plutôt que sur les plaisirs esthétiques ou intellectuels. On y trouvera une forte résonance sexuelle, mais la plupart de ces mots peuvent être utilisés dans d’autres contextes.

Verbes

(S’)Abandonner, affectionner, aimer, anéantir, apprécier, approuver, baiser, basculer, bénéficier, branler, chavirer, décharger, déguster, (se) (se) délecter, désorienter, dévorer, (se) donner, éjaculer, enfiler, festoyer, foutre, fricoter, (se) gargariser, (se) goberger, goûter, jaillir, jouir, juter, lécher, manger, manipuler, masturber, mettre, offrir, pénétrer, (se) perdre, posséder, plaire, (se) pourlécher, profiter, (se) ravager, régaler, (se) réjouir, renverser, ressentir, saillir, savourer, (se) soulager, subir, toucher, trembler, tressaillir, vénérer

Noms

Abandon, agrément, aise, émotion, amour, amusement, appétit, baise, bien-être, bonheur, charme, coït, concupiscence, contentement, coup, cyprine, délectation, délice, désir, détachement, distraction, divertissement, don, effet, éjaculation, épicurisme, euphorie, félicité, fantaisie, friandise, gaieté, hédonisme, impudicité, jeu, joie, jouissance, lascivité, libido, lubricité, luxure, oubli, orgasme, paillardise, récréation, ravage, ravissement, régal, réjouissance, satisfaction, séisme, sensualité, soubresaut, spasme, sperme, tonnerre, transcendance, tremblement

Adjectifs

Affriolant, agréable, amène, amusant, appétissant, attirant, attrayant, bien, bon, chouette, commode, confortable, délectable, délicat, délicieux, doux, empressé, enchanteur, engageant, enivrant, euphorique, excitant, exquis, facile, fascinant, gourmand, gracieux, harmonieux, heureux, impertinent, incommensurable, indicible, indispensable, ineffable, joli, joyeux, léger, ordinaire, phénoménale, plaisant, quotidien, récréatif, réjouissant, ravissant, riant, savoureux, séduisant, sensible, splendide, suave, subtil, succulent, sympathique, tactile, vivable, urgent

Prendre des notes

Personne ne prétendra que le travail d’écrivain est constamment harassant. Ainsi, je vous encourage ici à rechercher le plaisir et à tenter de le capturer en mots, lorsque vous en faites l’expérience, afin de vous constituer une bibliothèque personnelle d’images. N’allez pas sortir complètement du moment pour autant, mais enfin ça peut être salutaire de mener une veille de ce genre-là.

Explorez également les frontières du plaisir : à quoi ressemble la sensation de l’arrivée du plaisir, de son anticipation, des moments qui lui succèdent. Que ressent-on lorsqu’on est privé d’un plaisir que l’on recherche sur une durée prolongée, et de quelle manière est-ce que cela se manifeste ? Tout cela, vivez-le et écrivez-le. Personne ne peut prétendre à l’universalité, surtout dans un domaine comme celui-ci, mais un peu de vécu peut apporter beaucoup de vraisemblance à un roman.

Le mot juste

Il y a des plaisirs diffus, des plaisirs menus, presque imperceptibles, qui nous font sourire. Et puis il y a ceux qui nous font hurler et dont l’expérience nous change. Entre les deux, toutes les intensités, toutes les variétés sont possibles.

Il est particulièrement important de sélectionner un vocabulaire adapté lorsque vous décrivez un moment de plaisir vécu par un de vos personnages. En particulier, prenez garde de faire preuve de mesure. On a vite tendance à donner dans l’emphase, lorsqu’on parle de plaisir, et à décrire une sensation comme « la plus puissante » qu’un personnage « avait ressentie de sa vie. » La métaphore est faible, déjà parce qu’il s’agit d’un cliché, mais surtout parce qu’il est bien rare, dans la vie réelle, de classifier ainsi ses expériences. Lorsque vous vous régalez au restaurant, allez-vous vraiment situer votre plaisir culinaire sur l’échelle de tous vos autres repas ? C’est peu probable.

Le pays des métaphores cucul

Le plaisir, il faut également le noter, c’est le pays des métaphores cucul. On a déjà eu l’occasion d’en parler dans mon billet intitulé « Écrire le sexe« , mais c’est valable de manière plus générale pour toutes les expériences sensuelles. Peut-être parce qu’on est embarrassé par le sujet, peut-être parce qu’on souhaite faire ressentir des impressions précises au lecteur, on a tendance à oser, pour décrire les sensations de plaisir, des comparaisons grandiloquentes ou tirées par les cheveux, qui basculent facilement vers le kitsch.

Ce n’est pas la bonne approche. Lorsque vous décrivez le plaisir, faites simple, et surtout, arrangez-vous pour nous faire comprendre au lecteur ce que cette sensation signifie pour le personnage qui en fait l’expérience, cela sera bien plus efficace que d’écrire « Son plaisir était plus intense que mille soleils en fusion. »

Subjectivité du plaisir

Il n’y a pas de plaisir au singulier : il n’y a que des plaisirs, pluriels, aux multiples formes, causes, expressions. Ce qui plait à une personne sera bien différent de ce qui procure des sensations à une autre, et même deux individus qui apprécient les mêmes choses vont les ressentir de manière différente et exprimer leur plaisir sous un mode singulier.

Si le plaisir est une réalité difficile à nier, il échappe toutefois à la taxonomie, à une classification de type scientifique, et ne peut être saisi qu’à travers les filtres multiples d’une subjectivité aux multiples facettes et qui évolue constamment. Le plaisir, en tant qu’objet romanesque, n’est pas un construit intellectuel mais un agrégat d’expériences singulières, qui présentent des points communs mais aussi énormément de différences. Un auteur devrait être capable de s’en servir pour percevoir ce qui fait la substance de ses personnages : celle qui goûte avec les émotions les plaisirs de la table sera différent de celui qui apprécie qu’on le fouette, avec un brin de culpabilité. Peu de choses en disent plus long sur quelqu’un que ce qu’il fait quand il n’y est pas obligé.

⏩ La semaine prochaine: Décrire la colère

 

Apprends à travailler

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En-dehors de celles et ceux qui ont déjà achevé l’écriture d’un roman, peu de gens peuvent comprendre à quel point cela réclame des efforts, et à quel point un écrivain peut se sentir régulièrement saisi par un sentiment d’absurdité, face à l’énormité de la tâche qui se présente à lui, et l’extrême lenteur de sa progression.

Je me souviens qu’une fois, en travaillant sur une scène toute simple où une jeune fille a un accident de vélo suivi d’une conversation, j’avais pris conscience qu’au rythme où je travaillais, cela signifiait que cette pauvre demoiselle venait de passer trois jours, assise sur un trottoir, en attendant que je passe à la suite. L’échelle de temps de l’écriture n’a rien à voir avec celle de la lecture, et une scène qui ne dure qu’un instant et qui peut être lue en moins d’une minute pourra prendre des heures, voire des jours, avant d’être achevée. Par moment, écrire un roman, c’est un peu comme vouloir réduire un rocher en poudre avec une lime à ongle : pas impossible, mais enfin, ça réclame de la persévérance.

Bref, écrire un roman, c’est beaucoup de travail. Chaque jour, il faut s’y remettre, même si on n’en a pas toujours une folle envie. Les progrès sont lents, parfois on fait machine arrière, et quand on a terminé le premier jet, tout recommence depuis le début, souvent à plusieurs reprises. Oui, de temps en temps, c’est ingrat.

Cette notion de travail est importante. Oui, tout le monde peut écrire un peu n’importe quoi et se proclamer romancier une fois passé le cap des 50’000 mots, mais vous, vous savez qu’être auteur, ça va au-delà de ça. Être auteur, c’est tâcher d’écrire le meilleur roman possible. C’est tenter de s’améliorer constamment. C’est lutter contre les lieux communs et les facilités, contre les clichés et les stéréotypes. C’est rechercher la nuance en toute chose. C’est partir en quête de votre singularité. C’est, parfois, vous faire violence jusqu’à ce que vous trouviez l’idée qui fonctionne, la phrase qui tombe pile, le mot juste.

Il faut songer à se rappeler du plaisir d’être auteur

En deux mots, n’en doutons pas, il faut bosser pour être écrivain. Et encore, là, je ne parle que du processus d’écriture en lui-même et pas tout ce qui l’entoure : promotion, salons et compagnie. Et pour les auto-édités, certaines des haies qu’il faut franchir sont encore plus hautes et plus nombreuses.

Seulement, en parallèle à cette notion de travail, il faut songer à se rappeler du plaisir d’être auteur. Tout simplement, la plupart de celles et ceux qui choisissent d’écrire le font parce que ça leur plaît. Dans certains cas, on trouve des individus qui écrivent parce qu’ils en ressentent le besoin, ou pour exorciser quelque chose, dans un but thérapeutique, mais enfin ça reste malgré tout une activité qui procure une certaine forme de satisfaction à celle ou celui qui la pratique. Personne ne braque un pistolet sur la tempe de l’auteur pour le forcer à pondre du texte, il le fait de sa propre volonté, parce qu’il aime ça, tout simplement.

Et malgré tout, à écouter certains auteurs, on pourrait croire qu’écrire est une pénitence. Dans les communautés d’auteurs en ligne, on croise énormément d’âmes perdues qui prétendent vouloir écrire mais qui sont perpétuellement en quête de leur motivation. Chaque mot représente un effort, chaque phrase est rédigée au prix d’énormément de transpiration. Pour eux, l’écriture est souffrance, et on sent qu’ils préféreraient de loin chiller devant Netflix plutôt qu’aligner mots et paragraphes. D’ailleurs, la plupart du temps, c’est ce qu’ils font, et ça les fait culpabiliser, ce qui ne fait qu’ajouter à leur désarroi. Vertigineux tourment de l’être humain moderne.

Pour se pousser eux-mêmes à écrire, ces forçats du verbe s’inventent toute une série de petits rituels. Il y a ceux qui cherchent des encouragements auprès de leurs proches, de leur entourage en ligne, voire même auprès de parfaits inconnus sur les réseaux sociaux. Il y a ceux qui s’accordent des petites récompenses quand ils parviennent à se remettre à écrire. Il y en a qui se fixent des objectifs de productivité, par exemple d’écrire un certain nombre de mots par jour, ou d’achever un chapitre dans un temps donné. Et puis il y a tous ceux qui participent à des événements collectifs, comme le Nanowrimo, afin de s’inciter à pondre une grande quantité de texte en peu de temps.

Personne ne vous oblige à écrire

À chaque fois, cela donne l’impression que ces auteurs se comportent comme s’ils étaient les hackers de leur propre cerveau. Ils cherchent à se leurrer eux-mêmes, à faire usage de techniques de manipulation afin qu’ils parviennent à vaincre l’inertie et à reprendre la plume. Lorsque l’envie d’écrire n’est pas au rendez-vous, on tente différentes approches pour qu’elle revienne.

Il n’y a pas de mal à chercher à se motiver, bien sûr, et si pour vous, cela marche mieux quand ça prend une tournure un peu ludique, pourquoi pas ? Cela dit, si les symptômes persistent et que vous passez votre temps à vous encourager vous-même avant d’écrire chaque mot, comme dans un marathon spécial troisième âge, peut-être est-ce le signe qu’il faut prendre un peu de recul et vous interroger sur ce que vous souhaitez vraiment.

Personne, on l’a dit, ne vous oblige à écrire. Si l’appel de votre écran large ou de votre console de jeu est irrésistible, c’est peut-être qu’après tout vous préférez regarder des séries ou jouer aux jeux vidéo plutôt qu’écrire. Il n’y a pas de mal à ça. Écrire, c’est quelque chose qui réclame des efforts, un engagement sur la durée, et qui offre peu de gratification à court terme. Ce n’est pas pour tous les goûts, et personne ne pourrait vous reprocher de réaliser que finalement, ça n’est pas votre manière préférée d’occuper votre temps.

Si, par contre, vous avez le feu sacré, que rien ne vous comble autant que la littérature, dans ce cas, cessez de voir l’écriture comme un effort auquel vous devez vous astreindre et commencer à la voir comme un plaisir que vous vous réjouissez de retrouver. Après tout, être capable d’extérioriser sa créativité, c’est une chance immense, qui mérite qu’on s’y consacre avec passion et dans la continuité. Oui, ça peut représenter beaucoup de travail, mais c’est un travail gratifiant, qui vous grandit et dont vous pourrez savourer les fruits pendant des années.

⏩ La semaine prochaine: Éléments de décor – le crime