Critique: Star Wars – Renaissance

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Après les événements du film « Les Derniers Jedi », la Résistance est en miettes, réduite à une poignée d’individus démoralisés, alors que le Premier Ordre étend son emprise sur la galaxie. Décidés à grossir leurs rangs, les survivants du mouvement rebelle se lancent dans une vaste campagne de recrutement.

Titre : Star Wars Renaissance

Autrice : Rebecca Roanhorse

Éditeur : Pocket 12 21 (traduction, ebook)

Pourquoi est-ce que je m’inflige cela ? J’ai déjà eu l’occasion d’expliquer ici pour quelle raison il m’arrive de lire des romans Star Wars, qui permettent de me rincer le palais après une lecture au long cours. Après « Anno Dracula », j’ai donc souhaité une fois de plus goûter à ce plaisir simple. Cela dit, soyons francs : à une exception près, ces romans sont médiocres, voire très mauvais, et « Renaissance » est le pire de tous. Je pense que je vais reconsidérer cette très discutable politique de lecture à l’avenir (cela dit, j’ai lu ce roman pendant ma quarantaine Covid-19, où mes choix de lectures étaient moins cruciaux, dans la mesure où j’avais beaucoup de temps à disposition pour lire).

En se basant sur le résumé que j’ai rédigé ci-dessus, il serait facile d’imaginer un roman peu ambitieux mais divertissant, d’autant plus que cette époque de la saga Star Wars est très peu explorée par la littérature : une aventure haute en couleur où nos héros tentent de rallier des soutiens populaires grâce à une action dangereuse mais spectaculaire contre un Premier Ordre qui n’en est qu’à ses balbutiements. Une occasion aussi de proposer aux lecteurs quelque chose qu’ils n’ont pas vu très souvent dans les films : une histoire qui mettrait en scène les quatre personnages principaux des derniers épisodes de Star Wars dans une même aventure.

Ce n’est pas du tout ce que « Renaissance » propose. À la place, le lecteur se voit infliger des scènes où apparaissent d’innombrables personnages secondaires, issus des films, des jeux, des bandes dessinées. La plupart n’ont aucune influence sur l’intrigue et ne constituent qu’une série de clins d’œil aux fans les plus incollables. Personnellement, j’aurais préféré moins de références et davantage de substance. Quand le seul intérêt d’une scène, c’est qu’elle fait figurer un obscur personnage de « L’Empire contre-attaque », présent à l’écran quelques secondes, et dont le seul trait constitutif est d’avoir une tête de pruneau, on se demande pourquoi on est en train de gaspiller son temps avec un tel roman.

Ces cohortes de personnages ne font rien d’intéressant. La première moitié du livre est constituée de longues scènes où des personnages bavardent interminablement de choses et d’autres, ce qui est probablement la chose la moins « Star Wars » que l’on puisse imaginer. En plus, ces dialogues ne sont pas particulièrement bien écrits, et mériteraient une intervention éditoriale assez radicale pour les rendre acceptables. La seconde moitié du roman est une accumulation de scènes d’action génériques, qui ne comportent pas la moindre idée originale ou le moindre élément pour les distinguer de milliers d’autres scènes déjà vues ou lues.

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Il faut encore ajouter le choix étrange de l’autrice d’avoir opté pour un méchant qui n’est qu’un fonctionnaire qui, par sa passivité et son ambition, fait le jeu du Premier Ordre. Dans un autre roman, cette exploration de la manière dont le fascisme repose sur la connivence des médiocres pourrait être intéressant, mais ici, tout cela est amené sans brio, ni fantaisie. On se situe à mille lieues des racines pulp de la saga, et pour couronner le tout, le personnage en question interagit à peine avec les protagonistes.

Pour prendre la défense de l’autrice, on pourra objecter qu’elle devait écrire un livre de transition entre deux films, sans rien savoir au sujet du second d’entre eux, encore en pleine écriture au moment où elle rédigeait son histoire. Elle a probablement subi de nombreuses interdictions au sujet des personnages qu’elle était autorisées à utiliser et des changements qu’elle pouvait inclure. Cela dit, il était selon moi possible de tenir compte de ces limitations et de tout de même produire un roman divertissant. Une histoire « Star Wars » idiote, c’est chose courante, mais une histoire « Star Wars » ennuyeuse, c’est impardonnable.

Critique: Anno Dracula

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L’année 1888. Après avoir réchappé d’une tentative de l’éliminer (celle qui est racontée dans le roman « Dracula » de Bram Stoker), le comte Dracula, puissant vampire décadent, épouse la reine Victoria et devient le prince consort d’Angleterre. Régnant ouvertement, il engendre de nombreux vampires qui font de même à leur tour, et très vite, le Londres victorien devient une société à deux vitesses, les non-morts côtoyant les vivants. Au milieu de cette révolution des mœurs, les agissements d’un tueur de prostituées vampires provoquent l’effroi dans toutes les strates de la société.

Titre : Anno Dracula

Auteur : Kim Newman

Éditeur : Bragelonne (traduction, ebook)

« Anno Dracula » est un livre-collage, et c’est son principal intérêt. L’auteur a choisi de peupler son Londres de l’époque victorienne d’innombrables personnages historiques, mais également de figures de fiction empruntées principalement à la littérature d’horreur. Ainsi, on croisera au détour des pages des figures qui ont réellement existé, telles que Oscar Wilde, la reine Victoria ou John Merrick ; des personnages littéraires bien connus comme Mycroft Holmes, Fu Manchu ou de nombreux personnages secondaires du roman « Dracula » (dont, par certains aspects, « Anno Dracula » fonctionne comme une suite, ou un miroir déformant) ; ou encore des vampires célèbres ou méconnus issus de la fiction, tels que le Lord Ruthven de Basil Poulidori ou le compte Orlok de Murnau. Même les personnages qui paraissent avoir été créés spécialement pour le roman ne l’ont en réalité pas été : Kim Newman les a empruntés à ses propres histoires, et leur a donné une seconde vie dans ce roman. Tout cela est mené avec énormément de brio et d’érudition, et contribue au charme de l’œuvre.

L’autre intérêt du livre, c’est cette idée d’une Angleterre victorienne au sein de laquelle de plus en plus de sujets de sa Majesté se convertissent au vampirisme, et les modifications sociales que cela provoque au sein de l’organisation de la société. Certains passages, au cours desquels des personnages envisagent de devenir vampires, ou se félicitent de l’être devenus, avec le plus grand naturel du monde, constituent des chef-d’œuvre d’épouvante en demi-teinte. Ou plutôt, c’est ce que j’ai choisi de croire : pour moi, l’idée de se transformer volontairement en mort-vivant suceur de sang et de vivre dans une société où tout le monde trouve ça normal est terrifiante, mais ces éléments sont insérés dans le roman avec tellement de naturel qu’au final, je n’ai pas réussi à savoir si Kim Newman partageait ou non mon dégoût.

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Malgré toutes ces qualités et ces belles idées, « Anno Dracula » a selon moi davantage de défauts que de qualités. L’auteur, transporté de joie de pouvoir étaler tous ces jouets empruntés à l’Histoire ou à la littérature, n’en fait pas grand-chose d’intéressant. La plupart des personnages qu’il met en scène ne jouent aucun rôle dans l’intrigue : ils apparaissent, font un petit tour de scène, et sont immédiatement oubliés. Si l’on supprimait toutes ces sections, on pourrait raccourcir le roman de moitié sans rien perdre de l’histoire. La construction du récit est particulièrement décevante, avec d’innombrables intrigues secondaires qui ne mènent nulle part : des choses se passent, sans trop que l’on sache pourquoi, et puis elles cessent de se passer, et à nous de tenter de nous débrouiller avec ça. Le lecteur qui souhaiterait comprendre la différence entre une histoire et une collection d’événements vaguement reliés entre eux tiendrait ici un exemple criant de ce qu’il ne faut pas faire.

Le défaut n’est pas cantonné aux marges du récit. L’intrigue principale, celle qui tourne autour de Jack l’Éventreur, est construite sans soin ni précaution. L’identité du tueur est tout de suite révélée au lecteur, et il est vrai que sa connexion avec le roman « Dracula » est astucieuse, mais ensuite, ce qui tient lieu d’enquête, c’est-à-dire la somme des efforts des protagonistes pour démasquer Jack, est une risible parodie d’une intrigue policière. Les personnages principaux errent dans le roman, sans réellement accumuler des indices ni exercer la moindre influence sur les événements, jusqu’au moment où ils ont une révélation venue de nulle part qui les mène à l’assassin. Je ne pourrais pas souligner suffisamment à quel point tout cela est grotesque. Encore pire : le dernier chapitre n’a aucun lien avec l’intrigue du roman, et semble constituer la conclusion d’une histoire différente, qui n’a pas ses fondations dans ce que le lecteur vient de lire.

Peu de romans proposent une telle combinaison d’érudition et d’amateurisme. En ce qui me concerne, « Anno Dracula » m’a laissé sur ma faim, m’a parfois charmé ou terrifié, mais souvent ennuyé ou laissé perplexe. Une chose est sûre : je n’ai aucune intention de lire les nombreuses suites que l’auteur a donné à son roman.