Apprends à travailler

blog apprends a travailler

En-dehors de celles et ceux qui ont déjà achevé l’écriture d’un roman, peu de gens peuvent comprendre à quel point cela réclame des efforts, et à quel point un écrivain peut se sentir régulièrement saisi par un sentiment d’absurdité, face à l’énormité de la tâche qui se présente à lui, et l’extrême lenteur de sa progression.

Je me souviens qu’une fois, en travaillant sur une scène toute simple où une jeune fille a un accident de vélo suivi d’une conversation, j’avais pris conscience qu’au rythme où je travaillais, cela signifiait que cette pauvre demoiselle venait de passer trois jours, assise sur un trottoir, en attendant que je passe à la suite. L’échelle de temps de l’écriture n’a rien à voir avec celle de la lecture, et une scène qui ne dure qu’un instant et qui peut être lue en moins d’une minute pourra prendre des heures, voire des jours, avant d’être achevée. Par moment, écrire un roman, c’est un peu comme vouloir réduire un rocher en poudre avec une lime à ongle : pas impossible, mais enfin, ça réclame de la persévérance.

Bref, écrire un roman, c’est beaucoup de travail, comme pour un album d’Asterix. Chaque jour, il faut s’y remettre, même si on n’en a pas toujours une folle envie. Les progrès sont lents, parfois on fait machine arrière, et quand on a terminé le premier jet, tout recommence depuis le début, souvent à plusieurs reprises. Oui, de temps en temps, c’est ingrat.

Cette notion de travail est importante. Oui, tout le monde peut écrire un peu n’importe quoi et se proclamer romancier une fois passé le cap des 50’000 mots, mais vous, vous savez qu’être auteur, ça va au-delà de ça. Être auteur, c’est tâcher d’écrire le meilleur roman possible. C’est tenter de s’améliorer constamment. C’est lutter contre les lieux communs et les facilités, contre les clichés et les stéréotypes. C’est rechercher la nuance en toute chose. C’est partir en quête de votre singularité. C’est, parfois, vous faire violence jusqu’à ce que vous trouviez l’idée qui fonctionne, la phrase qui tombe pile, le mot juste.

Il faut songer à se rappeler du plaisir d’être auteur

En deux mots, n’en doutons pas, il faut bosser pour être écrivain. Et encore, là, je ne parle que du processus d’écriture en lui-même et pas tout ce qui l’entoure : promotion, salons et compagnie. Et pour les auto-édités, certaines des haies qu’il faut franchir sont encore plus hautes et plus nombreuses.

Seulement, en parallèle à cette notion de travail, il faut songer à se rappeler du plaisir d’être auteur. Tout simplement, la plupart de celles et ceux qui choisissent d’écrire le font parce que ça leur plaît. Dans certains cas, on trouve des individus qui écrivent parce qu’ils en ressentent le besoin, ou pour exorciser quelque chose, dans un but thérapeutique, mais enfin ça reste malgré tout une activité qui procure une certaine forme de satisfaction à celle ou celui qui la pratique. Personne ne braque un pistolet sur la tempe de l’auteur pour le forcer à pondre du texte, il le fait de sa propre volonté, parce qu’il aime ça, tout simplement.

Et malgré tout, à écouter certains auteurs, on pourrait croire qu’écrire est une pénitence. Dans les communautés d’auteurs en ligne, on croise énormément d’âmes perdues qui prétendent vouloir écrire mais qui sont perpétuellement en quête de leur motivation. Chaque mot représente un effort, chaque phrase est rédigée au prix d’énormément de transpiration. Pour eux, l’écriture est souffrance, et on sent qu’ils préféreraient de loin chiller devant Netflix plutôt qu’aligner mots et paragraphes. D’ailleurs, la plupart du temps, c’est ce qu’ils font, et ça les fait culpabiliser, ce qui ne fait qu’ajouter à leur désarroi. Vertigineux tourment de l’être humain moderne.

Pour se pousser eux-mêmes à écrire, ces forçats du verbe s’inventent toute une série de petits rituels. Il y a ceux qui cherchent des encouragements auprès de leurs proches, de leur entourage en ligne, voire même auprès de parfaits inconnus sur les réseaux sociaux. Il y a ceux qui s’accordent des petites récompenses quand ils parviennent à se remettre à écrire. Il y en a qui se fixent des objectifs de productivité, par exemple d’écrire un certain nombre de mots par jour, ou d’achever un chapitre dans un temps donné. Et puis il y a tous ceux qui participent à des événements collectifs, comme le Nanowrimo, afin de s’inciter à pondre une grande quantité de texte en peu de temps.

Personne ne vous oblige à écrire

À chaque fois, cela donne l’impression que ces auteurs se comportent comme s’ils étaient les hackers de leur propre cerveau. Ils cherchent à se leurrer eux-mêmes, à faire usage de techniques de manipulation afin qu’ils parviennent à vaincre l’inertie et à reprendre la plume. Lorsque l’envie d’écrire n’est pas au rendez-vous, on tente différentes approches pour qu’elle revienne.

Il n’y a pas de mal à chercher à se motiver, bien sûr, et si pour vous, cela marche mieux quand ça prend une tournure un peu ludique, pourquoi pas ? Cela dit, si les symptômes persistent et que vous passez votre temps à vous encourager vous-même avant d’écrire chaque mot, comme dans un marathon spécial troisième âge, peut-être est-ce le signe qu’il faut prendre un peu de recul et vous interroger sur ce que vous souhaitez vraiment.

Personne, on l’a dit, ne vous oblige à écrire. Si l’appel de votre écran large ou de votre console de jeu est irrésistible, c’est peut-être qu’après tout vous préférez regarder des séries ou jouer aux jeux vidéo plutôt qu’écrire. Il n’y a pas de mal à ça. Écrire, c’est quelque chose qui réclame des efforts, un engagement sur la durée, et qui offre peu de gratification à court terme. Ce n’est pas pour tous les goûts, et personne ne pourrait vous reprocher de réaliser que finalement, ça n’est pas votre manière préférée d’occuper votre temps.

Si, par contre, vous avez le feu sacré, que rien ne vous comble autant que la littérature, dans ce cas, cessez de voir l’écriture comme un effort auquel vous devez vous astreindre et commencer à la voir comme un plaisir que vous vous réjouissez de retrouver. Après tout, être capable d’extérioriser sa créativité, c’est une chance immense, qui mérite qu’on s’y consacre avec passion et dans la continuité. Oui, ça peut représenter beaucoup de travail, mais c’est un travail gratifiant, qui vous grandit et dont vous pourrez savourer les fruits pendant des années.

⏩ La semaine prochaine: Éléments de décor – le crime

L’interview: James Barbier

Il a écrit un roman qui s’intitule « Le chef de rang désenchanté« , dont l’action se situe dans le milieu de l’hôtellerie-restauration et il se fait appeler James Barbier. Voilà tout ce que cet auteur a envie de livrer de lui-même à ses lecteurs. Il m’a contacté via Twitter afin de se livrer au jeu de l’interview… mais conserve son goût pour le mystère.

blog interview

Comment est-ce que tu résumerais « Le chef de rang désenchanté » ?

L’histoire de Jason, un salarié laissé pour compte par sa hiérarchie qui lui refuse toute évolution professionnelle et favorise des collègues rivaux moins méritants. L’amertume gagne Jason.

D’où vient ce projet ? Qu’est-ce qui t’a donné envie d’écrire ce livre ?

Dénoncer des injustices dans le monde du travail, remettre la hiérarchie à sa place.

Tu as travaillé dans l’hôtellerie-restauration. Est-ce qu’il faut y voir un aspect autobiographique ? Où se situe la frontière entre le vécu et la fiction ?

Je suis issu de l’hôtellerie-Restauration. Cela m’a aidé pour le cadre de l’histoire et les activités exercées par les employés dans la restauration… La frontière restera un mystère.

Pourquoi choisir de raconter cette histoire à la troisième personne ?

Je voulais que l’histoire soit racontée du point de vue de Jason, et je ne suis pas à l’aise pour écrire à la première personne dans un roman entier.

On sent un sentiment de colère qui anime ce livre. S’agit-il d’un livre militant ?

La colère est légitime vu l’affront et la déception de Jason… Non, ce n’est pas un livre militant, je n’ai pas la prétention de croire que je vais changer le monde du travail avec un livre. Je ne suis pas un militant, mais quand j’ai quelque chose à dire je le dit.

DgKS9-2X4AAFqG4

Qu’est-ce que tu souhaites que les lecteurs en retiennent ?

Si votre lieu de travail est trop nocif, partez! Ne laissez pas vos employeurs jouer sur vos nerfs.

Qu’est-ce que son écriture t’a apporté à toi ? Était-ce une expérience cathartique ?

La liberté… Cathartique dans un sens, oui. Car je peux y dire des choses qui seraient plus difficiles à placer dans une conversation. En particulier avec le roman que j’écris en ce moment.

Pourquoi écrire, d’ailleurs ? Qu’est-ce qui te pousse vers ce moyen d’expression ? Comment est-ce que ça a commencé pour toi ?

Je pense que j’écris des histoires que j’aimerais moi-même lire, trouver dans des livres… Au lycée, l’envie me prenait de noter, dans des carnets, des idées d’histoires, d’intrigues, de saga sur neuf tomes… J’ai eu beaucoup de projets inachevés avant « Le chef de rang désenchanté. »

Qu’est-ce que tu retiens des retours et des critiques des lecteurs qui ont lu ton roman jusqu’ici ?

Du positif, du négatif. Je ne m’attendais pas à faire l’unanimité.

Tu es très présent sur les réseaux sociaux pour promouvoir ce livre. Qu’est-ce que ça t’apporte ?

Je suis juste présent sur Twitter. Un peu trop, je l’admets. Twitter a quelque chose d’addictif malgré toutes les bêtises qui y défilent à longueur de journée… Un peu d’exposition pour mon livre. C’est toujours mieux que rien quand on n’a pas son rond de serviette sur les plateaux télévisés.

Pourtant, tu livres peu de toi-même : tes lecteurs ne savent pas grand-chose à ton sujet. Pourquoi cette discrétion ?

Certaines personnes font le choix de raconter via photos le détail de leurs journées, ce n’est pas mon cas. Je ne pense pas que la composition de mon petit déjeuner passionne la France twitterienne.

Quelle est ton approche de l’écriture ? Est-ce que tu as une méthode ? Des habitudes ?

J’ai besoin de calme. Mes périodes propices pour l’écriture sont la soirée et la nuit.

Un conseil, une suggestion à ceux qui te lisent et qui ont envie d’écrire ?

A toutes celles et ceux qui ont envie d’écrire, ne renoncez pas face aux avalanches de refus des éditeurs.

Au-delà de ton premier roman, est-ce que tu as d’autres projets en préparation ? D’autres envies d’écriture ?

Je planche actuellement sur le tome 1 d’une saga. Six tomes sont prévus. Je n’en dirai pas plus… pour l’instant.

Mes projets

blog mes projets

C’est l’été et le blog fonctionne un peu au ralenti, parce que nous avons tous d’autres choses à faire, aussi je me suis dit qu’il pourrait être intéressant de vous parler de mes projets d’écriture en cours. Certains sont presque finis, d’autres en construction, d’autres encore au simple état de vague souhait, et il n’existe aucune garantie qu’aucun d’entre eux ne parvienne à son terme.

TK2

Pour commencer, il y a ce roman, qui, sur mon disque dur, s’intitule « Briselâme » mais qui ne portera vraisemblablement ce titre une fois que je l’aurai terminé. Je l’appelle aussi parfois « TK2 », puisqu’il s’agit de la suite des aventures de Tim Keller, le personnage principal de mon roman « Merveilles du Monde Hurlant », publié en deux tomes sous les titres « La Ville des Mystères » et la Mer des Secrets. »

L’écriture de ce roman a été très difficile : rédigé sur une longue période – sa rédaction a été interrompue pendant que l’éditeur retardait la parution du deuxième tome du roman précédent – il a également été traversé par la naissance d’un de mes fils, et par la parution d’un de mes livres, ce qui, au passage, signifie que j’étais en train d’écrire alors que me parvenaient des critiques pas toujours positives de ce que j’avais écrit.

Tout cela m’a poussé, encore davantage que je ne l’avais prévu, à faire de mon mieux pour ne pas reproduire les mêmes erreurs. Comme « Merveilles du Monde Hurlant », TK2 est un roman baroque, foisonnant, qui raconte un voyage épique au sein d’un univers haut en couleur. Afin d’éviter de m’égarer, je me suis astreint à des relectures approfondies en cours d’écriture, pour corriger ce que je percevais comme des défauts de conception : j’ai supprimé et colmaté beaucoup de personnages, j’ai gommé des intrigues secondaires, recentré le narratif, bref, des travaux fonciers monumentaux.

Une autre préoccupation, qui est apparue en cours d’écriture, c’est que j’ai souhaité faire de ce roman une histoire entièrement compréhensible par elle-même. C’est-à-dire que j’aimerais qu’un lecteur puisse commencer par ce volume sans avoir besoin d’explications supplémentaires, et de surcroît qu’il n’ait pas l’impression d’avoir manqué quelque chose d’important. En parallèle, un lecteur qui aurait effectivement lu « Merveilles du Monde Hurlant » devrait voir dans le nouveau roman une suite, qui fait progresser les personnages. Ces impératifs que je me suis fixés ont considérablement compliqué l’écriture du livre.

À présent, il me reste trois chapitres à écrire, puis une relecture qui s’annonce légère, puisque j’ai déjà mené six campagnes de réécriture profondes. Donc je suis à bout touchant. L’objectif ensuite est de confier le manuscrit à un ou plusieurs bêta-lecteurs, puis de trouver un moyen de le publier, vraisemblablement en auto-édition.

TK2 est le roman « blanc » de la série, il parle de pureté et d’idéalisme (« Merveilles du Monde Hurlant » était le roman « rouge », consacré à la passion), et c’est une grosse fresque épique avec des batailles et du dépaysement.

TK3

Le troisième volet de la trilogie du « Monde Hurlant » de Tim Keller est actuellement une longue série de notes, stockées quelque part sur le nuage, ainsi qu’un squelette de plan qui tient plus de l’esquisse que de la colonne vertébrale. J’ai des idées précises sur les personnages principaux, sur les thèmes, sur la structure générale et sur les premiers et les derniers chapitres, mais il me manque encore pas mal d’éléments, et il est trop tôt pour construire sérieusement cette histoire.

TK3 est censé être le roman « noir » de la série, consacré à la mort, au deuil et à la transformation. Il doit être plus court que les deux précédents et aspire à ressembler à un film de Wes Anderson.

Roman d’action historique

J’ai récemment réalisé que deux idées de romans que j’avais eues il y a longtemps et qui étaient, en l’état, incomplètes et inexploitables, peuvent être combinées pour déboucher sur un roman très intéressant. Sans trop en dévoiler, je dirais qu’il s’agit d’un roman d’action historique violent, ou d’un western médiéval uchronique. L’idée est de produire un livre court et très simple, du point de vue du style, du nombre de personnages et de la construction, à mille lieues de mes fresques du Monde Hurlant.

Même si je ne suis pas beaucoup plus avancé sur ce projet que sur TK3, l’idée est de lui donner la priorité.

Nouvelles

Il y a une nouvelle que j’ai commencé à écrire il y a longtemps, « Vie et œuvre de Valentine Droxler », que je n’ai jamais terminée. J’ai également une dizaine d’idées très enthousiasmantes pour des nouvelles sur les thèmes les plus divers, que je pourrai me mettre à écrire dès que j’aurai achevé TK2. Fondamentalement, peu de choses me plaisent davantage que d’écrire des nouvelles, mais je n’ai aucun débouché pour celles-ci et personne ne les lit, aussi l’exercice a quelque chose d’un peu vain.

Théâtre

J’ai quelques idées de pièces mais aucun projet et aucune envie particulière actuellement d’écrire pour le théâtre.

Un jeu de rôle

J’ai écrit un jeu de rôle rétrofuturiste à l’ambiance soviétique, KOCMOC, prévu pour fonctionner avec mon système META. Une simple relecture et il est terminé.

L’écueil, c’est que pour le diffuser (gratuitement), j’aimerais produire un document bien présenté et correctement mis en page, et l’expérience de META me montre qu’il s’agit d’une activité chronophage et pas très rigolote, ce qui fait que pour le moment, vu que j’ai peu de temps libre et que l’idée de le consacrer à un truc pénible ne m’enchante pas, le jeu prend la poussière sur mon disque dur. C’est dommage, il y a même une très courte nouvelle incluse dans le texte.

Un livre de conseils

L’idée de rassembler et de remanier quelques dizaines d’articles parus sur ce blog pour en faire un eBook me trotte dans la tête, mais j’ignore si c’est une bonne ou une mauvaise idée. Voilà la somme totale de mes réflexions sur le sujet.

Apprends à accepter la critique

blog apprends critique

Un texte littéraire, je l’ai déjà dit, n’existe que dans le frottement entre l’auteur et un (ou si possible plusieurs) lecteurs. La littérature, ce n’est pas seulement un texte, c’est un texte qui est lu, par quelqu’un d’autre que celle ou celui qui l’a écrit.

Et l’infinie variété de l’espèce humaine étant ce qu’elle est, bien souvent, les lecteurs vont avoir un point de vue bien à eux sur ce que vous avez écrit, celui-ci va même parfois se préciser pour prendre la forme d’une opinion, et oui, de temps en temps, ils n’aimeront pas ce qu’ils ont lu, ou, pour le moins, ils resteront sceptiques, ou exprimeront des réserves. Et oui, de temps en temps, ils vous en feront part, et pas toujours en faisant preuve d’autant d’égards que vous pourriez le souhaiter. Dans certaines occasions, ça peut être brutal.

Et vous savez quoi ? C’est comme ça, il faut vous y faire.

Oh oui, c’est douloureux. Bien entendu, voir des mots que l’on a consacré tant d’efforts à aligner les uns derrière les autres être critiqués sans aucune pitié, c’est désagréable. Constater que ces personnages que l’on aime tant peuvent être détestés par d’autres, c’est un crève-cœur. Mais c’est tout bonnement le prix à payer lorsque l’on choisit de publier ses écrits. Un livre n’appartient pas longtemps à son auteur. Dès qu’il est libéré, offert à la curiosité du monde, il est comme un canari qui s’enfuit par la fenêtre et on ne saurait décider de sa trajectoire. Les lecteurs en font ce qu’ils veulent, en pensent ce qu’ils veulent, c’est ainsi.

C’est tout bonnement inévitable. En-dehors des propos insultants ou délibérément blessants, qui n’ont pas d’autre raison d’être que de nuire, toutes les critiques sont légitimes. C’est quelque chose qu’il faut se verrouiller dans le crâne. Un lecteur n’a pas aimé votre bouquin ? Il a détesté le personnage dont vous êtes le plus fier ? Il n’a rien compris à votre intrigue ? Il a jugé que la manière dont vous avez traité vos thèmes est révoltante ? Il critique le cœur de votre histoire alors que tout indique qu’il ne l’a pas vraiment comprise ? C’est son droit le plus strict. Les lecteurs ne sont pas là pour vous encourager, juste pour vous lire et, dans le meilleur des cas, dire si ça leur a plu.

Tout ce que vous pouvez faire, c’est vous montrer gracieux, et accepter toutes les critiques avec élégance, en remerciant celles et ceux qui les ont formulées d’avoir pris le temps de vous lire et d’exprimer leur point de vue, car ne vous y trompez pas, c’est un cadeau magnifique. Même si c’est très tentant, à moins qu’on vous pose des questions, ne cherchez pas à vous justifier, ne tentez jamais de contre-argumenter face aux critiques, surtout n’allez pas prétendre que vos critiques sont jaloux ou qu’ils n’apprécient pas vos écrits parce qu’ils ne comprennent pas votre style. Votre argument, c’est votre roman. S’il n’a pas plu, rien de ce que vous pourrez dire n’y changera rien.

Alors léchez vos plaies, et profitez de ces moments. Outre la joie d’être lu, vous recevez quelque chose de précieux, même si c’est parfois en pleine figure : des retours. Il est très rare qu’une réaction tombe de nulle part. Même une critique qui ne semble pas constructive peut être précieuse. Si un lecteur vous dit qu’il y a quelque chose qui ne fonctionne pas avec votre intrigue ou avec vos personnages, il aura presque certainement raison, même si son diagnostic en lui-même n’est pas tout à fait correct. Un lecteur vous dira peut-être que votre style l’a empêché de prendre vos personnages au sérieux : il a peut-être tort, si ça se trouve c’est la construction dramatique qui est en faute, et pas le style, mais ce qu’il faut retenir, c’est que quelque chose dans vos personnages n’a pas convaincu, et qu’il faudra faire mieux la prochaine fois.

Parfois, deux remarques de lecteurs semblent s’annuler, ou sont en contradiction l’une avec l’autre. Le personnage le plus détesté de l’un est le préféré de quelqu’un d’autre. Si vous le pouvez, interrogez-le sur les raisons qui les ont mené à forger leur avis, et retenez tout ce qui peut vous être profitable pour progresser, en laissant de côté le reste.

Quand un roman est terminé, il n’y a plus rien à faire, à part un autre roman. En général, c’est peu après qu’un livre est achevé qu’on comprend finalement comment on aurait dû l’écrire depuis le début. Gardez tout ça en vous, faites la somme des retours, des critiques et des avis recueillis, et servez-vous en pour que votre prochaine histoire soit encore meilleure.

Pour un auteur, il y a un examen de conscience à faire, en particulier si vous avez du mal à encaisser la critique. Si vous vous sentez agressés par toutes les opinions négatives sur vos écrits, si les réserves exprimées vous paraissent systématiquement illégitimes, si vous voyez dans les conseils, les opinions, une quelconque forme de contrainte, de la méchanceté, la volonté de vous nuire, peut-être tout simplement que vous n’êtes pas fait pour écrire.

Présenter ses œuvres au monde, ça réclame du cran, de la confiance en soi, un peu d’inconscience parfois. Si vous n’avez pas ce courage, si les retours que vous recevez sont difficiles à vivre, peut-être serait-il plus sage de vous épargner ces épreuves et de vous trouver une autre occupation. Parce que soyez-en sûrs : les gens vont continuer à avoir des opinions et le monde ne va pas s’arrêter de tourner pour vous. Les retours des lecteurs font partie intégrante du processus d’écriture, on ne peut pas faire sans.

En fait, c’est élémentaire. Vous ne voulez pas d’avis ? Ne publiez pas. C’est aussi simple que ça. Et si vous avez choisi de publier, même si c’est parfois désagréable de recueillir des impressions qui peuvent vous déstabiliser, tirez-en le meilleur. En littérature, rien n’est jamais parfait, il y a toujours quelque chose à améliorer. Donc acceptez la critique, c’est une aubaine.

Et pendant que vous y êtes, critiquez à votre tour. Vous avez lu un livre ? Exprimez votre opinion, publiez-là sur Amazon, sur Babelio, sur les réseaux, allez chercher l’auteur et dites-lui ce que vous avez pensé en bien ou en mal. Rien ne vous interdit d’être courtois et constructif, c’est même souhaitable, mais il est encore plus important d’être sincère. Flatter les gens pour être sympa, ça ne mène à rien, comme disait Lomepal : dites la vérité. Si vous avez trouvé qu’un roman était nul, cherchez à l’articuler de la manière la plus claire et articulée possible : vous aurez ainsi contribué à ce que le prochain bouquin de l’auteur soit meilleur.

⏩ La prochaine fois: Apprends à travailler

Cent

petit truc copie

Les anniversaires, ça n’est pas fait pour recevoir des cadeaux. Après tout, si l’on parvient à vivre suffisamment longtemps pour en fêter, c’est au quotidien que l’on a eu l’occasion de recevoir tous les présents que l’on pourrait imaginer, sous la forme de l’amitié de celles et ceux qui nous sont chers, de leur soutien, de leur présence.

Alors que je viens de poster sur ce blog mon centième billet (en-dehors des critiques, des interviews et d’autres articles hors-série), c’est tout à fait ce genre de parallèle qui me vient à l’esprit. Lorsque j’ai planté ma tente ici, dans ce petit coin de web, je pensais durer une année, puis, lorsque j’ai atteint cette marque, j’ai réalisé que je pouvais très bien pousser jusqu’à deux. À présent que le deuxième anniversaire est passé et que j’ai une centaine d’articles derrière moi, que je suis de plus en plus lu et que mes productions sont de plus en plus appréciées, je me dis qu’il est sans doute inutile de se fixer des limites.

Mais surtout, le sentiment qui m’anime, c’est la gratitude. Je ne suis pas le meilleur auteur du monde, ni le meilleur théoricien de la littérature. Malgré tout, vous qui lisez ces mots, c’est que vous trouvez un intérêt dans mes billets, ou que vous faites partie de celles et ceux qui prennent le temps d’en commenter le contenu, ou même d’y ajouter vos propres opinions, votre perspective, vos idées. Merci d’être là, merci de votre bienveillance et du temps que vous passez à apprécier mes mots, merci d’enrichir cet endroit et d’en faire un vibrant carrefour de nos singularités alors que sans vous il ne serait qu’une petite rue vide.

Merci, merci à toutes et à tous. J’ai beaucoup de belles choses à partager avec vous. Le missile suit sa lancée.