Critique: L’île du destin

Titre: La Quête d’Ewilan – L’île du destin

Auteur: Pierre Bottero

Editeur: Rageot Editeur (version ebook)

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Après avoir lu les deux premiers tomes, sur lesquels j’ai rédigé des critiques postées sur ce blog, il me restait à lire celui-ci pour me forger une opinion complète sur La Quête d’Ewilan.

Inutile de s’étendre sur ses qualités: ce sont les mêmes que celles des autres romans de la série, avec le style de l’auteur, sa belle imagination et ses personnages plein de caractère. de ce point de vue, le roman est une réussite.

Du point de vue de la construction, c’est moins convaincant. Pierre Bottero a conclu un peu hâtivement la quête de ses personnages à la fin du deuxième tome, ce qui donne à celui-ci des airs d’appendices, comme s’il racontait des aventures moins importantes. On a droit à notre compte d’aventures, bien sûr, mais on sent que l’auteur et les personnages sont moins motivés qu’auparavant. La preuve: une dizaine de chapitres s’écoulent avant que le narratif entre dans le vif du sujet et que l’horripilante Camille et ses amies s’occupent enfin de la quête qui va les occuper pendant le reste du roman.

L’auteur défait d’une main ce qu’il a fait de l’autre

Pas étonnant d’ailleurs que l’histoire mette tant de temps à démarrer, quand on songe que le début du livre est consacré à remettre en circulation des personnages que Bottero a un peu précipitamment rangé dans l’armoire à la fin du tome précédent. Tout cela donne une impression d’indécision de la part de l’auteur, qui défait d’une main ce qu’il a fait de l’autre. Par ailleurs, cela confirme que rien de permanent ne saurait arriver à ses personnages principaux, qui sont régulièrement sauvés ou remis en selle, sans jamais avoir à payer le prix de leurs erreurs ou de leurs décisions.

Si on ajoute à cela un final dans lequel nos héros sont sauvés d’un mauvais pas par, non pas un, mais deux deus ex machina, cela fait de ce troisième tome le plus mauvais de la série, qui laisse une impression bâclée et confuse, malgré ses qualités.

Deux mots encore de l’édition intégrale de « La Quête d’Ewilan »: parmi les originalités de cette intégrale: une nouvelle qui sert d’introduction. Elle est très habilement écrite, mais sa lecture est à déconseiller à celles et ceux qui, comme moi, sont agacés par le personnage de Camille. Elle s’y montre ici plus insupportable que jamais.

Egalement au menu: quelques textes dans lesquels l’auteur revient sur l’écriture et la construction du récit. On y trouve quelques informations intéressantes, mais le tout est présenté sous la forme d’interviews fictives et rédigé dans un style curieusement ampoulé. Tout cela aurait gagné à un peu plus de simplicité.

Enfin, la lecture de l’intégralité de la trilogie d’un seul trait permet de réaliser à quel point certaines sonorités sont favorisées par Bottero lorsqu’il nomme ses personnages: Ewilan, Edwin, Ellana, Elea, Elicia, ou encore Salim, Siam, Chiam. Tout cela reste anecdotique, mais peut parfois plonger le lecteur dans la confusion.

L’angoisse de la page blanche (n’existe pas)

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C’est quelque chose que tout le monde associe avec l’écriture, y compris les gens qui n’ont jamais pris la plume ; on la décrit comme une pathologie qui frappe tous les écrivains ; elle a elle-même servi de toile de fond à un nombre invraisemblable de romans, de films, de récits…

L’angoisse de la page blanche, pourtant, n’existe pas.

Ou en tout cas, elle n’a aucune raison d’exister. Si vous en êtes victimes, si vous la craignez, je vous propose de lui tordre le cou une bonne fois pour toutes.

Qu’est-ce au juste que l’on appelle « Angoisse de la page blanche » ? C’est, spécifiquement, le vertige qui gagne l’individu au moment d’entamer la rédaction d’un texte, et qui se retrouve incapable d’écrire le moindre mot. C’est, plus généralement, un trac qui bloque toute inspiration : les mots ne sortent pas et on se découvre impuissant à composer un texte ou même une petite phrase. Les anglophones l’appellent « writer’s block », le blocage de l’écrivain, qui se retrouve forcé de renoncer, en espérant retrouver sa muse un autre jour.

Il ne s’agit pas d’un blocage ou d’une angoisse : on a plutôt affaire à une forme d’autocensure

C’est d’ailleurs bien tout le problème : pour écrire efficacement, il ne faut pas attendre sa muse. Mettons-nous au travail, elle finira bien par pointer le bout de son nez.

Derrière tout le vocabulaire pathologique qui décrit l’angoisse de la page blanche se cache une réalité toute simple. Non, il ne s’agit pas réellement d’un blocage ou d’une angoisse : on a plutôt affaire à une forme d’autocensure.

L’auteur qui se dit victime du phénomène n’est pas du tout en panne d’inspiration : simplement, toutes les idées qui lui passent par la tête lui paraissent mauvaises, tous les mots auxquels il pense lui semblent peu adaptés, il ne parvient pas à trouver quelque chose à écrire qui le satisfasse. On le comprend bien : l’angoisse de la page blanche n’est pas une impossibilité d’écrire, mais une incapacité d’écrire quelque chose qui nous plaise.

On bloque parce qu’on ne comprend pas les mécanismes de l’écriture créative, bercés que nous sommes par des siècles d’imagerie romantique. La figure du poète qui toise l’horizon, plume à la main, en attendant que l’inspiration vienne lui rendre visite, est sans doute follement romanesque, mais elle n’a pas grand-chose à voir avec la réalité du travail d’écriture.

Notez la phrase suivante, parce qu’il s’agit du conseil le plus important pour toute personne qui se considère comme un auteur : celles et ceux qui veulent écrire doivent écrire tous les jours.

L’écriture, c’est du travail, c’est de la sueur, ce sont des efforts accumulés avec persévérance. Un texte, en particulier un texte romanesque, se compose sur la durée, par tâtonnements, et ne saurait surgir parfaitement formé, en une explosion d’inspiration.

L’inspiration n’existe pas, seul existe le travail

En d’autres termes : l’angoisse de la page blanche est un luxe que l’on ne peut pas s’offrir, lorsque l’on a choisi d’écrire. L’inspiration n’existe pas, seul existe le travail.

Vous ne trouvez pas d’idées ? Ecrivez, elles viendront.

Aucun mot ne vous plaît ? Ecrivez des mots qui ne vous plaisent pas.

Vous ne parvenez pas à écrire ? Ecrivez quand même.

Oui, c’est désagréable, oui, il faut se faire violence, oui, sur le moment, ça peut paraître vain, mais c’est la seule manière d’avancer.

Qu’a-t-on à gagner à rédiger un texte qui nous parait mauvais ? Déjà, même médiocre, il a le mérite d’exister, ce qui est toujours mieux qu’une page restée blanche. En plus, vous découvrirez que dans l’instant, vous êtes souvent mauvais juge de la qualité de vos idées : quelque chose qui vous paraît plat ou ridicule lorsque vous le couchez sur le papier pourra très bien vous sembler satisfaisant le lendemain. Ensuite, il faut comprendre que l’écriture, ça n’est pas qu’un premier jet : on se relit, on corrige, on réécrit énormément, c’est même l’essentiel du travail de l’auteur. En s’autorisant à rédiger un texte peu satisfaisant, on se donne la chance de l’améliorer par la suite, ce qui est bien plus facile à faire que d’attendre que des phrases parfaites jaillissent de notre plume.

Vous n’aimez pas ce que vous avez écrit ? Pas grave, vous aurez l’occasion de l’améliorer une autre fois. En attendant, vous avez progressé plutôt que de rester bloqué sans rien produire.

En deux mots : la page blanche vous angoisse ? Commencez donc par noircir la page, le reste viendra après.

Atelier: si vraiment se mettre à écrire vous semble impossible, tentez le coup de l’écriture automatique. Couchez sur le papier des phrases dépourvues de sens, celles qui vous passent par la tête sur le moment. Peut-être que cet exercice vous réveillera suffisamment les doigts pour vous réveiller également l’esprit.

Changement de titre

petit truc copie

Un blogueur est passé par cette page pour me faire savoir – très abruptement – que ce blog avait le même titre que le sien. Malgré l’absence de manières de cet individu, il n’en reste pas moins qu’il est dans son bon droit et je change donc le titre de ce site, en espérant que cette fois-ci, ça soit le bon! Fini le Fictionaute, donc, place au Fictiologue, et s’il faut changer encore, il reste plein de suffixes dans le dictionnaire…

Critique: « Les frontières de glace »

Titre: La Quête d’Ewilan – Les frontières de glace

Auteur: Pierre Bottero

Editeur: Rageot Editeur (version ebook)

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C’est parce que plusieurs lecteurs et critiques avaient comparés mon roman aux œuvres de Pierre Bottero que j’ai eu envie de me forger ma propre opinion. Charmé mais pas emballé par le premier tome de la Quête d’Ewilan, j’ai malgré tout souhaité lire le deuxième.

J’ai bien fait: il est bien meilleur. le roman garde tout ce qui fonctionnait dans le premier: un imaginaire rafraîchissant, un univers séduisant, des personnages attachants, un style fluide, mais y ajoute d’autres éléments qui font de ce volume le meilleur de la série. Certaines images sont très marquantes, pleines d’imaginaire et de poésie: l’Arche et la Dame en particulier. Par ailleurs, le récit est bien mieux construit, avec de vrais enjeux, une montée en puissance progressive, une tension narrative bien amenée, et un final éblouissant qui offre une conclusion idéale à l’histoire (dommage, il y a un tome après celui-ci…)

Le livre n’est cependant pas sans défauts. Camille, la fille parfaite qui n’a jamais tort et ne rencontre aucune difficultés, est toujours aussi difficile à apprécier en tant que protagoniste. On se rend compte d’ailleurs que l’auteur, qui n’a pas pensé à donner des limites naturelles à ses pouvoirs au début de la trilogie, est obligé d’en inventer de nouvelles, arbitraires, pour qu’elle connaisse tout de même quelques difficultés de temps en temps.

Mais le plus gros point noir du roman, c’est que Pierre Bottero manque cruellement d’idées pour introduire des moments de danger et de conflit dans le récit. Régulièrement, nos héros sont attaqués par des monstres, soldats et bêtes qui viennent de nulle part, la rencontre est suivie d’un combat et les gentils finissent par triompher sans pertes ni sacrifice. A force, cette succession de scènes interchangeables de combat finit par lasser, et on souhaiterait davantage d’originalité de la part de l’auteur.

Il s’agit malgré tout d’un livre réussi et plaisant, malgré quelques défauts.

La machine à idées

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Si écrire, c’est cuisiner avec des mots, le matériau de base dont on se sert pour toute forme d’écriture créative, ce sont les idées.

C’est le constat qui s’impose à toute personne qui prend la plume : l’écriture réclame une quantité invraisemblable d’idées. Attention : ce ne sont pas nécessairement des idées géniales, originales ou remarquables. Juste des petites briques de pensée, prêtes à être assemblées une à une pour former un texte. Plus on en a en stock, plus on avance vite, plus on évite les mauvais pas et les pannes d’inspiration et plus vite et plus efficacement on écrit.

Il est donc souhaitable de trouver un moyen de générer rapidement de grandes quantités d’idées, et de parvenir à s’en souvenir, pour être en mesure de les mobiliser au moment où on en aura besoin.

« Ah, tiens, et si j’écrivais les aventures d’un pingouin qui s’engage dans l’armée de l’air ? »

Dans un travail d’écriture, des idées sont nécessaires à peu près à tous les niveaux :

D’abord, il y a l’idée centrale, celle qui nous motive à nous atteler à une histoire. « Ah, tiens, et si j’écrivais les aventures d’un pingouin qui s’engage dans l’armée de l’air ? »

Ensuite, il y a des idées de personnages : « Un de ses instructeurs pourrait être un manchot qui n’aime pas les pingouins » ; de décor : « Tout cela pourrait se passer sur une base aérienne construite sur une banquise en train de fondre » ; de thème : « L’histoire met en scène des individus qui triomphent des préjugés pour réaliser leurs rêves. »

Les idées interviennent aussi dans la structure de l’histoire : « Tout commence en plein milieu d’une grande bataille aérienne, le roman est ensuite raconté en flashback, et à la fin on revient à la grande bataille que l’on suit jusqu’à la conclusion. »

On a également besoin d’idées dans le domaine du style, qu’il s’agisse de choix narratifs : « L’histoire est écrite à la troisième personne du singulier, mais uniquement de la perspective du pingouin » ; ou d’options esthétiques : « Le pingouin étant un personnage simple, le langage utilisé l’est aussi et les phrases sont courtes. »

Les littératures de l’imaginaire, en particulier, réclament des idées innombrables pour bâtir un univers de fiction, sa culture, son langage, ses coutumes, ses particularités : « Dans le monde du pingouin, toutes les créatures bipèdes (grands singes, oiseaux, kangourous) sont capables de parler. »

Enfin, l’écriture réclame une foule de micro-idées, que ce soit dans le domaine de la construction des paragraphes, des tournures de phrases, des noms des personnages, des titres des chapitres, de la manière dont sont amenées les intrigues secondaires, etc…

Une partie des idées, c’est inévitable, naissent pendant l’acte d’écriture lui-même. Donner du corps au concept de base stimule l’inspiration et l’amène dans des recoins inattendus. De plus, en écrivant, on rencontre régulièrement des impasses ou des difficultés qui vont réclamer des idées fraîches afin de s’en sortir.

Il faut tout noter, partout, en toute occasion.

Malgré tout, pour tirer son épingle du jeu, plus on a d’idées en stock, plus on est efficace. Ecrire, en effet, ça n’est pas seulement rédiger des mots les uns après les autres : c’est être constamment à l’affût d’idées dont on pourrait se servir plus tard.

A cet effet, il est très utile de les noter au fur et à mesure. Munissez-vous d’un bloc-notes qui ne vous quitte jamais, qu’il s’agisse d’un objet physique que vous emmenez partout avec vous, ou, mieux encore, d’une application (OneNote, Evernote) à laquelle vous pouvez accéder sur votre téléphone ou sur un ordinateur. Il faut tout noter, partout, en toute occasion.

Chacun peut s’organiser comme il le veut : tout mettre pêle-mêle au même endroit, ou tout classer par catégories (constituer une liste d’idées d’histoires, de répliques, de noms de personnages, etc…), ou encore séparer les idées en fonction du contexte auquel on les destine (si on monte plusieurs projets d’écriture en parallèle).

A force, cela va devenir une seconde nature. Les idées, en effet, peuvent surgir à n’importe quel moment et sont très volatiles : elles sont aussi faciles à avoir qu’à oublier. Qui plus est, on est souvent mauvais juge de la qualité d’une idée lorsqu’elle survient, pensant qu’elle n’a pas de valeur et qu’elle ne servira à rien, alors que, si le contexte s’y prête, elle peut se montrer précieuse. Il m’est arrivé d’utiliser un concept, une phrase, un nom, des années après en avoir pris note. Mieux vaut donc ne rien filtrer du tout et laisser le temps montrer ce qui va être utile et ce qui ne le sera pas, sans a priori.

De la même manière que, lorsqu’on se met à noter ses rêves, on réalise qu’il devient de plus en plus facile de s’en souvenir, vous réaliserez rapidement qu’en notant vos idées, vous en aurez de plus en plus, et sur les sujets les plus divers. Au cours des années, j’ai par exemple accumulé des idées de scénarios pour les Schtroumpfs ou Lucky Luke qui ne verront jamais le jour… mais qui dit que je ne pourrai pas les réutiliser dans un contexte différent ?

Atelier: mettez-vous devant la télé et tentez d’avoir des idées qui ont trait à tout ce que vous voyez défiler: de nouvelles règles pour les jeux, des slogans pour les pubs, des dialogues pour les personnages des séries, une manière différente de raconter l’information, etc… Après très peu de temps, les idées vont venir toutes seules.