Décrire la peur

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Dans le cadre de notre série, voici un deuxième article « boîte à outil », qui vous fournit, à vous autrices et auteurs, toutes sortes de clés pour évoquer la peur et ses manifestations dans un cadre littéraire. Dans la première partie, je dresse la liste de toutes sortes de mots en rapport avec le sujet – elle ne se veut pas exhaustive, mais elle peut être complétée si vous avez des suggestions. Dans la seconde partie, j’évoque quelques astuces pour donner du relief à vos évocations de cette émotion. Et puis si vous souhaitez aborder la question sous l’angle du suspense, vous pouvez lire le billet que j’ai consacré à la question.

Verbes

S’affoler, s’agiter, s’alarmer, angoisser, appréhender, baliser, caponner, craindre, se défier, (être effrayé) effrayer, (être épouvanté), (s’)émouvoir, (s’)épouvanter, flipper, impressionner, s’inquiéter, se méfier, avoir peur, paniquer, pressentir, redouter, terrifier (être terrifié), terroriser (être terrorisé), trembler

Noms

Affolement, affres, alerte, angoisse, anxiété, appréhension, aversion, cauchemar, confusion, couardise, crainte, danger, effroi, émotion, épouvante, frayeur, frisson, frousse, horreur, inquiétude, insécurité, instabilité, lâcheté, panique, pétoche, phobie, répulsion, saisissement, souci, stupéfaction, suspicion, terreur, timidité, tourment, trac, transe, trouble, trouille, vertige

Adjectifs

Affolé, alarmé, alerté, angoissé, atterré, confus, couard, craintif, effarouché, épouvanté, froussard, inquiet, lâche, paniqué, peureux, perplexe, pleutre, poltron, pusillanime, stupéfait, terrifié, terrorisé, tourmenté

Les types de peur

Absolu, affreux, ambiant, animal, atavique, atroce, bleu, confus, coriace, dangereux, délicieux, déraisonnable, diffus, enfantin, ensorcelant, effroyable, envoûtant, folle, frénétique, frivole, fugitive, incommensurable, incontrôlable, indécis, indéfinissable, indélébile, indicible, infâme, inouï, insensé, insurpassable, lancinant, mauvais, mortel, obsédant, paralysant, physique, primal, primitif, profond, rétrospective, salutaire, soudain, superficiel, temporaire, tenace, terrible, total, troublant, vague

Les conséquences de la peur

Être aphone, balbutier, blêmir, bondir, avoir les cheveux qui se hérissent (sur la tête), chevroter, avoir le cœur qui bat la chamade, avoir le cœur qui palpite, avoir le cœur qui bat à cent à l’heure, avoir la chair de poule, avoir les cheveux qui se hérissent, claquer des dents, avoir le cœur qui s’emballe, perdre connaissance, avoir le corps qui se raidit, crier, défaillir, avoir les dents qui claquent, avoir les doigts crispés, s’évanouir, étouffer un sanglot, être fébrile, frémir, frissonner, gargouiller, avoir les genoux qui s’entrechoquent, avoir la gorge qui se noue, avoir la gorge sèche, avoir les jambes molles, sentir ses jambes se dérober, hurler, lâcher un objet, devenir livide, avoir les mains moites, sentir ses muscles se tendre, pâlir, perdre l’équilibre, perdre la tête, perdre (l’usage de) la parole, être paralysé, être pétrifié, ne pas tenir sur ses pieds, avoir les poils qui se hérissent, ne pas tenir debout, arriver à peine à respirer, retenir un cri, ruisseler de transpiration, avaler sa salive, avoir le sang qui se fige (dans les veines), avoir le sang qui se glace, n’avoir aucun son qui sort de sa gorge, sourciller, suer (à grosses gouttes), avoir des sueurs froides, sursauter, trembler (comme une feuille), trembloter, tressaillir, vaciller, avoir les yeux qui sortent de la tête

Prendre des notes

Les peintres apprennent leur art en observant le monde autour d’eux, et souvent, en copiant d’après nature. Les écrivains sont encouragés à faire la même chose : lorsque vous avez peur, jetez un regard d’auteur sur cette sensation, prenez conscience de l’effet qu’elle a sur vous et de la manière dont vous réagissez et consignez-le quelque part. Un jour, cela sera utile, je peux vous le garantir. Vous constaterez aussi qu’autour de vous, différentes personnes ont des réactions distinctes.

Tout cela peut venir nourrir vos descriptions et y ajouter des éléments qui ne sont pas listées ici, parce que la vocation de ce genre d’article est d’être aussi universel que possible, alors que la manière dont nous faisons l’expérience des émotions est singulière. Par exemple, moi, quand je suis terrorisé, ma sueur change d’odeur, et devient ammoniaquée. Ce n’est pas quelque chose que j’ai rencontré dans la littérature, c’est donc intéressant.

Le mot juste

Une note brève pour vous mettre en garde : différents descriptifs de la peur ne sont pas interchangeables. Pour commencer, ils ne représentent pas des émotions d’une intensité équivalente. Quelqu’un de « soucieux » a moins peur que quelqu’un d’« inquiet », qui a moins peur que quelqu’un de « terrorisé. » Faites en sorte de choisir un terme qui correspond à la situation, à la source de la peur et à la sensibilité du personnage.

Des mots différents sont également porteurs de connotations distinctes. L’« angoisse » est une peur diffuse, de longue durée, tournée vers l’avenir et le sort que vont connaître certains événements en cours. Alors que la « terreur » est une peur soudaine, paralysante, qui sert de réaction à une situation présente et immédiate. L’idée de « panique » suppose une perte de contrôle ainsi qu’un sentiment qui se propage à un groupe de personne, éventuellement à une foule. Choisissez soigneusement vos termes, et au cas où vous auriez besoin de synonymes, ne mélangez pas les définitions au point de vous éloigner du sens que vous souhaitiez donner à la scène.

Montrer plutôt que raconter

On a déjà eu l’occasion de le relever ici, le fameux conseil littéraire « montrer plutôt que raconter » est précieux, mais à manipuler avec quelques précautions, dans la mesure où, parfois, le travail de l’écrivain consiste malgré tout bel et bien à raconter plutôt qu’à tout détailler, action par action. En ce qui concerne l’évocation de la peur, cela dit, choisir de la montrer, c’est-à-dire d’en rendre compte à-travers ses manifestations, débouche sur une expérience de lecture plus viscérale pour le lecteur.

À quoi bon, en effet, évoquer la peur si c’est pour le faire de manière dépassionnée, distante ? Décréter qu’un personnage « a peur » est une information qui ne contient en elle-même aucune résonance émotionnelle. Pour faire saisir, viscéralement, ce que ressent le protagoniste de votre histoire, il est bien plus efficace de dire que « ses mains tremblent » et que « son estomac est noué. » Il s’agit de sensations dont chacun a déjà fait l’expérience un jour ou l’autre, et il est aisé pour chacun de tirer un parallèle avec son propre vécu. Prenez garde, cela dit, la plupart des expressions liées à la peur sont devenues des clichés, donc usez-en avec modération.

La peur se propage au lecteur

C’est une chose de faire comprendre au lecteur ce que le personnage ressent, c’en est une autre de lui faire partager la peur. C’est la prérogative de la littérature d’horreur, à laquelle je consacrerai un billet, un jour, peut-être. Mais pour faire court, effrayer un lecteur passe assez peu par les descriptions, mais plutôt par les mécanismes du suspense. Il est également possible de susciter chez lui un inconfort philosophique en évoquant des thèmes qui dérangent, ou qui renvoient à des peurs ancestrales, telles que l’enfermement, la mutilation, la folie.

La terreur vs l’horreur

Pour faire peur, il convient également de savoir faire la distinction entre la terreur et l’horreur, les deux piliers de l’épouvante. La terreur est le sentiment ressenti lorsque l’on redoute que survienne dans l’avenir proche un événement fâcheux. Il s’agit d’une peur immédiate, causée en réaction à la menace et au danger, et qui peut se baser sur la raison (la menace existe bel et bien, elle est identifiable et connue), ou sur l’émotionnel (l’existence de la menace n’est qu’une hypothèse ; si ça se trouve, elle ne se trouve que dans l’imagination du personnage). La terreur est une réaction naturelle, programmée dans l’ADN, qui nous programme à réagir en combattant ou en fuyant la source de son inquiétude.

L’horreur est une réaction à ce qui se passe autour de nous, dans le temps présent. Être horrifié peut se manifester par un dégoût ou de la nausée face à une scène bizarre ou révoltante. Par bien des aspects, l’horreur est la matérialisation de la terreur : on est terrifié à l’idée qu’un tueur se cache dans notre appartement pour nous découper en rondelles avec son couteau, et on est horrifié une fois qu’il frappe.

La peur se propage au décor

Décrire la peur, c’est aussi décrire la manière dont celle-ci modifie la manière dont nous percevons notre environnement. Être effrayé colore toutes nos autres sensations, et un écrivain serait bien inspiré d’en tenir compte au moment de rédiger une scène au cours de laquelle son protagoniste est en proie à la terreur.

Ainsi, la personne effrayée deviendra prudente, jusqu’à s’imaginer des dangers sur la base de détails insignifiants. Lorsqu’on se trouve dans un état de terreur, un bruit, même ténu, ou même l’absence de bruit, une ombre, une odeur peuvent nous faire craindre le pire. Un auteur devrait garder en tête cet état d’esprit particulier et la manière dont il influence les descriptions.

Lorsque la peur se propage au décor, elle peuple également celui-ci de détails effrayants. Dans la littérature de l’horreur, on n’hésitera pas à mettre en scène des éléments effrayants tels que la brume, le vent de la nuit, la lune cachée par les nuages, des bruits de pas feutrés, une sirène qui claque, etc…

⏩ Dans deux semaines: Décrire le toucher

La guerre: résumé

blog le petit plus

Vous trouverez ici tous les conseils que j’ai récemment postés sur mon blog pour raconter des histoires de guerre, de soldats, de combats et de batailles dans un contexte romanesque.

Normalement, j’ai arrêté de poster des articles qui servent uniquement de résumé pour une série de billets regroupés par le même thème. Après tout, j’ai créé une page qui regroupe tous mes articles, qui devait satisfaire l’ensemble des curieux. Malgré tout, comme ce projet sur la guerre était long et ambitieux, et que les autrices et auteurs qui souhaiteraient puiser dans les conseils que j’ai publié à ce sujet souhaiteront peut-être bénéficier d’un marque-page pour le jour où ils écriront une histoire dans cette veine-là, je me suis dit que cette fois-ci, ça serait pratique. Donc voici les liens:

  1. Éléments de décor: la guerre
  2. Écrire la guerre
  3. Écrire la bataille
  4. La bataille terrestre
  5. La bataille navale
  6. La bataille aérienne
  7. La bataille spatiale
  8. Guérilla
  9. Écrire le combat
  10. Le corps-à-corps
  11. Le combat à distance
  12. Blessures
  13. Décrire la douleur

Décrire la douleur

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Ce billet se veut à la fois l’ultime prolongement de ma série d’articles sur la guerre commencée ici, mais aussi le premier d’une nouvelle série de guides pratiques destinés à décrire différentes sensations et émotions courantes dans l’existence humaine et donc dans la littérature.

La première partie consiste en une série de listes de mots dans lesquelles chaque auteur est invité à piocher. Ici, il s’agit de verbes, de noms et d’adjectifs liés à la douleur physique. Je n’inclus pas de définitions, conscient que l’usage de chaque mot dans un contexte littéraire va beaucoup dépendre des circonstances. Ces listes sont incomplètes et je vous invite à m’aider à les étoffer. Toutes les propositions sont les bienvenues – ce billet (et les suivants) pourraient être adapté en fonction de vos suggestions.

Juste en-dessous de ces listes de mots, vous trouverez une série de brefs conseils à appliquer pour épicer ou améliorer vos descriptions.

Verbes

Agoniser, avoir mal, en baver, boire le calice, en chier, déguster, dérouiller, se détériorer, écoper, endurer, morfler, pâtir, peiner, ressentir, en roter, souffrir, suer, trinquer, en voir de toutes les couleurs

Noms

Affliction, affres, agonie, bobo, boulet, brisement, brûlure, calvaire, contraction, coup (de marteau, de poignard), déchirement, démangeaison, déplaisir, douleur, endolorissement, élancement, épine, fourmillement, indisposition, irritation, lourdeur, mal, malaise, malheur, martyre, peine, picotement, pincement, plaie, point, raideur, rigidité, souffrance, supplice, torture, tiraillement, tourment

Adjectifs

Abattu, accablé, affligé, atteint, cuisant, douloureux, endolori, éprouvé, fiévreux, incommodé, indisposé, mal en point, pénible, perclus, punitif, souffrant, tendu, tiraillé, torturant, torturé

Les types de douleur

Affreux, aigu, amer, ancien, atroce, authentique, battant, en battement, chaud, chronique, cruel, cuisant, débilitant, en décharges électriques, déchirant, en éclairs, effroyable, par élancements, engourdissant, entêtant, épouvantable, éternel, excessif, extrême, fébrile, fiévreux, frénétique, fou, froid, habituel, horrible, interne, immense, immortel, incompréhensible, inconcevable, incroyable, indescriptible, inexprimable, ineffable, infernal, infini, ingrat, injuste, insupportable, intérieur, interminable, inutile, irradiant, qui lance, par lancées, morbide, morne, mortel, muet, mystérieux, obsédant, pénétrant, physique, poignant, profond, quelconque, rayonnant, secret, solennel, sourd, stérile, suprême, tendre, terrible, tragique, transperçant, vain, vif, violent, vrai

Les conséquences de la douleur

S’accrocher, ahaner, asphyxier, crier, se décourager, s’évanouir, se fâcher, faire bonne figure, se figer, frémir, frapper, gémir, grimacer, haleter, hurler, jurer, se mordre (la joue, la langue, la lèvre), pâlir, pleurer, prier, résister, retenir (ses gestes, ses larmes, sa respiration, son souffle), se rouler par terre, sangloter, saigner, sauter, serrer (les dents, les fesses, les phalanges, les poings), suer, supporter, se tendre, se tenir, tomber, se tordre, tousser, transpirer, trembler, vaciller, vomir

Asphyxie, colère, cri, désespoir, découragement, étourdissement, flegme, gémissement, haut-le-cœur, hoquet, humiliation, larme, nausée, peur, plainte, pleurs, sanglot, vertige

Prendre des notes

La douleur est peut-être bien la sensation la plus répandue – certains estiment même qu’il s’agit de la seule chose que tous les humains ont en commun. Cela a beau être désagréable, puisque vous êtes écrivain, profitez-en : lorsque vous avez mal, cherchez à comprendre ce qui se passe en vous, les sensations que vous éprouvez, la manière dont celles-ci se manifestent, gagnent ou perdent en intensité, évoluent avec le temps, et tentez de traduire tout cela en mots.

Peut-être retrouverez-vous certains des termes dont j’ai dressé la liste ci-dessus, peut-être trouverez-vous des manières complètement nouvelles de coucher sur le papier les différents types de souffrance. Quoi qu’il en soit, prenez-en note et gardez vos observations pour plus tard : elles se révéleront précieuses tôt ou tard.

Le mot juste

Comme tout le monde a eu mal, a mal, aura mal, il s’agit d’une sensation au sujet de laquelle la plupart des gens ont un certain degré d’expertise. Aussi il est important de ne pas faire n’importe quoi, sans quoi vos lecteurs s’en rendront compte immédiatement.

Lorsque vous vous lancez dans la description de la douleur ressentie par un personnage, faites en sorte que les mots que vous employez correspondent à la cause de la blessure ou de l’affliction : par exemple, une punaise enfoncée dans le bras ne cause pas une brûlure, une fracture n’est pas à l’origine d’un picotement. Cherchez les mots corrects du point de vue du sens, mais aussi ceux qui vous paraissent authentiques par rapport aux circonstances et au ressenti de votre personnage.

Garder le sens des proportions

Inutile d’en faire trop. Il n’est pas nécessaire, et il est même déconseillé, de décrire toutes les douleurs ressenties par votre personnage, sans quoi il finira par apparaître comme quelqu’un de fragile (si c’est ce que vous souhaitez, alors allez-y, sentez-vous libre d’y aller à fond). Il faut également être attentif à l’intensité : se piquer avec une fourchette, c’est peut-être douloureux, mais ce n’est pas « une torture », ni « un supplice. » Toute exagération dans ce domaine risque de basculer dans le ridicule.

Montrer plutôt que raconter

Jusqu’ici, nous avons dressé une série de mots et de conseils destinés à décrire la douleur, donc à la raconter. En suivant l’adage « Montrer plutôt que raconter », sentez-vous libres d’explorer d’autres voies, en approchant la douleur non pas par un alignement de termes qualificatifs, mais en vous concentrant sur les actions de vos personnages, sur les manifestations externes de la souffrance, qu’elles soient physiologiques ou comportementales. Dire d’un personnage qui vient de se cogner qu’il gémit et se mord les phalanges suffit : inutile de préciser qu’il a mal, c’est tout à fait clair.

Se soucier des conséquences

Parfois, la douleur est intense, mais elle s’en va rapidement. D’autres fois, elle s’installe durablement. Dans ces cas de figure, tenez-en compte. Un personnage qui a mal va voir de la peine à penser à autre chose, à se concentrer, parfois même à exécuter certaines actions qui ne lui posaient pas de difficultés jusque là. Une douleur durable nous diminue, elle dicte nos actes, nous rend trop prudent, irritable : c’est une source inépuisable de situations dramatiques pour un auteur.

L’évolution de la douleur

La douleur n’est pas une constante : elle change. Elle vient et s’en va, comme la marée ; elle augmente brutalement et s’apaise lentement, ou l’inverse ; elle peut être débilitante un instant et supportable l’instant d’après. Soyez attentifs à cette dimension en ce qui concerne vos personnage, et décrivez les transformations de leurs souffrances (« Avec le temps, l’horrible sensation se dissipa pour ne laisser que quelques élancements » ; « La douleur dans mon genou, simple raideur il y a une minute, explosa sans prévenir en une souffrance atroce. »)

Qualificatifs obliques

On parle de littérature : l’imagination de l’auteur va toujours faire reculer les limites de ce qui est acceptable. Pour décrire la douleur, autorisez-vous donc des métaphores et comparaisons (« La douleur crépitait en moi comme un feu d’artifice », « C’était comme si mes muscles avaient été parcouru par du plomb en fusion. ») Attention, comme toujours avec les métaphores, la frontière qui sépare une image parlante et efficace d’une figure de style lourde et risible est souvent bien mince.

Et puis, si votre style vous y oblige, autorisez-vous des emprunts à des champs sémantiques qui n’ont rien à voir avec celui de la douleur, et cherchez à déterminer si ça peut avoir du sens pour ce que vous souhaitez exprimer. La douleur de votre personnage peut être réglementaire, sa souffrance burlesque, ses maux palpitants ou surréalistes.

⏩ La semaine prochaine: Décrire la peur

Écrire les adolescents

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Plus des enfants, pas encore des adultes : le vingtième siècle a inventé cet âge intermédiaire qu’on appelle l’adolescence. Si vous souhaitez incorporer dans votre roman des personnages qui en sont à ce stade de leur évolution, il y a quelques conseils qui peuvent vous mener vers davantage d’authenticité et de vraisemblance.

Naturellement, il serait absurde de prétendre que tous les adolescents sont taillés dans le même moule, ou que certaines règles s’appliquent à chacun d’entre eux. Cela dit, ils traversent, chacun à leur manière, des épreuves qui les transforment, et qui vont les façonner jusqu’à ce qu’ils deviennent des adultes, et cela signifie que certains grands principes peuvent s’appliquer à la plupart d’entre eux.

J’ai tendance à définir un adolescent comme un « teenager », soit de thirteen à nineteen, de 13 à 19 ans. Mais pour être réaliste, il faut admettre que les frontières de cet âge sont floues. Les circonstances forcent certains à être catapultés dans le monde des adolescents dès 10 ou 11 ans, en particulier les filles, dont la puberté précoce peut les confronter parfois aux regards déplacés des messieurs. À l’inverse, certains individus passent des années à tenter d’émerger du marasme qu’est l’adolescence, ont du mal à prendre le contrôle de leur propre vie, et peuvent être considérés comme de grands ados jusqu’à trente ans, voire même davantage. À vous de voir où se situent les limites selon vos propres définitions.

Chaque adolescent est un individu

Avant de s’intéresser à ce que les ados peuvent avoir en commun, il est utile de rappeler que, comme les enfants, ils sont avant toute chose des êtres singuliers, qu’on ne peut pas aisément classer dans une catégorie ou une autre.

Oui, nous avons tous en tête des profils qui nous paraissent correspondre à l’adolescence : le rebelle, le geek, le sportif… Mais dans la vie réelle les adolescents sont compliqués et plein de paradoxes. Pour créer des personnages d’ados convaincants, voyez-les en premier lieu comme des personnages, pas comme des ados. Contentez-vous de rendre compte de leurs actions et de leurs pensées, en faisant en sorte qu’elles soient cohérentes avec l’idée que vous en avez, et sans trop vous préoccuper de savoir si le résultat ressemble à l’idée que vous vous faites d’un individu qui traverse cette période de sa vie. Les personnages, comme les gens, ne devraient pas être définis par des étiquettes simplistes.

Souvenez-vous de votre propre jeunesse, et vous réaliserez qu’il est rare qu’un adolescent corresponde à 100% à un cliché. Et si la grande sportive parlait quatre langues et jouait du violon ? Et si la personne la plus populaire du lycée était un type bizarroïde et pas cool du tout, mais qui s’attire la sympathie des gens parce qu’il est drôle et toujours prêt à aider ? Et si un personnage d’adolescent homosexuel était parfaitement à l’aise avec son identité (et très branché foot) ?

Les adolescents sont en cours de construction

Qui suis-je ? Que vais-je devenir ? Qui va m’aimer ? Voilà trois questions que se posent de nombreux adolescents, avec plus ou moins de force. Simple curiosité indolore pour certains, ces interrogations peuvent engendrer des douleurs existentielles terribles chez d’autres.

Fondamentalement, un adolescent, c’est quelqu’un qui se trouve à un carrefour de son existence : il a assimilé les bases de la vie pendant son enfance, et il doit prendre les décisions qui vont lui permettre d’affirmer qui il est et ce qu’il veut faire lors de la prochaine étape. Certains le vivent très bien et ont les idées claires ; d’autres se sentent déchirés, parce que ce qu’ils découvrent à leur sujet leur paraît difficile à accepter ; certains rentrent dans leur carapace, en espérant que toutes ces angoisses existentielles vont disparaître s’ils cessent d’y accorder leur attention ; d’autres encore recherchent activement à en apprendre le plus possible à leur sujet, en multipliant les expériences en tous genres ; on peut encore citer le cas de ceux qui choisissent de se réfugier dans le sarcasme et l’ironie, pour ne pas avoir à s’approcher trop près des émotions qui leur font mal.

Les adolescents sont en pleine métamorphose. Leur corps change, et si parfois ça se passe bien, d’autres fois, c’est difficile à vivre. Il y en a qui attrapent des boutons sur le visage ; certains deviennent gros, parce que leur corps cesse d’accepter la manière dont ils se nourrissent ; certaines filles se retrouvent affublées d’une poitrine qui leur attire plus d’embêtements que de satisfaction ; il y a des jeunes qui deviennent physiquement séduisants et qui ne savent pas comment se comporter à ce sujet, ou qui changent brutalement, modifiant leurs priorités en fonction du regard des autres.

Transformation physique et psychologique vont de pair. Parfois elles se combinent, parfois elles s’annulent. En plus, la jeunesse est l’âge où la plupart des gens commencent à apprivoiser leur sexualité, généralement sans avoir toutes les clés, même s’ils ont été bien accompagnés par leurs parents et leurs proches. C’est l’âge des tâtonnements, des expériences, des erreurs, des triomphes.

Les adolescents cherchent les limites

La métamorphose que traversent les adolescents n’est pas qu’intérieure. Elle est aussi sociale. Ils doivent trouver leur place dans une société qui existe déjà, qui ne va pas ralentir pour leur faciliter la vie, et qui, bien souvent, se méfie de leur spontanéité et de leur émotivité.

De nombreux adolescents traversent donc cette période en procédant à des expériences sociopsychologiques. Non pas qu’ils le conçoivent de cette manière, mais dans les faits, c’est bien cela qu’ils font en cherchant, en de nombreuses occasions, les limites de ce qui est acceptable. Il y a des ados qui défient l’autorité de leurs parents, tâtant le terrain pour chercher les points de rupture ou pour élargir les frontières de ce qui est autorisé ; certains procèdent de la même manière avec d’autres individus qui incarnent l’autorité : professeurs, policiers, coach ; il y en a qui n’adoptent pas une posture de défi, mais dont la passivité constitue une bravade en elle-même : ils ne font rien, passent leur temps à dormir, ne rangent pas leur chambre, ne font pas de projets.

Si vous incluez des personnages d’adolescents dans un roman, demandez-vous s’ils vont les trouver, ces limites, qui va les leur fixer, sous quelle forme, et ce qui risque de se passer dans leur tête si personne n’est là pour leur dire « Stop. »

Les adolescents ne sont pas autonomes

Un adolescent n’est plus un enfant, mais en général, il habite tout de même chez ses parents, et dépend du cadre familial pour toutes sortes de choses importantes : argent, nourriture, lessive, soutien, logis, etc…

Sauf exception, un personnage d’adolescent, ça n’est pas un individu autonome, libre de prendre ses propres décisions sans attaches, mais une pièce rapportée d’un ensemble plus large. Lorsqu’on crée ce genre de personnage, il faut donc penser à son environnement familial, à ce que celui-ci lui apporte ou ne lui apporte pas, et au rôle que celui-ci joue dans son quotidien.

Tout est important pour un adolescent

Si les enfants manquent de perspective pour comprendre le monde autour d’eux, les adolescents manquent de vécu pour juger de l’importance réelle des choses. Un revers, un échec, un espoir qui serait ressenti comme anodin par un adulte peut, dans certaines circonstances, être perçu comme une tragédie d’une magnitude considérablement plus grande par un adolescent. Une fois de plus, ça n’est pas un manque d’intelligence et de discernement de leur part : simplement, avant un certain âge, on a rarement accumulé suffisamment d’expérience de vie pour savoir classer avec justesse ce qui est grave et ce qui est juste préoccupant.

Un jeune a rarement cette patine, et dès lors, tout est important pour lui, tout lui tient à cœur, tout arrive constamment au rang numéro un de ses priorités. S’il a une peine de cœur, c’est la pire de tous les temps ; s’il embrasse une cause, c’est la plus importante de l’univers ; s’il est victime d’une injustice, il s’agit de la plus criante de toute son existence.

Cela ne veut pas dire nécessairement que votre personnage d’adolescent va se donner en spectacle : certaines personnes sont des introvertis, et il n’est pas rare que les jeunes, pour préserver leurs émotions, les enrobent dans une épaisse couche de cynisme ou de léthargie pour ne pas avoir à s’y frotter de manière trop étroite.

Les adolescents sont rarement stupides, rarement géniaux

Comme les enfants, les adolescents ne doivent pas être dépeints comme diminués intellectuellement par le simple fait qu’ils sont jeunes. Une relative inexpérience ne dit rien sur l’intelligence d’un individu, elle ne fait qu’illustrer que celui-ci a moins de références qu’il peut rapporter à la présente situation. L’âge d’un individu a peu à voir avec ses capacités cérébrales, en général.

Par le même principe, un adolescent a peu de chance d’être un petit génie. Pour ne citer que cet exemple, le cliché du jeune geek qui comprend tout en informatique a peut-être quelques racines dans la réalité, mais en général il est utilisé par des auteurs adultes qui ne comprennent rien au hacking et qui l’associent automatiquement à la jeunesse, sans trop réfléchir aux implications que cela peut avoir.

Les adolescents pensent peu à l’avenir et aux conséquences de leurs actions

Un adolescent, bien souvent, c’est quelqu’un qui ne s’est pas encore pris beaucoup de baffes de l’existence : il n’a pas pleuré beaucoup de gens qu’il aimait, il n’a pas vu de longues histoires d’amour et de longues amitiés se fissurer puis disparaître, il n’a pas été atteint par une maladie qui l’oblige à prendre un traitement pendant des mois. Bref : il n’a pas acquis une conscience aiguë de sa condition de mortel, et n’a pas développé une conscience du temps qui passe.

De ce fait, de nombreux jeunes ont du mal à se projeter dans l’avenir, et surtout, à envisager que leurs décisions, leurs actes puissent avoir des répercussions pendant des années. Si certains d’entre eux peuvent paraître irresponsables, jouant avec leur santé, leur vie, leur sécurité, c’est parce qu’ils n’ont jamais eu à payer le prix de leurs erreurs et qu’ils vivent dans l’illusion qu’ils n’auront jamais à le faire. L’adolescence n’est pas l’âge de la prudence.

Les adolescents n’ont pas la même perception du temps que les adultes

De manière générale, un jeune ne verra pas défiler les jours à la même vitesse qu’une grande personne. Pour lui, ceux-ci passent beaucoup plus lentement.

Si un adulte devait revivre le lycée, ces quelques années passeraient relativement vite pour lui ; pour un adolescent, c’est toute sa vie. Il a l’impression que le début du semestre est survenu il y a un siècle, et quand il se projette vers l’avenir, l’idée qu’il puisse un jour entrer dans la vie active lui semble tellement lointaine qu’elle est difficile à croire. Lorsqu’il attend un événement avec impatience, les jours s’étirent à l’infini, et l’attente est une agonie. Pourquoi se hâter à faire quoi que ce soit, dans ces conditions ? L’adolescent agira quand il agira, rien ne presse.

Les adolescents sont tribaux

Un adolescent n’est pas qu’un individu. On l’a vu, il dépend de ses parents. Et la manière dont il organise sa vie sociale est également différente de celle des adultes. En pleine construction, il va chercher à s’entourer de jeunes qui lui ressemblent, qui ont les mêmes centres d’intérêt que lui, qui traversent les mêmes difficultés ou qui ont commis les mêmes erreurs.

Grâce à ce réseau, cette tribu dans laquelle l’adolescent s’inscrit, il bénéficie d’un groupe dans lequel il se sent à la fois normal, et unique. Oui, les membres de son clan lui renvoient une image proche de la sienne, ce qui lui montre qu’il n’est pas une erreur, un monstre, mais qu’il en existe bel et bien d’autres comme lui ; et en même temps, les membres de la tribu vont se servir de ce qu’ils ont en commun, le revendiquer, l’exacerber pour crier à la face du monde qu’ils sont différents. Pour un adolescent, c’est paradoxal, la socialisation est à la fois une manière de se construire comme individu et de se fondre dans le moule.

Naturellement, rien n’est simple et un même adolescent pourra s’inscrire dans plusieurs cercles sociaux en même temps, qui pourront même paraître contradictoires.

Le langage des adolescents

Comme avec les enfants, un auteur qui a l’ambition de mettre en scène des personnages d’adolescents serait bien inspiré d’écouter un peu comment ceux-ci parlent lorsqu’ils sont entre eux. Le premier constat, c’est que leurs dialogues n’ont rien de caricatural : en règle générale, un adolescent s’exprimera exactement comme un adulte, dans une situation identique. Lorsqu’ils sont en cercle fermé, ils vont parfois pratiquer une langue plus relâchée, et la ponctuer de termes à la mode, auxquels certains d’entre eux sont très perméables, mais ceux-ci ne vont pas intervenir tous les trois mots, ni même dans chaque phrase.

Ce qui rend le langage d’un personnage adolescent authentique, c’est quand ce qu’il dit correspond à ce qu’on sait de lui, comme pour n’importe quel autre personnage. Vouloir « jeunifier » les dialogues de vos personnages ados en y incluant ce que vous percevez comme des mots à la mode est voué à l’échec. Premièrement, la plupart des jeunes ne s’en servent pas autant qu’on le pense ; deuxièmement, ces mots seront devenus complètement ringards d’ici à ce que votre livre soit imprimé.

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Écrire les enfants

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Dans un billet précédent, je me suis intéressé aux différentes manières de se servir de l’enfance et des enfants dans le cadre du décor, du thème, de l’intrigue et des personnages d’un roman. Ce que je n’ai pas fait, et qui pourtant peut se montrer très utile pour les romanciers, c’est de me pencher sur les meilleurs moyens de créer et de faire vivre sur la page des personnages d’enfants.

Même pour celles et ceux qui ont l’habitude de côtoyer des personnes mineures, soit dans leur famille, soit dans leur environnement socio-professionnel, leur donner vie dans un texte romanesque peut se révéler être un défi épineux. Créer un personnage d’enfant, c’est s’exposer à différents pièges dans lesquels il est facile de tomber. On perçoit tous de manière intuitive qu’un enfant, c’est un être différent d’un adulte, mais il n’est pas toujours facile d’articuler ces différences, ni d’ailleurs de constater les points communs. En créant un personnage enfantin, on aura tôt fait de tomber dans la caricature, ou de quitter le registre réaliste, jusqu’à créer des personnages qui ne ressemblent à aucun être humain connu.

Les conseils ci-dessous doivent vous permettre d’éviter les principaux écueils, tout en créant une vaste gamme de personnages d’enfants différents les uns des autres.

Chaque enfant est un individu

Ça peut sembler évident de le postuler de cette manière, mais c’est pourtant le conseil le plus utile que l’on puisse délivrer à leur sujet : les personnages d’enfants sont des individus, exactement dans les mêmes proportions que les personnages d’adultes. « Enfant » n’est pas un descriptif psychologique qui permette de comprendre quelqu’un, pas plus que « Femme » ou « Danois » : il y a autant de différence de tempérament entre deux enfants qu’il y en a entre n’importe quels autres membres de l’espèce humaine.

Il vous suffit de vous souvenir de votre propre enfance pour réaliser que chacun, dès son plus jeune âge, a un caractère bien à lui, des priorités différentes, une certaine manière de s’exprimer, des choses qu’il aime ou qu’il déteste, etc… Les règles ordinaires qui s’appliquent aux autres personnages de roman s’appliquent aussi aux personnages enfants, et s’en rendre compte permet d’éviter un certain nombre d’ornières dans lesquels tombent certains auteurs.

Chaque enfant poursuit des buts qui lui sont propres

Même si les enfants, pour la plupart, ne sont pas maîtres de leur destin et ne prennent pas eux-mêmes la plupart des décisions qui régissent leur quotidien, cela ne signifie pas qu’ils traversent l’existence comme des automates, sans espoirs ni aspirations spécifiques. Comme les personnages adultes, les enfants poursuivent des buts. En réalité, on pourrait même dire que la réalisation de leurs buts leur tient plus à cœur et les motive davantage que les adultes, et qu’ils ont moins tendance que ces derniers à laisser l’échec ou la réalité les décourager.

Qu’ils soient poussés en avant par l’envie de courir dans tous les sens, de se déguiser, de dessiner ou alors qu’ils aient des aspirations plus sérieuses, liées aux circonstances de leur existence, comme le souhait de vivre dans une famille harmonieuse, de faire taire ceux qui les harcèlent ou de visiter le pays de leurs origines, les enfants sont des créatures animées par leurs souhaits. Ceux-ci peuvent être durables ou éphémères, mais pour écrire un personnage d’enfant de manière convaincante, garder à l’esprit le but que celui-ci poursuit est un passage obligé.

Résistez à l’envie de les rendre mignons

C’est la nature qui nous programme à trouver les enfants mignons et à les protéger. Comme toujours, il y a des exceptions, mais en principe, n’importe quel mammifère adulte va parvenir à reconnaître n’importe quel petit de mammifère, de son espèce ou d’une autre, et dans certains cas va même prendre soin de lui.

Ce n’est pas une raison pour tenter de recréer cette émotion en littérature. L’instinct de protection qui envahit la plupart d’entre nous en présence d’un petit d’homme est une réaction viscérale, mais cela ne signifie pas que tout chez les enfants est mignon et prétexte à l’émerveillement. Traitez-les comme n’importe quel autre personnage et ne faites pas particulièrement d’efforts pour émouvoir vos lecteurs par leur entremise. S’ils sont touchants, ce sont les circonstances qui en décideront ainsi. Sans cela, vos personnages d’enfants ne seront guère plus que des pantins sans substance.

Les enfants sont rarement stupides, rarement géniaux

Si vous n’avez pas l’habitude de côtoyer des enfants, il est possible que vous pensiez qu’ils sont un peu idiots. Ce n’est pas le cas. En règle générale, les enfants ne sont pas du tout plus bêtes que les adultes, si on définit l’intelligence comme la capacité de trouver des solutions lorsqu’on est confronté à une situation nouvelle. Ils peuvent avoir d’autres traits qui peuvent être interprétés comme des défauts intellectuels (voir ci-dessous), mais pas un manque d’intelligence.

Dans vos romans, évitez donc d’écrire des scènes où des enfants sont incapables de comprendre des choses simples, de mener des raisonnements de base, ou d’assimiler ce qui se trouve juste devant eux. Ce n’est pas ainsi que ça marche.

À l’inverse, évitez également les personnages de petits génies, dont les facultés dépassent de loin celles des adultes. À moins qu’il existe une explication, les enfants sont aussi intelligents que les grandes personnes, ni plus, ni moins.

Les enfants manquent de perspective

Elle est là, la véritable faille cognitive des enfants : ils manquent d’expérience de vie. Forcément, me direz-vous, quand on a six ans, on peut difficilement avoir autant de bouteille que quand on en a quarante.

C’est ça qui peut parfois donner l’impression qu’ils ont des difficultés de compréhension : il leur manque la perspective pour relier les concepts les uns aux autres et saisir leur importance. Plus un enfant est petit, moins il pourra s’appuyer sur son vécu pour tirer les bonnes conclusions.

Exemple : qui sont les policiers et en quoi consiste leur travail ? Un tout petit enfant comprendra sans doute qu’ils sont chargés d’arrêter les méchants, mais aura du mal à saisir les tenants et les aboutissants de cette occupation. En grandissant, il acquerra davantage de connaissances, jusqu’à avoir une idée plus claire de la journée-type d’un membre des forces de l’ordre. Ensuite, à l’adolescence, le cynisme et les expériences personnelles lui donneront peut-être un point de vue plus critique vis-à-vis de la profession. Cela dit, à chaque âge, si l’on prend la peine de lui expliquer les choses dans le détail, il pourra sans doute saisir l’essentiel.

Les enfants ressentent les émotions autrement

Pour un enfant, tout est important. Faire la part des choses ne figure généralement pas dans ses priorités. S’il estime avoir été victime d’une injustice, être incompris ou généralement vivre une situation désagréable, il ne manquera pas de le faire savoir. Tous ne l’expriment pas de la même manière, mais en général, toutes les douleurs sont absolues pour un enfant, en particulier les plus jeunes d’entre eux, quitte à laisser de côté la raison et la tempérance.

Alors qu’un adulte apprendra à faire l’inventaire des désagréments, et à donner à chacun d’entre eux sa juste place, un enfant risque de se laisser envahir par le chagrin, et de donner à celui-ci une forme explosive. Au contraire, certains se terrent dans le mutisme ou se font fuyants. En général, si un personnage d’enfant était adulte, une bonne partie de ses réactions seraient considérée comme excessive.

L’imagination et les enfants

Comme l’a si brillamment démontré Boulet dans un de ses « Carnets », la fabuleuse imagination des enfants tient davantage du mythe que de la réalité. En réalité, comme toute personne qui a déjà eu l’occasion de côtoyer des enfants peut en attester, ceux-ci ne sont pas ces merveilleuses éponges à fantaisie, jamais rassasiés de féerie et d’idées neuves : ce qui leur plaît, c’est la répétition des choses familières. Fondamentalement, un enfant, c’est quelqu’un qui peut regarder « Cars » ou « La Reine des Neiges » trente fois de suite. Et si on leur demande d’inventer quelque chose de neuf, la plupart du temps, ils vont combiner des éléments et des personnages connus.

En particulier, c’est ce qu’on observe dès qu’ils sont scolarisés. L’école est le ferment du conformisme. Les très jeunes enfants, au contraire, sont capables de générer des associations d’idées aléatoires en flux continu, qui tiennent moins d’un imaginaire structuré que d’un rêve enfiévré.

Bref, c’est à retenir quand on souhaite mettre en scène des personnages mineurs : ceux-ci sont des consommateurs gourmands d’imaginaire, mais rarement des producteurs.

Le langage des enfants

En ce qui concerne la conversation de tous les jours, les enfants ne parlent pas de manière très différente des adultes. Si vous demandez à une fille de onze ans ce qu’elle a mangé à midi, sa description va beaucoup ressembler, du point de vue du vocabulaire, à un récit similaire produit par sa maman de quarante ans.

Les principales différences résident plutôt dans la construction du discours : un enfant, comme il manque de perspective, a davantage de mal qu’un adulte à hiérarchiser les informations les plus pertinentes. Bien souvent, il les livres pèle-mêle, sans les classer ni les connecter les unes aux autres. En grandissant, il apprendra progressivement à structurer ses propos.

Pour le reste, quand on écrit les dialogues d’un personnage mineur, les règles ne sont pas très différentes de celles d’un personnage majeur : n’abusez pas de ses particularités. Évitez à tout prix de lui attribuer un langage bébête, de lui donner des tics de vocabulaire, de mal lui faire prononcer certains mots ou pire, d’intégrer un zozotement dans les dialogues. Les enfants ne parlent pas comme ça : il est conseillé de les écouter un peu avant de se mettre à écrire.

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