Critique : Le cheval de feu

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Après les épreuves traversées dans « Le grand éveil », Lilas et ses nouveaux alliés, les Synalions, forgent des liens et poursuivent leur lutte contre Orga, dont l’emprise maléfique ne cesse de s’étendre et d’attiser les mauvais instincts chez celles et ceux qui croisent la route de nos héros.

Titre : Les enfants d’Aliel tome 2 – Le cheval de feu

Autrice : Sara Schneider

Editions : Le chien qui pense (ebook)

C’est avec appétit que j’ai poursuivi ma découverte de ce qui m’apparaît comme un classique moderne de la fantasy, avec son histoire et son monde à la fois uniques et immédiatement familiers. Je n’ai pas été déçu : ce deuxième volume tient toutes ses promesses et est en tous points l’égal du premier.

En ce qui me concerne, c’est le langage qui m’offre le plaisir le plus immédiat lorsque je découvre un roman de Sara Schneider. Son style est un bijou, avec un art consommé du mot juste, une gourmandise des mots, mais également une retenue qui lui interdit d’en faire trop et de verser dans le tape-à-l’œil. A chaque page, on s’émerveille de la facilité apparente avec laquelle elle conjure des images dans notre tête, trouve de nouvelles manières de décrire des choses familières, et s’arrange toujours pour que les descriptions et l’exposition ne soient pas des corvées mais des cadeaux. C’est une leçon, et tout auteur intéressé par cet aspect de l’écriture serait bien avisé de s’y plonger.

L’autrice a toujours autant de facilité à dessiner des personnages mémorables et attachants. Chacun des protagonistes du roman bénéficie d’une voix propre, immédiatement identifiable, de valeurs, et de méthodes spécifiques, de failles et de taches aveugles. Ce qui est encore plus admirable, c’est que malgré le fait que chacun d’entre eux joue un rôle très spécifique dans l’histoire, Sara Schneider les fait évoluer et modifie leurs priorités et leurs relations au gré des épreuves qu’ils traversent. C’est encore plus réussi que dans le premier volume.

Parmi les gloires qui sont spécifiques à ce roman, il faut absolument citer l’introduction des guerriers durnach, dont on découvre la culture focalisée autour du cheval. Si vous avez l’impression d’avoir déjà lu tout ce que la fantasy avait offrir au sujet des civilisations équestres, ce livre vous fera changer d’avis : sans trop en dévoiler, les durnach ont une culture profondément originale, cohérente et fascinante, qui plus est parfaitement intégrée au narratif. On découvre leurs valeurs et leurs usages, sans gaspiller une seule page qui ne serve pas également le récit ou les personnages. C’est élégant et fascinant. Moi qui d’ordinaire suis assez peu sensible à tout ce qui tourne autour du cheval, ce roman est venu me chercher et m’a convaincu de m’y intéresser. Tout cela est, osons le dire, triomphal.

Un autre aspect du livre qui m’a donné envie d’applaudir concerne une intrigue secondaire qui occupe une place importante, et qui tourne autour du personnage de Jaz, le jeune frère de Lilas qu’on avait cru, un peu hâtivement, placé dans une voie de garage de l’intrigue. Il se retrouve embarqué dans une enquête policière diabolique, qui ne cesse de se corser et de réserver des surprises au lecteur. Ces passages m’ont pris par surprise et constituent au final ma partie préférée du « cheval de feu ».

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Comme toujours, je consacre la dernière partie de cette critique à exprimer quelques réserves. Elles sont mineures.

Le début du roman m’a laissé perplexe. On retrouve nos héros qui profitent d’une halte pour prendre un peu de repos et se recentrer. Ces pages sont agréables à lire, elles permettent de découvrir la culture durnach et d’approfondir les relations entre les personnages, ce qui est appréciable. Par contre, j’ai perçu un léger flottement, face à des protagonistes dont je ne comprenais plus tellement les priorités et les objectifs. C’est un segment de l’histoire sans enjeux forts, ce qui est déconcertant pour entamer un roman. On comprend mieux l’origine du phénomène quand on comprend que « Le cheval de feu » est en réalité, sauf erreur, la seconde moitié du premier tome original, qui a été coupé en deux. Ces chapitres auraient sans doute trouvé leur place plus naturellement au milieu d’un livre que dans les premières pages.

De manière générale, le roman, malgré toutes ses qualités, présente par moments une impression de dispersion : Lilas, qui était clairement le personnage principal du premier tome, est ici plus effacée et ne sert pas d’ancre au récit ; les protagonistes traversent des épreuves importantes mais n’accomplissent pas grand-chose de significatif dans leur quête. Au final, on aurait un peu de peine à décrire de quoi parle ce livre, en-dehors du fait qu’il propose la suite des aventures des enfants d’Aliel. C’est selon moi à la fois un péché et une bénédiction : cela affaiblit un peu la singularité de ce livre, mais renforce le côté feuilleton de ce qui est, au final, une saga à épisodes dont on se réjouit de découvrir la suite.

Bref, je ne vais sans doute pas trop tarder à lire le troisième tome, vous l’avez compris.

On fait le bilan – 2021

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Comme chaque année à la même date, ce site met un point d’honneur à respecter la tradition du bilan, en ayant cette fois-ci une pensée spéciale et toute particulière pour les blogueuses et blogueurs qui publient des bilans mensuels. Respect. Je ne sais pas comment vous faites.

2021, où comme nous avons tous pris l’habitude de l’appeler, « Covid 2 », a été pour chacune et chacun d’entre nous une année pleine d’incertitudes et d’impatience. Au fond, ce n’est pas très différent sur ce site, même si ça n’a pas grand-chose à voir avec la situation sanitaire.

Comme d’habitude en décembre, j’entame ce bilan par tout ce qui concerne mon activité d’écrivain. De ce point de vue, l’année 2021 a été florissante, en tout cas à mon échelle. En février, j’ai sorti mon tout premier roman en autoédition, « Révolution dans le Monde Hurlant », ce qui représente une grande fierté pour moi, puisque j’ai porté le projet de A à Z, écriture, illustration, mise en page, promotion, etc…

En avril, j’ai participé à un ouvrage collectif avec mes camarades du Gahelig, « Eclats de chocolat », douze nouvelles de littérature de genre autour du thème du chocolat, rédigées par douze autrices et auteurs suisses. Je suis heureux et honoré d’avoir été associé à ce projet en compagnie d’artistes de grand talent.

Il y a également ma nouvelle d’horreur « La dame penchée », publiée, corrigée et republiée sur ce site. Elle devait servir de premier test pour un roman d’épouvante qui est actuellement en suspens.

2021 a aussi été l’occasion de renouer, timidement, avec le lectorat, dans le monde réel. J’ai été présent dans deux événements pour signer mes ouvrages, ce qui représente toujours un moment fort.

Un échec retentissant

Ces satisfactions sont considérables, et elles ne sont pas entachées par la déception, même si déception il y a : « Révolution dans le Monde Hurlant » est un retentissant échec. Les ventes de ce roman ont été ridicules, bien inférieures à mes objectifs qui étaient pourtant très modestes. Je ne peux même pas dire que le livre a déplu, il est simplement passé inaperçu – ce que j’avais à offrir n’a pas intéressé les personnes qui en ont entendu parler. D’ailleurs les articles que j’y ai consacré sur ce site ont été à peine lus. J’ai sans doute commis de nombreuses erreurs dans ce projet, même si je ne sais pas vraiment lesquelles. En tout cas, je continue à croire que le bouquin est plutôt réussi.

Je parle de tout cela avec une certaine candeur, pas pour susciter de la pitié, mais parce que je mène mon existence dans une démarche de vérité. Par ailleurs, je suis convaincu que que cela peut déboucher sur des questions ou des échanges sur ce thème, qui peuvent être féconds pour vous comme pour moi. Si vous avez des réactions ou des interrogations, n’hésitez pas à m’en faire part.

Reste que ce revers a eu un certain nombre de conséquences. La première, c’est que je n’écris pas le troisième tome de mon histoire, et je ne l’écrirai vraisemblablement jamais. La deuxième, c’est que j’ai hésité avant de me relancer dans un nouveau projet. Finalement, je suis en train d’écrire un roman, mais il servira de test : en cas d’échec, je me trouverai une autre occupation.

La troisième conséquence concerne directement les lecteurs de ce blog. J’ai traversé cette année une crise de légitimité, réalisant que je me trouvais dans une position inconfortable pour donner des conseils sur l’écriture à qui que ce soit. J’ai donc arrêté d’écrire de nouveaux articles, avant de reprendre au ralenti. Le rythme des parutions est devenu bimensuel plutôt qu’hebdomadaire.

Le résultat, conjugué probablement à une certaine lassitude de la part des fidèles du blog, c’est que pour la première année depuis que j’ai lancé mes activités de Fictiologue en 2017, j’ai eu significativement moins de pages vues que l’année précédente, même si j’ai eu très légèrement plus de visiteurs. Tendance déjà observée l’année dernière, le nombre de commentaires et de mentions « J’aime » continue à baisser, comme il le fait chaque année depuis 2018. C’est regrettable, de mon point de vue, parce que ce sont vos retours qui me motivent à continuer.

On constate une usure

Les articles les plus populaires sont anciens. Les billets que j’ai publiés cette année ont suscité relativement peu d’intérêt. Celui qui a connu le plus de succès se classe au 66e rang de mes publications, autant dire pas très haut. Ma série consacrée aux suites, ou celle sur le genre en littérature, m’ont malgré tout valu un intérêt poli.

Bref, on constate une usure. Dans le couple entre vous et moi, une certaine indifférence s’est peu à peu installée, ce qui est, finalement, très humain.

Tout cela mène naturellement à une réflexion sur l’avenir. Il y a une année, j’avais déjà l’impression que le site tirait ses dernières cartouches. Finalement, ça n’a pas été le cas, et j’ai d’ailleurs plusieurs billets déjà écrits et pas mal d’idées encore inexploitées. Malgré tout, le thème que j’explore sur ce blog n’est pas inépuisable, ma motivation est en baisse et l’intérêt des lecteurs s’estompe progressivement. On se bat pour être à l’avant dans un avion qui va droit vers le crash.

Le Fictiologue restera de toute manière ma base d’opération sur le web, même au cas où je m’y ferais plus discret. Au final, tout cela engendre un suspense insensé. Est-ce que nous nous retrouverons tous ici dans un an pour tirer un nouveau bilan, ou est-ce que ça n’en vaudra pas la peine ? Est-ce que j’aurai le plaisir de lire vos commentaires et qu’ils m’inspireront de nouveaux articles ? Est-ce que je sortirai un nouveau roman ? Rendez-vous en 2022 pour le découvrir.

L’interview : Laurence Suhner

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Même si, comme vous allez le lire ci-dessous, Laurence Suhner ne se considère pas comme une « autrice à succès », elle a ravi de nombreux lecteurs et lectrices avec sa série de science-fiction « QuantiKa », désormais regroupée en un seul volume. L’actualité de cette écrivaine basée en Suisse romande, c’est la sortie d’une nouvelle duologie, intitulée « Ziusudra ».

Ta saga QuanTika se retrouve regroupée en un seul tome. Qu’est-ce que ça représente pour toi ?

Quand je me suis lancée dans QuanTika, je n’imaginais pas directement une saga en plusieurs volumes, mais un gros roman avec des points de vue multiples (de nombreux personnages variés) et moult rebondissements. En avançant, l’histoire a pris de l’ampleur et je me suis rendu compte qu’il serait plus facile de la lire (et de l’écrire !) en deux, voire trois volumes. J’ai donc mis des séparations aux endroits qui me semblaient les plus appropriés, ce qui a donné les trois tomes de la trilogie : Vestiges, paru en 2012 et réédité en poche (Folio-SF) en 2018 ; l’Ouvreur des Chemins, paru en 2013 et réédité en poche en 2019, puis finalement Origines en 2015 (réédition 2019).

Pour moi, l’intégrale rend donc bien compte de mon idée première.

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QuanTika, c’est une trilogie qui change beaucoup de ton et d’ambiance d’un tome à l’autre. Retrouver toute l’histoire dans un seul volume, ça va déboucher sur une expérience de lecture différente ?

QuanTika change de ton et d’ambiance à l’intérieur même des tomes, car le lecteur suit différents personnages avec leurs caractères respectifs et leurs réactions propres aux épreuves qu’ils traversent. La plupart sont intimement connectés à l’univers de Gemma, exoplanète glacée, et sont en proie constante aux aléas du climat et aux catastrophes que la planète subit au cours du récit.

Il y a aussi le point de vue particulier d’Ambre Pasquier, avec ses origines indiennes et son passé refoulé de musicienne, et la résurgence progressive de ses souvenirs d’enfance à Mumbai à mesure que le récit se dévoile. Le personnage d’Ambre, avec son vécu tragique que l’on découvre peu à peu à travers ses souvenirs d’enfance en Inde, donne d’ailleurs son ton sombre et onirique à la trilogie.

Il y a également la voix de Tokalinan, personnage non-humain, que j’ai essayé de rendre le plus étrange possible dans ses pensées et son comportement, ce qui, pour moi, a été l’une des difficultés majeures du roman. Ces deux personnages, Ambre et Tokalinan, on le verra, sont intimement connectés pour la résolution finale de l’intrigue.

Pour moi, rassembler les trois tomes en un seul ne donne pas lieu à une lecture différente, mis à part la gestion du volume en lui-même, d’un poids conséquent. Heureusement, il existe le papier Bible, qui rend le maniement de la bête plus aisé !

QuanTika a failli être une bande dessinée avant d’être un roman. Tu as d’ailleurs une carrière d’autrice de bédé. Est-ce que l’image, la narration séquentielle ont une influence sur ton écriture ?

Oui, absolument.

Je vois mes personnages avant de les mettre en scène, je vois les actions et les scènes également, comme si j’étais au cinéma.

Le dessin est pour moi indissociable de l’écriture. Il m’arrive de storyboarder des scènes, notamment celle, dans le tome 1, où Kya descend dans le gouffre de la Vallée des Ombres. Et je desssine toujours mes personnages avant de les mettre en scène.

Mais la musique joue également une grande part dans mes créations. Mes idées surgissent souvent de la musique, des états d’esprit qu’elle provoque. C’est pour cela que j’aime beaucoup la musique indienne classique, qui joue sur les états d’âme. Mais c’est le rôle de la musique en général : susciter des émotions.

J’ai définitivement une approche « multimédia » de la littérature.

Ce qui m’importe, c’est de raconter une histoire, peu importe sous quelle forme : dessin, écriture, morceau de musique, et parfois le tout mélangé.

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Ton nouveau roman s’intitule « Celle qui sait : Ziusudra » qu’est-ce que tu peux nous en dire ?

Le roman s’intitule Ziusudra et il est divisé en deux tomes : « Celle qui sait », qui va paraître le 21 octobre prochain ; et « Celui qui voit », qui paraîtra en 2022 ou début 2023.

Il s’agit d’une « suite alternative » de QuanTika. On y retrouve certains personnages de la trilogie, mais aussi de nouveaux. L’intrigue est totalement différente.

On pourrait décrire le projet ainsi :une suite inattendue de QuanTika qui emmènera le lecteur dans les arcanes d’une société secrète millénaire ; de la Mésopotamie antique à Novgorod, au nord de la Russie ; et de la Terre au système AltaMira, voire bien plus loin encore. Tout cela sur fond d’univers divergent.

A noter que la fin ultime du diptyque ouvre sur une lecture très différente de toute la trilogie.

Un premier roman primé, réédité en poche, traduit : tu es une écrivaine à succès. Est-ce que c’est comme ça que tu le perçois ?

Hahahaha !

Je crois que ça suffit comme réponse…

Qu’est-ce qui est le plus difficile pour toi dans le processus d’écriture ?

Gérer la vie à côté !

Pour écrire j’ai besoin de calme et d’être totalement connectée à mon univers, ce qui est de plus en plus difficile dans le contexte économique actuel. La crise sanitaire a grandement péjoré la vie des indépendants et des artistes en général, les privant durablement de leurs revenus. Je donnais des cours, mais les arrêts successifs liés aux mesures sanitaires ont rendu les élèves timides. Il faut trouver d’autres moyens de subsistance, beaucoup moins folichons dira-t-on, et qui laissent encore moins de place à l’écriture. Pour moi, écrire est donc de plus en plus difficile, en raison du contexte actuel.

Toi qui a enseigné, entres autres, l’écriture scénaristique, un conseil, une suggestion à ceux qui te lisent et qui ont envie d’écrire ?

Lire, écrire le plus possible, pousser son texte au maximum, toujours se remettre en question, recommencer, persévérer et beaucoup imaginer et rêver. Et surtout, nourrir son imaginaire ! Libre à chacun de trouver sa manière de le faire. Pour moi, c’est la musique, les concerts, l’art, mais aussi la nature, la mer, l’évasion. Et la lecture, bien sûr !

Tu fais partie du Gahelig, le Groupe des auteurs helvétiques de littérature de genre. Y-a-t-il selon toi quelque chose de typiquement suisse dans ton approche de l’écriture ?

A part un attrait très prononcé pour la nature sauvage (montagne, lac et mer), je ne vois pas.

L’interview : Lucien Vuille

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Après François Curchod, on poursuit notre galerie de portraits d’auteurs suisses qui valent le détour sur le site.

Lucien Vuille est né en 1983 à la Brévine, dans le canton de Neuchâtel. Après avoir exercé successivement les professions de fromager, d’instituteur puis d’inspecteur de police et avoir vécu dans plusieurs villes romandes, il retourne dans sa région d’origine pour se consacrer davantage à l’écriture. Les habitués du site ont déjà entendu parler de ses romans de fantasy humoristique « Fable« . « Penalty », qui vient de sortir aux éditions Kadaline, est son premier roman destiné à la jeunesse.

Pourquoi consacrer un roman au football ?

Tous les ingrédients d’un roman intéressant se trouvent dans le monde du football. Rien que dans le récit d’un match, il y a un potentiel épique énorme. C’est d’ailleurs cette dimension que peux endosser le football qui me plaît, qui me pousse parfois à regarder des matchs improbables comme Dnipro Dnipopetrovsk-Mölde en VoD ou me déplacer à Berne pour voir jouer Ferenváros. Certaines parties sont ennuyeuses, c’est un peu une loterie mais souvent, un match de football t’offre tout ce pour quoi ton cœur peut battre : des retournements de situation, des drames, des cliffhangers, des fins tragiques… Il y a quelque chose de pourri au royaume du football mais ce monde en lui-même c’est un feuilleton sans fin : rebondissements, trahisons, records, histoires d’amour… Tout est là.

Quelle est l’origine du projet ?

Malgré la passion qui m’anime au sujet du football – une passion dédiée au ressort narratif des matchs, des tournois, des transferts plus qu’à l’aspect technique ou tactique de ce sport – je n’imaginais pas forcément raconter une histoire dans l’univers. Et puis, mon éditrice s’est manifestée : elle cherchait un auteur prêt à écrire un roman dans le monde du football destiné à la jeunesse. J’ai sauté sur l’occasion, tout d’abord parce que j’adore écrire des histoires et que j’aime le football mais aussi car toutes les planètes étaient alignées : on était en plein confinement, j’avais du temps à revendre et ma tête débordait d’épisodes d’Olive et Tom, de l’École des Champions mais surtout de matchs de football épiques qui m’ont marqué à vie.

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Qu’est-ce que ça représente pour toi, le football ?

Pour être franc, durant la plus grande partie de mon enfance, je n’y comprenais pas grand-chose. J’allais sur le terrain avec les copains, mais j’étais plus occupé à déambuler en m’imaginant des histoires qu’à chercher à suivre le ballon. À l’époque, le football c’était vraiment le domaine de mon père. Il écoutait les matchs de Xamax le dimanche après-midi, à la table de la cuisine, l’oreille tendue vers sa petite radio blanche en plastique. Quand il y avait l’équipe suisse qui jouait, il regardait la Nati à la télévision et la soutenait comme s’il était au bord du terrain, à crier à chaque occasion. C’était mon père le spectacle qui m’intéressait plus que la Nati des années 80. Une fois envoyé au lit, depuis ma chambre de gosse, je pouvais estimer la quantité d’actions de la Suisse aux décibels produits au salon. C’est en 94, quand la Suisse s’est qualifiée à la coupe du monde aux USA, que j’ai commencé à regarder la télévision plutôt que mon père durant les matchs. J’ai découvert les joueurs grâce aux albums Panini et petit-à-petit, j’ai trouvé mes marques. J’ai rattrapé mon retard avec des almanachs, des livres d’or et plus tard je me mettais à jour avec les jeux vidéo, pour connaître la composition des clubs européens.

C’est marrant parce que je me rends compte que j’ai reproduit le même schéma d’héritage avec mon fils ainé. Je le traînais un peu aux matchs, je me doutais qu’il venait plus pour les saucisses à la mi-temps que pour le spectacle mais depuis l’Euro 2020, je remarque qu’il s’intéresse, qu’il me pose des questions sur les règles ou l’histoire du foot. Et c’est lui qui réclame d’aller voir Xamax-Wil, ce qui prouve la sincérité de son intérêt.

J’aime surtout la dimension homérique des matchs, la glorieuse incertitude de chaque partie, les retournements de situations, les remontées fantastiques… Je trouve aussi qu’il y a quelque chose de demi-divin que l’on concède aux vedettes du football et c’est tout aussi épique. Je m’intéresse plus à cette dimension-là plutôt qu’à la tactique ou la stratégie. Je n’y comprends pas grand-chose, je suis un piètre analyste. Par contre, je pense connaître par cœur tous les résultats de la Nati durant les tournois internationaux que j’ai vu, je peux te citer le parcours en club de bien des joueurs et je reconnais l’année d’un maillot de la Suisse. Mais te dire si telle ou telle équipe joue en 4-3-3 ou en 4-5-2, j’en suis incapable.

En outre, le football est le seul sport, à ma connaissance, qui sache – je ne sais comment – toucher l’ensemble de l’humanité helvétique. On l’a vu après la fabuleuse victoire de la Suisse contre la France (28.06.2021, gravé dans nos cœurs). Une semaine après l’événement, tout le monde l’évoquait encore, quel que soit son niveau d’intérêt pour le sport ou le football, son âge ou sa profession, chacun d’entre nous en a entendu parler, et a éprouvé quelque chose.

À part le football, il n’y a aucun sport qui peut rassembler ainsi. Les exploits de Federer sont historiques, on a une chance dingue de suivre sa carrière, l’équipe de Suisse de hockey est arrivée très loin en championnat du monde, Werner Günther est une légende mais aucune de ces superbes réussites n’a rassemblé le peuple suisse comme a pu le faire ce match de football.

C’est un livre pour la jeunesse. Qu’est-ce que tu souhaites que tes jeunes lectrices et lecteurs en retirent ?

Les enfants et les adolescents ont rapidement une sacrée pression sur les épaules. Très tôt, ils sont poussés à trouver leur voie, à découvrir dans quel domaine ils excellent et à exploiter ce créneau. S’ils lisent ce livre, j’espère qu’ils comprennent que personne n’est obligé d’être bon dans un domaine et surtout qu’on n’a pas besoin d’être doué dans une activité pour s’amuser en la pratiquant. C’est terrible d’entendre des jeunes dire des phrases comme « J’adore le foot mais je vais arrêter parce que je suis trop nul ». Ce qui compte, c’est aimer ce qu’on fait, pas d’être le meilleur.

Écrire le football, c’est difficile ? Comment est-ce que tu t’y es pris ?

Les séquences de matchs, c’est effectivement assez difficile à décrire. Pour tout te dire, c’est pire que des combats à l’épée ou des alexandrins. Il y a beaucoup de données à gérer et à transmettre au lecteur : le temps qui s’écoule, l’action, la position du ballon, ce que font les vingt-deux joueurs… Il n’y a pas de secret incroyable, j’ai écrit en imaginant que j’expliquais un match à quelqu’un qui ne l’aurait pas vu, j’ai laissé reposer, j’ai relu et tenté d’y comprendre quelque chose. Au final, c’est un peu toujours la même recette que j’applique :  je suis un tâcheron, j’écris, je relis, je corrige, je continue d’écrire, je relis, je re-corrige….

C’est le tome 1 de « Penalty », cela suppose qu’il y aura au moins un tome 2 ? Le protagoniste va changer ?

C’est le projet de mon éditrice et cela me comble de joie. Il me reste beaucoup de choses à raconter sur Ivo Zyzak, donc il va rester au cœur de l’aventure mais le curseur va sans doute se déplacer sur d’autres personnages, secondaires dans le tome 1, qui prendront un peu plus d’importance dans le deuxième tome.

Néanmoins, même s’il y aura d’autres tomes, je tiens à préciser que ce livre raconte une histoire complète, qui se suffit à elle-même.

La préface est signée Bernard Challandes, qu’est-ce que ça représente pour toi ?

J’ai grandi à la Chaux-du-Milieu, un tout petit village qui a tout de même donné des acteurs importants du football romand : Guillaume Faivre, Sébastien Jeanneret et Bernard Challandes. Depuis toujours, on suit avec intérêt et fierté son superbe parcours d’entraîneur à Yverdon, Servette, Zurich, en Arménie et au Kosovo… En 2009, il a emmené Zürich au titre de champion suisse, c’était beau. Et en plus, il avait son autocollant dans le Panini 95. Surtout, au-delà de ses superbes résultats, j’ai toujours énormément apprécié ses tribunes, prises de position, ses coups de gueules. Il défend les valeurs purement sportives du football. Bernard Challandes, c’est le dernier des Mohicans, il continue de porter la flamme du football sincère, pas celui du fric et des magouilles. Il y a plein de choses horribles dans le football, qui dégoutent les plus passionnés : la dette d’un demi-milliard du FC Barcelone, les Anglais qui refusent leur médaille d’argent, le Real qui offre 200 millions pour un joueur… mais le monde du football est une auberge mal famée dans laquelle passent parfois des princes.  Quand mon éditrice m’a demandé si j’avais quelqu’un en tête pour dédicace, j’ai tout de suite pensé à lui. Je ne voyais personne d’autre, parce que les valeurs que j’espère transmettre à travers mon livre, ce sont les mêmes que Bernard Challandes défend.

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Enseignant, apprenti fromager, policier, auteur : tu as porté de nombreuses casquettes à travers ta vie. Est-ce que tout cela nourrit ton écriture ?

Évidemment, je n’invente rien, je m’inspire de tout ce que j’ai vécu, vu, entendu, lu, regardé, rêvé… Tous ces jobs c’est des expériences, des rencontres, des souvenirs qui abreuvent chacun de mes récits. Je crois que tout ce qu’on écrit nous décrit. On ne fait que de parler de soi.

Ta production est très diversifiée. En plus de « Penalty », on pense à la série de fantasy comique « Fable », ton magazine pulp, de la poésie, des livres dont vous êtes le héros. Est-ce qu’il y a un point commun entre toutes ces activités ?

Je ne veux pas rester cantonné dans un seul genre, tout simplement parce que je veux écrire les livres que j’aimerais lire et que mes intérêts sont nombreux. Tu imagines ne regarder que des polars, jamais de films d’un autre genre ou ne lire que des Stephen King ? Pour moi c’est autant difficile de me cantonner à écrire des histoires dans un seul genre. Le lien entre mes bébés, c’est la passion. J’aime écrire, j’aime chaque étape, quand ça mijote dans la tête, quand ça prend forme sous les doigts… Et quand on est lancé et que les mots sur le papier, ou l’écran, vont plus vite que la pensée. Tu écris des romans, tu connais cette sensation, quand on tape sur le clavier comme on respire, qu’on ne peut plus s’arrêter. C’est comme quand tout d’un coup quelqu’un a lu ton livre et t’en dit du bien… ou bien même juste quand quelqu’un a lu ton livre et t’en parle. Le panard.

Combien d’idées de projets littéraires as-tu encore dans tes cartons ? Des rêves ?

Pléthore ! La saga de fantaisie héroïque « Fable » est toujours en chantier. Mon objectif est de raconter plein d’autres histoires dans ce monde que j’ai créé, de plein de manières différentes. Les trois premiers volumes, j’ai réussi à en sortir un par année, mais le quatrième – un livre dont vous êtes le héros – m’a pris beaucoup plus de temps que prévu. Je suis dessus depuis plus de trois ans ! Néanmoins le cinquième (un recueil de nouvelles) est déjà bien avancé, le sixième est entamé et le septième – qui sera un jeu vidéo – lui aussi. J’ai un roman policier qui a trouvé son éditeur, mais qui patiente dans les tubes. Il raconte mes années passées à la police judiciaire genevoise. Une fois qu’il sera sorti, je terminerai le roman inspiré de mon expérience d’inspecteur de police dans le canton de Neuchâtel. J’écris la vie d’Ulysse en 10’000 alexandrins, en 2022 dans les meilleures librairies, un roman hommage à Star Wars, une sorte de fan-fic assumé. Dès que j’aurais fait un peu d’ordre, j’ai un roman qui traite d’un sujet qui m’horrifie, les fantômes. À côté de ça, j’écris des romans pulps sur commande, sous pseudonyme. Et chaque mois, des nouvelles publiées dans mon fanzine, Pulper Heart. Je crois que j’ai fait le tour.

Quelle est ton approche de l’écriture ? Comment naissent tes projets ?

Il y a de tout, je ne suis pas attaché à des rituels. Certains romans, je les ai écrits du premier au dernier mot sur l’ordinateur, pour d’autres j’ai rempli des cahiers de note et de brouillons. Chaque histoire est planquée, quelque part à l’intérieur de moi, dans la tête et/ou dans le cœur, et je la laisse sortir comme elle veut. Mais globalement, dans un premier temps, je fonce, je raconte l’histoire qui me trotte dans la tête (c’est ce que j’appelle le squelette). Une fois que j’ai terminé ça, je remets le tapis sur le métier à tisser, je relis, je corrige, je peaufine, j’ajoute des machins, je change des trucs. Généralement, les nouvelles et les romans je les écris à l’ordinateur et les poèmes sur des cahiers, mais il y a des exceptions. Ensuite, comme tu l’auras compris, j’ai toujours plein de casseroles sur le feu. Certaines histoires doivent être cuites rapidement, d’autres mijotent pendant des mois ou des années. Mon seul secret, c’est d’écrire, tout le temps, encore et encore.

L’interview: François Curchod

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C’est le retour des interviews sur le site. Cette semaine, j’ai le plaisir de vous proposer à la lecture un échange avec François Curchod. François est un auteur suisse né en 1987. On lui doit la série de fantasy « Orlan & Byggvir », dont le deuxième tome vient de sortir, ainsi que les nouvelles parues sous le titre « Le recueil des émotions »

« La Montagne du pouvoir » est le deuxième tome de ta série « Orlan & Byggvir ». Comment t’es-tu lancé dans l’écriture de cette suite ?

Après le premier tome, j’ai ressenti le besoin de faire autre chose. Alors pendant une année, je me suis lancé le défi d’écrire une nouvelle par mois, chacune traitant d’une émotion différente. C’était grisant de faire quelque chose de nouveau, différent. Mais l’histoire d’Orlan & Byggvir m’a très vite rattrapée.

Quand j’ai replongé dedans, j’ai écrit une centaine de pages, avant de faire une nouvelle pause. C’était au début de la covid et je n’avais plus la motivation. Pendant plusieurs semaines, je n’ai touché aucun manuscrit. Finalement, j’ai lentement repris, et au fil des pages, mon envie de créer est revenue. Aujourd’hui, je suis content de publier cette suite. Ce tome a été plus difficile à écrire !

En quoi est-il différent du premier ?

Les lecteurs qui ont découvert le premier volume avaient pratiquement toute la même question. Pourquoi s’appelle-t-il Orlan & Byggvir, alors que l’histoire suit essentiellement Orlan ? À l’époque, je ne m’en étais pas rendu compte d’avoir donné autant d’importance à ce personnage.

Alors j’ai voulu rectifier le titre. Dans ce tome, l’histoire tourne bien plus autour de Byggvir. Contrairement à son ami, il ne se sent pas taillé pour l’aventure. Pourtant, il n’a pas le choix. Il doit prendre la route, c’est une question de survie !

C’est aussi pour ça que j’aime discuter avec mes lecteurs. Ils voient des choses qui m’échappent. Grâce à eux, j’ai pu rectifier le tir sur le deuxième tome et je les en remercie. Sans eux, il aurait été bien différent. Certainement moins bien d’ailleurs !

Qu’est-ce que tu as appris sur l’écriture lors de la rédaction du premier volume, que tu as pu mettre en application dans celui-ci ?

Je crois que ce qui m’a le plus servi, c’est de comprendre la construction d’un ouvrage. Parce que lorsqu’on commence, généralement on tâtonne. Et plus on écrit, plus on progresse.

Pour ma part, j’ai pris l’habitude d’avancer par actes. Un peu comme des points de passage que je m’impose. Ils sont souvent constitués de trois parties. C’est une technique très connue, qui nous vient du théâtre et qui m’a énormément servi pour le premier tome.

Au départ, il devait en être de même pour « La montagne du pouvoir ». Mais je me suis rapidement rendu compte que je ne pouvais utiliser précisément la même approche. C’est de cette manière que j’ai compris que ce tome serait constitué de quatre parties. Et comme par magie, l’histoire s’est constituée face à moi !

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Quelle est ton approche de l’écriture ? Comment est-ce que tu travailles un nouveau projet ?

Souvent, ça commence par une simple phrase, que j’écris sur une note de mon téléphone. Elle se remplit plus vite qu’elle ne se vide, ce qui est bon signe ! De temps à autre, je vais y puiser une idée que j’intègre à l’une de mes histoires, ou alors si je la trouve vraiment pertinente, je l’utilise comme sujet principal de mon récit.

Ensuite, je construis des personnages et des lieux autour de cette idée. Bien souvent, cette partie me prend pas mal de temps. J’aime que mes protagonistes soient bien construits. J’apprends à les connaitre avant de les coucher sur papier. Je m’imagine leur vie, leurs habitudes. J’ai besoin de les cerner pour retranscrire leurs émotions. Il n’y a qu’une petite partie de leur personnalité que je retranscris, uniquement l’essentiel qui servira au récit. Mais dans ma tête, c’est comme s’ils étaient vivants.

Est-ce que ta saga obéit à un plan auquel tu te conformes, ou est-ce que chaque épisode est inventé sur le moment ?

Un peu des deux.

Comme je l’ai déjà dit, je travaille par acte, ce qui me fait deux ou trois points de passage par tome. Pour résumer, je connais le début, le milieu et la fin de l’ouvrage avant de l’écrire. Tout ce qui se passe entre ces jalons me vient spontanément. Et quand rien ne me vient, je prends du temps pour moi. Je vais me vider la tête en pratiquant du sport et bien souvent cela me donne de nouvelles idées pour continuer mon récit. Ensuite, il ne me reste plus qu’à m’en souvenir en rentrant !

Idéalement, on se dirige vers combien de tomes ?

Cinq. C’est prévu ainsi depuis le début, et rien ne devrait changer. Je connais déjà la fin de tous les tomes, ce qui me permet d’être assez catégorique sur ce point.

En revanche, j’aimerais peut-être par la suite écrire un prequel sur Baldur. Je trouve que ce personnage mériterait son propre ouvrage. Mais si ça se fait, ce sera après la sortie de l’intégralité de l’histoire d’Olran & Byggvir.

Tes deux personnages principaux sont deux amis. Qu’est-ce que tu as à dire sur l’amitié masculine, à travers ton texte ?

Beaucoup de choses. Pour moi, elle a constitué une grande partie de ma vie. J’ai toujours été entouré de quelques amis, qui ont changé au cours de ma jeunesse, jusqu’à trouver une stabilité vers dix-sept ans. C’est vers cet âge-là que j’ai rencontré ceux qui encore aujourd’hui me supportent jour après jour !

Pour moi, Orlan & Byggvir ne sont pas que des amis. Ils sont plutôt comme deux frères. Et c’est ça que j’ai voulu mettre en avant. Cet amour fraternel qu’on peut ressentir pour quelqu’un qui ne partage pas le même ADN que vous.

C’était mon cas avec quelqu’un dont je tairai le nom. D’ailleurs, avant d’écrire le premier tome, lorsque l’idée n’était encore qu’une histoire dans ma tête, il était Byggvir.

Il ne lui ressemble pourtant absolument pas. Mais j’avais besoin de le sentir là avec moi pour réussir à retranscrire cette amitié que nous partagions.

Je parle de lui au passé, car il nous a malheureusement quittés subitement il y a de cela bientôt deux ans. Ça a été un déchirement pour ma famille et moi. Il était comme un frère pour ma femme et moi. De plus, il était le parrain de ma fille.

Les mois qui ont suivi cette tragédie ont été compliqués. Heureusement, nous sommes bien entourés, ce qui nous a aidés à remonter la pente.

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Quelle part de toi peut-on retrouver en Orlan ? Et en Byggvir ?

C’est une très bonne question ! Plusieurs fois je me la suis posée sans jamais avoir trouvé une réponse précise.

Je crois que j’aimerais ressembler un peu plus à Orlan. Il est courageux, même si parfois il est têtu et qu’il s’emporte un peu rapidement. Mais au fond, c’est un jeune homme plein de bonne volonté qui veut comprendre qui il est.

Je pense que mon caractère se rapproche plus de celui de Byggvir. Il est réservé et aime peu sortir de sa zone de confort. Moi, je dois parfois m’y forcer ! C’est également quelqu’un qui a une confiance en lui assez friable. Il lui en faut peu pour douter de ces capacités. J’étais comme lui a son âge. Mais heureusement avec le temps, j’ai réussi à croire en moi et surtout à mettre de côté le jugement des autres, qui est bien souvent moqueur et t’empêche d’avancer. J’espère que Byggvir y parviendra également en vieillissant !

Un conseil, une suggestion à ceux qui te lisent et qui ont envie d’écrire ?

Lancez-vous ! Au début, l’écriture c’est personnel. On est dans son coin, face à un écran ou à une feuille et il faut produire quelque chose. Pour moi, c’est le moment le plus difficile. Mais dès que vous aurez eu la chance de faire lire à quelqu’un vos écrits et que ça plaira réellement à cette personne, vous serez heureux de l’avoir fait. C’est à partir de ce moment-là que l’écriture prend tout son sens pour moi. Ça doit être un moment de partage qu’on vit avec ses lecteurs.

Tu fais partie du Gahelig, le Groupe des auteurs helvétiques de littérature de genre. J’ai aperçu quelques « septante » dans tes livres. Y-a-t-il selon toi quelque chose de typiquement suisse dans ton approche de l’écriture ?

Si j’avais écrit différemment, j’aurais eu la sensation de me « travestir ». Comme tu l’as dit, je suis Suisse, et j’ai toujours utilisé septante ou nonante, même à l’écrit. Il était impensable pour moi de franciser ces chiffres.

Au-delà de la fantasy, est-ce que tu nourris d’autres projets littéraires dont tu pourrais nous parler ?

Oui, absolument. Comme je l’ai déjà dit plus tôt, j’ai écrit un recueil de nouvelles ou toutes les histoires sont très différentes les unes des autres. Quand je travaillais dessus, je ressentais le besoin d’explorer des genres différents et des temps verbaux qui m’étaient à l’époque encore étrangers. Je crois que tout cela m’a servi à discerner quelles façons d’écrire me plaisaient et d’écarter celles qui ne me convenaient pas.

D’ailleurs, actuellement, je travaille sur un ouvrage de science-fiction très excitant qui accapare la plupart de mon temps. J’espère pouvoir en dire plus rapidement, mais pour le moment le projet n’est pas encore assez abouti.