Critique: Le grand éveil

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Jeune femme proche de la nature, Lilas voit sa vie bouleversée par un événement traumatisant qui la force à quitter le village où elle a vécu toute sa vie. La rencontre avec Flynn, un chat capable de communiquer, lui apprend qu’elle est une élue d’Aliel, une figure du bien dont la sœur Orga cherche à dominer le monde. Ensemble, Lilas et Flynn partent à la rencontre des autres individus à qui Aliel a conféré des pouvoirs.

Titre : Les enfants d’Aliel tome 1 – Le grand éveil

Autrice : Sara Schneider

Editions : Le chien qui pense (ebook)

D’ordinaire, la fantasy engendre soit des univers très conventionnels, qui n’ont pas d’autres ambitions que de marcher sur les pas d’auteurs illustres, soit des décors baroques et iconoclastes. En mettant un pied dans « Les enfants d’Aliel – Le grand éveil », on constate rapidement qu’on est en présence d’une troisième situation. Tout nous semble immédiatement familier, de la paisible vallée rurale où démarre l’action, à l’opposition entre forces du bien et du mal qui structure l’intrigue, jusqu’aux animaux parlants et autres pouvoirs magiques qui émaillent le récit. Pourtant, on serait bien en peine de rapprocher ce roman d’un modèle antérieur. En réalité, il faut admettre qu’on a affaire à une histoire originale, qui sait si bien jouer avec les éléments issus du folklore, du merveilleux et de la fantasy qu’on s’y sent immédiatement chez soi. Ça sent le nouveau classique, comme si cette histoire ne demandait qu’à exister depuis toujours.

Ce qui est très agréable, c’est qu’il s’agit d’un premier tome, et que l’autrice nous présente son univers juste assez pour qu’il serve de cadre à son intrigue. Elle ne se perd pas en explications, ne cherche pas à répondre à toutes nos questions, ouvre de nombreuses portes sans les refermer, ni même, parfois, chercher à savoir ce qui se cache derrière. Le temps de s’y intéresser viendra plus tard. C’est une manière d’empoigner un récit qui est à la fois très reposante pour le lecteur, dispensé d’apprendre par cœur tous les rouages du fonctionnement d’un univers, et qui est génératrice de suspense.

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Une des grandes forces du récit réside dans ses personnages. Chacun d’entre eux est bien dessiné, doté d’une personnalité mémorable et instantanément identifiable, avec également, on le sent, une marge d’évolution. Ils ont tous leur place dans le récit, et sont tour à tour attachants et agaçants dans les proportions idéales pour avoir envie de suivre leurs aventures, ce qui est parfait pour un premier tome.

A titre personnel, ce qui m’a procuré le plus de plaisir lors de ma lecture, c’est le style de l’autrice, et en particulier sa science du mot juste. Lorsqu’elle décrit un lieu, un individu ou une situation, il n’y a rien de superflu, tout est clarté, exactitude et métaphores bien choisie. On finit par ressentir une sorte de confort bienheureux à nous balader dans cet univers de fiction, que l’on se réjouit de retrouver lorsque l’on pose son livre (ou sa liseuse, dans mon cas).

Cette sensation confortable renvoie malgré tout, paradoxalement, à un des aspects du roman que j’ai moins apprécié. Bien que les événements traversés par les protagonistes soient objectivement périlleux et hauts en couleur, que les conflits qui rythment l’intrigue soient bien réels et dotés d’enjeux clairs, on a parfois l’impression de nous retrouver face à une histoire un peu trop tranquille, comme si on observait ces péripéties avec détachement. C’est une impression toute personnelle, et quand j’ai cherché à comprendre d’où elle provenait, j’ai identifié deux causes : premièrement, l’impression que Lilas se lance dans l’aventure avec une certaine désinvolture crée la perception durable que rien de grave ne va lui arriver (pourtant, il finit par lui arriver des tas de choses pas du tout sympathiques) ; surtout, le choix de la narration, omnisciente à la troisième personne, crée une distance entre le lecteur et l’action, et je crois que j’aurais tout simplement préféré que l’histoire soit racontée à la troisième personne focalisée, plus immédiate et plus viscérale.

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Autre bémol : il s’agit vraiment d’un livre d’introduction à une histoire plus large. Si ce premier tome possède des enjeux qui lui sont propres (la constitution du groupe, malgré l’adversité), ceux-ci sont d’une portée modeste et lorsque l’on clôt le livre, on se rend compte que les personnages ont appris à se connaître eux-mêmes et les uns les autres, mais qu’ils n’ont pas accompli grand-chose. Cela nous motive naturellement à lire la suite, et tant mieux, mais j’aurais probablement apprécié que Lilas et ses amis signent une victoire d’étape lors de ce premier volume.

Au final, « Le grand éveil » est un roman très réussi, attachant, agréable à lire, plein de personnalité, et qui donne envie de découvrir la suite.

Douze plumes suisses écrivent le chocolat

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Des autrices et auteurs suisses s’attaquent au plus helvétique des thèmes… Voilà un projet dont je me réjouis de vous parler depuis deux ans ! Les éditions Hélice Hélas présentent « Eclats de chocolat », un recueil de nouvelles littéraires unique en son genre, puisqu’il mélange avec gourmandise les saveurs de la littérature avec celle de la confiserie. Il est disponible en librairie le 14 avril.

Il s’agit du tout premier ouvrage collectif du Gahelig, le Groupe des auteurs helvétiques de littérature de genre. Polar, fantastique, science-fiction, fantasy… la confiserie y est déclinée avec imagination et impertinence, dans des histoires qui nous emmènent dans l’espace, sur le plancher des vaches, à New York ou même dans les profondeurs de la Terre…

Au menu, on trouve des autrices et auteurs romands reconnus : Marlène Charine, Marylin Stellini, Déborah Perez, Fabrice Pittet, Gilles de Montmollin, Sara Schneider, Florence Cochet, Lucien Vuille, Tiffany Schneuwly, Amélie Hanser, K. Sangil, et moi-même. A savourer pour soi-même, ou à offrir, et à commander, par exemple, chez l’éditeur.

Critique : Mémoires d’Exoterres

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Les destins de deux frères sont liés par un caprice de la biologie ; un guerrier bafoue les coutumes de son clan pour protéger son enfant ; un soldat est envoyé à la recherche d’un dragon sur une comète ; un bûcheron acariâtre recherche quelqu’un qui lui est cher, sur un monde régulièrement envahi de créatures belliqueuses ; une femme part en quête d’une forme de vie sur une planète envahie par un champignon gigantesque.

Titre : Mémoires d’Exoterres

Auteur : Fabrice Pittet

Éditeur : Kadaline

Il y a deux manières d’aborder ce recueil. La première, c’est de considérer chaque histoire pour elle-même, comme on le ferait d’ordinaire pour un ensemble de nouvelles. Si c’est ainsi que l’on procède, on va au-devant de plaisantes surprises : chacune de ces histoires est de qualité, il n’y a pas de point faible, et chaque texte convient bien au format de la nouvelle, n’étant ni trop long, ni trop court.

Il est facile de se laisser charmer par la créativité de l’auteur : les cinq nouvelles que compte le recueil conjurent chacune un monde original, entre la science-fiction et la fantasy. Ceux-ci sont tous très différents les uns des autres, juste assez élaborés pour les besoins de l’histoire, mais avec suffisamment de substance pour créer l’illusion d’un monde vivant, où de nombreux autres récits pourraient prendre place. On n’est pas dans un imaginaire de carton-pâte, on voit bien que pour l’auteur, nous faire visiter ces différents univers fait partie du plaisir. En même temps, on ne se sent jamais perdu, on ne s’égare pas dans des détails incompréhensibles. Ce sont donc cinq décors de fiction solides, riches et attachants.

L’autre manière de considérer ce recueil, c’est qu’à parcourir ces nouvelles, malgré le fait qu’elles prennent place dans des univers distincts, on est plus frappé par ce qui les relie que par ce qui les différencie. Fabrice Pittet a clairement un certain nombre de thèmes qui lui sont chers, et qu’il a envie d’explorer à travers ces cinq fables : l’amour, la différence, l’interdépendance, l’individu face à la société. Chaque récit s’empare d’un ou plusieurs de ces thèmes, ce qui confère une grande cohérence à l’ensemble. Même si on n’a pas tout à fait affaire à cinq variantes d’une même histoire, cinq exercices de style, le fait de se retrouver confronté de différentes manières aux mêmes thèmes vus sous des angles différents donne l’impression d’être en présence d’un projet artistique homogène, qui vaut plus que la simple somme de ses parties. C’est très réussi.

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Même si cette richesse m’a beaucoup plu, j’ai été moins séduit par la substance du texte. Chaque nouvelle s’apparente à un conte moral, et les leçons qu’elles contiennent ne m’ont pas toujours convaincu. Non pas qu’elles soient mal amenées, loin de là, mais elles explorent des territoires déjà bien connus: il est important d’être solidaire ; les enfants sont précieux ; il faut voir au-delà des différences, etc… J’ai parfois eu l’impression que l’auteur enfonçait des portes ouvertes, et j’aurais été davantage séduit si les messages avaient présenté davantage de nuances ou de surprises.

Deux mots encore du style. Fabrice Pittet est un gourmand des mots, et il est évident qu’il choisit son vocabulaire avec énormément de soin. Cela ravira sans doute une grande partie des lecteurs, qui seront séduits par le foisonnement et la méticulosité du verbe de l’auteur. En ce qui me concerne, toutefois, je dois avouer que j’aime quand les choses simples sont décrites simplement, et quand je lis « Un médecin affublé d’une indémodable blouse blanche se tenait sous le chambranle », ça ne me dérangerait pas de lire plutôt « Un médecin entra. » Par ailleurs, j’ai l’impression que ces récits très personnels auraient gagné à être formulés dans une narration à la troisième personne focalisée plus stricte, qui aurait contribué à nous mettre encore davantage dans la peau des personnages. Il s’agit purement de mes préférences personnelles, je l’admets.

Malgré ces quelques réserves formelles, « Mémoires d’Exoterres » est une belle réussite, et la porte d’entrée vers l’univers d’un auteur plein d’imagination et de talent.

Critique : Fable – Les deux princes

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Tartisco, le prince des hommes-chats, est envoyé par son père accomplir une quête afin de prouver sa bravoure. En chemin, il va croiser le chemin de Tasse-Dent, l’héritier du trône, et de ses compagnons de voyage, qui eux aussi poursuivent des objectifs tout à fait grandioses.

Titre : Fable – Les Deux Princes

Auteur : Lucien Vuille

Éditeur : Stellamaris

Nous ne méritons pas Lucien Vuille. Lorsque j’avais publié ici une critique du premier tome de sa série « Fable », je l’avais qualifiée de « plus réussi que nécessaire. » C’est encore le cas avec cette suite, en tous points égale en qualité au premier volume.

Je ne vais pas réécrire ce que j’ai déjà dit du premier volume, mais en deux mots, « Fable » offre au lecteur un livre humoristique de grande qualité doublé d’un livre de fantasy de grande qualité. Jamais l’un n’empiète sur l’autre, jamais un des aspects n’est mis entre parenthèses pour favoriser l’autre : les deux coexistent sur chaque page, dans un type d’équilibre impossible propre à faire rêver la plupart des écrivains. Pour le dire clairement : si les aventures qui nous sont racontées étaient médiocres, les personnages fades et le monde sans intérêt, « Les Deux Princes » serait malgré tout un livre très drôle, et mériterait d’être lu pour cela ; à l’inverse, si l’humour tombait à plat, on aurait malgré tout affaire à un roman de fantasy réussi, qui, là aussi, justifierait pleinement son existence. Que les deux aspects soient aussi accomplis l’un que l’autre tient du miracle.

Lucien Vuille ne se fixe aucune limite en matière d’humour. Au détour des pages, on a affaire à de la comédie de situation, de la comédie de caractère, du burlesque, du nonsense, de la parodie, des calembours, des anachronismes, et probablement encore une demi-douzaine d’autres formes de comédie. Les dialogues sont constamment savoureux. Quel que soit la sensibilité du lecteur, il y a fort à parier qu’il trouvera quelque chose susceptible de le faire rire. En ce qui me concerne, le roman a suscité chez moi un premier éclat de rire avant même de l’ouvrir, en découvrant le quatrième de couverture.

Le monde de « Fable » est régulièrement surprenant, riche de trouvailles qui semblent aller de soi lorsqu’on les rencontre au fil des pages, mais qui sont souvent puissamment originales, et détonnent dans un paysage de la fantasy où de nombreux auteurs se contentent souvent de raconter des histoires avec des Elfes et des malédictions. Là, oui, il y a des Elfes et des malédictions, mais il y a aussi des hommes-chats qui vénèrent la Grande Pelote, des goules qui s’interrogent sur leurs conditions de vie, des poussins explosifs, des guerriers-mineurs Nains. La quantité d’idées admirables est ici un peu plus faible que dans le premier volume, mais c’est parce que le livre est plus court et que l’intrigue est plus ramassée et se prête moins aux digressions.

D’ailleurs, la structure du livre est un tour de force, qui parvient à raconter une histoire distincte de celle du premier tome, et qui peut être appréciée pour elle-même, mais qui, par une série de tours de passe-passe narratifs, parvient malgré tout à intégrer pleinement celle-ci dans le déroulement plus large de la série. En d’autres termes : ce qu’on nous raconte n’est pas tout à fait ce qu’on croyait qu’on nous racontait, on ne s’en rend compte qu’à la fin, sans pour autant se sentir floués.

Dans un monde juste, la série « Fable » serait considérée comme un classique du genre. Faisons de notre mieux pour que cela soit le cas.

Interviewé par Lecrivaint.ch

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À ma grande honte, je réalise que j’ai oublié de vous en tenir au courant – il faut dire que tout cela s’est déroulé pendant la période des fêtes, peu propices aux activités extracurriculaires.

Mon ami François Curchod, auteur de talent et blogueur sur son site ecritvain.ch, m’a fait l’honneur de me consacrer une interview. L’idée était originale: chaque personne qui se prêtait à l’exercice choisissait des chiffres qui débouchaient sur des questions sélectionnées au hasard. François en a tiré un texte qui est très agréablement mis en page, à la manière d’un journal.

Vous pouvez lire le résultat ici.

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Au passage, prenez le temps de vous attarder sur son blog et de le découvrir, en particulier à travers ses nouvelles, qu’il publie en ligne sous la forme de feuilletons. Encore merci, François !

On fait le bilan – 2019

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Au tournant de l’année, c’est l’heure de prendre de bonnes résolutions qui ne seront pas tenues, et c’est aussi le moment où un blogueur-auteur laisse vagabonder son regard vers les douze derniers mois, afin d’en tirer quelques enseignements.

Du point de vue littéraire, il faut bien admettre que 2019 aura été une petite cuvée en ce qui me concerne. En 2018, ici même, nous fêtions la sortie de mon livre « La Mer des Secrets » aux Éditions Le Héron d’Argent, qui clôt, probablement, mes aventures au sein du monde de l’édition officielle. En 2019, rien de semblable : je n’ai ni sorti, ni achevé le moindre texte. Le roman dont j’annonçais il y a une année encore la conclusion imminente s’est avéré plus ardu que prévu à boucler. J’ai bon espoir qu’il voie le jour sous une forme ou sous une autre au cours de cette année, malgré tout. Dès que j’y vois plus clair, je vous tiendrai informés (ne serait-ce que pour partir à la chasse aux bêta-lecteurs).

Mais surtout, les réalités de la vie quotidienne auront davantage qu’autrefois freiné mes ambitions d’écriture. Être le papa de trois petits garçons est une joie de tous les instants, mais cela laisse relativement peu de temps pour des préoccupations secondaires, et puis en parallèle ma charge de travail s’est alourdie, me laissant au final assez peu de marge pour me consacrer à mes écrits ainsi qu’à ce blog. Vous remarquerez d’ailleurs que je ne poste plus beaucoup de critiques de livres : c’est parce que je ne prends plus le temps de lire. Et puis je me montre moins présent ici, à répondre à vos commentaires ou à intervenir sur vos publications, et je vous prie de m’en excuser. Il faut faire des choix, voilà tout.

Lors de cette année, j’aurai malgré tout pris le temps d’ouvrir les colonnes de ce blog à quelques uns de mes collègues autrices et auteurs du Gahelig, le groupement suisse des écrivains de littérature de genre, qui a connu une année mouvementée. J’ai également poursuivi ma série d’articles « Éléments de décor », dont la raison d’être est d’alimenter l’inspiration des auteurs en matière de worldbuilding. Elle a été émaillée de plusieurs enchaînements d’articles qui ont été appréciés, notamment sur la jeunesse et sur la guerre.

J’ai également fêté mon centième billet de blog, un jalon symbolique qui n’a pas beaucoup de valeur en soi, mais qui me donne malgré tout l’impression d’avoir accompli quelque chose. En ce qui concerne les nouvelles internes à ce blog, j’ai créé un article qui rassemble tous les billets parus à ce jour et qui permet de s’y retrouver. Je suis également passé à un statut payant qui libère Le Fictiologue de la publicité, et offre ainsi davantage de confort aux lecteurs.

2019 a également été l’occasion de publier une série d’articles qui ont suscité une certaine controverse (traduisez : trois ou quatre types sur Twitter n’étaient pas d’accord avec moi). Regroupés sous l’appellation « Les bases », il s’agissait de billets moins informatifs que d’habitude, offrant à la place ma vision du rôle de l’écrivain, doucement opposée à celle qui juge que celui-ci n’a pas de rôle, pas de contraintes, pas de techniques à connaître. Ainsi, j’ai suggéré effrontément à mes pairs en écriture d’apprendre qui ils sont, d’apprendre à lire, à écrire, à accepter la critique et à travailler. Je ne suis pas meilleur que les autres et j’estime qu’il est toujours possible de s’améliorer. Enfin, persistant à me mêler de ce qui ne me regarde pas, j’ai proposé un pacte de qualité pour l’autoédition qui aura, et tant mieux, engendré un débat fructueux.

Enfin, en parlant d’autoédition, j’ai posté sur mon blog une nouvelle « C’était la vallée de l’ombre qui dévore », en plusieurs parties. Dans ce qui a été une expérience féconde, à travers les critiques de Stéphane Arnier, nous avons pu collectivement apprendre de ce qui ne fonctionnait pas dans le texte.

En 2019, vous avez été plus de 33’000 à accéder à mon blog, pour quelques instants ou pour de longues heures. Un grand merci de m’avoir fait cet honneur. Comme toujours, je reste ouvert à vos retours, questions, commentaires et suggestions. Une belle et fructueuse année à toutes et à tous.

L’interview: Charlene Kobel

Romantique dans l’âme, Charlene Kobel a également contracté le virus de l’écriture très tôt. Et depuis 2015, année de la sortie de son premier roman, elle enchaîne les succès, s’illustrant principalement dans le genre de la romance. Elle est membre, comme moi, du GAHeLiG, le groupe des Auteurs helvétiques de littérature de genre.

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Pourquoi écris-tu ? Qu’est-ce qui est venu en premier, ton esprit romantique ou ton envie d’écrire ?

J’écris parce que j’aime ça et parce que c’est avant tout une passion ! J’ai toujours été romantique et j’ai toujours écris. Je ne saurais dire lequel est arrivé en premier…

Pour qu’une romance soit réussie, il faut qu’elle touche la personne qui la lit. Comment t’y prends-tu ?

En fait, j’écris ce que j’aimerais lire. J’aime les romances douces, celles qui peuvent être réelle où les sentiments sont omniprésents. J’ai besoin de voyager quand je lis. Le monde actuel est tellement ignoble par bien des aspects que les livres (et ma famille) me permettent de croire encore à l’Amour.

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Comment qualifierais-tu ton style ?

C’est un style très doux. Mon slogan Purement Romance reflète cette romance très pure, très douce. Je mets également beaucoup d’humour dans mes écrits. C’est important pour moi que mes personnages aient de l’humour !

Qu’est-ce qui est le plus important pour toi ? Bâtir une intrigue bien ficelée, trouver le mot juste ou inventer des personnages attachants ?

Tout ça à la fois ! Une romance aussi doit avoir une intrigue ficelée. Le mot juste, il l’est pour une personne, mais le même ne le sera pas pour une autre. C’est assez difficile à dire… Des personnages attachants… Si un roman est bien ficelé mais qu’on ne s’attache pas aux personnages, je ne pense pas que ce soit un roman réussi 🙂

« Un bon roman, ça vient d’une histoire qui tombe au moment approprié dans votre vie » a dit Guillaume Musso. Quelle part de toi y a-t-il dans tes écrits ? Dans tes personnages ?

Oh, il y a énormément de moi dans mes écrits et mes personnages. Prenez Camille du roman Camille, miss cata (malgré moi) ; elle me ressemble à son âge. J’étais insouciante comme elle, j’avais appris à me méfier des garçons et, à côté de ça, j’étais maladroite, je cumulais les bourdes et ça me faisait rire. Encore aujourd’hui, je suis miss cata !

Est-ce que le fait de devenir maman change ton approche de l’écriture ?

Oui. J’ai envie de mettre des bébés dans chaque roman tant ma fille m’inspire et me fait rire. ^^

La romance est un genre souvent codifié. Est-ce qu’il t’arrive d’avoir envie de t’éloigner des règles du genre ? Est-ce que tu pourrais conclure un livre par une fin triste ?

Non, je ne peux pas concevoir qu’une de mes romances finissent mal… Je serais obligé de faire un second tome ! xD

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Tu as également écrit des récits consacrés au harcèlement. Est-ce que tu as d’autres envies d’écriture, dans d’autres genres ?

J’ai un projet que je garde encore pour moi, mais ce sera une histoire inspirée de faits réels entre deux amies avec un point en commun qui pourrait les briser, mais au lieu de ça, elles vont s’unir encore plus qu’elles ne l’auraient imaginé…

En parlant de tes écrits, tu parles de sincérité, de pureté. Ta part de noirceur a-t-elle une place dans ton œuvre ?

Je n’ai pas de part de noirceur, voyons… 😉 Si je me suis énervée contre quelqu’un, il est possible que je crée un personnage inspiré de cette personne et que ça se passe mal pour lui… 😉

Certains considèrent que beaucoup de romances ont, dans le passé, véhiculé des clichés patriarcaux, voire sexistes. Est-ce que c’est une préoccupation lorsque tu écris ?

J’écris pour moi, pour mon plaisir. Je dois dire que je ne me prends vraiment pas la tête avec ça. Si ça plaît j’en suis ravie, si ça ne plaît pas, c’est aussi la règle du jeu 🙂

Y a-t-il des thèmes, des éléments que tu t’interdis de traiter ?

Pas vraiment. Si ! Vous ne verrez jamais un de mes personnages jouer à invoquer les esprits avec ses amis, par exemple. Ça c’est un truc que je m’interdis.

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Tu fais partie du GAHeLiG, le Groupe des Auteurs Helvétiques de Littérature de Genre. Y-a-t-il selon toi quelque chose de typiquement suisse dans ton approche de l’écriture ?

Oui ! J’aime écrire nonante au lieu de quatre-vingt-dix. Mettre des expressions de chez moi (Quand mes personnages sont Suisses). Et je vante très souvent notre pays, je l’admets. J’aime tellement les paysages qu’on y trouve et je m’y sens tellement bien…

Un conseil, une suggestion à ceux qui te lisent et qui ont envie d’écrire ?

Ne laissez jamais personne vous dire que c’est impossible ! Foncez, et vous verrez par vous-même si vous êtes fait pour cela !

 

L’interview – Déborah Perez

Tombée amoureuse des rives du Léman, Déborah Perez a quitté sa France natale pour venir y vivre, et y cultiver une carrière de romancière. Son premier roman, « L’étoile de Lowilo », amorce une saga de fantasy. Elle est membre, comme moi, du GAHeLiG, le groupe des Auteurs helvétiques de littérature de genre.

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Tu ne viens pas d’un milieu littéraire. Qu’est-ce qui fait que tu t’es mise à écrire ?

Effectivement, je ne n’ai pas étudié la littérature et j’en suis heureuse. Dans le cas contraire, je me demande si cela n’aurait pas bridé ma créativité ou mon simple plaisir de lectrice. Avant de me lancer dans l’écriture, je jouais souvent à un jeu pour titiller l’imagination de mes amis. Lorsqu’on se promenait quelque part et que quelque chose retenait mon attention. Je leur demandais : « Imaginez que… » ou « Que feriez-vous si… ? Que se passerait-il si… ? » J’adorais imaginer des situations souvent irréelles.

Le plus vieux texte concerne l’histoire d’une héroïne, archéologue de profession qui doit débusquer un trésor au péril de sa vie. Je devais avoir onze ou douze ans et j’étais certainement influencée par les aventures d’Indiana Jones. Je me rappelle toujours ce sentiment qui s’est alors ancré en moi tandis que j’écrivais sur un cahier à gros carreaux : c’est génial de faire ses propres histoires. Hormis cette anecdote et quelques scénarios pour des films plus qu’amateurs entre amis, l’écriture est venue à moi assez tardivement. Étudiante, je me suis amusée à écrire des textes sur un forum de jeu de rôles. Ils furent bien accueillis. Je prenais beaucoup de plaisir à créer des personnages. Puis des années plus tard, après une expérience professionnelle pour le moins ennuyeuse, j’ai senti l’envie de créer. Et toutes les nouvelles opportunités professionnelles qui s’offraient à moi me rappelaient à quels points certaines personnes étaient éloignées de ma façon de penser. Alors j’en ai eu assez, j’ai refusé de nouveaux contrats de travail en pensant : maintenant, je vais faire une chose qui me plaît et à laquelle je pense depuis trop longtemps. Je vais m’octroyer ce temps au lieu de tourner en rond dans des obligations peu épanouissantes.

C’est ainsi que L’étoile de Lowilo est née.

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Qu’est-ce qui t’attire dans la fantasy en particulier ?

En tant que lectrice, je peux explorer un monde différent où l’irréel est normal, je peux vivre de fabuleuses aventures.

En tant qu’auteure, j’aime écrire dans ce genre, car c’est un vivier formidable de possibilité. Tout est à disposition pour l’imagination, elle peut s’exprimer librement sans carcan. Je dicte les règles de ce qui est possible ou non. Je peux visualiser un univers et le former patiemment à la manière d’un architecte, je peux lui donner une histoire, de la matière. Dans ce genre, nous avons la possibilité d’y intégrer de la beauté, des notes de poésie ou de la cruauté, tout est une question de dosage par rapport au message et aux images que l’on souhaite transmettre. Je me sens totalement libre dans la création.

Est-ce que l’imaginaire, c’est important pour toi ?

L’imaginaire est très important pour moi, mais aussi pour l’humanité en général. Si l’homme n’imagine pas, il n’évolue pas. L’imagination est une force créatrice incroyable, sans elle, il n’y aurait pas de progrès. Pour recentrer la question sur ma seule personne, l’imaginaire me permet de vivre épanouie. Grâce à lui, j’ai des projets et des buts. À mon échelle, il me permet de progresser dans ma vie d’auteure et de tous les jours.

Qu’est-ce qui distingue l’Etoile de Lowilo d’autres œuvres de fantasy ?

C’est une question difficile, j’aime la fantasy, mais je ne prétends pas être une spécialiste du genre. Je dirai humblement que j’ai créé un univers qui lui est propre sans vouloir trouver une source d’inspiration. Je n’ai pas voulu utiliser les créatures déjà vues et revues bien qu’un dragon soit présent dans cette histoire.

De plus, je n’ai pas souhaité nourrir les stéréotypes qui poursuivent le genre dans l’esprit de certains. C’est peut-être sur ce point que réside sa force. En effet, j’ai des lecteurs qui ne connaissaient pas le genre ou qui ne l’aimaient pas. Maintenant, ils attendent avec impatience la suite des aventures de Lord Owen. Une femme de quatre-vingts ans est revenue vers moi pour me dire : « c’est le roman le plus étrange que je n’ai jamais lu, mais qu’est-ce que c’était bien ! À cause de vous, j’ai fait une nuit blanche et j’ai manqué un repas ! » J’ai appris par la suite qu’elle empruntait désormais des romans fantasy à ses petits-enfants…

Est-ce que tu pourrais envisager d’écrire dans un autre genre ? Ou dans un registre réaliste ?

Bien sûr, je peux envisager d’écrire dans un autre genre, la science-fiction m’attire de plus en plus. Et je me suis déjà demandé si je serais capable d’écrire dans un genre réaliste. Comme j’aime les défis, je n’exclus peut-être pas de m’y essayer un jour. Si c’était le cas, ce serait un sujet sérieux. Ce que j’aime surtout, c’est le pouvoir des mots. Il suffit de les assembler pour créer une histoire et transmettre un message. Tout dépendra de ce que j’ai envie de transmettre à ce moment-là et dans quel genre je souhaite le faire. Finalement, le genre n’est qu’un outil de plus à l’expression de ses idées.

Qu’est-ce que tu dévoiles de toi à travers tes personnages ?

Je n’ai pas l’impression de dévoiler une part de moi. Certains diront le contraire, ils reconnaissent quelques traits de mon caractère dans des personnages. C’est surtout un moyen pour eux de saisir que la création est possible parce que je suis un peu dans le livre. Ce n’est pas le cas, et pourtant quand j’ai terminé un livre, je ressens l’étrange sentiment d’offrir une partie de moi au public.

Tu n’as pas dit tout de suite à tes proches que tu écrivais. Pourquoi le cacher ?

Parfois, c’est mieux de garder ses projets pour soi-même. De cette façon, on ne disperse pas son énergie et surtout on ne reçoit pas les avis des uns et des autres qui peuvent nous influencer. Je ne veux pas présumer de ce qu’ils auraient pensé dans le cas contraire, peut-être qu’ils m’auraient encouragé ou peut-être pas. Quoi qu’il en soit, j’étais tranquille pour me lancer vers la concrétisation de ce projet, c’était le plus important.

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Un de tes personnages principaux, Owen, est un homme. Est-ce que c’est délicat de donner vie à un personnage masculin ?

Ce n’est pas spécialement difficile, car en tant qu’auteure, on doit pouvoir se projeter dans notre n’importe quel corps ou situation pour en retirer de la matière.  Ce qui est plus difficile, c’est de ne pas tomber dans ses propres travers. Par exemple, j’adore inventer des personnages féminins pour leur donner une place importante. Dans ce genre de littérature, les femmes n’ont pas tout le temps de rôle prépondérant. À l’inverse, j’avais envie d’un homme qui ne soit pas ce que l’on attend de lui.

J’ai travaillé le personnage d’Owen en lui donnant peu substance au début de son aventure. Je voulais que le lecteur ressente les sentiments de son peuple à avoir un tel héritier. Je voulais que lecteur vive le désintérêt qu’Owen puisse provoquer par sa façon d’être. Bien évidemment, le Lo’El ne l’a pas choisi par hasard pour devenir le futur roi de Terre d’Or.

L’exercice le plus difficile, pour moi, fut d’en faire quelqu’un de peu intéressant qui gagne en force au fil de l’aventure et se révèle. Alors que mes personnages féminins sont déjà bien plantés et l’on comprend leur psychologie à cause de leur passé. Avec Owen, le défi était de le construire au fil des pages.

Est-ce qu’il y a un lien entre ton amour de l’écriture et ton amour de la nature ?

J’ai un besoin fort de nature. Elle me permet de me ressourcer et de trouver des idées. Quand on a la tête libérée, c’est souvent ainsi que l’inspiration arrive.

Et ton amour des objets ? Est-ce qu’il guide l’écriture de tes descriptions ?

Pour moi, les objets d’art et les antiquités sont des ponts temporels. En les manipulant, je reproduis les mêmes gestes qu’un individu a effectués dans le passé. Je les regarde et j’aime penser à la place qu’ils occupaient jadis, aux sentiments qu’ils provoquaient, à celui qui les a fabriqués. Grâce à eux, je m’intègre dans une histoire. Quand j’écris, je veux intégrer le lecteur dans mon univers avec les décors qui y sont associés. C’est comme si, lui et moi étions au même endroit à regarder une scène qui se déroule devant nous. Alors il y a certainement un lien.

Un conseil, une suggestion à ceux qui te lisent et qui ont envie d’écrire ?

Pour ceux qui débutent l’aventure de L’étoile de Lowilo, je leur suggère de se laisser guider et de savoir oublier le rythme d’une vie trop pressée. Parfois, le temps est nécessaire pour la mise en place. Une fois les racines de l’histoire bien plantées, alors les tempêtes peuvent souffler pour bousculer tout ce monde.

Pour ceux qui ont envie d’écrire, je leur dirai de se lancer dans l’aventure en toute confiance. Je leur dirai aussi de savoir être humbles et d’accepter de recevoir les critiques si on le demande. Un texte n’est jamais parfait. Il doit toujours être retravaillé et le regard d’autrui peut être très utile ; encore faut-il choisir la ou les bonnes personnes qui n’auront pas peur de dire des choses pas forcément agréables. Ensuite quand le livre trouve un éditeur, alors un travail tout aussi important commence. Selon moi, le maître mot quand on se lance dans l’écriture est celui de la persévérance.

Est-ce que tu as une routine d’écriture, des habitudes, des techniques ?

Je dois me sentir comme dans une sorte d’état second. Mon esprit doit être totalement imprégné par mon univers et mes doigts ne sont que les secrétaires de ce que je vois ailleurs. J’ai tenté de me forcer à écrire, d’être régulière, le résultat fut très mauvais.

Je commence toujours par relire ce que j’ai écrit précédemment et j’apporte déjà des corrections. Quand le moment vient de prendre la suite, j’attends deux à trois minutes en respirant calmement dans le silence. Quand je sens la petite chose se passer, comme une petite porte que mon esprit franchit, alors je continue l’écriture. Si ça ne se passe pas, je me contente de corriger et de retravailler les textes précédents.

« La vérité a plusieurs visages » a dit Marion Zimmer Bradley. Quelle place laisses-tu au doute dans l’écriture ?

Je doute toujours. Je me remets sans cesse en question. Je suis une perfectionniste qui n’aime pas les détails et qui pourtant en est prisonnière.

À l’inverse, trop de confiance aveugle, et l’orgueil devient vite son allié. Là réside le piège pour la qualité d’un texte. Il faut trouver le juste milieu afin de ne pas perdre les rênes de sa création. Et ce jugement est relatif à chacun, à sa propre vérité.

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Tu fais partie du GAHeLiG, le Groupe des Auteurs Helvétiques de Littérature de Genre. Même si tu n’es pas née en Suisse, y-a-t-il selon toi quelque chose de typiquement suisse dans ton approche de l’écriture ?

J’ai besoin de chocolat et au lait, de préférence !

L’Étoile de Lowilo aura bientôt une suite. Combien de tomes au total prévois-tu ?

Je prévois trois tomes, le second sera disponible en 2020.

Est-ce que tu as d’autres idées, d’autres envies d’écriture ?

Ma tête foisonne d’idées. J’ai envie de relever le défi d’un livre sans suite ce qui n’est pas forcément aisé pour mon imagination galopante !