Mon roman est en précommande

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Mon livre « La Mer des Secrets », le deuxième et dernier volume de mon roman « Merveilles du Monde Hurlant, est désormais disponible en précommande sur le site de l’éditeur, Les Éditions le Héron d’Argent.

Vous pouvez le commander et trouver toutes les informations ici.

C’est pour moi une très grande joie de partager cette annonce avec vous, et je me réjouis que les lectrices et les lecteurs aient ce livre entre leurs mains, et qu’ils puissent partager leurs réactions.

Le public-cible

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Pour qui est-ce que j’écris ?

La question est fondamentale, dans la mesure où, comme j’ai eu l’occasion de l’affirmer ici, il ne saurait y avoir d’auteur sans lecteur. Une œuvre littéraire, quelle que soit sa nature, est faite pour être lue, et l’existence d’un public réel ou supposé fait partie de sa définition dès le point de départ. Certains, dès lors, franchissent le pas suivant, et font l’effort de se l’imaginer, ce lecteur, d’en esquisser le profil, voire même de l’intégrer dans ses pensées en cours d’écriture, afin de répondre à cette question redoutable : « À qui est-ce que mon roman s’adresse ? »

À cette question, une bonne partie des auteurs répondront « À tout le monde » ou « Je ne m’en soucie pas. » Lorsqu’on fait le choix d’écrire, c’est qu’il y a des choses en nous qui réclament d’être couchées sur le papier, et l’idée qu’elles puissent avoir un destinataire peut nous sembler étrange, voire déplacée. Pourquoi diable vouloir décider à la place du lecteur si le texte va lui convenir ? Pourquoi limiter ainsi son public avant même que le roman l’atteigne ?

Parce que c’est nécessaire, voilà pourquoi.

J’en discutais récemment lors d’un échange de courriels avec Stéphane Arnier : lorsque, il y a quelques années, je me suis mis en tête de rédiger un roman de fantasy intitulé « Mangesonge » qui est devenu depuis « La Ville des Mystères » et « La Mer des Secrets », je l’ai fait pour moi, uniquement dans le but de me divertir et d’écrire quelque chose dont je serais fier. Je souhaitais créer un roman foisonnant, baroque, avec des éléments qu’on rencontre rarement dans la fantasy, le tout centré sur une héroïne adolescente, dont on aurait assisté au passage à l’âge adulte. Dans mon esprit, les thèmes abordés dans le manuscrit étaient universels et le résultat était susceptible d’intéresser un large public.

La plupart des lecteurs souhaitent lire des livres qui mettent en scènes des personnages qui leur ressemblent

C’était naïf de ma part. Lorsqu’un éditeur a accepté de publier mon manuscrit, et dans les mois qui ont suivi la sortie du premier tome, j’ai progressivement réalisé que la plupart des lecteurs souhaitent lire des livres qui mettent en scène des personnages qui leur ressemblent, et, peut-être davantage encore, qu’ils ne souhaitent pas lire des romans dont les personnages ne leurs ressemblent pas.

Ainsi, les jeunes lisent des livres dont les héros sont jeunes, les quadragénaires des livres dont les protagonistes sont des quadragénaires et les femmes lisent des livres qui racontent des histoires de femmes. On peut trouver ça désolant d’un point de vue philosophique, mais c’est un fait. En salon, je constate qu’une moitié de mes lecteurs correspondent à ce profil: comme la protagoniste de mon roman, ce sont des jeunes femmes entre 13 et 20 ans.

Qu’on le veuille ou non, il existe donc un mécanisme d’identification entre les personnages principaux du roman et le lectorat, qui génère des attentes sur la nature du roman en elle-même, une sorte de public-cible immanent. Même si vous n’avez jamais songé à avoir en tête un type de lecteurs spécifique, la cible va se localiser d’elle-même, en fonction de certains éléments que vous incluez dans votre roman. Il est possible de lutter contre cette tendance, de se situer délibérément en porte-à-faux avec elle, mais cela va réclamer un effort de la part de l’auteur, de l’éditeur et du lecteur pour tordre le cou aux idées reçues.

La cible existe de toute manière, qu’on le veuille ou non

La nature du protagoniste n’est d’ailleurs pas le seul élément qui dessine dans les têtes un public-cible. Certains genres, qu’on le veuille ou non, ont davantage de résonance auprès de la jeunesse que les autres : le roman d’aventure, le fantastique, les enquêtes, certaines formes de romance peuvent être classés dans cette catégorie, partant du parti-pris qu’un adulte qui a suffisamment de bagage émotionnel ne sera pas rassasié par ce type de lecture, riches en sensations fortes et en mélodrame.

Tenter de convaincre un quadragénaire de lire un roman parlant d’une adolescente qui fait un voyage dans un pays magique, c’est comme tenter de convaincre une fillette de s’intéresser à un bouquin consacré à un ingénieur dépressif qui se remet difficilement de son divorce : quelle que soit la qualité du texte, ils risquent de ne pas se sentir concernés. Le livre va leur filer des mains, parce que les enjeux ne les toucheront pas.

On le réalise : la cible existe de toute manière, qu’on le veuille ou non. Elle peut même être multiple, incluant plusieurs grilles d’interprétation parfois contradictoires. Ainsi, on peut partir de l’auteur, à supposer qu’il ait livré une réflexion sur la question : quel genre de livre souhaite-t-il écrire, et à quel public destine-t-il celui-ci ?

À cela s’ajoute un certain nombre d’intermédiaires : éditeurs, libraires, correcteurs. A quel genre de livre pensent-ils avoir affaire et vers quel genre de lecteur vont-ils le diriger ? Leur intervention va générer une cible, qui peut être très différentes de celle que l’écrivain avait en tête. Lorsqu’il arrive dans cette phase, le texte devient un produit qu’il faut vendre, et se doit également de correspondre aux critères du marketing. Il faut que les éditeurs sachent dans quelle collection le sortir et que les libraires sachent dans quel rayon le ranger. C’est ainsi que, dans le cas de mon roman, ce que je concevais comme un roman de fantasy foisonnant tous-publics s’est transformé en un roman steampunk pour adolescentes, sans que le texte soit particulièrement modifié.

Choisir de s’adresser à tout le monde, c’est choisir de ne s’adresser à personne

Il ne s’agit pas, c’est important de le souligner, d’une mauvaise chose. Décider de s’adresser à un public en particulier, c’est souvent donner à un roman la chance d’exister. Et ça, c’est la raison d’être des maisons d’édition. Oui, vous avez peut-être l’impression d’avoir conçu un roman poignant consacré à la condition humaine, que chaque lecteur serait bien inspiré de lire, mais si votre éditeur décrète qu’en réalité, il s’agit d’un roman feelgood destiné aux femmes trentenaires, c’est sans doute un peu cruel à vivre, mais il n’a probablement pas tort. Choisir de s’adresser à tout le monde, c’est choisir de ne s’adresser à personne : c’est un luxe qu’un auteur peut s’offrir, mais certainement pas une maison d’édition, qui prend un risque sur chaque sortie.

Il faut encore mentionner un troisième filtre, un dernier étage qui va avoir son idée sur la question du public-cible : il s’agit de celui des destinataires. Les lecteurs, mais aussi les critiques et les journalistes. Pensent-ils être la cible du livre ? Se sentent-ils interpellés ? Laissés de côté ? À qui s’imaginent-ils qu’il est destiné ?

Pourquoi L’Attrape-cœur et Harry Potter sont devenus des romans lus par un public large et diversifié, alors qu’ils auraient pu être considérés comme des romans jeunesse ? Parce qu’ils ont su toucher des lecteurs aux profils différents. Ce sont les lecteurs, au final, qui décident dans quelle catégorie on finit par classer un roman (raison pour laquelle tant de bouquins finissent à la poubelle).

C’est important de comprendre que c’est en partie au public lui-même de choisir s’il se sent appartenir ou non à la cible d’un roman, parce que des malentendus sont inévitables. Prenons la science-fiction par exemple. En tant que genre, elle inclut des romans dans lesquels des concepts de science-fiction sont au cœur même de l’intrigue, mais aussi des romans d’action, d’aventure ou de romance dans lesquels la science-fiction ne constitue qu’un décor, aussi présent soit-il. Il existe un public qui correspond à chacune de ces situations, mais ces deux catégories de lecteurs se mélangent peu, et si vous vous contentez de vendre votre bouquin comme une œuvre de SF, vous risquez de leurrer une partie de votre lectorat – même sans le faire exprès – et donc de manquer en partie votre cible.

Qu’est-ce qu’un public adulte et que veut-il?

Autre exemple : les livres conseillés à un public adulte. Voilà sans doute la deuxième catégorie la moins utile qu’on puisse imaginer (la catégorie numéro un étant occupée par les livres destinés aux gens qui aiment la lecture). Car au fond, qu’est-ce qu’un public adulte et que veut-il ? Bien souvent, sous ce label sont vendues des histoires qui contiennent des passages explicites de sexualité ou de violence, interdits aux moins de 18 ans. Pourtant, à trop forcer le trait, ces romans-là risquent de ne séduire que des adolescents en quête de titillation, et donc de ne jamais atteindre un public adulte.

Dans d’autres cas, un roman pour adultes sera un roman dont les personnages sont des adultes et qui touche à des thèmes liés à l’âge adulte (la famille, l’échec, le vieillissement, le regret, le deuil). Là, oui, en les destinant à un public adulte, vous allez atteindre en partie votre cible… mais rater tous les lecteurs qui lisent principalement pour s’évader, ou qui préfèrent les essais aux romans.

On le comprend bien : le public-cible ne peut donc pas facilement se résumer à une catégorie démographique. C’est bien trop vague. Un public-cible, c’est la famille de lecteurs spécifique que vous souhaitez atteindre. Pour y parvenir, mieux vaut être précis et clair, en décrivant votre œuvre, qu’il s’agisse d’un projet ou d’un roman terminé, sous la forme d’un pitch, incluant, en fonction des besoins, des indications de genre ou de catégories de population ou des analogies avec d’autres œuvres connues.

Ainsi, plutôt que de simplement destiner votre livre aux adolescents, dites qu’il s’agit « d’un croisement entre Peter Pan et Hunger Games. » Plutôt que de décrire votre œuvre comme « une exploration de l’identité des individus dans un milieu urbain du 21e siècle », dites qu’il s’agit d’un « thriller LGBT+ » Et puis votre bouquin sur un couple qui se déchire sur les lunes de Jupiter, renoncez à le présenter comme « une œuvre de science-fiction sur les relations entre les êtres » alors qu’il s’agit plutôt d’une « romance dans les étoiles. »

Trouver la cible juste, c’est une question de marketing, oui, mais ne voyons pas cela comme un gros mot : dans le cas d’espèce, le marketing sert les intérêts de l’auteur, de l’éditeur et du lecteur. Idéalement, il doit leur permettre d’accorder leurs violons et de parvenir à parler tous de la même chose lorsqu’ils évoquent un livre. Tout cela commence avec l’écrivain, qui doit avoir le recul et la lucidité nécessaire pour comprendre le type de livre qu’il a écrit et le genre d’individus que celui-ci est susceptible d’intéresser.

⏩ La semaine prochaine: Les huit types de lecteurs

Interviewé sur la page des Auteurs helvétiques

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À chacun son tour d’y passer: j’ai été interviewé par Marylin Stellini sur la page des Auteurs helvétiques de littérature de genre. L’occasion d’évoquer ma trajectoire, mon approche et mes projets. Merci Marylin!

L’entretien a disparu du web, aussi je le reproduis dans son intégralité ci-dessous :

Quand a commencé la rédaction de ton premier roman, et étaient-ce tes premiers pas dans l’écriture ?

Pour toutes celles et ceux qui écrivent, je crois que c’est pareil : l’écriture est un passager clandestin, on ne sait pas trop quand elle a grimpé à bord. En ce qui me concerne, ça remonte à si loin que je ne me souviens plus d’un temps où je n’écrivais pas. Quand j’étais petit, j’ai entamé des ébauches de romans, puis j’ai énormément écrit pour les jeux de rôles, j’ai beaucoup fait de comic strip, rédigé en vitesse un petit roman policier quand j’étais à l’Université, ensuite j’ai écrit quelques nouvelles et une demi-douzaine de pièces de théâtre.

En 2012, j’étais en train de sortir d’un ambitieux projet théâtral auquel j’avais consacré beaucoup de temps et d’énergie, et je redoutais le grand blues qui survient quand s’achève ce genre d’aventure. Pour m’occuper l’esprit, je me suis donc dit : « Et si j’écrivais une trilogie de fantasy, trois gros bouquins avec plein de personnages et de machins qui partent dans tous les sens ? »

C’est donc ce que j’ai fait. Pour écrire le premier tome, « Mangesonge », il m’a fallu un an, puis un autre pour la relecture, et comme, au final, j’avais un bouquin entre les mains, je me suis dit qu’il était naturel d’aller jusqu’au bout de la démarche et de le proposer à des éditeurs.

Tu as été publié par une maison d’édition qui touche un peu à tous les genres : le Héron d’Argent. Comment a démarré votre collaboration ?

Alors là j’ai pratiqué à l’ancienne : j’ai imprimé mon énorme bouquin en dix exemplaires, je l’ai envoyé à dix maisons d’éditions que je jugeais susceptibles d’être intéressées. Deux d’entre elles m’ont répondu positivement, j’ai choisi celle qui me paraissait la plus enthousiaste, et nous nous sommes lancés dans une collaboration qui se prolonge encore aujourd’hui, puisque seule la moitié du roman que je leur ai proposé est parue à ce jour.

En fait, je crois que je suis tombé au bon moment : les Editions le Héron d’Argent démarraient, elles étaient en train d’étoffer leur catalogue et de diversifier les genres qu’elles proposaient. Mon roman leur a plu, et aussi, d’une certaine manière, elles y ont vu une manière d’occuper un créneau dont elles étaient absentes auparavant.

Peux-tu nous faire part de ton expérience du travail éditorial (corrections de fond, de forme, choix de la couverture, etc.) ?

Ça, c’est une toute autre aventure. « Mangesonge » faisait plus de 320’000 mots, donc c’est plutôt un gros roman. Comme je suis prévoyant, j’avais mis un point de rupture au milieu, permettant le cas échéant à un éditeur de couper à cet endroit et de le sortir en deux livres. C’est ce que nous avons choisi de faire avec mon éditrice Vanessa Callico.

C’est surtout la correction formelle qui m’a donné du fil à retordre : pour des raisons de frais d’envoi par la Poste, le premier tome ne devait pas dépasser une certaine longueur – environ 100’000 mots, dans mon souvenir. Cela signifiait que je devais raboter un gros tiers de mon texte, tout en préservant autant que possible la structure de l’histoire, le style et l’intégrité des personnages. Ça a été un casse-tête et parfois un crève-cœur, mais dans l’ensemble, grâce à l’appui de Vanessa, je crois que nous ne nous en sommes pas mal sortis.

Un point de désaccord a été le titre du livre. Ma trilogie s’appelait « Merveilles du Monde Hurlant » et le premier tome, c’était donc « Mangesonge. » Quand nous avons coupé « Mangesonge » en deux, les Editions le Héron d’Argent ont voulu le rebaptiser « Merveilles du Monde Hurlant » et le premier volume s’est appelé « La Ville des Mystères. »

Quant à la couverture, je ne souhaitais absolument pas intervenir, et le Héron a trouvé une illustratrice exceptionnelle, Elodie Dumoulin, à qui je dois une bonne partie du succès du roman. Le travail d’édition soigné en fait un beau livre que les gens ont envie de feuilleter.

Il y a aussi un aspect marketing qui m’a désarçonné au début mais qui, je crois, fait partie du monde du livre : moi, je voulais écrire une saga de fantasy très baroque, métissée et batarde, à la new weird. Au final, c’est vendu comme du steampunk, ce qui est de bonne guerre. Après tout, oui, il y a des dirigeables et des machines à vapeur, et c’est sans doute plus simple de dire « steampunk » que de dire « Vous avez lu Perdido Street Station ? »

Parle-nous de Tim Keller, ton héroïne.

C’est une fonceuse. Je voulais une protagoniste qui n’a pas toujours raison, qui commet beaucoup d’erreurs de jugement, qui se trompe sur les gens, qui agit avant de réfléchir. Certains lecteurs, ils me l’ont dit, ont eu du mal avec elle à cause de ça, parce qu’elle manque de discernement et qu’on n’est pas toujours d’accord avec elle. Mais j’assume, elle est telle que je la souhaitais.

À part ça, Tim est une petite nana de seize ans, un peu anar, du genre qui n’aime pas trop faire la princesse et qui est en décalage avec les gens de son âge et avec sa mère. Elle fait du VTT, elle suit l’école de cirque et elle écrit des petits poèmes. J’avais envie qu’elle soit comme ça parce que j’ai toujours bien aimé les gens qui détonnent et que ça me semblait intéressant de faire découvrir l’univers bigarré du Monde Hurlant à travers les yeux d’une fille dans ce genre.

Qu’est-ce qui a motivé le choix d’un personnage principal féminin ?

La principale raison, c’est que je considère que l’adolescence est l’âge le plus compliqué de la vie et que ce qui est compliqué pour les individus est forcément plus intéressant à écrire. Et il me semblait que les seules personnes qui traversent une phase plus difficile que les adolescents sont les adolescentes, avec toutes sortes de questions sans réponse sur les limites que leur fixe la société, des attentes contradictoires à satisfaire, la manière dont elles sont jugées sur leur apparence ou sur l’expression qu’elles font de la sexualité. En fait, je voulais lui pourrir la vie, à cette pauvre Tim !

Il y a ça, et puis de manière plus générale, le roman, même si c’est surtout une grosse aventure rigolote, parle de la manière dont une jeune femme se taille une place dans une société qui, fondamentalement, n’aime ni les jeunes ni les femmes. C’est l’histoire de l’affirmation d’un individu qui est en pleine construction et qui parvient au final à dire (spoiler) : voilà qui je suis, voilà ce que je veux, voici les normes auxquelles je souhaite adhérer et celles que je rejette. Nous nous situons à une époque charnière sur ces questions-là et il m’aurait semblé irresponsable de ne pas les aborder.

Le public-cible de ton diptyque est-il « jeunes adultes » ou bien n’importe qui pourrait apprécier ton univers ?

Je l’ai écrit pour moi et j’ai 44 ans. En fait, l’idée d’un public-cible ne m’a même pas effleuré l’esprit pendant l’écriture, ce qui peut sembler étrange, mais je crois que j’étais très naïf. J’ai bien constaté après coup que les gens sont prioritairement attirés par les protagonistes qui leur ressemblent, donc une bonne partie de mes lecteurs sont des lectrices entre 12 et 20 ans. Cela dit en l’écrivant j’ai relu des œuvres grand public dont les héros sont des jeunes : L’attrape-cœur, Le jeune Werther et les films de Miyazaki. Pour moi, c’est dans cette veine-là (je ne me compare pas à Salinger, à Goethe ou à Miyazaki, hein, je dis juste que c’est tous publics).

Quels sont tes autres projets littéraires passés, présents et futurs ?

Pour le moment on est un peu en stand-by dans l’édition du deuxième tome des « Merveilles du Monde Hurlant », intitulé « La Mer des Secrets », mais ça devrait se débloquer cet été. À part ça, je suis en train d’écrire le deuxième volume de ma trilogie, la suite des aventures de Tim Keller, donc, âgée de vingt ans. C’est un roman conçu pour être lu complètement indépendamment du premier et que je pense sortir en ligne, peut-être sur Amazon.

Cela dit, j’ai suspendu depuis des mois mon travail sur ce bouquin parce que, au rythme où allaient les choses, je l’aurais terminé avant la sortie de « La Mer des Secrets », ce qui aurait été très frustrant puisque j’aurais dû m’asseoir dessus pendant des mois avant de le sortir. Donc j’ai mis ça entre parenthèses et en ce moment, en-dehors de mon blog le Fictiologue, j’écris trois jeux de rôle gratuits, ce qui m’étonne moi-même parce que je ne joue plus depuis des années.

Et puis j’ai plein d’idées de nouvelles dans mes tiroirs. Fondamentalement, c’est ça que j’aime le plus écrire.

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Personnages: les outils

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Dans cette série consacrée à l’exploration de la fonction des personnages en fiction, après avoir passé en revue certaines règles et certains conseils, il est temps de s’attarder sur un certain nombre d’outils que le romancier a à sa disposition pour donner forme à ses personnages de manière pratique et convaincante.

Les fiches

Pour s’y repérer, et en particulier dans un gros roman où il y a énormément de personnages importants, il peut être pratique de doter chacun d’eux d’une fiche qui contient toutes les informations pratiques à son sujet et qui peut servir de référence tout au long de la rédaction du livre. Certains romanciers considèrent qu’il s’agit d’un passage obligé, le complément naturel au plan du roman, qui est, à leurs yeux, tout aussi essentiel que celui-ci. Au fond, quelle que soit l’importance qu’on leur donne, les fiches ne sont qu’un outil pour organiser vos pensées au sujet de vos personnages.

Comme le plan, il existe d’innombrables manières de créer une fiche de personnage. À chacun de trouver l’approche qui lui convient le mieux. Une bonne manière d’aborder la question, c’est de commencer comme s’il s’agissait d’un formulaire administratif, avec les données de base : noms, surnoms, âge, nationalité, lieu d’origine et de résidence, profession, liens familiaux, etc… Ensuite, vous pouvez consacrer une section à la description physique, en mentionnant autant de détails que ça vous paraît nécessaire : taille, poids, apparence, origine ethnique, mais aussi accent, gestuelle, style vestimentaire, etc… De la même manière, vous pouvez décrire un personnage du point de vue mental et intellectuel : niveau d’intelligence, éducation, force de volonté et de concentration, maladies et troubles mentaux, capacité d’apprentissage, etc… Une section peut être consacrée à la description émotionnelle : forces et faiblesses, introverti(e)/extraverti(e), comment le personnage réagit à la tentation, à la tristesse, au conflit, au changement ? Qu’est-ce qui lui fait peur ? Qu’est-ce qui lui fait envie ? Quelles sont ses croyances, sa spiritualité ? Enfin, décrivez l’arc narratif du personnage, la manière dont il évolue au cours de l’histoire et ses relations-clé avec d’autres figures marquantes du roman.

La fiche de personnage est une affaire de dosage. Certains auteurs aiment tout savoir des individus qui traversent leurs romans, et rédigent des fiches longues et complètes. D’autres zappent complètement cette étape. Cela dit, ne perdez pas de vue qu’il s’agit d’un document de travail, qui doit présenter une dimension pratique : dans ces conditions, connaître la taille de chaque personnage au centimètre près et détailler le cursus scolaire de tout le monde risque de vous encombrer plutôt que de vous aider.

Les questionnaires

En complément ou à la place de tout ou partie de la fiche de personnage, vous pouvez choisir de remplir un questionnaire pour chacun des personnages importants de votre roman.

Pour que ça soit efficace et que cela permette de les comparer et de les contraster les uns aux autres, il convient d’utiliser les mêmes questions pour chacun d’entre eux. Par contre, le choix des questions vous appartient et dépend de vos priorités. Vous pouvez y répondre en adoptant un point de vue extérieur (« Samantha pense que la vie est une série de rencontres ») ou comme si le personnage lui-même répondait aux questions (« J’ai toujours vu la vie comme une série de rencontres »)

En comparaison avec la fiche, le questionnaire se veut moins une référence qu’un outil de développement. En répondant aux questions, vous pourrez « tester » le personnage, le situer par rapport à certains dilemmes moraux et existentiels, voir, en somme, de quelle étoffe il est fait.

Ainsi, je suggère de prévoir une série de questions très ouvertes, d’ordre psychologique ou social, destinées à en révéler autant que possible sur la nature profonde d’un être. En voici une petite sélection, mais sentez-vous libres bien entendu de partir dans une direction complètement différente : « Qu’est-ce qui fait que vous accordez votre confiance à quelqu’un ? », « Quelle est votre définition de l’honneur ? », « Êtes-vous capable de pardonner ? », « Que seriez-vous prêt à sacrifier par amour ? » ou encore « Quelle est la chose la plus précieuse que vous possédez ? »

En établissant une grille de questions dans ce genre-là, avant d’entamer la rédaction du roman, cela devrait vous permettre d’explorer un peu la psyché des personnages et de tenter de comprendre de l’intérieur comment ils réagissent aux situations de conflit : en procédant de la sorte, on peut leur donner de la cohérence et de l’épaisseur.

Les questionnaires n’ont pas beaucoup d’intérêt en tant que référence à suivre lors de l’écriture, mais c’est un outil exploratoire qui peut générer des idées et vous aider à développer vos personnages, les arrimer au thème de votre roman et les contraster les uns avec les autres.

Dix choses

Une technique qui donne un peu les mêmes résultats que celle des questionnaires, même si elle fonctionne d’une manière très différente, c’est celle qui consiste à établir une liste de dix choses, informations, anecdotes, révélations au sujet de chacun de vos personnages importants, mais attention : rien de tout cela ne sera mentionné, même de manière oblique, dans le texte proprement dit.

Cynthia ne sait pas bien lire l’heure sur une montre à aiguilles. Quand elle était adolescente, elle faisait semblant de lire le journal parce qu’elle pensait que ça lui donnait l’air intelligent. Son beau-père a tué son chien quand elle était petite. La première fois qu’elle s’est rendue à un entretien d’embauche, elle avait oublié ses chaussures et portait des pantoufles. Elle a vu le film « Full Metal Jacket » à quarante-deux reprises. Lorsqu’il neige en hiver pour la première fois, elle a l’habitude de faire un vœu. Elle a une cicatrice sur la jambe causée par un accident de VTT. Elle a passé un an en couple avec un garçon qui la rabaissait constamment. Elle rêve de devenir végétarienne mais n’y arrive pas. Elle aurait toujours voulu avoir un deuxième prénom.

À quoi est-ce que ça peut servir de garnir ainsi la vie de vos personnages de détails qui ne seront jamais utilisés ? Ça va vous être utile à vous, l’auteur.

Pour commencer, cela vous apprend à mieux connaître vos personnages et à les considérer comme des individus pleinement réalisés, qui ont une existence, même fictive, en-dehors de l’intrigue de votre roman. Cela vous habitue à entrer dans la peau de ces personnages et à tenter de découvrir ce qui les fait réagir, ce qui les touche et ce qu’ils ont traversé.

Par ailleurs, il s’agit d’un processus créatif qui, paradoxalement, peut vous révéler des aspects qui vont vous surprendre vous-mêmes et qui vont vous amener à développer leur rôle dans des directions inattendues. Enfin, même si ça n’est pas évident de prime abord, procéder de la sorte aide à renforcer la crédibilité de vos personnages, puisque lorsque vous les utiliserez, vous aurez dans un coin de votre tête toute une foule d’informations qui les humanisent.

Les nuages de qualificatifs

Cet outil-ci est un peu différent : il vous permet de mieux définir un personnage, oui, mais il vous fournit également une aide pour l’écriture du roman proprement dit. Il consiste, pour chaque personnage que vous jugez important, à constituer une liste d’adverbes et d’adjectifs que vous allez utiliser pour le décrire : un nuage de qualificatifs.

En se préparant de la sorte, vous allez fourbir les armes qui vont vous permettre, à travers les mots que vous utilisez, de caractériser un personnage et de lui donne de la cohérence sur toute la longueur du roman. Chacune des figures centrales de votre histoire se verra ainsi rattachée à un champ lexical, une famille de mots qui contribuera à lui donner une tonalité propre.

Dans le roman contemporain, on consacre moins de temps qu’autrefois à décrire précisément les personnages, leur apparence et leurs habitudes. On préfère généralement laisser leurs actes les définir, et il est tout à fait possible d’écrire tout un bouquin sans mentionner la couleur des cheveux du protagoniste. Dans ces conditions, établir un nuage de qualificatifs qui lui sont rattachés permet de renforcer la typologie d’un personnage sans tomber dans le piège des descriptions minutieuses et barbantes.

Pour créer un nuage de qualificatifs, pensez aux mots dont vous aurez besoin pour décrire l’attitude de votre personnage, son langage corporel, sa voix, ses gestes, son regard. Se comporte-t-il avec calme ou de manière frénétique ? Sa gestuelle rappelle-t-elle celle d’un clown, d’un mannequin, d’un crapaud ? Sa personnalité est-elle comparable à un bolide, un train régional, un avion ? À titre d’exemple, j’inclus ici le nuage de qualificatifs que j’ai établi pour S, la Chevalière Luminar, un des personnages de mon roman « Merveilles du Monde Hurlant » :

Puissante, digne, fière, dure, féline, léonine, guerrière, disciplinée, honnête, sincère, vigoureuse, robuste, aguerrie, intègre, ferme, solide, sévère, amazone, militaire, chevaleresque, franche, sérieuse, droite, loyale, décidée, inflexible, empathique, vraie, fiable, loyale, décidée, furieuse, rugissante, noble, intransigeante, fermée, froide, hautaine, redoutable, brusque

Les collages

Si votre imaginaire est tourné vers le visuel, il y a un outil dont vous pouvez vous servir et qui servira à la fois à vous inspirer et à ancrer vos personnages dans leur identité propre : les collages.

L’idée est de constituer une image composée de différentes photos, dessins et autres sources iconographiques qui constituent vos principales sources d’inspiration pour l’un de vos personnages. Le collage vous servira ensuite de générateur d’idée, mais aussi de référence pour conserver une ligne esthétique propre au personnage en question. Libre à vous de procéder de la sorte pour un seul de vos personnages, tous les personnages principaux, voire même absolument tous les personnages du roman (même si ce dernier cas me paraît un peu excessif : ne feriez-vous pas mieux d’écrire ? Hmmm ?)

Vous imaginez le flic de votre roman policier comme un mélange entre Vincent Cassel et Colin Farrel ? Mettez des photos de ces deux acteurs. L’atmosphère qui se dégage d’un tableau d’Edward Hopper se rapproche d’une des scènes-clé qui implique ce personnage ? Ajoutez-en une image à votre collage. Le dilemme auquel il fait face dans l’histoire le rapproche d’une figure historique ou d’un personnage de fiction ? Là aussi, trouvez une illustration qui vous parle et insérez-là dans votre image composite.

Réaliser un collage pour inspirer la création d’un personnage de roman n’est pas une démarche intellectuelle : laissez-vous guider par votre instinct, et ne vous fixez aucune règle. Tout type d’image est le bienvenu. Surtout, soyez attentifs à ce qui se passe en vous pendant que vous collectionnez ces différents éléments : des idées pourraient surgir qui vous seraient utiles par la suite.

Même si, à titre personnel, j’ai constaté que cette approche ne me convient pas trop, je vous propose ci-dessous, à titre d’exemple, un collage réalisé pour Matyas, un des personnages du roman que je suis en train d’écrire :s

collage matyas

Les diagrammes

Dernier outil dont vous pouvez vous servir, les diagrammes ne servent pas à décrire les personnages eux-mêmes, mais à les situer les uns par rapport aux autres.

Pour procéder, ce n’est pas bien compliqué : inscrivez les noms de vos personnages principaux sur une feuille (réelle ou virtuelle), et tracez entre eux des flèches qui correspondent à la nature de leurs relations. Je suggère d’utiliser un code couleur, pour, en fonction de vos besoins, traduire l’intensité de leur relation (de l’amour à la haine), le degré de confiance ou, par exemple, les liens familiaux ou professionnels. Vous pouvez également rajouter un mot (ou plusieurs) au-dessus de la flèche pour préciser la nature de la relation (« mépris », « intrigué », « ne sait pas sur quel pied danser ») Si les gens vous prennent pour un fou, persévérez: ils sont jaloux.

Rien n’empêche de tracer ainsi plusieurs diagrammes, chacun correspondant à un type de relation différent, en fonction de vos besoins. Vous pourrez ainsi détailler les affinités affectives entre vos personnages sur une première feuille, et leurs relations hiérarchiques sur une autre, par exemple. Je suggère également de prévoir un diagramme montrant les relations entre les personnages au début du roman, et un second à la fin, pour retracer l’évolution qui doit intervenir au cours de l’histoire.

Ici, je parle principalement de personnages, mais il peut être utile d’ajouter au diagramme des groupes ou institutions qui jouent un rôle dans l’intrigue, et avec qui les personnages peuvent également tisser des liens (« les yakuzas », « les croisé », « le FBI », « le parti socialiste », etc…)

📖 La semaine prochaine: Personnages – le protagoniste

Tag: Un questionnaire pour écrivains de fiction

blog le petit plus

Alors voici l’histoire: en découvrant l’excellent blog de C. Kean, je suis tombé sur ses réponses à un questionnaire concernant ses œuvres et son cheminement littéraire. Vous le trouverez ici, c’est une lecture intéressante.

Une de ses réponses m’a particulièrement intrigué: celle où elle évoque avoir commis en 5ème « une sombre histoire avec des chevaux qui parlent et qui devaient sauver le monde grâce à des pierres magiques. » Elle a refusé d’inclure le titre, mais je lui ai réclamé. Elle s’est engagée à me le révéler si je répondais à mon tour à ce questionnaire. Donc voilà.

Les questions originales sont signées Béatrice Aubeterre. Vous les trouverez ici. Ou alors ci-dessous:

ecrivains-fiction

1ère partie : vos histoires

1 – La première que vous avez entreprise

C’était sans doute une bande dessinée. Est-ce que ça compte? On va dire que oui. Dans ce cas, c’était « La Société des Hyper-Héros contre l’Homme-Robot » – je pense que je devais avoir 6 ou 7 ans.

2 – La première que vous avez terminée (ou la plus avancée)

J’ai passé énormément de temps à écrire des centaines de scénarios de jeu de rôle, mais même si je les ai bel et bien terminés, je ne les prend pas en compte dans ce questionnaire. Du coup je pense que ma première histoire vraiment terminée, c’est mon premier roman, un polar dont l’action se situait dans les milieux de la techno, qui s’appelait « B.P.M. » Je devais avoir 22 ans.

3 – Celle sur laquelle vous travaillez actuellement

Un bouquin de fantasy qui s’intitule « Les Plaines du Cauchemar. »

4 – Celle que vous écrirez un jour

J’ai plein de projets et d’idées, mais celle qui m’enthousiasme le plus, c’est de proposer un jour à un éditeur local d’éditer un recueil de mes nouvelles. Pour cela il faut encore que j’en écrive quelques unes, et j’ai quelques idées qui me plaisent assez.

5 – Celle que vous avez abandonnée

Il y a quelques années, j’écrivais un comic strip hebdomadaire en anglais, « My Life in Flux. » Je l’ai abandonné parce que ça me réclamait trop de travail. C’est loin d’être le seul projet inachevé: j’ai laissé tomber quelques pièces de théâtre, en particulier.

6 – Celle que vous reprendrez un jour

Il y a une nouvelle que j’aimais bien, « Oeuvre et disparition de Philomène Droxler », une histoire de loups-garous borgésienne. Je la reprendrai un jour avec un œil nouveau, mais à l’époque je la trouvais un peu barbante à écrire.

7 – Celle qui vous a pris le plus de temps à écrire

Oh, c’est sans doute mon premier roman édité (en deux tomes) « Merveilles du Monde Hurlant. » Entre l’écriture, la réécriture, la ré-réécriture, les souhaits de l’éditeur et la ré-ré-réécriture, ça s’est étalé sur près de trois ans, je crois.

8 – Celle qui vous a pris le moins de temps à écrire

J’ai écrit des contes pour mes enfants en une demi-heure, mais je citerais surtout mon roman « B.P.M » que j’ai écrit en deux semaines pendant une session d’examens universitaires.

9 – Celle dont avez le plus honte 

Elles sont là, quelque part, il suffit de savoir les trouver.

10 – Celle dont vous êtes le/la plus fier/fière

Probablement mon premier livre publié « Merveilles du Monde Hurlant: La Ville des Mystères » (c’est évident) ou ma pièce « Gueules d’enterrement » qui a été jouée: c’est un des plus agréables moments de ma petite vie d’auteur.

2ème partie : vos personnages

11 – Celui que vous aimez le plus

La protagoniste de mes romans de fantasy, Tim Keller. Elle ne me ressemble absolument pas, tant mieux pour elle. Elle est surtout rigolote à écrire: elle agit avant de réfléchir, ne se laisse jamais marcher sur les pieds, est très liante mais pas très douée pour jauger les êtres – elle se plante souvent.

12 – Celui que vous aimez détester

Un des personnages des bouquins que j’écris en ce moment, Briselâme. Elle est l’incarnation du détachement et de la passivité, ce qui est agaçant pour les personnages qui l’entourent, mais jubilatoire pour l’auteur.

13 – Celui que vous écrivez le plus facilement

C’est probablement Tim. Je la suis depuis plus de mille pages, à ce stade elle vit dans un tiroir caché dans ma tête.

14 – Celui qui vous donne le plus de fil à retordre

Il y a un personnage de mes romans qui s’appelle Armaga, une sorte de geek, qui est passé d’une relecture à l’autre par des personnalités très différentes, avant que je me fixe sur quelque chose. Je ne suis toujours pas complètement satisfait.

15 – Votre meilleur héros / protagoniste

C’est sûrement encore cette chère Tim, mais pour changer, je citerai le héros de mon comic-strip, Cui-Cui, l’oiseau dépressif.

16 – Votre meilleur méchant / antagoniste

Meznic, le Brumissaire de Wurmaaz, un assassin très bien éduqué, mort trop tôt, hélas.

17 – Votre couple préféré

Il y a un couple de mercenaires dans « Merveilles du Monde Hurlant », Siméon et Ermengarde Sicard, deux êtres violents, cupides et amoraux mais qui s’aiment d’un amour sincère.

18 – Votre meilleure histoire d’amour

J’aime bien l’histoire d’amour que je suis en train d’écrire dans mon roman en cours, un chassé-croisé amoureux entre Tim et un autre personnage qui va rester non-identifié parce qu’il vaut mieux éviter les spoilers.

19 – Celui que vous avez tué avec regret

Meznic (voir ci-dessus). En fait, je ne regrette pas de l’avoir tué (il n’était plus utile) mais je regrette qu’il soit mort (il était amusant).

20 – Celui que vous avez renoncé à tuer

Armaga vient d’échapper à la mort qui figurait pourtant noir sur blanc sur mon plan, il y a à peine deux chapitres. Même savoir s’il doit vivre ou mourir, j’en suis incapable!

3ème partie : scènes diverses

21 – La plus drôle 

J’aime bien ce monologue extrait de ma première pièce, que je reproduis ici dans son intégralité parce que au fond pourquoi pas:

Maurice Leboeuf est né il y a 43 ans dans un petit village insignifiant, au sein d’une famille tout aussi insignifiante. Papa travaillait comme manutentionnaire dans une fabrique de semelles anti-odeurs. Maman s’occupait du ménage, de Maurice et d’un nombre indéterminé de ses frères et sœurs. Le soir, la famille se regroupait devant la télévision, avant d’aller se coucher à 22 heures précises. Le matin, tout le monde se réveillait à 7 heures précises. Ils ne lisaient pas de livre, ne pratiquaient aucun sport, ne maîtrisaient aucune langue – pas même la leur – et ne se faisaient pas d’amis. Aucun d’entre eux n’avait d’aspiration particulière, aucun d’entre eux ne présentait la moindre curiosité, et tous se félicitaient chaque jour d’être restés absolument identiques à ce qu’ils étaient le jour d’avant. Quand il était petit, dans une passagère poussée d’excentricité, Maurice rêva quelque temps d’être réparateur de machines à laver. Tous les membres de la famille se méfiaient de la nouveauté, et trouvaient que les habitants de la rue d’à côté avaient des mœurs bizarres… En grandissant Maurice Leboeuf eut un parcours absolument ordinaire à l’école, ne laissant aucune trace ni dans la mémoire de ses professeurs, ni dans celle de ses camarades. On ne lui connaît ni amis, ni liaisons sentimentales, ni passions, si ce n’est une participation épisodique à un club d’amateurs de trains électriques… Il échoua on ne sait comment dans notre entreprise, où, promu par une série de responsables qui refusaient de prendre la responsabilité de le renvoyer, il échoua au bureau de Coordination et Harmonisation, une structure qui avant son décès ne comptait que deux employés, dont les activités restent mal définies et la raison d’être nébuleuse. La théorie la plus probable étant que ce bureau est né suite à une faute de frappe dans un rapport d’activité annuelle… Quoi qu’il en soit, Maurice continua pendant quelques années à fournir au sein de cette structure une quantité de travail négligeable pour un résultat insignifiant. Et maintenant il est mort.

22 – La plus triste 

Dans « Les Plaines du Cauchemar » quand Machine a tué Machin alors que c’étaient fondamentalement deux personnes tout à fait recommandables, simplement victimes des circonstances, j’ai trouvé ça plutôt triste.

23 – La plus épique 

Une scène d’abordage dans le prochain livre à paraître, « Merveilles du Monde Hurlant – La Mer des Secrets. » Il y a deux bateaux, un kraken en métal, des îles volantes, et la mer qui n’est pas toujours liquide. Très modestement, je trouve la scène assez cool.

24 – La plus difficile à écrire

La scène où Tim rencontre deux des personnages principaux de « La Ville des Mystères » que j’ai réécrite intégralement plusieurs fois. Je compte en faire un jour un billet sur mon blog parce que c’est un joli cas d’école pour comprendre les enjeux de la relecture.

25 – La plus facile à écrire

L’autre jour, j’ai écrit une scène d’amour assez torride, avec des dirigeables en flammes en bonus, et ça a été remarquablement facile à faire. Mais je n’ai jamais de difficultés à prendre la plume.

26 – Votre meilleure scène d’action

Il y a une jolie scène d’action dans « La Ville des Mystères » où Tim est piégée dans une cellule sombre et quelqu’un vient la sauver, en s’attaquant au préalable à ses gardes. Tout ce que le lecteur en capte, c’est ce que Tim peut entendre et ce qu’elle s’imagine qu’il est en train de se passer. J’ai trouvé que ça marche assez bien.

27 – Votre meilleure scène d’amour

Il y a une scène d’amour très amère dans ma nouvelle « Le Couleuriste » que j’aime beaucoup.

28 – Votre meilleure description

Oh, ce n’est pas la meilleure, et qui sait si je vais la garder, mais elle est tellement amusante. Elle est dans « Le Désert de l’Étrange. » Tiens, lis-la si tu veux:

Toutes les personnes qui vivent ou qui ont vécu à proximité d’un lac vous le confirmeront : les lacs nous observent, nous toisent, à la manière de créatures vivantes, comme si ces étendues d’eau calme étaient capables d’épier ceux qui les approchent, de s’inquiéter de leurs faits et gestes et de porter sur eux un jugement, et dans ce domaine, comme tant d’autres, le lac Skavi, sur les berges duquel s’étendait la ville de Reiksraad, ne faisait pas exception, bien au contraire, avec ses flots tantôt gris, tantôt beiges, tantôt d’un bleu à jalouser la mer, surface faussement tranquille qui se fait le reflet des errements du ciel ainsi que toutes nos interrogations humaines, présence mystérieuse dont on ignore si elle agit à la manière d’une mère aimante ou d’un dieu muet, jaloux de nos passions, tant et si bien qu’à force de se mirer dans ce miroir terne, on en viendrait presque à oublier l’énigme qui se loge sous la surface, la vérité de ses eaux profondes et glaciales, de son socle de boue et de marne glauque où croupissent, là, tout en bas des ténèbres, des poissons blêmes et immobiles, rancis par la cruauté, souvent aveuglés, difformes, bouffis par une existence trop éloignée du soleil et dont les êtres de la surface préfèrent prétendre qu’ils n’existent pas, au profit d’une faune plus rassurante faite de perchettes zébrées, de carpes bitumineuses qui peuplent les fonds sablonneux et d’essaims de poissons-mouches, auxquels répondent, sur le film des vagues, des alignements d’oiseaux d’eau, de grèbes, harles et canards, mais aussi d’octopées algaires qui flottent à la surface en attendant d’attraper au passage des goujons imprudents dans leurs tentacules de lierre, sans oublier les mouettes grises qui survolent les jonques des pêcheurs en ricanant de leurs efforts quotidiens pour hisser leurs lourds filets à bord et trouvent dans le fracas matinal des bateaux des marchands qui quittent le port de la capitale impériale un support idéal pour se reposer les pattes, à l’heure où les péniches croisent silencieusement au large des vieux quais Nord, leurs cales remplies de houille, de bois de construction ou d’outres pleines de lait d’écrevache, et c’est d’ailleurs ainsi chaque jour depuis aussi longtemps que les bateliers s’en souviennent dans cette Reiksraad, ville née autrefois d’un rêve séculaire, celui d’incarner le pouvoir impérial jusque dans la plus maigre de ses ruelles, avant d’être bâtie par décret au son des coups de fouets et à la sueur des esclaves et des petites gens, cette capitale installée sur la rive de ce lac circulaire et qui a fini, par bien des aspects, à lui ressembler toujours davantage et à adopter la même attitude de contemplation hautaine et d’hostilité tranquille, comme si ces eaux ternes avaient fini par la contaminer, s’insinuant dans le pavé de ses rues, le gris-vert de ses façades de molasse, dans les chambranles de ses portes, le fracas de ses usines, le dessin de ses avenues arrogantes, dans cette odeur de moisi qui se propage à proximité du port quand le vent monte des rives, dans les accents hautains des habitants qui fréquentent le marché aux poissons et ne cherchent même plus à marchander les prix, bien trop fiers pour s’abaisser à se quereller pour une poignée d’écailles brillantes, mais qui y restent fidèles malgré tout parce qu’entre les étals ils peuvent se croiser, se mêler, tous, jeunes ou vieux, riches ou pauvres, et surtout se juger, s’évaluer, bâtir par petites briques de mépris la hiérarchie invisible sans laquelle rien n’existerait dans cette cité où tout le monde ne souhaite que grimper marche après marche, toujours un peu plus haut en direction du pouvoir, jusqu’à – pourquoi pas ? – la berge de l’île de la Matre où les attendent les parvis étincelants des palais royaux et impériaux, et peut-être avec elle, la gloire et les bras accueillants de l’Histoire, celle qui, ici, enivre chacun, fait reluire chaque pierre, inspire chaque chanson et vient, en ce début de soirée, se refléter dans les pupilles d’un jeune homme nommé Matyas Keller.

29 – Votre meilleur dialogue

Dans ma pièce de théâtre « Bourbine »: Hugo angoisse avant son mariage et il se met à dialoguer avec trois voix qu’il entend dans ses rêves. Voici un extrait. J’aime assez l’idée:

PREMIERE VOIX : Je suis la première voix.

DEUXIEME VOIX : Je suis la deuxième voix.

TROISIEME VOIX : Je suis la troisième voix.

HUGO : Eh bien on est bien avancés.

PREMIERE VOIX : Nous sommes venus t’annoncer une grande nouvelle… qui concerne ton avenir…

HUGO : Et si vous parlez dans le désordre, comment on sait quelle est la première voix ? Vous changez la numérotation ou quoi ?

DEUXIEME VOIX : Nous ne parlons jamais dans le désordre.

HUGO : C’est une solution.

TROISIEME VOIX : Est-ce que tu vas finir par écouter ce que nous avons à dire ?

HUGO : Ça dépend de deux choses.

PREMIERE VOIX : Nomme-les !

HUGO : Premièrement – vous êtes des voix dans ma tête, c’est ça ? Je dors et je fais un rêve ? Jusqu’ici j’ai bon ?

DEUXIEME VOIX : Si ça t’aide à nous écouter, alors oui, on va dire que c’est ça.

HUGO : Oui, je dois avouer que ça m’aide.

TROISIEME VOIX : Quelle est la deuxième chose ?

HUGO : La quoi ?

TROISIEME VOIX : La deuxième chose dont tu voulais nous parler avant de nous écouter.

HUGO : Tiens, la troisième voix a parlé deux fois de suite.

PREMIERE VOIX : C’est une petite nouvelle… Parfois elle se trompe et elle n’attend pas son tour de parler…

TROISIEME VOIX : Non mais je voulais juste répondre à sa question.

PREMIERE VOIX : Tu t’égare, troisième voix… Tu t’égare… Revenons à nos moutons.

30 – Votre meilleure introspection

Dans ma nouvelle « Une découverte (suivie d’une autre découverte) »: quand le protagoniste décide finalement de parler à son père (décédé).