Arrêtons de compter les mots

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Compter les mots. Voilà une occupation assez fréquente chez les auteurs qui se préoccupent de leur productivité.

Heureusement pour eux, pas besoin de s’astreindre à de fastidieuses comptabilités : aujourd’hui, des machines s’en chargent à leur place. Elles peuvent nous dire, très précisément, de combien de lettres, de mots, de phrases est constitué un texte, et donc, quelle progression s’est opérée en une session d’écriture, en un jour, une semaine, un mois, un an. Certaines autrices et certains auteurs préfèrent compter les caractères que les mots, c’est sans doute plus précis. Mais au fond, cela revient au même : traduire les progrès en chiffres, à l’image d’un marathonien qui compte les kilomètres qui le séparent de la ligne de départ. Il y a même des événements qui tournent entièrement autour de cette notion, comme le Nanowrimo.

Il n’y a rien à redire à ça. Oui, ces chiffres permettent bel et bien de prendre la mesure de l’avancement d’un projet. En plus, ils évaluent quelque chose de crucial : la masse du texte. Pour boucler un roman, il faut coucher sur le papier énormément de mots, chacun d’entre eux représente un effort, et donc plus on en aligne, plus on s’approche du but. Certains voient même dans ces chiffres qui grimpent une source de motivation, le signe que oui, un jour, à force de lui donner des coups de bec, l’oiseau parviendra à faire disparaître la montagne de diamant s’il est persévérant. Vous les croisez sur les réseaux sociaux, qui s’écrient avec joie : « J’avais prévu d’écrire 500 mots aujourd’hui, et je viens de compter : 1’347 ! », le plus souvent accompagné d’un emoji triomphateur.

Donc compter les mots, ça peut être encourageant. Mais ça n’est pas grand-chose d’autre.

Si le but que vous poursuivez, c’est de prendre la mesure de votre progrès, de savoir où vous en êtes, de réaliser ce qui vous sépare de la conclusion de votre travail sur votre manuscrit, il s’agit d’un indicateur très imparfait.

Eh oui, parce qu’écrire une histoire, ça n’est presque jamais une ligne droite qui commence au premier mot pour se terminer au dernier. Sans même compter que certains auteurs rédigent dans le désordre, il y a toute la phase des corrections et de réécriture qui fait voler en éclat cette illusion de linéarité. Parfois, lorsqu’on a écrit le dernier mot d’un manuscrit, on n’en est en réalité qu’à mi-chemin. Dans certains cas tragiques, on ne se retrouve pas plus avancé qu’au commencements. Ces mots, dénombrés avec la méticulosité d’un bénédictin, est-on bien sûr qu’ils vont tous se retrouver dans votre roman ? Rien n’est moins sûr.

Quels objectifs est-ce que je poursuis ?

Ce que je vous propose donc, c’est d’abandonner ces chiffres qui ne veulent pas dire grand-chose, pour les remplacer par d’autres marqueurs de votre progression. Ils vont vous sembler moins précis, mais en réalité ils se rapprochent davantage de la réalité du labeur de romancier.

Cela consiste simplement à se poser deux questions (et d’y répondre, hein, sinon ça ne sert à rien).

La première va intervenir avant une session d’écriture. Il s’agit de vous demander : « Quels objectifs est-ce que je poursuis ? » La réponse est une question de choix, et est entièrement de votre ressort. Qu’est-ce que vous souhaitez accomplir ? Terminer la rédaction d’un chapitre ? Relire et corriger votre prologue ? Retoucher tous les dialogues d’un de vos personnages pour en modifier le niveau de vocabulaire ? Retoucher la grande scène d’exposition du chapitre 3 ? Il n’y a pas de bons et de mauvais choix, cela dépend du temps que vous avez à votre disposition, de votre ambition, de votre capacité de travail, et de ce dont votre manuscrit a besoin. Vous n’avez qu’un quart d’heure à disposition ? Pourquoi ne pas vous fixer comme but d’écrire une phrase, une seule phrase, une phrase parfaite ?

La seconde question, vous vous la posez une fois la session d’écriture terminée, et c’est la suivante : « Qu’est-ce que j’ai accompli ? » Oui, cela peut paraître un peu bébête. Mais il ne s’agit pas simplement du second volet de la première question, ce n’est pas comme mettre une coche sur chaque article de votre liste de courses.

Oui, vous allez vous demander si vous avez atteint ou pas les objectifs que vous vous êtes fixés, c’est bien normal. Mais même si vous n’y êtes pas tout à fait parvenus, vous avez peut-être tout de même accompli quelque chose de significatif, dont il convient de prendre conscience, et même de vous féliciter. Un progrès inférieur à nos attentes, c’est tout de même un progrès. Par ailleurs, les chemins de la créativité sont tortueux, et il est très courant que ce que vous accomplissiez ne ressemble en rien à ce que vous envisagiez au départ. Prenez-en note, et, si vous pensez que ça peut vous aider, proclamez-le sur les réseaux.

Pour que ces indicateurs fonctionnent, cela dit, ça réclame que vous jetiez à la corbeille vos anciennes conceptions de ce qui constitue un progrès, parce que, au début, ça peut être contre-intuitif. Oui, dans certains cas, vous allez travailler sur votre histoire, et ce que vous allez accomplir, par exemple, c’est couper un personnage, ou carrément supprimer tout un chapitre, le premier par exemple, afin de commencer plus près du nerf de l’intrigue. C’est capital d’en prendre conscience : parfois, progresser, dans un travail romanesque, ça consiste non pas à augmenter le nombre de mots, mais à le réduire. Parce que le but, le vrai but, ça n’est pas de faire grimper un chiffre, c’est de signer la meilleure version possible de votre histoire, par tous les moyens possibles.

Écris tous les jours

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Écrire un roman, c’est non seulement un marathon, mais c’est un marathon dont le tracé n’est pas connu à l’avance, et que l’on doit baliser soi-même à l’aide d’une carte que nous avons préalablement tracé, du mieux que nous pouvons.

Donc c’est un effort sur le long terme, et il y a de quoi s’épuiser et se sentir perdu. Et afin d’en voir le but, il faut se montrer persévérant, et donc productif.

Ici, il faut noter qu’il ne s’agit pas de parler de motivation. Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire, si vous souffrez d’une difficulté chronique à vous motiver à écrire, le mieux est de ne pas écrire et de vous adonner à une autre occupation qui vous correspond mieux.

Non, là, je m’adresse à celles et ceux qui sont motivés, plus ou moins, la plupart du temps en tout cas, mais qui souhaitent utiliser aussi efficacement que possible le temps qu’ils ont à disposition afin de produire des romans dont ils peuvent être fiers, dans des délais acceptables.

Il y a parfois, dans l’imaginaire collectif des autrices et des auteurs, l’image persistante de l’écrivain comme un martyr, s’astreignant pendant des mois à des tâches répétitives et souffrant, suant face à un manuscrit afin de parvenir au point final. Je vous rassure, ça n’est pas une obligation : on peut très bien écrire un roman sans souffrir. Ou juste un minimum.

Le conseil de productivité le plus courant pour les romanciers, qui est aussi le plus vivement débattu, tient en une phrase : « Écris tous les jours ! »

Ouais, avec un point d’exclamation. Depuis que quelqu’un a songé à formuler cette recommandation de cette manière, on ne compte plus les auteurs outrés qui se rebiffent contre ce qu’ils perçoivent, au pire comme un diktat, au mieux comme une norme absurde et pas pratique du tout.

Pourtant, bouffi d’arrogance, je le répète : écris tous les jours.

Vraiment, fais-le, c’est un excellent conseil.

Encore faut-il s’accorder sur ce qu’on entend par « écrire. »

« Écriture » ne signifie pas obligatoirement « rédaction »

Eh ouais. Parce que si la question que vous vous posez, c’est « Est-ce que véritablement, chaque jour, même le weekend, même en vacances, même quand je suis surchargé de travail, je dois m’asseoir devant mon ordinateur et taper sur le clavier pour rédiger comme un forçat, même si je n’ai pas envie, que je ne suis pas motivé, que je n’ai aucune idée ? », la réponse est « Non, détend-toi, « écriture » ne signifie pas obligatoirement « rédaction. »

Car en effet, pour mettre un roman au monde, il y a beaucoup plus d’aspects à garder à l’esprit que la simple production du texte. Écrire, c’est d’abord lire, s’imprégner du vocabulaire, du style, des techniques d’autrui dans le but d’enrichir notre plume ; c’est aussi nourrir des idées, les connecter les unes aux autres, et prendre des notes pour ne rien oublier ; c’est chercher des éléments d’inspiration, des images, des livres, des films ; c’est construire un texte, mettre en place un plan, arranger des éléments narratifs dans un certain ordre ; c’est mener des recherches et accumuler des informations factuelles ; c’est penser à notre projet en cours, jouer mentalement avec lui, tester des idées dans l’abstrait, les examiner, les tester ; c’est se relire, se corriger, débarrasser le manuscrit de tout ce qui n’y a pas sa place ; c’est profiter des retours des premiers lecteurs et corriger encore ; c’est garder le contact et tenir compte des avis des critiques ; c’est assurer la promotion de ses livres, et plein, plein d’autres choses.

Est-ce que tu as écris aujourd’hui ?

Donc oui, écris tous les jours. Lorsque tu as un projet en cours, il ne doit jamais vraiment quitter ton esprit. Peu importe que l’extrémité de tes doigts touche quotidiennement les touches d’un clavier : un roman, c’est une longue entreprise, complexe, qui gagne à ce qu’on y pense tout le temps et qu’on le nourrisse de toutes sortes de pensées et de petites actions. Pour moi, ce qui caractérise l’auteur, c’est qu’il est plus ou moins en permanence en train de penser à ses histoires, à les nourrir, à les développer.

Écris tous les jours, donc. Est-ce que tu as écris aujourd’hui ? Oui, j’ai lu un roman très intéressant. Oui, j’ai été passionné par un traité sur l’histoire de l’architecture sacrée à travers les âges. Oui, j’ai noté un mot que je n’utilise presque jamais. Oui, j’ai observé comme le sang est monté au visage d’une personne en colère, et la manière dont elle a croisé ses bras. Oui, j’ai modifié mon plan pour rajouter une scène au chapitre 11 de mon futur roman, que j’avais initialement prévu de placer au chapitre 13. Oui, j’ai imaginé une autre manière d’introduire le personnage du boulanger qui fonctionne mieux avec la structure et les thèmes de mon histoire. Oui, j’ai trouvé une grosse faute de grammaire à la page 17. Oui, j’ai relu le mail d’un de mes bêta-lecteurs. Oui, je me suis promené dans la forêt et je crois que mes personnages vont tôt ou tard faire pareil. Est-ce que tu as écris aujourd’hui ? Oui, j’écris tous les jours.

Et si vous ne le faites pas ? Ce n’est pas grave. À chacun de décider du degré d’implication qu’il a dans l’écriture de son roman. Mais au moins, tenez compte de cette idée et envisagez de l’intégrer à votre processus : celles et ceux qui le font ont la vie plus facile.

Comment j’ai écrit une suite à mon roman

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Dans le cadre de ma série d’articles sur les suites en littérature, je me suis dit qu’il serait intéressant de terminer par un exemple concret, issu de ma propre expérience, et qui peut servir d’illustration aux billets précédents.

Œuvrant dans le domaine de la fantasy, je suis l’auteur d’une série de romans qui se situent dans un univers baptisé le « Monde Hurlant. » Le premier roman, « Merveilles du Monde Hurlant », est sorti en deux tomes, « La Ville des Mystères » et « La Mer des Secrets. » Techniquement, on a donc affaire à ce que j’ai appelé un « feuilleton » dans un précédent billet, c’est-à-dire une histoire complète tronçonnée en plusieurs volumes. Même si deux livres ont été publiés, il s’agit malgré tout, du point de vue littéraire, d’une seule et unique histoire.

Celle-ci a désormais une suite, intitulée « Révolution dans le Monde Hurlant » (pour l’acquérir, suivez ce lien), parue en un seul (épais) volume. Celui-ci est plutôt à classer comme un deuxième livre dans ce que j’ai appelé, dans ma liste des treize types de suite, une « série à épisodes », le premier épisode étant constitué par la duologie « Merveille du Monde Hurlant. » Bref, la série est constituée de trois livres, ou de deux romans, ça dépend comment on choisit de voir les choses.

Lorsque j’ai planifié mon histoire, il y a plusieurs années, les grandes lignes étaient déjà fixées : l’idée était d’écrire une trilogie, où tout tournait plus ou moins autour du chiffre trois. On devait y suivre une jeune fille nommée Tim Keller, lors de trois voyages dans un monde parallèle, chacun durant une année, et espacés de trois ans. À chaque fois, l’intrigue tournerait autour d’une des trois survivantes d’une antique espèce de créatures surpuissantes ; chaque tome serait associé à une couleur : le rouge, le blanc et le noir (les couleurs du conte) ; et chacun aurait un thème tiré de ces couleurs : l’amour, la pureté, la mort. Tout cela constitue encore aujourd’hui l’armature du projet.

Naturellement, ayant ces objectifs en tête, lorsque mon premier livre est sorti en deux tomes aux Éditions Le Héron d’Argent, je me suis mis à réfléchir à la suite. La maison d’édition m’a dit très tôt qu’elle n’était pas intéressée : elle ne souhaitait pas s’engager dans une longue série, difficile à vendre, ce que je comprends très bien. Qui plus est, « Merveilles du Monde Hurlant » était une histoire complète, qui ne se terminait pas par des points de suspension. Quant à moi, j’avais consacré beaucoup de temps à la promotion de mes livres, délaissant ma famille à plusieurs occasion, et je souhaitais mettre la pédale douce.

Ce n’est qu’en me mettant à l’écrire que j’ai réalisé à quel point c’était compliqué

Malgré tout, j’avais toujours une esquisse de suite sur mon disque dur, et l’envie de la concrétiser en roman. L’objectif était une sortie plus confidentielle, en passant par l’autoédition. Il ne restait plus qu’à l’écrire.

Cela dit, une exigence s’est immédiatement imposée : le deuxième roman ne pouvait pas être une simple suite, il devait pouvoir être lu indépendamment, y compris par des lectrices et lecteurs qui n’avaient jamais entendu parler du premier. D’une certaine manière, en tout cas, c’était l’objectif, le tome 2 devait être écrit de manière à être abordé en premier, comme si la duologie initiale était une préquelle.

Ce n’est qu’en me mettant à l’écrire que j’ai réalisé à quel point c’était compliqué. À l’époque, il y a quelques années, je me suis lancé dans la planification et même dans l’écriture du livre avec une naïveté gigantesque. Je pensais, sans réfléchir suffisamment, qu’il suffirait d’expliquer aux lecteurs ce qui s’était passé dans « Merveilles du Monde Hurlant » pour qu’ils puissent suivre et apprécier l’histoire.

Le résultat était catastrophique. Cela ne fonctionne pas du tout de cette manière.

Même dans le cas d’une suite, un roman doit être conçu pour se suffire à lui-même. Les enjeux, les arcs narratifs, les thèmes ne se transfèrent pas d’un tome à l’autre, et il n’est pas possible de les rendre palpables avec des rappels. Si deux personnages se détestent après les événements d’un premier volume, c’est une mauvaise idée d’écrire la suite comme si les lecteurs étaient investis émotionnellement dans cette relation. Il faut tout reprendre à zéro, prendre leur relation tendue comme un nouveau point de départ, et construire une nouvelle intrigue à partir de là.

Pour le dire simplement : en faisant trop ouvertement des références à des événements qui se sont déroulés dans d’autres livres, à plus forte raison si ceux-ci n’ont pas été lus, les lecteurs auront l’impression qu’ils ont raté quelque chose d’important et qu’ils ne sont pas en train de lire le bon livre.

On ne prend pas de nouvelles des personnages dont l’intrigue est close

C’est l’exemple du premier « Star Wars » qui m’a servi de point de repère pour sortir de l’ornière. Ce film, l’Épisode IV, même si c’est le tout premier de la série, est conçu comme une suite qui peut être vue indépendamment des trois épisodes précédents (ce qui est heureux, puisque ceux-ci sont sortis vingt ans plus tard). En voyant ce long-métrage, oui, on comprend bien que Darth Vader et Obi-Wan Kenobi ont un passé commun, mais la nature de leur différend n’est pas importante pour la compréhension de l’intrigue : elle sert juste de toile de fond à l’histoire principale, qui est celle de Luke Skywalker. « Un nouvel espoir » nous explique tout ce qu’il faut savoir sur leur querelle, qui constitue une intrigue secondaire parfaitement cohérente, avec un début, un milieu et une fin, et jamais les personnages ne gaspillent notre temps à discuter de leur combat sur Mustafar, ou à bavarder au sujet d’évènements ou de personnages dont nous ne savons rien. En regardant les épisodes dans l’ordre numérique, on constate que leur face-à-face est la conséquence de ce qui précède, mais l’histoire d’un film ne déborde pas sur le film suivant.

Tout cela m’a servi de point de repère pour écrire « Révolution dans le Monde Hurlant. » Oui, c’est une suite, mais elle est conçue comme une œuvre indépendante, et je n’y ai inclus, au final, que des éléments et des personnages qui servent à son intrigue. Certains d’entre eux sont nouveaux, d’autres sont tirés de « Merveilles du Monde Hurlant », mais introduits à nouveau, et présentés comme de nouvelles informations pour de nouveaux lecteurs. Quant à tout ce qui n’est pas nécessaire pour raconter la nouvelle histoire, cela a été abandonné et n’est pas mentionné. On ne prend pas de nouvelles des personnages dont l’intrigue est close.

En concevant l’intrigue, j’avais prévu des arcs pour cinq des personnages du premier livre : Tim Keller, S, Clil Courdou, Armaga et Juan Scorpio. Pour les quatre premiers, ça avait du sens : dans le nouveau roman, on les retrouvait dans une nouvelle situation, avec de nouveaux défis. Ceux-ci avaient leurs racines dans le tome précédent, mais restaient compréhensibles sans même qu’il en soit fait mention.

Un dosage délicat entre trop et trop peu d’exposition

Pour le dernier, ça n’était pas aussi simple. Juan, un pirate manipulateur qui avait séduit Tim dans l’histoire précédente, devait revenir sous une nouvelle identité (« le Prophète ») afin de se rapprocher de son ancienne conquête, se faire une place dans sa vie avant de se démasquer de manière théâtrale. J’ai fait de mon mieux pour que ça fonctionne, mais c’était un désastre : les motivations du personnage étaient directement tirées du premier tome, l’effet de surprise de la révélation ne fonctionnait que sur les lecteurs qui avaient lu celui-ci, et pour les autres, il fallait tout arrêter et mettre l’action sur pause afin d’expliquer son arrivée. C’était beaucoup d’efforts pour peu de résultats, raison pour laquelle le rôle initialement tenu par Juan Scorpio a été modifié pour laisser la place à un nouveau personnage, Zoa (qui conserve malgré tout quelques points communs avec le pirate, afin de montrer que Tim a un faible pour un certain type d’homme).

Dans « Merveilles du Monde Hurlant », la protagoniste Tim Keller a commis toute une série d’erreurs de jugement, en particulier du point de vue sentimental. Cela l’a laissée meurtrie et pleine de désillusion sur les choses de l’amour. C’est dans cet état qu’on la retrouve quelques années plus tard, dans « Révolution dans le Monde Hurlant », changeant de partenaire régulièrement mais incapable d’envisager d’ouvrir son cœur à quelqu’un. Sa situation de départ découle donc de ce qui s’est passé dans le tome précédent, et dans une des dernières versions du roman, je ne l’explicitais pas. Mes bêta-lectrices et lecteurs m’ont toutefois convaincu qu’il fallait que je me montre un peu explicite, parce que le mutisme de Tim dans le domaine amoureux la rendait vraiment insupportable. Un dosage délicat entre trop et trop peu d’exposition, qu’il faut parvenir à réussir quand on se lance dans la rédaction d’une suite.

Et puis écrire une suite, c’est renoncer. C’est ce que j’ai choisi de faire en tout cas. Certains détails du premier roman ont tout simplement été abandonnés et il n’en est fait aucune mention. Je vous cite quelques exemples : dans « Merveilles du Monde Hurlant », on passe pas mal de temps à expliquer les mécanismes distinctifs de ce que j’appelle « les trois Prodiges » : la Foi, la Magie et la Science. Dans « Révolution », on n’en parle pas : les individus qui possèdent ces pouvoirs s’en servent, et on n’explique pas comment ils procèdent ; dans « Merveilles », Tim possédait un pouvoir qui lui permettait de visualiser un combat sous forme symbolique, en identifiant alliés et antagonistes, un don qu’elle possède peut-être encore, mais qui compliquait l’écriture des scènes sans rien apporter, j’ai donc renoncé à en faire mention ; il y aussi un quatrième Prodige, la Fiction, qui joue un rôle central dans le nouveau roman, mais dont le second nom, la Protoclarté, n’est même pas mentionné. Ce serait superflu dans le roman.

Pour réussir une suite, il faut débarrasser le texte de tout ce qui complique la lecture, il faut désencombrer, et choisir de rendre des comptes avant tout à l’histoire que l’on est en train de raconter, plutôt qu’à un contexte plus large.

« Révolution dans le Monde Hurlant » – la FAQ

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Ci-dessus : les Soeurs Miasmatiques, trois des personnages de « Révolution du Monde Hurlant », mon nouveau roman de fantasy, qui vient de paraître. Il est possible de le commander ici.

Je n’oserais prétendre que ce qui suit constitue des « questions fréquemment posées » au sujet de mon nouveau livre, car elles ont tout juste été posées quelques fois. C’est donc d’une plus modeste « foire aux questions » dont il s’agit, qui pourra, je l’espère, éclairer votre lanterne au sujet de cette publication.

Quel type de roman est « Révolution dans le Monde Hurlant » ?

C’est un roman de fantasy, baroque et foisonnant, avec beaucoup d’aventure dedans, du merveilleux, une pointe de steampunk et un soupçon de romance. On y suit une jeune femme, Tim Keller, qui part dans un monde parallèle pour sauver son frère qui s’est fait enlever par des créatures mystérieuses. Au passage, elle va jouer un rôle dans une révolution, sinon, vraiment, il n’y aurait absolument aucune raison que ce livre s’intitule ainsi, on est bien d’accord.

Est-ce que « Révolution dans le Monde Hurlant » est une suite ?

Oui, c’est la suite de la duologie « Merveilles du Monde Hurlant », parue aux Editions Le Héron d’Argent sous les titres « La Ville des Mystères » et « La Mer des Secrets. » Dans le nouveau roman, on retrouve la même protagoniste, Tim Keller, quelques années plus tard, ainsi que d’autres personnages. « Révolution », cependant, constitue un roman indépendant qui peut être lu par les personnes qui ne savent rien des premiers volumes.

Je n’ai pas lu « Merveilles du Monde Hurlant », puis-je commencer par celui-ci ?

Oui, tout est fait pour qu’il soit possible d’entamer la lecture par ce roman. Aucune explication supplémentaire n’est nécessaire. C’est à comparer avec « Star Wars », où il est possible de commencer par l’Episode IV sans avoir vu les trois précédents, et sans se sentir largué.

Pourquoi parait-il en un seul volume ?

Le livre est bien divisé en deux parties distinctes, « Le Désert des Rêves » et « Les Plaines du Cauchemar », et il est vrai que j’ai brièvement envisagé de le publier en deux volumes, mais il s’agit d’un seul roman et il m’a semblé plus cohérent et plus loyal envers les lecteurs de tout sortir en une fois. En plus, j’aime bien avoir mon nom sur un gros bouquin.

Pourquoi est-ce que « Révolution dans le Monde Hurlant » est paru en autoédition ?

Il y a plusieurs raisons. L’éditeur de « Merveilles du Monde Hurlant », le Héron d’Argent, ne souhaitait pas s’engager sur une série au long cours, ce que je comprends très bien. De mon côté, je préférais consacrer moins de temps à la promotion et aux participations à des salons à l’étranger. Ce sont des moments extraordinaires et je suis très heureux d’avoir eu l’opportunité de les vivre, mais ils sont coûteux et m’éloignent de ma famille, donc sur ce coup j’aime autant me la jouer plus locale.

Qui a réalisé la couverture ?

C’est moi. Franchement, c’était moins cher que de faire appel à une illustratrice ou à un illustrateur.

Es-tu disponible pour de la promotion ?

Avec plaisir ! Je compte faire quelques apparitions dans des salons en Suisse ,dès qu’il y aura des salons en Suisse. En-dehors de ça, je suis ouvert à répondre à des interviews, sous toutes les formes. Et les blogueurs qui ont l’intention de publier une chronique du livre peuvent s’adresser à moi pour obtenir le manuscrit en format epub.

Puis-je lire un extrait gratuitement ?

Oui, les trois premiers chapitres du livre peuvent être lus ici. Et vous trouverez ici une nouvelle dont l’action est située avant le roman, et qui s’attache à un de ses personnages.

Y aura-t-il une suite à ce roman ?

C’est en tout cas mon intention. « La Chute du Monde Hurlant » racontera une troisième et ultime aventure de Tim Keller, quelques années plus tard. L’intrigue, les thèmes et les personnages sont en place, mais je suis loin d’en arriver à construire le plan, et encore plus éloigné de la rédaction du roman. Tout ce qui existe, pour le moment, c’est plein de notes, et cette image. J’ai deux autres projets qui devraient passer avant, une uchronie et un roman de fantasy jeunesse, et en plus, pour le moment, je fais une pause dans l’écriture, donc ça n’est pas pour tout de suite.

C’est quoi, un « porc-sifflard » ?

Vous n’en saurez rien !

A vous ! Si vous avez des questions, j’y réponds ci-dessous !