Le piège des jeux de rôle

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Nos influences nous nourrissent, en tant qu’écrivains, mais elles peuvent aussi nous pousser à saboter nos propres histoires. J’ai déjà examiné ici les pièges qui peuvent se présenter sur la route d’un auteur très influencé par une œuvre qu’il affectionne, ainsi que ceux qui se présentent quand l’essentiel des références d’un romancier appartiennent au champ de la télévision. Dans ce billet, je vais évoquer une autre dérive qu’il convient de garder à l’œil, et qui me concerne très directement : les jeux de rôle.

Pour celles et ceux qui ne sont pas totalement familiers avec le terme, les jeux de rôle sont un loisir créatif dans lequel un groupe de participants vit et crée des situations fictives à travers des dialogues semi-improvisés. Dans la configuration la plus classique, l’un d’entre eux, le meneur de jeu, joue le rôle de l’arbitre, décrit le monde et campe les personnages secondaires, en se basant sur une trame dramatique de base qu’on appelle un scénario. Tous les autres interprètent un personnage, qui évolue dans cet univers. Des règles, qui dépendent souvent de chiffres et de jets de dés, règlent toutes les situations qui ne dépendent pas du dialogue.

Écrire pour les jeux de rôle, c’est très différent d’écrire de la fiction traditionnelle. Pour commencer, rédiger un scénario, ça ne consiste pas à raconter une histoire, puisque celle-ci va être créée et vécue lors de la partie, mais ça consiste plutôt à esquisser un potentiel d’histoire. On décrit une situation de base, un incident initial, un personnage qui poursuit un but, une crise ; on ébauche une séquence d’événements qui peuvent se produire ; on décrit des lieux et des personnages secondaires qui peuvent être appelés à faire leur apparition dans l’histoire. Tout cela est ensuite utilisé pour alimenter la partie, en fonction des choix des joueurs, sachant que souvent, une bonne partie de ce qui était prévu dans le scénario se produit, mais parfois, on s’en éloigne complètement.

C’est une série de drames en suspension

L’autre volet de l’écriture rôlistique, c’est la création d’un univers. Un scénario de jeu de rôles se situe dans un monde, qu’il s’agit de décrire. La forme que prend cette description est très particulière, puisque là aussi, il s’agit de coucher sur le papier, non pas des situations dramatiques, mais des potentiels : dans tel ou tel endroit vivent tels types d’individus, qui vivent tel genre de situation et qui poursuivent tel but, alors qu’en face habitent d’autres personnages qui ont un vécu différent et qui ont plusieurs raisons de s’opposer aux premiers. Ici, on ne raconte pas une histoire, on se contente de dire qu’il existe, en germe, une multitude de possibilités de raconter des histoires, susceptibles de se produire ou non. C’est une série de drames en suspension.

Tout cela est très singulier, et complètement en porte à faux avec ce que la littérature proprement dire réclame d’un auteur. Si les jeux de rôle sont une belle école de l’imaginaire, qu’ils peuvent aider un auteur à conjurer rapidement des concepts et à les emboîter les uns aux autres, qu’ils leur enseignent à se soucier du décor de manière méticuleuse, ils induisent également énormément de mauvais réflexes chez les meneurs de jeux qui souhaiteraient devenir écrivains.

Le premier piège des jeux de rôle, c’est que la priorité d’écriture n’est pas la même. Dans un roman, tout est centré sur l’intrigue et sur les personnages, et chaque aspect qui n’est pas au service de l’une ou de l’autre est inutile, voire superflu. Dans les jeux de rôle, au contraire, rien ne saurait être superflu : tous les détails de background sont susceptibles d’être utilisés à un moment ou à un autre. Il en découle que bien souvent, un auteur formé aux jeux de rôle va accumuler des éléments dans son roman, inutiles à l’intrigue, jusqu’à asphyxier son histoire et à la rendre inintelligible.

Une sorte de fétichisme du background

Je vous donne un exemple : mon roman « Merveilles du Monde Hurlant » se déroule dans un univers qui est, disons, largement inspiré d’un décor de campagne créé pour les jeux de rôle. Dans l’histoire, on suit de près des personnages impliqués dans la guilde des mendiants d’une ville, et on entend vaguement parler d’une sorte de syndicat du crime. Ça, c’est le résultat final. Dans le premier jet, armé de la description de la ville, j’avais inclus énormément de détails sur le fonctionnement interne du groupe criminel en question, et j’avais, en plus, mentionné un autre groupe concurrent, qui venait compliquer une intrigue déjà bien chargée. C’était très indigeste.

Ça, c’est typiquement un mauvais réflexe de meneur de jeu : j’ai pris mon univers pour un fait accompli, et je me suis dit « Si les événements que je décris se produisent, comment vont se positionner les différents groupes criminels de la ville ? » En jeu de rôle, on cherche à mettre en scène un univers cohérent, organique, réactif, qui s’approche du fonctionnement du monde réel, quitte à être chaotique et confus. Un romancier, au contraire, cherche à raconter une histoire, en s’appuyant sur les éléments qui sont nécessaires, et en écartant ce qui ne l’est pas.

C’est donc ça, le principal piège des jeux de rôle : une sorte de fétichisme du background. Quand on a ce parcours, on donne à l’univers une importance disproportionnée, sans réaliser qu’en littérature, ce qui compte, c’est l’histoire, et le décor est surtout là pour faire joli derrière les personnages.

Les lecteurs  veulent qu’on leur raconte des histoires, pas qu’on les emmène en balade

D’ailleurs, autre piège qui découle de celui-ci : cette fascination pour le décor risque, si l’on n’y prend pas garde, de déboucher sur des romans statiques, ou les événements, les actes, bref, l’intrigue elle-même, n’occupe pas le devant de la scène. À la place, l’auteur, si satisfait du petit univers qu’il a imaginé, se transforme en guide touristique et nous le présente à longueur de page, dans de longues séquences d’expositions stériles, en espérant parvenir à communiquer son enthousiasme pour son monde de fiction. Il est utile de le rappeler : les lecteurs de roman veulent qu’on leur raconte des histoires, pas qu’on les emmène en balade.

Les personnages, voilà un troisième et dernier point faible de l’auteur trop habitué aux jeux de rôle. Dans une partie, les personnages n’existent qu’à travers les décisions des joueurs, c’est toute l’idée. Mais celles-ci sont, par nature, imprévisibles, et donc difficiles à anticiper et impossibles à intégrer par avance dans l’intrigue.

Cela signifie qu’un auteur trop habitué à écrire pour les jeux de rôle risque de négliger certaines possibilités : en particulier, l’idée qu’un protagoniste du roman puisse commettre des erreurs et se mettre dans le pétrin, que ces actions soient le moteur de l’intrigue, est souvent négligée. C’est un paradoxe, parce que si ce genre de mécanique narrative est omniprésente dans les parties de jeux de rôle, elle est absente des scénarios, et peut être oubliée par les scénaristes devenus romanciers en herbe.

Retour de bêta-lecture (1)

blog mh

Les choses avancent, les choses progressent…

Ici-même, sur ce blog, j’avais au début du mois de mars publié un appel afin de trouver des bêta-lectrices et des bêta-lecteurs pour mon nouveau roman, dont je venais d’achever une version quasi-finale. Mon ambition était de trouver trois personnes prêtes à lire mon manuscrit, avec si possible au moins un bêta-lecteur qui avait lu mes livres précédents, les deux tomes de « Merveilles du Monde Hurlant. » Il est temps de vous tenir au courant des résultats obtenus par cette démarche.

Notez que je considère que les retours des bêta-lecteurs sont de nature, peut-être pas confidentielle, mais en tout cas personnelle, et en tout cas pas destinés à être partagés avec le plus grand nombre. La liberté de ton indispensable à l’exercice s’accommode mal d’une publication tapageuse de « qui-a-dit-quoi-à-quel-sujet. » Vous trouverez donc ci-dessous quelques exemples des retours que j’ai reçus, mais ils ne seront pas attribués à leurs auteurs, et résumés dans les grandes lignes.

Pour commencer, je ne m’attendais pas au succès de ma requête. Largement relayée en ligne par des amis, elle a connu un succès foudroyant, et j’ai reçu plus d’une vingtaine de propositions spontanées. J’aimerais ici exprimer ma plus profonde reconnaissance à toutes les personnes désireuses de m’aider, et en particulier à celles et ceux qui ont pris le temps de lire mon texte et de m’envoyer leurs retours.

Au final, j’ai sélectionné huit personnes pour cette bêta-lecture, fixant un délai à la fin du mois de mai. L’une d’entre elles n’a rapidement plus donné signe de vie, et deux d’entre elles ne m’ont pas rendu leurs notes à la fin août, moment où j’ai décidé d’entamer malgré tout l’ultime relecture de mon roman, en intégrant les remarques reçues.

J’ai clairement eu la main lourde

Il faut dire que mon approche de la bêta-lecture avait quelque chose de décourageant. Déjà, mon roman est un gros pavé, avec de nombreux personnages et plusieurs intrigues parallèles. Mais en plus, j’ai opté pour l’approche de la bêta-lecture décrite par Stéphane Arnier. Je vous encourage à lire ce qu’il a écrit à ce sujet, mais en résumé, il s’agit de considérer cette phase, non pas comme une validation éditoriale, non pas comme une suite de « j’aime/j’aime pas » arbitraires, mais comme une manière de tester le roman, de s’assurer qu’il fonctionne et que les points principaux de l’intrigue sont compréhensibles.

Là où j’ai clairement eu la main lourde, c’est que j’ai distribué à mes pauvres bêta-lectrices et lecteurs un questionnaire-coup de massue comportant plus de 200 points. C’était, à l’usage, une mauvaise idée : cela a probablement contribué à décourager deux d’entre eux, et m’a forcé à manipuler une masse de données proprement hallucinante.

Cela dit, je n’ai pas de regrets, et si je devais le refaire, je ne sais pas trop comment je m’y prendrais. Parce que le fait de poser des questions de vérification sur des points majeurs comme sur des points mineurs du manuscrit m’a permis de déceler des incompréhensions là où je ne les attendais pas.

Pour citer quelques exemples, j’ai découvert qu’il n’y avait pas deux lecteurs qui visualisaient de la même manière les Lithiques, une espèce de petits êtres en pierre qui peuplent mon univers de fiction. En prendre conscience m’a permis d’ajuster les descriptions.

Au début du roman, une scène d’action située dans un appartement a également suscité une certaine confusion de la part de mes bêta-lecteurs. Il faut dire que j’y décrivais trois portes distinctes : celle de l’entrée, une deuxième entre deux appartements communicants, et la porte de la chambre de mon héroïne. Pour rendre tout cela moins confus, j’ai rayé du texte toute mention de la troisième porte, et j’ai repeint la deuxième, qui est devenue « la petite porte rouge. » Le chapitre est bien plus clair désormais.

Il faut avouer que ça détend

À l’inverse, pour terminer sur les résultats du questionnaire, des passages qui me semblaient confus, trop complexes, peu clairs, ont été compris par tous mes bêta-lecteurs sans aucune gêne. Il faut avouer que ça détend.

Et puis il y a eu quelques cas de conscience : dans un ou deux cas, des bêta-lecteurs n’ont pas compris certains détails de l’intrigue. Par exemple, la première moitié du livre raconte un voyage du Nord au Sud, et une lectrice pensait que c’était l’inverse. Passant en revue les passages en question, j’ai jugé que le cap avait été indiqué suffisamment souvent pour que les choses soient claires, et que finalement, un lecteur qui n’aurait pas saisi ça n’aurait rien manqué de vital. Peut-être que je me trompe, mais c’est aussi le genre de question que l’on doit trancher dans cette phase de bêta-lecture.

En tant qu’auteur, je ne crois pas que chaque détail d’une histoire doive être explicité, y compris les plus triviaux. Cela peut produire selon moi un résultat lourd et archaïque. Aussi, par exemple, lorsqu’une bêta-lectrice s’est demandée d’où un personnage tirait un drapeau qu’il brandissait soudain, alors qu’il venait de passer quelques jours en ville, j’ai jugé que celles et ceux qui se poseraient la question parviendraient sans difficultés à formuler une hypothèse convaincante. Certains préféreraient à coup sûr bénéficier de davantage de détails, mais c’est un choix que j’assume.

Et puis il y a eu un petit fossé culturel, assorti d’un mauvais jugement de ma part. Dans mon univers de fiction, il existe un empire des humains, le Reik, qui est une mosaïque d’États plus ou moins indépendants, avec à leur tête un Empereur élu par les souverains des nations qui constituent l’ensemble. « Un peu comme le Saint-Empire Romain Germanique », me suis-je toujours dit, moi qui suis Suisse. Je n’avais pas imaginé que ce type d’organisation paraîtrait exotique et déconcertant à des lecteurs français, naturellement plus accoutumés à l’histoire des Rois de France. La bêta-lecture m’a permis d’en prendre conscience et de rajouter quelques lignes d’explications par-ci, par-là.

Résultat amusant : ce livre est la suite de ma duologie « Merveilles du Monde Hurlant », mais il est conçu pour pouvoir être lu indépendamment. Les bêta-lecteurs qui avaient lu le premier ont douté que cela soit possible, alors que ceux qui ne l’avaient pas lu n’y ont pas vu de problème.

Dans la seconde partie de ce billet consacré à la bêta-lecture de mon roman, j’aborderai les autres types de retours obtenus lors de cette phase.

La boîte à outils pour vos descriptions

blog le petit plus

Réunir en un seul endroit une série de mots qui peuvent être utilisés pour décrire une émotion ou une expérience sensorielle, et assortir tout ça de conseils pour réussir ces descriptions dans un cadre romanesque : c’était la raison d’être d’une série d’articles publiés sur ce blog ces dernières semaines.

Il s’agissait d’articles-outils, de références à consulter en fonction plutôt que des billets à lire pour le plaisir ou pour élargir ses horizons, raison pour laquelle il m’a semblé nécessaire de les regrouper ici. Vous trouverez ainsi des liens vers chacun des articles de la série, ce qui vous permettra de les redécouvrir, et surtout de tout retrouver en un seul signet, dans l’attente du moment où vous en aurez besoin.

Décrire les émotions

La peur

La tristesse

La joie

La colère

La honte

Décrire les sens

La douleur

Le plaisir

Le toucher

L’odeur

Le goût

Le bruit

 

Je recherche des bêta-lecteurs

blog beta lecteurs

⚠️ Un grand merci pour votre enthousiasme et vos nombreuses propositions, qui me touchent énormément. J’ai désormais trouvé les bêta-lectrices et les bêta-lecteurs que je cherchais, et la recherche décrite dans le texte ci-dessous est donc close. ⚠️

La semaine dernière, j’ai achevé l’écriture de mon nouveau roman.

Ou plutôt, je l’ai achevée une seconde fois, puisque j’avais déjà bouclé le premier jet il y a plusieurs mois. Là, c’est une version complète et fonctionnelle qui vient de voir le jour, façonnée et remodelée par sept campagnes de corrections longues et intenses. Un jour, sur ce blog, je vous raconterai quelques anecdotes riches d’enseignements sur la difficile gestation de ce texte…

Mais c’est de la musique d’avenir. Pour le moment, une nouvelle phase est sur le point de commencer : celle de la bêta-lecture.

Je recherche les premières lectrices et lecteurs de ce roman. Idéalement, entre deux et sept personnes. Peut-être que vous, qui lisez ces lignes, seriez intéressés à en faire partie?

Avant de vous décider, il faut que vous sachiez où vous mettez les pieds.

Ici, on parle d’un épais bouquin de fantasy qui compte environ 227’000 mots, soit à peu près la moitié du texte intégral du « Seigneur des Anneaux », s’il vous faut un point de repère. Il contient un grand nombre de personnages et d’intrigues parallèles, ainsi que plusieurs modes narratifs. C’est un gros bébé, long, baroque, foisonnant. Ce n’est pas pour tous les goûts, et simplement lire le texte du premier au dernier mot représente un certain investissement de temps. Bref, ça n’est pas pour les mauviettes de la lecture.

Ce roman est la suite de ma duologie « Merveilles du Monde Hurlant », parue aux Éditions le Héron d’Argent. Il a toutefois été écrit spécifiquement pour pouvoir être découvert par des lecteurs qui n’ont aucune connaissance préalable de ce texte. Voilà pourquoi je recherche des bêta-lecteurs qui n’ont pas lu « Merveilles », mais aussi si possible au moins une bêta-lectrice ou un bêta-lecteur qui connaît le roman précédent, afin de bénéficier des deux points de vue.

Est-ce que cela vous intéresse? Est-ce que rien ne vous effraye?

Pour mener à bien cette délicate opération, je m’appuie sur les excellents articles que Stéphane Arnier a consacrés à la question. En deux mots, ce que je demande aux bêta-lectrices et aux bêta-lecteurs, c’est de tester le livre afin de savoir s’il y a des points où celui-ci n’est pas clair, où mes explications sont confuses, mes descriptions conjurent une image radicalement différente de celle que j’avais en tête, que les motivations des personnages ne sont pas compréhensibles, etc… Afin d’y arriver, je leur transmettrai une longue liste de questions – il y en a un peu plus de 200 – et leur mission sera d’y répondre afin de me dire de quelle manière ils ont compris (ou pas compris, ou compris autrement) où je voulais en venir.

En plus de cela, toutes les remarques formelles, stylistiques, tous les conseils, les suggestions, sont les bienvenus, même si ce n’est pas le type de retour que je recherche en priorité. Sentez-vous libres de me dire tout ce que ce texte vous inspire, en positif mais surtout en négatif, sans avoir à ménager mon ego.

Idéalement, j’aimerais bien pouvoir boucler la phase de bêta-lecture d’ici la fin du mois de mai.

Est-ce que cela vous intéresse ? Est-ce que rien ne vous effraye ? Si c’est le cas, d’abord, merci d’avance. N’hésitez pas à vous signaler, en commentaire ou par le formulaire de contact, ou à me poser des questions supplémentaires si tout n’est pas clair.

La guerre: résumé

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Vous trouverez ici tous les conseils que j’ai récemment postés sur mon blog pour raconter des histoires de guerre, de soldats, de combats et de batailles dans un contexte romanesque.

Normalement, j’ai arrêté de poster des articles qui servent uniquement de résumé pour une série de billets regroupés par le même thème. Après tout, j’ai créé une page qui regroupe tous mes articles, qui devait satisfaire l’ensemble des curieux. Malgré tout, comme ce projet sur la guerre était long et ambitieux, et que les autrices et auteurs qui souhaiteraient puiser dans les conseils que j’ai publié à ce sujet souhaiteront peut-être bénéficier d’un marque-page pour le jour où ils écriront une histoire dans cette veine-là, je me suis dit que cette fois-ci, ça serait pratique. Donc voici les liens:

  1. Éléments de décor: la guerre
  2. Écrire la guerre
  3. Écrire la bataille
  4. La bataille terrestre
  5. La bataille navale
  6. La bataille aérienne
  7. La bataille spatiale
  8. Guérilla
  9. Écrire le combat
  10. Le corps-à-corps
  11. Le combat à distance
  12. Blessures
  13. Décrire la douleur

Le premier jet

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Tout est prêt. Vous avez une idée pour votre roman, vous avez réfléchi à un thème, vous avez échafaudé une structure, construit des personnages et choisi une orientation stylistique qui vous convient. Vous avez une bonne idée pour votre première phrase. Vous avez même pris la peine de vous entraîner. Bref, ça y est, vous n’avez désormais plus qu’une chose à faire : vous mettre à écrire.

Vous la sentez, la pression, là ?

Eh oui. Pour certains auteurs en herbe, entamer la rédaction d’un roman, c’est intimidant. Il y en a même qui auraient tendance à voir ça comme un premier saut à l’élastique, un de ces moments où on se jette dans le vide sans être sûr que, derrière, il y a bien un truc qui nous retient et nous empêche de nous aplatir par terre comme une petite crotte.

Parce qu’on a beau ressentir de l’inspiration, avoir envie d’écrire, chérir l’acte créatif et se réjouir de coucher sur le papier tous ces mots qui dorment en nous depuis tellement longtemps, lorsque vient le moment de s’y mettre, il n’est pas rare de ressentir une appréhension. Oui, on a envie de nager, mais l’eau sera-t-elle trop fraîche ? Si c’était si facile, tout le monde le ferait. Qui tu serais pour réussir là où tous les autres ont échoué ?

Se confronter à la possibilité très réelle d’être nul

Cette inquiétude est enracinée dans des soucis rationnels. D’abord, aborder l’écriture d’un premier roman, c’est se confronter à la possibilité très réelle d’être nul. Si ça se trouve, on a envie d’être un auteur mais le résultat sera loin d’être à la hauteur de nos attentes. C’est très possible, et hélas, il n’y a qu’en le faisant qu’on peut s’en rendre compte.

Cela dit, il existe des moyens d’atténuer le choc. Ne vous lancez pas immédiatement dans un roman : rédigez quelques nouvelles auparavant, des contes, des petites histoires. Vous aurez ainsi apprivoisé votre écriture et vous saurez si vous êtes fait pour ça ou non. Mieux vaut s’exposer à une déception que vivre sa vie dans l’incertitude.

L’autre raison d’être intimidé par le début d’une aventure littéraire est encore plus compréhensible : lorsque l’on écrit la première phrase d’un roman, forcément, on n’a jamais été aussi éloigné de la fin. Se mettre à écrire, c’est s’astreindre à un travail monumental, qui, lorsqu’il n’en est qu’au début, peut ressembler à un objectif impossible à atteindre. Ça file le tournis.

Rassurez-vous, tous les romans du monde ont été écrits de la même manière : un mot après l’autre. D’autres que vous y sont parvenus, y compris des pas malins et des pas doués, donc il n’y a pas de raison pour que vous échouiez.

Quand vous écrivez le premier jet d’un roman, vous n’êtes pas en train d’écrire le roman

Cela dit, on le voit bien, la principale difficulté lorsque l’on rédige le premier jet d’un roman, c’est la tentation de l’abandon. Pourquoi consacrer tant de temps, verser tant de sueur pour quelque chose qui, vous le pressentez, sera de toute manière raté ? À chaque instant, dans ce travail de mineur, on risque de se décourager, de se laisser distraire, d’entendre le chant des sirènes qui nous murmurent qu’il y a tellement de choses plus divertissantes à faire ailleurs.

Ne les écoutez pas et tenez bon, tenez bon, tenez bon. C’est le seul conseil qu’on puisse donner. Écrire un roman, c’est un effort qui se joue sur la longueur : des heures à la fois, qui se prolongent pendant des jours, des semaines, des mois. Parfois vous resterez assis comme une tanche devant votre clavier et au bout de deux heures, vous n’aurez écrit que huit mots très moches. Pas grave : persévérez, vous ferez mieux la fois d’après, et la fois d’après, les choses deviendront plus faciles, une routine finira par s’installer. L’important, c’est de s’accrocher et surtout de ne pas se retourner sur son chemin, de ne pas jeter un regard critique sur ce que vous êtes en train d’écrire, sans quoi tout va se figer et votre roman va se transformer en statue de sel.

Parce que ce qu’il faut comprendre, et c’est très important de garder ça en tête, c’est que quand vous écrivez le premier jet d’un roman, vous n’êtes pas en train d’écrire le roman. Quand vous aurez terminé, le travail sera loin d’être fini avant que vous puissiez vous considérer comme satisfait. Il ne s’agit que d’une étape, certes importante, mais probablement pas aussi décisive que vous le pensez.

Vous devez commencer par écrire un roman imparfait, bancal, insatisfaisant

Vous ne faites, en réalité, qu’accumuler un gros morceau de terre glaise que vous allez sculpter par la suite pour lui donner sa forme définitive. Si tout n’est pas parfait, ça n’est pas grave ; s’il y a des passages franchement ratés, vous les réécrirez plus tard ; si certains personnages ne fonctionnent pas, vous les changerez. Mais pour que vous puissiez y parvenir, pour que vous soyez capable de produire l’histoire que vous avez en tête, vous devez commencer par écrire un roman imparfait, bancal, insatisfaisant.

En disant ça, soyons clairs, je parle en tant qu’auteur Bricoleur. D’autres vivent des expériences différentes. Si vous êtes un Architecte et que vous avez tout planifié au préalable, l’étape d’écriture sera sans doute moins décourageante, mais elle sera plus ennuyeuse, et votre combat consistera alors à parvenir à arriver jusqu’au bout sans vous endormir, en maintenant intact l’intérêt que vous avez pour cette histoire malgré le fait qu’elle n’avait déjà plus aucun secret pour vous avant d’écrire le premier mot.

Si vous êtes un Explorateur, cette phase sera plus décisive. Votre premier jet va beaucoup plus ressembler à votre roman terminé, puisque vous créez votre narratif en l’écrivant. Cela dit, les Explorateurs sont bien souvent des auteurs qui apprécient l’acte d’écriture en lui-même, donc le plaisir qu’ils éprouvent à coucher des phrases sur le papier doit normalement suffire à maintenir leur intérêt jusqu’au bout.

On parle beaucoup de l’imagination des auteurs, de leur sensibilité, de leur amour des mots. On devrait davantage parler de leur courage, de leur endurance et de leur patience : voilà les qualités qui font qu’un écrivain parvient à sortir du néant une histoire, à force d’efforts et d’obstination, là où auparavant il n’y avait rien du tout.

⏩ La semaine prochaine: Les corrections

L’interview: Gen Manessen

Première interview à être publiée sur ce blog, celle de Gen Manessen, auteure autodidacte d’un roman autopublié, intitulé « Colorado Vibrato » et qui nous emmène dans les grandes plaines des Etats-Unis sur fond de romance.

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Tu présentes ton premier roman, « Colorado Vibrato », comme « une saga moderne dans le Grand Ouest américain. » Pourquoi le choix de ce décor ?

J’aime l’Ouest américain. Ses paysages et son grand ciel me parlent. Impossible de rester indifférent à sa grandeur. C’est le décor parfait pour une histoire d’amour.

Qu’est-ce qui est venu en premier ? L’amour de l’écriture ou l’amour des Etats-Unis ?

Ce sont deux amours totalement différents. J’aime raconter des histoires et il se fait que j’ai laissé flotter mon imagination avec pour toile de fond les plaines et les canyons. Je ne pense pas que je me limiterai aux USA. Ecrire n’a pas de frontières.

Tu ne vis pas là-bas. Est-ce que tu as été tentée de commencer par écrire sur des sujets qui font davantage partie de ta vie quotidienne ?

Non, je n’ai pas décidé, c’est venu comme cela. J’imagine que ma vie quotidienne ne m’inspire pas de la sorte.

Se lancer dans l’écriture d’un roman, ça réclame de la volonté et de la patience. Qu’est-ce qui t’a donné envie de t’y mettre ? Comment est-ce que tu es arrivée au bout ?

J’ai d’abord voulu écrire une nouvelle. J’ai noirci un carnet, j’ai ensuite saisi mon PC. Je me suis laissée porter. Je découvrais quelque chose que je ne connaissais pas. J’avais juste écrit des poèmes quand j’étais enfant. J’ai travaillé le soir tard et ensuite la nuit. Le matin je corrigeai les écrits de la veille. J’ai appris par moi-même, seule. Tout ce que j’ai observé m’a fait grandir. Il m’a poussé des antennes sur la tête. Je me suis mise à observer les gens et à noter çà et là des mots, des expressions. Et petit à petit mon histoire s’est étoffée.

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Ton héroïne Mona est une femme forte et passionnée. Quelle part de toi as-tu mise en elle ?

Ce n’est pas une autobiographie. Mais je suis quelqu’un de passionné… Comme elle. Elle agit souvent sans trop se poser de questions, moi aussi.

Quelle est ta définition du romantisme ?

Le romantisme ? C’est un mouvement dans l’art, je pense… Rien à voir avec un roman.

Le roman devrait comporter deux suites. Pourquoi ? Tu ne pouvais pas te résoudre à dire au revoir à tes personnages ?

Oui, j’ai été bien orgueilleuse d’annoncer deux suites. J’écris la seconde pour le moment. L’inspiration ne manque pas, mais le temps : oui !

Ton roman est auto-édité. Est-ce un choix ? A quoi ont ressemblé tes démarches pour publier ce livre ?

J’ai envoyé fièrement des manuscrits à des grandes maisons d’édition. J’ai reçu des réponses mais « je ne suis pas dans la ligne d’édition de leurs prestigieuses maisons. » Alors j’ai fait de l’auto édition.

C’est un regret?

Non. Quand on a l’habitude d’aimer  » faire différemment des autres » on ne peut pas se payer le luxe d’avoir des regrets. Ce serait trop simple…

Pourquoi avoir choisi de signer « Gen Manessen » ? Le plaisir de lire ton vrai nom sur la couverture d’un livre, ça ne te tentait pas ?

J’aime le nom d’auteur que je me suis choisi. Comme cela je n’indispose pas ma famille.

Un conseil, une suggestion à ceux qui te lisent et qui ont envie d’écrire?

Ceux qui vont lire mon roman vont découvrir qu’il est inégal mais qu’à la moitié cela se précipite et je deviens bien meilleure. Suggestion à ceux qui n’ont jamais écrit : établissez votre fil rouge et ensuite écrivez des chapitres en fonction de vos humeurs. Du triste quand vous êtes tristes et du gai quand vous êtes gai. Suivez votre élan et relisez-vous. Beaucoup. Trouvez 2 ou 3 personnes pour vous suivre et vous encourager. Cela fait du bien.

« Il faut croire en soi-même malgré les preuves contraire » a écrit Kent Haruf, auteur né au Colorado. Est-ce que tu suis une maxime similaire ?

J’en ai des tas, des maximes… Celle-là qui me conseille de croire en moi me rappelle que je reste ma meilleure amie. J’ai essuyé des critiques avec mon roman et c’est normal. Mais j’ai une flamme, en moi, qui brûle si fort. On ne me fera pas taire !

✋ Vous êtes auteur-e? Vous souhaitez être interviewé sur ce blog? Contactez-moi!

Tag: Un questionnaire pour écrivains de fiction

blog le petit plus

Alors voici l’histoire: en découvrant l’excellent blog de C. Kean, je suis tombé sur ses réponses à un questionnaire concernant ses œuvres et son cheminement littéraire. Vous le trouverez ici, c’est une lecture intéressante.

Une de ses réponses m’a particulièrement intrigué: celle où elle évoque avoir commis en 5ème « une sombre histoire avec des chevaux qui parlent et qui devaient sauver le monde grâce à des pierres magiques. » Elle a refusé d’inclure le titre, mais je lui ai réclamé. Elle s’est engagée à me le révéler si je répondais à mon tour à ce questionnaire. Donc voilà.

Les questions originales sont signées Béatrice Aubeterre. Vous les trouverez ici. Ou alors ci-dessous:

ecrivains-fiction

1ère partie : vos histoires

1 – La première que vous avez entreprise

C’était sans doute une bande dessinée. Est-ce que ça compte? On va dire que oui. Dans ce cas, c’était « La Société des Hyper-Héros contre l’Homme-Robot » – je pense que je devais avoir 6 ou 7 ans.

2 – La première que vous avez terminée (ou la plus avancée)

J’ai passé énormément de temps à écrire des centaines de scénarios de jeu de rôle, mais même si je les ai bel et bien terminés, je ne les prend pas en compte dans ce questionnaire. Du coup je pense que ma première histoire vraiment terminée, c’est mon premier roman, un polar dont l’action se situait dans les milieux de la techno, qui s’appelait « B.P.M. » Je devais avoir 22 ans.

3 – Celle sur laquelle vous travaillez actuellement

Un bouquin de fantasy qui s’intitule « Les Plaines du Cauchemar. »

4 – Celle que vous écrirez un jour

J’ai plein de projets et d’idées, mais celle qui m’enthousiasme le plus, c’est de proposer un jour à un éditeur local d’éditer un recueil de mes nouvelles. Pour cela il faut encore que j’en écrive quelques unes, et j’ai quelques idées qui me plaisent assez.

5 – Celle que vous avez abandonnée

Il y a quelques années, j’écrivais un comic strip hebdomadaire en anglais, « My Life in Flux. » Je l’ai abandonné parce que ça me réclamait trop de travail. C’est loin d’être le seul projet inachevé: j’ai laissé tomber quelques pièces de théâtre, en particulier.

6 – Celle que vous reprendrez un jour

Il y a une nouvelle que j’aimais bien, « Oeuvre et disparition de Philomène Droxler », une histoire de loups-garous borgésienne. Je la reprendrai un jour avec un œil nouveau, mais à l’époque je la trouvais un peu barbante à écrire.

7 – Celle qui vous a pris le plus de temps à écrire

Oh, c’est sans doute mon premier roman édité (en deux tomes) « Merveilles du Monde Hurlant. » Entre l’écriture, la réécriture, la ré-réécriture, les souhaits de l’éditeur et la ré-ré-réécriture, ça s’est étalé sur près de trois ans, je crois.

8 – Celle qui vous a pris le moins de temps à écrire

J’ai écrit des contes pour mes enfants en une demi-heure, mais je citerais surtout mon roman « B.P.M » que j’ai écrit en deux semaines pendant une session d’examens universitaires.

9 – Celle dont avez le plus honte 

Elles sont là, quelque part, il suffit de savoir les trouver.

10 – Celle dont vous êtes le/la plus fier/fière

Probablement mon premier livre publié « Merveilles du Monde Hurlant: La Ville des Mystères » (c’est évident) ou ma pièce « Gueules d’enterrement » qui a été jouée: c’est un des plus agréables moments de ma petite vie d’auteur.

2ème partie : vos personnages

11 – Celui que vous aimez le plus

La protagoniste de mes romans de fantasy, Tim Keller. Elle ne me ressemble absolument pas, tant mieux pour elle. Elle est surtout rigolote à écrire: elle agit avant de réfléchir, ne se laisse jamais marcher sur les pieds, est très liante mais pas très douée pour jauger les êtres – elle se plante souvent.

12 – Celui que vous aimez détester

Un des personnages des bouquins que j’écris en ce moment, Briselâme. Elle est l’incarnation du détachement et de la passivité, ce qui est agaçant pour les personnages qui l’entourent, mais jubilatoire pour l’auteur.

13 – Celui que vous écrivez le plus facilement

C’est probablement Tim. Je la suis depuis plus de mille pages, à ce stade elle vit dans un tiroir caché dans ma tête.

14 – Celui qui vous donne le plus de fil à retordre

Il y a un personnage de mes romans qui s’appelle Armaga, une sorte de geek, qui est passé d’une relecture à l’autre par des personnalités très différentes, avant que je me fixe sur quelque chose. Je ne suis toujours pas complètement satisfait.

15 – Votre meilleur héros / protagoniste

C’est sûrement encore cette chère Tim, mais pour changer, je citerai le héros de mon comic-strip, Cui-Cui, l’oiseau dépressif.

16 – Votre meilleur méchant / antagoniste

Meznic, le Brumissaire de Wurmaaz, un assassin très bien éduqué, mort trop tôt, hélas.

17 – Votre couple préféré

Il y a un couple de mercenaires dans « Merveilles du Monde Hurlant », Siméon et Ermengarde Sicard, deux êtres violents, cupides et amoraux mais qui s’aiment d’un amour sincère.

18 – Votre meilleure histoire d’amour

J’aime bien l’histoire d’amour que je suis en train d’écrire dans mon roman en cours, un chassé-croisé amoureux entre Tim et un autre personnage qui va rester non-identifié parce qu’il vaut mieux éviter les spoilers.

19 – Celui que vous avez tué avec regret

Meznic (voir ci-dessus). En fait, je ne regrette pas de l’avoir tué (il n’était plus utile) mais je regrette qu’il soit mort (il était amusant).

20 – Celui que vous avez renoncé à tuer

Armaga vient d’échapper à la mort qui figurait pourtant noir sur blanc sur mon plan, il y a à peine deux chapitres. Même savoir s’il doit vivre ou mourir, j’en suis incapable!

3ème partie : scènes diverses

21 – La plus drôle 

J’aime bien ce monologue extrait de ma première pièce, que je reproduis ici dans son intégralité parce que au fond pourquoi pas:

Maurice Leboeuf est né il y a 43 ans dans un petit village insignifiant, au sein d’une famille tout aussi insignifiante. Papa travaillait comme manutentionnaire dans une fabrique de semelles anti-odeurs. Maman s’occupait du ménage, de Maurice et d’un nombre indéterminé de ses frères et sœurs. Le soir, la famille se regroupait devant la télévision, avant d’aller se coucher à 22 heures précises. Le matin, tout le monde se réveillait à 7 heures précises. Ils ne lisaient pas de livre, ne pratiquaient aucun sport, ne maîtrisaient aucune langue – pas même la leur – et ne se faisaient pas d’amis. Aucun d’entre eux n’avait d’aspiration particulière, aucun d’entre eux ne présentait la moindre curiosité, et tous se félicitaient chaque jour d’être restés absolument identiques à ce qu’ils étaient le jour d’avant. Quand il était petit, dans une passagère poussée d’excentricité, Maurice rêva quelque temps d’être réparateur de machines à laver. Tous les membres de la famille se méfiaient de la nouveauté, et trouvaient que les habitants de la rue d’à côté avaient des mœurs bizarres… En grandissant Maurice Leboeuf eut un parcours absolument ordinaire à l’école, ne laissant aucune trace ni dans la mémoire de ses professeurs, ni dans celle de ses camarades. On ne lui connaît ni amis, ni liaisons sentimentales, ni passions, si ce n’est une participation épisodique à un club d’amateurs de trains électriques… Il échoua on ne sait comment dans notre entreprise, où, promu par une série de responsables qui refusaient de prendre la responsabilité de le renvoyer, il échoua au bureau de Coordination et Harmonisation, une structure qui avant son décès ne comptait que deux employés, dont les activités restent mal définies et la raison d’être nébuleuse. La théorie la plus probable étant que ce bureau est né suite à une faute de frappe dans un rapport d’activité annuelle… Quoi qu’il en soit, Maurice continua pendant quelques années à fournir au sein de cette structure une quantité de travail négligeable pour un résultat insignifiant. Et maintenant il est mort.

22 – La plus triste 

Dans « Les Plaines du Cauchemar » quand Machine a tué Machin alors que c’étaient fondamentalement deux personnes tout à fait recommandables, simplement victimes des circonstances, j’ai trouvé ça plutôt triste.

23 – La plus épique 

Une scène d’abordage dans le prochain livre à paraître, « Merveilles du Monde Hurlant – La Mer des Secrets. » Il y a deux bateaux, un kraken en métal, des îles volantes, et la mer qui n’est pas toujours liquide. Très modestement, je trouve la scène assez cool.

24 – La plus difficile à écrire

La scène où Tim rencontre deux des personnages principaux de « La Ville des Mystères » que j’ai réécrite intégralement plusieurs fois. Je compte en faire un jour un billet sur mon blog parce que c’est un joli cas d’école pour comprendre les enjeux de la relecture.

25 – La plus facile à écrire

L’autre jour, j’ai écrit une scène d’amour assez torride, avec des dirigeables en flammes en bonus, et ça a été remarquablement facile à faire. Mais je n’ai jamais de difficultés à prendre la plume.

26 – Votre meilleure scène d’action

Il y a une jolie scène d’action dans « La Ville des Mystères » où Tim est piégée dans une cellule sombre et quelqu’un vient la sauver, en s’attaquant au préalable à ses gardes. Tout ce que le lecteur en capte, c’est ce que Tim peut entendre et ce qu’elle s’imagine qu’il est en train de se passer. J’ai trouvé que ça marche assez bien.

27 – Votre meilleure scène d’amour

Il y a une scène d’amour très amère dans ma nouvelle « Le Couleuriste » que j’aime beaucoup.

28 – Votre meilleure description

Oh, ce n’est pas la meilleure, et qui sait si je vais la garder, mais elle est tellement amusante. Elle est dans « Le Désert de l’Étrange. » Tiens, lis-la si tu veux:

Toutes les personnes qui vivent ou qui ont vécu à proximité d’un lac vous le confirmeront : les lacs nous observent, nous toisent, à la manière de créatures vivantes, comme si ces étendues d’eau calme étaient capables d’épier ceux qui les approchent, de s’inquiéter de leurs faits et gestes et de porter sur eux un jugement, et dans ce domaine, comme tant d’autres, le lac Skavi, sur les berges duquel s’étendait la ville de Reiksraad, ne faisait pas exception, bien au contraire, avec ses flots tantôt gris, tantôt beiges, tantôt d’un bleu à jalouser la mer, surface faussement tranquille qui se fait le reflet des errements du ciel ainsi que toutes nos interrogations humaines, présence mystérieuse dont on ignore si elle agit à la manière d’une mère aimante ou d’un dieu muet, jaloux de nos passions, tant et si bien qu’à force de se mirer dans ce miroir terne, on en viendrait presque à oublier l’énigme qui se loge sous la surface, la vérité de ses eaux profondes et glaciales, de son socle de boue et de marne glauque où croupissent, là, tout en bas des ténèbres, des poissons blêmes et immobiles, rancis par la cruauté, souvent aveuglés, difformes, bouffis par une existence trop éloignée du soleil et dont les êtres de la surface préfèrent prétendre qu’ils n’existent pas, au profit d’une faune plus rassurante faite de perchettes zébrées, de carpes bitumineuses qui peuplent les fonds sablonneux et d’essaims de poissons-mouches, auxquels répondent, sur le film des vagues, des alignements d’oiseaux d’eau, de grèbes, harles et canards, mais aussi d’octopées algaires qui flottent à la surface en attendant d’attraper au passage des goujons imprudents dans leurs tentacules de lierre, sans oublier les mouettes grises qui survolent les jonques des pêcheurs en ricanant de leurs efforts quotidiens pour hisser leurs lourds filets à bord et trouvent dans le fracas matinal des bateaux des marchands qui quittent le port de la capitale impériale un support idéal pour se reposer les pattes, à l’heure où les péniches croisent silencieusement au large des vieux quais Nord, leurs cales remplies de houille, de bois de construction ou d’outres pleines de lait d’écrevache, et c’est d’ailleurs ainsi chaque jour depuis aussi longtemps que les bateliers s’en souviennent dans cette Reiksraad, ville née autrefois d’un rêve séculaire, celui d’incarner le pouvoir impérial jusque dans la plus maigre de ses ruelles, avant d’être bâtie par décret au son des coups de fouets et à la sueur des esclaves et des petites gens, cette capitale installée sur la rive de ce lac circulaire et qui a fini, par bien des aspects, à lui ressembler toujours davantage et à adopter la même attitude de contemplation hautaine et d’hostilité tranquille, comme si ces eaux ternes avaient fini par la contaminer, s’insinuant dans le pavé de ses rues, le gris-vert de ses façades de molasse, dans les chambranles de ses portes, le fracas de ses usines, le dessin de ses avenues arrogantes, dans cette odeur de moisi qui se propage à proximité du port quand le vent monte des rives, dans les accents hautains des habitants qui fréquentent le marché aux poissons et ne cherchent même plus à marchander les prix, bien trop fiers pour s’abaisser à se quereller pour une poignée d’écailles brillantes, mais qui y restent fidèles malgré tout parce qu’entre les étals ils peuvent se croiser, se mêler, tous, jeunes ou vieux, riches ou pauvres, et surtout se juger, s’évaluer, bâtir par petites briques de mépris la hiérarchie invisible sans laquelle rien n’existerait dans cette cité où tout le monde ne souhaite que grimper marche après marche, toujours un peu plus haut en direction du pouvoir, jusqu’à – pourquoi pas ? – la berge de l’île de la Matre où les attendent les parvis étincelants des palais royaux et impériaux, et peut-être avec elle, la gloire et les bras accueillants de l’Histoire, celle qui, ici, enivre chacun, fait reluire chaque pierre, inspire chaque chanson et vient, en ce début de soirée, se refléter dans les pupilles d’un jeune homme nommé Matyas Keller.

29 – Votre meilleur dialogue

Dans ma pièce de théâtre « Bourbine »: Hugo angoisse avant son mariage et il se met à dialoguer avec trois voix qu’il entend dans ses rêves. Voici un extrait. J’aime assez l’idée:

PREMIERE VOIX : Je suis la première voix.

DEUXIEME VOIX : Je suis la deuxième voix.

TROISIEME VOIX : Je suis la troisième voix.

HUGO : Eh bien on est bien avancés.

PREMIERE VOIX : Nous sommes venus t’annoncer une grande nouvelle… qui concerne ton avenir…

HUGO : Et si vous parlez dans le désordre, comment on sait quelle est la première voix ? Vous changez la numérotation ou quoi ?

DEUXIEME VOIX : Nous ne parlons jamais dans le désordre.

HUGO : C’est une solution.

TROISIEME VOIX : Est-ce que tu vas finir par écouter ce que nous avons à dire ?

HUGO : Ça dépend de deux choses.

PREMIERE VOIX : Nomme-les !

HUGO : Premièrement – vous êtes des voix dans ma tête, c’est ça ? Je dors et je fais un rêve ? Jusqu’ici j’ai bon ?

DEUXIEME VOIX : Si ça t’aide à nous écouter, alors oui, on va dire que c’est ça.

HUGO : Oui, je dois avouer que ça m’aide.

TROISIEME VOIX : Quelle est la deuxième chose ?

HUGO : La quoi ?

TROISIEME VOIX : La deuxième chose dont tu voulais nous parler avant de nous écouter.

HUGO : Tiens, la troisième voix a parlé deux fois de suite.

PREMIERE VOIX : C’est une petite nouvelle… Parfois elle se trompe et elle n’attend pas son tour de parler…

TROISIEME VOIX : Non mais je voulais juste répondre à sa question.

PREMIERE VOIX : Tu t’égare, troisième voix… Tu t’égare… Revenons à nos moutons.

30 – Votre meilleure introspection

Dans ma nouvelle « Une découverte (suivie d’une autre découverte) »: quand le protagoniste décide finalement de parler à son père (décédé).

Critique mon roman, gagne une nouvelle

zuz

Si vous postez une critique de mon roman, je vous envoie une nouvelle inédite. Ça vous tente?

Les auteurs aiment savoir ce que les lecteurs ont pensé de ce qu’ils ont écrit. Un roman ne vit que parce qu’on en parle.

Vous avez lu « Merveille du Monde Hurlant: La Ville des Mystères« ? Le livre vous a plu? Si le cœur vous en dit, postez quelques mots (ou quelques phrases) au sujet du roman sur le web, afin, peut-être, de donner envie à d’autres lecteurs de le découvrir.

Sur Amazon 
Sur Babelio 
Sur Booknode 
Sur Goodreads 
Sur un blog, sur le mur de votre immeuble, ou n’importe où ailleurs.

Si vous l’avez fait et que vous me le signalez, je vous enverrai une petite histoire, « La jeune fille et le mort », qui se situe dans le même univers et évoque le passé d’un des personnages.

Merci d’avance! 😉

Qu’est-ce qu’une histoire?

blog histoire

Plus d’une dizaine de billets déjà dans ce blog et je n’ai même pas encore commencé à parler de l’écriture proprement dite. Nous avons abordé plusieurs questions liées à l’inspiration et à la naissance des idées, mais nous n’avons pas encore pris la plume.

Rassurez-vous, on y vient… prochainement.

Pour le moment, il nous reste une question à aborder. Une question qui est, vous allez le voir, plutôt fondamentale pour qui souhaite écrire de la fiction, puisqu’il s’agit de « Qu’est-ce qu’une histoire ? »

Vous souhaitez écrire ? Vous pensez avoir une idée qui vous motive suffisamment pour prendre la plume ? Commencez par la rédiger. Une phrase ou deux, pas plus, couchez-là sur le papier et réfléchissez-y. C’est ce qu’on appelle « l’argument » ou « le pitch » : un résumé en une phrase des enjeux et du contenu du récit que vous avez en tête. Est-ce intéressant ? Est-ce que cette phrase donne envie d’en lire davantage ? Est-ce que c’est original ? Pouvez-vous y ajouter ou en retirer quelque chose pour l’améliorer ?

Vous pouvez utiliser votre pitch comme boussole pour retrouver le cap

Une fois que vous en êtes satisfaits, c’est très bien : vous avez votre pitch. Il va vous servir à ancrer tout votre travail d’écriture, et vous pourrez l’utiliser comme boussole pour retrouver le cap quand votre muse vous aura emmené au loin, hors de la vue de l’histoire que vous souhaitiez raconter (oui, ces choses-là arrivent plus souvent que ce que l’on pense).

« Un pantin menteur qui marche et qui parle échappe à son créateur et vit des aventures dans le but de devenir un vrai petit garçon » : c’est l’argument de « Pinocchio. » Pouvez-vous résumer l’histoire que vous avez en tête en si peu de mots ? Parvenir à le faire peut vous aider à clarifier vos idées et à comprendre plus précisément l’histoire que vous êtes réellement en train de raconter.

Pour compléter votre pitch, même si ce n’est pas une obligation, songez à formuler un thème. Un seul mot peut suffire, ou une courte phrase. C’est cela qui va guider vos choix en ce qui concerne la signification profonde de votre roman, le message que vous souhaitez faire passer. Dans le cas de Pinocchio, le thème, c’est tout simplement la nature de la vérité. Nous parlerons des thèmes un peu plus en profondeur dans un prochain billet.

L’étape suivante consiste à produire un résumé. En deux mots, racontez toute votre histoire, du début jusqu’à la fin, en mentionnant tous les personnages principaux et tous les points forts de l’intrigue. Idéalement, il ne faut pas que cela dépasse une page. Ce document est précieux : il va vous servir à bâtir votre plan (nous y reviendrons prochainement).

De nos jours, il est rare de trouver de la fiction dans laquelle le personnage principal ne change pas

Reste à répondre à la question cruciale que nous nous posons cette semaine : votre projet, est-ce une histoire ?

Une histoire, c’est un récit au cours duquel le personnage principal change.

Il peut s’agir d’un changement physique ou extérieur : une blessure, la mort, une métamorphose ; cela dit, en général, cela dit, il s’agit plutôt d’un changement intérieur : il apprend une leçon, il change d’opinion, il subit un traumatisme, il prend conscience d’une de ses failles, il fait un constat décisif sur le monde qui l’entoure, etc… et en général, tout cela est lié au thème central que l’auteur aura sélectionné.

De nos jours, il est bien rare de trouver de la fiction contemporaine, que ce soit dans les livres, au cinéma, à la télévision, dans laquelle le personnage principal ne change pas. C’était davantage le cas autrefois, en particulier dans les récits mettant en scène un personnage récurrent : dans les histoires de Sherlock Holmes ou de Conan le Cimmérien, le protagoniste ne progresse pas, et il est rare que les aventures qu’il vit laissent des traces durables sur sa personnalité. Dans ces récits, le changement est exclusivement extérieur, et presque anecdotique : une énigme est résolue, un péril est évité.

Il est à relever que de nos jours, lorsque l’on entreprend d’adapter des œuvres de ce genre, on s’arrange pour y ajouter une dose supplémentaire de développement du personnage. Ce n’est d’ailleurs pas uniquement pour se plier aux modes du moment ou, comme on l’entend parfois, pour injecter du « soap opera » dans des genres qui n’en avaient pas besoin. En réalité, le changement est l’ingrédient essentiel à l’équilibre d’une histoire.

« Pourquoi diable est-ce qu’on m’a raconté cette histoire? »

Lorsque l’on est auteur, ce qui peut arriver de pire, c’est qu’un lecteur parvienne à la fin de votre livre en se disant « Pourquoi diable est-ce qu’on m’a raconté cette histoire ? » Il peut arriver en effet qu’en refermant un livre, on soit saisi d’un sentiment de flottement, ne comprenant pas très bien quels pouvaient être les enjeux du récit, comme si rien de tout ce qu’on a lu n’avait d’importance.

En règle générale, on ressent cette confusion quand le personnage principal n’apprend rien, ne se transforme pas, ne subit aucun changement. On est amené alors à se demander, explicitement ou non, pour quelle raison c’est cette partie de sa vie sur laquelle on s’est concentré, plutôt qu’une période de changement, par nature plus essentielle.

Les moments de transformation ne sont pas nombreux dans une vie, ce sont ceux qui sont les plus déterminants pour forger le caractère et pour trouver sa place au sein de la société, et ce sont de plus les périodes qui sont thématiquement les plus riches et émotionnellement les plus mouvementées : bref, une histoire, c’est le récit d’un changement, et un changement, c’est un bon point de départ pour une histoire.

A l’inverse, un récit où le personnage est parfait dès le départ, n’apprend aucune leçon, ne souffre pas de manière significative, ne rencontre personne de marquant, et vient au bout de ses embûches sans sacrifice et en restant le même qu’il était au début, ça n’est pas réellement une histoire. L’expression qui convient pour qualifier ce genre de récit, c’est « une perte de temps. »

Atelier : Dans les livres, les films, et autres histoires que vous découvrez, demandez-vous dans quelle mesure le personnage principal change (même question pour les personnages secondaires). Si vous avez un projet de livre, est-ce que vous avez prévu que le protagoniste connaisse une transformation ? De quel ordre ?