Détournement de genre

blog détournement genre

Après avoir ausculté les genres littéraires un peu sous tous les angles, dans cet article, je vous propose de les triturer, de les modifier, de les repenser, et de se poser cette question : et si le concept de genres était un incubateur à idées ?

La réponse est « oui », hein, ça peut être un incubateur à idées. Vous pensez bien, sinon, que je ne vous ferais pas perdre votre temps.

Pour vous en rendre compte par vous-mêmes, je vous propose quelques approches, quelques petits exercices créatifs ludiques à faire chez vous.

D’abord, l’interpolation. On l’a évoqué dans un récent billet, il est possible de croiser deux genres, d’en bouturer un sur les branches de l’autre, par exemple en adoptant la substance d’un premier genre avec la surface d’un second. Dans ce domaine, il n’est pas très difficile d’accoucher de concepts inédits en prenant un petit peu de ci, en ajoutant un petit peu de ça et en saupoudrant le tout d’une pincée de quelque chose d’autre. Comme souvent avec de l’écriture, c’est de la cuisine.

Il n’y a pas de limites. Oui, vous pouvez raconter une histoire de cape et d’épée avec des fantômes ; bien sûr, rien ne s’oppose à mettre en scène des vampires à l’âge de la pierre ; ça va de soi, vous pouvez croiser le drame hospitalier avec la fresque médiévale ; et pourquoi pas une comédie autobiographique ? C’est tout bête, vous cherchez à rendre votre récit singulier en défrichant des territoires peu explorés par les romanciers avant vous.

En littérature, l’originalité ne vaut pas grand-chose

Mais en littérature, l’originalité ne vaut pas grand-chose si on n’a que ça à offrir aux lecteurs. C’est pourquoi il existe d’autres approches sans doute plus intéressantes, qui interrogent l’idée même de genre et qui les aident à sortir des ornières qui peuvent se présenter, soit à cause de l’usure des vieilles ficelles, soit en fonction de l’évolution des sensibilités.

Ainsi, il est possible de revisiter un genre et de le mettre à jour, en quelque sorte, en tenant compte du monde dans lequel nous vivons et des dernières tendances dans le monde de la fiction. Ce n’est pas une impulsion nouvelle, d’ailleurs. Dans les années 1970, des cinéastes italiens, puis américains, ont revu et corrigé le western, troquant les héros d’autrefois contre des individus sinistres, piégés dans un monde crépusculaire fait de violence et de cynisme. C’était toujours du western, mais revu et corrigé.

Forcément, cette approche fonctionne mieux avec des genres qui ont été un peu laissés de côté, qui évoquent une époque lointaine ou qui sont tellement retranchés dans des motifs issus d’une longue tradition qu’ils pourraient profiter d’un peu de fraicheur. Donc allez-y, sentez-vous libres de vous approprier la sword and sorcery, le roman de boxeurs (oui, ça a existé et c’était même assez populaire il y a un siècle), les histoires d’aviateurs ou de mondes perdus pour les faire entrer dans le 21e siècle.

Rien n’empêche d’aller un peu plus loin. Plutôt que se contenter de dépoussiérer un genre, et si on le déconstruisait ? La démarche n’est pas si différente, mais elle suppose une posture critique. En deux mots, on cherche ce qui cloche dans les présupposés d’un genre, et on écrit un roman à charge, ou en tout cas à message, pour tenter de corriger le tir.

Si la thèse est tout ce qui vous intéresse, écrivez une thèse

La place des personnages féminins dans le western consiste à incarner un nombre limité de clichés et à exister en marge de protagonistes masculins : un roman déconstruit pourrait tenter de raconter ce type d’histoire à partir de leur perspective, en réglant son compte au sexisme de l’époque. On pourrait réserver le même traitement aux récits d’explorateurs, en le détournant pour en faire le procès de la pensée colonialiste. Et pourquoi on ne profitait pas, le temps d’un roman, de faire le procès de la violence gratuite dans les sagas de fantasy, où, d’ordinaire, on règle les problèmes au fil de l’épée sans que personne ne s’en émeuve.

Attention tout de même : si la thèse est tout ce qui vous intéresse, écrivez une thèse. Même déconstruit, un roman doit rester un roman, et en adoptant un ton trop démonstratif, vous risquez de fatiguer le lecteur.

Autre idée : et si on inventait un nouveau genre ? Bien sûr, la proposition est absurde, parce qu’un roman à lui-seul ne va jamais constituer un genre à proprement parler. Mais après tout, quand William Gibson a écrit « Neuromancien », il a donné naissance au premier (et à l’époque, le seul) livre estampillé « cyberpunk. » Pourquoi ne pas vous laisser gagner par l’ivresse de l’ambition, et concevoir, dès le départ, votre nouvelle histoire comme la pierre fondatrice d’une nouvelle tendance de la littérature ? Peu importe, pour le moment, que d’autres que vous suivent le mouvement. On verra bien quelle place la postérité vous réserve.

Dans ce domaine, les territoires à conquérir sont nombreux, mais pas toujours faciles à entrevoir. Une possibilité consiste malgré tout à inverser les propositions de genres existants. C’est ainsi que d’autres que vous (raté, donc, sur ce coup), ont inventé la littérature pré-apocalyptique, située comme son nom l’indique en amont de la catastrophe décrite dans la littérature pré-apocalyptique. Mais imitez leur exemple : prenez l’urban fantasy, ce genre qui emprunte des codes du fantastique et de la fantasy pour les inscrire dans un cadre urbain contemporain, et changez de décor pour créer la rural fantasy. Oui, des vampires au milieu des vaches et des marguerites. Enfin bon, en l’occurrence, vous ne pouvez plus vraiment l’inventer puisque c’est moi qui ai eu l’idée. Mais à vous de jouer pour inventer un autre genre littéraire.

Un outil pour renouveler votre intrigue

Le détournement de genre, ça peut également fonctionner comme un outil pour renouveler votre intrigue. On ne se rend pas toujours compte à quel point certains genres sont associés à certains schémas narratifs, alors qu’il n’y a en réalité aucune raison que cette relation soit si étroite. La trame ultraclassique de la quête est omniprésente dans la fantasy, donc si vous vous lancez dans ce genre, interrogez-vous, et tentez pour une intrigue très différente : racontez une journée dans la vie d’un magicien, toute la vie d’un chevalier, ou, pourquoi pas, un procès ou une enquête de police. Et si votre prochain roman policier n’évoquait pas, pour une fois, les investigations autour d’un meurtre, mais le quotidien d’un détective forcé de jongler entre de multiples enquêtes qui ne mènent nulle part ? La romance, afin de s’affranchir du schéma attendu rencontre – sentiments – complications – amour, pourrait bénéficier d’une narration déstructurée, présentée dans le désordre.

Et ce qui est valable pour l’intrigue l’est tout autant pour les personnages. Réfléchissez au type de protagoniste que vous rencontrez habituellement dans certains types de romans, et tentez de prendre le contrepied, pour voir où cela peut vous emmener. Et si le personnage principal de votre roman policier était une petite fille ? Pourquoi pas une romance présentée du point de vue d’un personnage masculin, et destinée à un lectorat masculin ? Un thriller raconté de la perspective d’un chat ? Un roman d’aventure dont les protagonistes sont des personnes âgées ? Jetez elfes, nains et toutes les classes de personnage de D&D à la poubelle au moment de pondre votre roman de fantasy, et osez réinventer une nouvelle fois vos personnages de vampires, loin de l’imagerie romantique, pour les dépeindre comme des monstres d’épouvante.

Pour faire vivre les genres au-delà des clichés qu’ils transbahutent, il faut d’abord prendre conscience des motifs récurrents qui les constituent, puis avoir l’audace de les remplacer par des éléments différents.

Le genre : la substance et la surface

blog genre substance surface

Je le reconnais, ma proposition de diviser toute la fiction en seulement quatre genres dans un récent billet s’est heurtée à une forte résistance. Je m’y attendais (d’ailleurs, j’ai écrit cette phrase il y a des mois, bien avant de recevoir la moindre réaction).

Mais je ne me décourage pas, et je vous propose cette semaine une autre nomenclature, aussi distincte de celle que l’on utilise habituellement que de celle que j’ai proposé pour la remplacer.

L’idée de base est simple : ce que nous appelons habituellement « genre » n’existe pas vraiment, mais est composé de deux notions distinctes, que j’ai choisi d’appeler la « substance » et la « surface. »

La substance, c’est ce qui caractérise un genre dans son fonctionnement : ses traits distinctifs du point de vue de l’intrigue, du thème ou des personnages. La surface, c’est l’ensemble des motifs et des éléments esthétiques qui sont traditionnellement associés au genre, sans en constituer pour autant le cœur.

Les deux parties sont parfaitement détachables

Un exemple ? La science-fiction, en gros, c’est le genre littéraire qui s’attache à mettre en scène des personnages aux prises avec les mutations scientifiques, technologiques, sociales et psychologiques de l’humanité. Ça, c’est la substance. La surface, ce sont des vaisseaux spatiaux, des robots, des pistolets laser et des machines à voyager dans le temps.

Mais en réalité, les deux parties sont parfaitement détachables et peuvent exister indépendamment l’une de l’autre. Ainsi, vous pouvez, sans difficultés, mettre en chantier un roman qui s’inscrit dans la substance d’un genre, mais avec la surface d’un autre.

Vous prenez par exemple la romance. En substance, on a affaire à un genre qui s’intéresse à la naissance et à l’évolution du sentiment amoureux auprès de ses personnages principaux. Et bien vous pouvez y apposer la surface de la science-fiction, et soudain les tourtereaux s’éprennent l’un de l’autre au cœur d’un empire galactique déchiré par une guerre stellaire. D’ailleurs, vous pourriez raconter exactement la même histoire (dans les grandes lignes) avec la surface d’une invasion de zombies, d’une saga de fantasy ou d’un récit de guerre.

Ce ne sont, finalement, que des habillages interchangeables, des « skins », comme on le dit en informatique pour désigner les thèmes qui permettent de modifier l’apparence d’un logiciel ou d’un personnage de jeu vidéo sans en altérer les fonctionnalités.

De nombreuses œuvres connues peuvent être analysées avec cette grille de lecture

Il suffit de renverser l’équation pour réaliser à quel point cette manière de considérer les genres enrichit notre perception : un roman de substance « science-fiction » et de surface « romance » pourrait par exemple raconter le coup de foudre et les premiers rendez-vous d’un humain et d’une intelligence artificielle, ou de deux individus appartenant à des espèces à la perception de la réalité radicalement différente.

De nombreuses œuvres connues peuvent être analysées avec cette grille de lecture. Ainsi, la série « Game of Thrones » de G.R.R Martin est un roman qu’on peut classer de cette manière : « substance : roman de guerre, surface : fantasy. » « No Country for Old Men » de Cormac McCarthy est un western/polar. « Le Seigneur des Anneaux » de J.R.R. Tolkien peut être classé sous post-apocalyptique/fantasy. Et comme j’ai pu l’écrire ici-même, « Le hussard sur le toit » est un roman zombies/aventure.

Hollywood est friand de cette méthode. Les films destinés au grand public sont presque toujours basés sur la substance de genres perçus comme simples par les producteurs : action, comédie, aventure, etc… Afin d’y ajouter un peu de couleur et de diversité, on y accole ensuite la surface d’un autre genre : science-fiction, guerre, mythologie, polar, etc… Pour cette raison, la plupart des gens ont une perception superficielle de certains genres, tout simplement parce qu’ils ont été beaucoup moins exposés à sa substance qu’à sa surface.

Tout cela mène à une approche en kit de la notion de genre, qui peut être ludique et même féconde en nouvelles idées. Une romancière ou un romancier qui est en quête d’originalité pourra même tenter de voir s’il est possible d’inventer des combinaisons inédites. Pour votre prochain livre, pourquoi ne pas essayer des cocktails horreur/comédie, autobiographie/steampunk ou espionnage/conte, par exemple ?

Et puis rien ne vous empêche, si vous êtes ambitieux, de bricoler votre surface à partir de plusieurs genres. Vous pourriez ainsi vous lancer dans la rédaction d’une saga dont la substance est la fantasy, et dont la surface emprunte au space opera, au western, au chanbara et au film de guerre, et vous pourriez appeler ça « Star Wars. »

Les quatre genres

blog les quatre genres

On est tous pareils, nous, celles et ceux qui écrivent. Nous sommes tous tellement persuadés que chaque roman que nous signons est unique, qu’au moment de chercher à le situer dans un genre, souvent, on est tenté de le placer au carrefour de plusieurs micro-genres très pointus, afin de prouver à quel point notre œuvre est singulière :

« Pour faire simple, mon bouquin se situe entre le polar uchronique et une sorte de dieselpunk postapocalyptique revisité, mais c’est principalement une comédie romantique inspirée de la grande tradition des screwball comedies des années 1940 »

OK, on arrête ça. Ça ne sert à rien. Si votre œuvre est unique, les lecteurs vont s’en apercevoir par eux-mêmes et le faire savoir autour d’eux. Par contre, la valse des étiquettes, ça risque surtout de les faire fuir, surtout s’ils n’y comprennent rien. Séduire le lecteur, c’est comme séduire tout court : on ne montre pas son côté le plus bizarre d’entrée de jeu.

Et si on faisait simple, plutôt ? C’est généralement une bonne idée.

En l’occurrence, et si, plutôt que de diviser la littérature en une infinité de genres pas plus vastes que des miettes, et dont les frontières sont floues, on prenait un peu de recul ? Comme on l’a vu dans un récent billet, cette détermination par genres est héritée des tâtonnements de l’histoire et comporte pas mal d’absurdités. Il est intéressant de repartir de zéro et de tenter de jeter sur la littérature un regard analytique et objectif.

Ce que je propose, c’est de répartir toutes les œuvres de fiction en quatre catégories

Ce que je propose, c’est de répartir toutes les œuvres de fiction de l’histoire de l’humanité en quatre catégories, et de le faire en posant seulement deux questions (plus une question subsidiaire). Oui, le résultat est sans doute moins précis, mais vous allez vous en apercevoir, cela va permettre à vos livres de se découvrir un voisinage aussi étendu qu’inattendu.

La première question est la suivante : « Est-ce que cette histoire est réaliste ou non ? »

En d’autres termes, est-ce que tous les événements qui composent le récit pourraient avoir lieu dans le monde réel tel que nous le connaissons, même s’ils sont présentés de manière exagérée par emphase dramatique. A la moindre entorse, la réponse est « non », aussi science-fiction, fantastique, réalisme magique se retrouvent d’un côté, pendant que les romances, les histoires d’espionnage ou les romans historiques, pour ne citer qu’eux, finissent ensemble.

Seconde question : « Est-ce que cette histoire est polarisée ou non ? »

Ça, ça réclame quelques explications. Ce que j’appelle « polarisé » dans ce contexte, c’est ce qui caractérise les œuvres de fiction dont l’intrigue et le thème s’articulent autour d’une seule notion centrale : le crime pour les polars, par exemple, ou l’amour pour les romances. C’est d’ailleurs la question subsidiaire que je propose : « Polarisée sur quoi ? »

Ainsi, les histoires de Sherlock Holmes de sir Arthur Conan Doyle seront classées sous « Réaliste/polarisé (crime). », « Le Rouge et le Noir » de Stendhal sous « Réaliste/non-polarisé », « Jonathan Strange & Mr Norrell » de Susanna Clarke appartiendra à la catégorie « Non-réaliste/polarisé (magie) », et « Dune » de Frank Herbert à « Non-réaliste/non-polarisé. »

Ce système est exactement aussi imparfait que celui que l’on utilise actuellement !

Ce qui est intéressant avec ce concept, c’est qu’on découvre que tout ce qui est d’ordinaire regroupé pèle-mèle dans la catégorie « littérature de genre » n’atterrit pas forcément dans le même tiroir.

La science-fiction, par exemple, se fait complètement éventrer par ce système des deux questions, certaines œuvres majeures étant classées dans une catégories, certaines dans une autre. Ainsi, un auteur de SF comme Isaac Asimov aura commis « Les Robots » en « Non-réaliste/polarisé (robots) » et « Fondation » en « Non-réaliste/non-polarisé. »

Mais je vous connais, je vois venir votre objection : ce système est exactement aussi imparfait que celui que l’on utilise actuellement ! La limite entre « polarisé » et « non-polarisé » est subjective, et on pourrait débattre à l’infini de ce qui rentre dans une case plutôt que dans une autre. D’ailleurs, même le seuil entre « réaliste » et « non-réaliste » n’est pas aussi net qu’on pourrait le croire de prime abord. Je suis sûr que vous avez des exemples de livres en tête qui font s’effondrer tout le château de cartes.

Et vous avez raison. Malgré tout, même imparfait, ce système a l’avantage d’être issu de l’observation des œuvres en tant que telles plutôt que de la tradition, ce qui encourage à la réflexion sur ces questions plutôt que d’adopter une posture passive. Par ailleurs, répartir les œuvres littéraires en quatre grandes catégories permet d’en finir avec l’idiote dichotomie « littérature blanche/littérature de genre », qui ne rime à rien. Enfin, elle permet de réaliser que des romans qui semblent très éloignés les uns des autres ont en réalité beaucoup en commun et qu’il s’agit, au bout du compte, de littérature avant tout.

Le genre

blog le genre

Il y a plusieurs sortes de chiens. Au gré de la sélection, l’humanité a appris à distinguer les caniches des épagneuls, les teckels des bouledogues, les bergers allemands des chihuahuas. De la même manière, il y a plusieurs sortes de romans : des polars, des romances, des thrillers, des récits de science-fiction, d’horreur ou d’espionnage, et plein d’autres.

Ce sont ces distinctions que l’on appelle les « genres. » Voilà. Je pourrais très bien en rester là. L’essentiel est dit.

Mais comme ça ne serait pas très enrichissant, je vous propose d’approfondir un peu la question. Oui, les genres (et les sous-genres) existent, ils constituent la typologie principale des histoires de fiction, mais de quoi sont-ils faits exactement ? Qu’est-ce qui fait qu’un roman appartient à un genre plutôt qu’un autre ?

Autant vous prévenir tout de suite : je ne vous indiquerai ici aucune règle, aucune recette à toute épreuve pour déterminer si une histoire appartient à un genre plutôt qu’à un autre. Tout simplement parce que ces choses-là n’existent pas. La notion de genre n’est pas une vérité scientifique, on est plutôt dans le flou artistique.

Les genres littéraires sont constitués de conventions et de traditions

Et ce n’est pas difficile à comprendre : un livre, c’est un construit complexe, long, regorgeant de concepts différents, et on ne s’étonnera pas qu’il puisse s’inscrire dans plusieurs genres différents à la fois. Si on additionne les millions de romans qui ont façonné l’histoire de la littérature, forcément, on trouvera presque autant de titres qui illustrent parfaitement les définitions des genres que d’autres qui s’en écartent. Si vous êtes en quête d’un contre-exemple, vous allez assurément le trouver.

Parce que le débat fait rage. Les genres littéraires sont constitués d’un ensemble de conventions et de traditions héritées de l’histoire. Tout le monde n’est pas d’accord à leur sujet, loin de là. Si vous prenez un groupe d’auteurs, d’éditeurs, de libraires et que vous leur demandez de fixer les frontières qui séparent les genres (ou pire, les sous-genres), ils ne parviendront pas à s’entendre sur une position commune.

Certains genres semblent malgré tout plus faciles à définir que d’autres, puisqu’ils s’articulent autour d’une idée forte. Le roman historique raconte des récits qui s’inscrivent dans une page d’histoire ; le roman policier s’intéresse au crime et à ceux qui enquêtent à son sujet ; la romance, c’est le genre de l’amour, etc…

Et malgré tout, même avec des positions de départ aussi simples en apparence, les limites sont parfois difficiles à franchir. Une entorse de trop par rapport à la vérité historique et vous vous situez dans l’uchronie plutôt que dans le roman historique. Certains sous-genre du roman historique obéissent à leurs propres règles et conventions, comme le roman de cape et d’épée. Le polar parle de crime, d’accord, mais si vous vous situez du côté de la victime, vous basculez vite dans le thriller. Certains romans consacrent à la criminalité un rôle important sans explicitement se réclamer du genre. Et que dire des histoires qui adoptent le point de vue des criminels eux-mêmes ? Quant à la romance, oui, c’est de l’amour, mais de nos jours, le mot évoque principalement des bouquins courts et vite lus, qui obéissent à des règles très codifiées pour un public d’habitués, plutôt que les œuvres de Jane Austen ou de George Eliot.

Certains genres sont des nébuleuses

Et ça, ce sont les genres les plus simples à définir. De manière classique, on appelle « fantastique » l’irruption d’un élément surnaturel ou inexpliqué dans un cadre réaliste, et « merveilleux » les récits où ces éléments sont acceptés comme normaux par les personnages. Mais pour mesurer à quel point les choses sont compliquées, la plupart des auteurs concernés ont tendance à rattacher la fantasy au fantastique plutôt qu’au merveilleux, à la définition duquel elle correspond pourtant parfaitement. Et on ne parlera pas de l’« urban fantasy », qui rajoute une dose de réalisme dans la fantasy, mais sans souhaiter s’inscrire dans le fantastique pour autant.

En langage Facebook, on dirait donc « C’est compliqué », et encore, ce n’est pas grand-chose en comparaison de la science-fiction, un genre sur la définition duquel personne n’arrive à s’entendre. Eh oui, c’est un genre qui parle du futur (ou parfois non), qui s’intéresse au progrès technologique ou scientifique (ou parfois non), qui nous emmène dans des mondes parallèles, dans des passés fictifs ou au limites de la narration.

Bref, certains genres sont davantage des nébuleuses, de gros paquets brinquebalants de coutumes littéraires disparates qui ont peu de rapports les unes avec les autres, une addition de motifs que l’on regroupe parce qu’on l’a toujours fait, et voilà tout. Et encore, ce n’est pas toujours le cas. Traditionnellement par exemple, le motif du voyage dans le temps est rattaché à la science-fiction et celui du double au fantastique, mais vous pouvez très bien échanger les étiquettes dans certains cas.

On peut être tenté, devant tant de complications, de s’interroger : pourquoi continuer à se servir d’une notion tellement vague que personne n’est capable d’en fournir une définition ? En réalité, ça n’est pas parce que c’est flou que c’est inutile.

Le genre est utile pour vendre des livres

Déjà, et il n’y a pas à en rougir, le genre est utile pour vendre des livres. C’est du marketing. Les maisons d’éditions classent leurs romans par genre, dans l’espoir que cela aide les lectrices et lecteurs à faire leur choix, et que, s’ils apprécient un titre, ils aient envie d’en découvrir un autre. Les libraires font de même, pour exactement les mêmes raisons.

Et cela facilite réellement la vie du lectorat, dans la plupart des cas. Même si les contours des genres sont flous, ranger un bouquin dans une catégorie plutôt qu’une autre peut l’aider à trouver son public. C’est aussi, dans le cadre du contrat auteur-lecteurs, une forme de courtoisie : un romancier annonce la couleur en cherchant à inscrire son œuvre dans une tradition reconnaissable, afin d’éviter aux personnes qui ne seraient pas intéressées de perdre leur temps.

Enfin, le genre peut faire partie intégrante de la démarche d’écriture, et même se situer en amont de celle-ci. Si de nombreux auteurs se soucient peu de ces questions et ne réfléchissent au genre qu’au moment où leur roman est terminé, d’autres prévoient de le faire avant même d’esquisser leur histoire. S’inscrire dans un genre peut être la première impulsion, le premier désir d’un écrivain qui lance un projet de livre. Certains apprécient de s’inscrire dans un cadre et d’en respecter les règles, d’autres saisissent l’occasion de les revisiter et de détourner des codes connus de toutes et tous.

Retour de bêta-lecture (2)

blog mh

Dans le premier billet consacré aux retours des bêta-lectrices et bêta-lecteurs sur mon roman, je me suis consacré à la question qui était centrale en ce qui me concerne, c’est-à-dire la compréhension de certains éléments de l’intrigue.

Même si ce n’était pas l’objectif central de ma démarche, je me suis montré ouvert à tout autre type de remarques de la part de mes bêta-partenaires. Ils ont presque tous saisi l’occasion, soit qu’ils ont accompagné leurs réponses de remarques personnelles, soit qu’ils ont annoté le manuscrit lui-même (voire même les deux).

Ce genre de retour est à double tranchant. Il est extrêmement précieux de bénéficier d’un regard extérieur sur son texte, en particulier quand il provient d’auteurs qui ont déjà plusieurs romans à leur actif. À l’inverse, cela réclame de conserver les idées claires au sujet de ses priorités : parfois, il faut être capable de recevoir un conseil, de comprendre pour quelle raison il a été émis, mais de choisir de ne pas en tenir compte. Oui, cela demande du sang-froid. Est-ce que j’écarte cette suggestion par vanité, ou puis-je argumenter qu’elle n’entre pas dans mes plans ? Suis-je trop attaché à mon texte ? Ces choix sont délicats, même si, dans la plupart des cas, j’ai choisi d’intégrer les modifications que l’on m’a soufflées.

Un exemple où j’ai choisi de faire le tri : une de mes bêta-lectrices, avec infiniment de patience et de lucidité, m’a énormément aidé à opérer un déminage du texte sur la question du genre. On parle d’un roman écrit par un homme, dont la majorité des personnages principaux sont des femmes, dont cet apport s’est révélé crucial. En particulier, elle m’a aidé à reformuler certains passages lorsqu’une des narratrices s’adresse aux lectrices et lecteurs, ou encore à éliminer certaines tournures déplacées. Par contre, elle aurait souhaité que j’élimine également le sexisme présent chez certains personnages et/ou leur langage, jugeant qu’il s’agissait d’un mauvais exemple et que ce genre de choses n’avait pas sa place dans un roman des années 2020. N’ayant pas de posture militante, j’ai fait le choix de conserver ces éléments qui, selon moi, existent dans la vie réelle. Est-ce que j’ai eu raison ou tort ? Ce sera au lectorat d’en décider.

Quand ce genre de tir groupé survient, on est attentif

Un élément du roman a été critiqué par presque tous mes bêta-lecteurs et bêta-lectrices : la romance. Quand ce genre de tir groupé survient, on est attentif… Même si ce n’est pas le cœur de l’intrigue, le personnage principal du roman, une jeune femme prénommée Tim, a des sentiments pour un de ses compagnons de voyage. Seulement voilà, blessée par ses déceptions passées, elle passe plus de temps à le rejeter qu’à lui aménager une place dans sa vie. Dans le texte original, Tim était tellement mutique du point de vue sentimental que son attitude a été jugée cruelle et détestable, ainsi que curieusement prude.

J’ai réécrit toutes les scènes concernées, pour rendre la problématique de Tim beaucoup plus explicite. On saisit mieux ses motivations et ses actes deviennent plus compréhensibles, ce qui améliore considérablement cette partie du roman (en tout cas, j’espère).

Mes bêta-lecteurs ont également aidé à réparer quelques éléments d’intrigue qui méritaient un petit coup de clé à molette. Exemple : des créatures, qui jouent dans le livre un rôle assez similaire aux Nazguls dans « Le Seigneur des Anneaux », ont été critiquées parce qu’elles n’avaient pas d’impact décisif sur l’intrigue et qu’au fond, elles ne servaient pas à grand-chose à leurs employeurs. J’ai rajouté une scène et modifié quelques passages pour que la nature de leurs basses besognes soit explicitement montrée plutôt que vaguement racontée.

À l’heure du bilan, proposer mon roman en bêta-lecture a été une excellente décision. La qualité du texte a été nettement améliorée grâce aux retours que j’ai reçu. Ce que j’ai obtenu, je n’aurais pas pu y parvenir moi-même. Si vous êtes autrice ou auteur et que vous hésitez à en passer par là, je ne peux que vous y encourager. Les dilemmes que cela génère sont parfois épineux, certains retours bruts de décoffrage peuvent être difficiles à digérer, mais le bénéfice est immense.

J’ai déjà eu l’occasion de le faire personnellement, mais j’aimerais remercier ici publiquement chacun de mes bêta-lectrices et bêta-lecteurs. Je vous dois énormément et mon histoire est meilleure, grâce à vous.

Ce roman s’intitule « Révolution dans le Monde Hurlant » et j’ai l’intention de l’autoéditer.

Écrire le suspense

blog écrire suspense

Le rythme cardiaque qui s’accélère, les doigts moites qui tournent fébrilement la prochaine page, à la fois effrayé et excité de découvrir ce qui s’y passe, une furieuse envie de hurler aux personnages du roman de ne pas tomber dans le piège qu’on vient de leur tendre : voilà quelques-uns des symptômes du suspense.

Afin de poursuivre notre exploration du crime et du roman policier, après nous être intéressé au roman à énigme et à son ingrédient principal, le mystère, il est temps de nous tourner sur un autre genre où la criminalité s’épanouit : le thriller, qui repose principalement sur le suspense.

Un thriller, pour faire court, c’est un roman où les personnages principaux sont en danger ou tentent d’éviter qu’un drame se produise. Comme le roman à énigme, ce genre se focalise sur une crise, mais plutôt que d’arriver après l’événement, de tenter de comprendre ce qu’il s’est passé et de châtier le coupable, le thriller prend place pendant l’événement, et se focalise soit sur les victimes, qui subissent la crise de plein fouet, soit sur ceux qui tentent par tous les moyens d’éviter qu’une tragédie ne survienne. Les deux genres sont cousins, il leur arrive de partager les mêmes ambiances et quelques ficelles, mais les objectifs qu’ils poursuivent sont différents : alors que le mystère intrigue le lecteur, le suspense l’excite.

Tous les thrillers ne sont pas des romans policiers

On a eu l’occasion de délivrer le même avertissement en ce qui concerne les whodunit, et il est valable ici encore : tous les romans policier ne sont pas des thrillers. Ça paraît évident, puisque nous avons déjà examiné tout une catégorie de romans policiers qui se reposent sur les mécaniques du mystère, mais il faut ajouter que, par exemple, même un roman policier raconté par la victime n’est pas nécessairement un thriller : il peut s’agit d’un roman psychologique, ou même, pourquoi pas, d’une romance.

Forcément, l’inverse se vérifie également : tous les thrillers ne sont pas des romans policiers. Oui, on trouve classé dans cette catégorie des histoires de disparitions, de prises d’otages, de rançons ou de casses, et celles-ci peuvent être considérées comme faisant partie de la nébuleuse du roman policier, mais un thriller peut très bien exister sans l’intervention d’un personnage de policier ou même d’un criminel au sens traditionnel du terme. Des thrillers existent dans les genres les plus divers : il y a des thrillers juridiques, des thrillers de science-fiction, des thrillers érotiques, des thrillers d’horreur ou encore d’espionnage, etc…

Quant au suspense, s’il est omniprésent dans le thriller, il s’agit d’un dispositif romanesque que l’on rencontre dans tous les genres et dans tous les styles de roman. D’ailleurs il peut très bien être présent, y compris en forte dose, dans des romans où personne ne court le moindre danger. De nombreuses romances, aux histoires aussi inoffensives qu’un pétale de rose, font subir des doses massives de suspense à leurs lecteurs et à leurs lectrices, les jetant dans l’incertitude au sujet des perspectives d’avenir du couple en devenir sur lequel l’histoire est centrée.

Le romancier installe dans l’esprit du lecteur deux scénarios

Parce qu’au fond, le suspense, qu’est-ce que c’est ? C’est une technique de narration dans laquelle le romancier installe dans l’esprit du lecteur deux scénarios, en concurrence l’un avec l’autre : un scénario positif, souhaitable, heureux, attendu, et un scénario négatif, dangereux, craint, catastrophique. Lequel des deux va se produire ? C’est de cette question, et de la friction des deux hypothèses dans l’imagination du lecteur, que naît le suspense.

En fonction des besoins de l’histoire, ces deux scénarios peuvent être introduits de manières très différentes. Par exemple, le lecteur peut se retrouver confronté à deux possibilités concurrentes qui peuvent se présenter dans le proche avenir des personnages du roman. Nolan parviendra-t-il à se rendre à l’aéroport à temps pour avouer à Jessyca qu’il l’aime avant qu’elle quitte le pays (scénario positif) ou sera-t-il retardé par les embouteillages et ratera-t-il ainsi sa chance de trouver le bonheur (scénario négatif) ? La bombe va-t-elle exploser ou non ? Sélène va-t-elle passer son bac ou non ?

Dans certains cas, le suspense naît parce qu’un scénario négatif ancré dans le présent s’oppose à un scénario positif qui peut, potentiellement, survenir dans l’avenir. Prisonnier des gravats après qu’un bâtiment s’est effondré sur lui, notre héros va-t-il rester bloqué sur place en attendant la mort (scénario négatif) ou va-t-il trouver un moyen de se libérer (scénario positif) ? Yvette va-t-elle continuer à végéter chez ses parents où elle s’ennuie, ou va-t-elle être reçue dans l’école de danse qui la fait tant rêver ? L’opération que l’on propose à Maurice va-t-elle l’aider à vaincre sa terrible maladie ?

Le suspense, c’est une recette à base d’informations

Enfin dernier exemple : celui où un scénario positif situé dans le présent est contrasté avec un scénario négatif à venir. C’est le cas, en particulier, de l’irruption d’une disruption au sein de la routine quotidienne. Hadjira n’est pas encore rentrée du travail : chaque instant qui passe rend l’hypothèse d’une journée ordinaire (scénario positif) moins probable que celle d’un drame (scénario négatif). Giuseppe passe une soirée tranquille chez lui, lorsqu’il entend un cognement contre une des fenêtres de son salon, qui l’amène à envisager qu’il court un très grave danger. Ulysse le Dodo organise son goûter d’anniversaire, lorsqu’il est saisi par cette idée angoissante : et si aucun de ses invités ne venait ?

À la lecture de ces exemples, on comprend bien que le suspense, c’est une recette à base d’informations, qui cuit dans la tête du lecteur. Les ingrédients sont toujours à peu près les mêmes.

  • D’abord, il faut un ou des personnages suffisamment attachants ou fascinants pour que le lecteur se soucie de ce qui peut leur arriver, et qui doivent eux-mêmes être suffisamment réactifs et impliqués pour ne pas se montrer blasés face à leur sort.
  • On a besoin d’un événement déclencheur, qui fait naître les hypothèses dans l’esprit du lecteur, et d’une résolution, où l’une des deux se réalise (voire même un troisième scénario inattendu).
  • Il faut également des enjeux clairs, explicités sans ambiguïté par l’auteur : on sait exactement ce qui se passera si le scénario négatif se produit, et on sait également ce qui va arriver si c’est le scénario positif qui se réalise. Ici, pas de place pour le mystère : le suspense ne fonctionne que si les attentes sont connues.
  • Il faut que les deux scénarios soient compréhensibles et de nature à engendrer des émotions : le lecteur doit espérer que l’option positive se réalise, et craindre que ce soit l’option négative qui survienne.

Vous installez ça dans l’esprit du lecteur, et vous attendez, car le suspense est à cuisson lente : plus il mijote, plus il est savoureux, plus le lecteur a le temps de s’imaginer le pire, plus il ressent le suspense. D’ailleurs, si tout cela est bien amené, le lecteur va peut-être envisager de multiples issues négatives pour la situation qu’on lui présente, dont certains n’auront même pas besoin d’être imaginés par l’auteur : c’est celui qui tourne les pages qui s’en charge, craignant le pire pour le protagoniste du roman.

Attention toutefois au bon dosage des ingrédients : si vous n’avez pas pris la peine d’informer suffisamment le lecteur des enjeux, il n’aura pas d’attente particulière en ce qui concerne la suite de l’intrigue et ne ressentira aucun effet du suspense. Pire : si vous n’avez pas donné d’informations du tout, ce n’est pas du suspense que vous avez généré, mais de la surprise, qui, si elle peut engendrer de l’étonnement, est moins riche en potentiel dramatique. Cela dit, si vous livrez trop d’informations, vous risquez d’ensevelir l’imagination du lecteur et de l’empêcher d’échafauder les scénarios les plus épouvantables au sujet de l’avenir de vos héros.

Prenez garde également à la cuisson. Pour que le suspense apparaisse, tout est question de timing : une trop courte attente entre l’événement déclencheur et la résolution et rien n’aura eu le temps de se passer dans la tête du lecteur ; une attente trop longue et il va se lasser.

⏩ La semaine prochaine: Éléments du suspense

L’interview: Charlene Kobel

Romantique dans l’âme, Charlene Kobel a également contracté le virus de l’écriture très tôt. Et depuis 2015, année de la sortie de son premier roman, elle enchaîne les succès, s’illustrant principalement dans le genre de la romance. Elle est membre, comme moi, du GAHeLiG, le groupe des Auteurs helvétiques de littérature de genre.

blog interview

Pourquoi écris-tu ? Qu’est-ce qui est venu en premier, ton esprit romantique ou ton envie d’écrire ?

J’écris parce que j’aime ça et parce que c’est avant tout une passion ! J’ai toujours été romantique et j’ai toujours écris. Je ne saurais dire lequel est arrivé en premier…

Pour qu’une romance soit réussie, il faut qu’elle touche la personne qui la lit. Comment t’y prends-tu ?

En fait, j’écris ce que j’aimerais lire. J’aime les romances douces, celles qui peuvent être réelle où les sentiments sont omniprésents. J’ai besoin de voyager quand je lis. Le monde actuel est tellement ignoble par bien des aspects que les livres (et ma famille) me permettent de croire encore à l’Amour.

53893334_2537015746326040_2380407240654848000_n

Comment qualifierais-tu ton style ?

C’est un style très doux. Mon slogan Purement Romance reflète cette romance très pure, très douce. Je mets également beaucoup d’humour dans mes écrits. C’est important pour moi que mes personnages aient de l’humour !

Qu’est-ce qui est le plus important pour toi ? Bâtir une intrigue bien ficelée, trouver le mot juste ou inventer des personnages attachants ?

Tout ça à la fois ! Une romance aussi doit avoir une intrigue ficelée. Le mot juste, il l’est pour une personne, mais le même ne le sera pas pour une autre. C’est assez difficile à dire… Des personnages attachants… Si un roman est bien ficelé mais qu’on ne s’attache pas aux personnages, je ne pense pas que ce soit un roman réussi 🙂

« Un bon roman, ça vient d’une histoire qui tombe au moment approprié dans votre vie » a dit Guillaume Musso. Quelle part de toi y a-t-il dans tes écrits ? Dans tes personnages ?

Oh, il y a énormément de moi dans mes écrits et mes personnages. Prenez Camille du roman Camille, miss cata (malgré moi) ; elle me ressemble à son âge. J’étais insouciante comme elle, j’avais appris à me méfier des garçons et, à côté de ça, j’étais maladroite, je cumulais les bourdes et ça me faisait rire. Encore aujourd’hui, je suis miss cata !

Est-ce que le fait de devenir maman change ton approche de l’écriture ?

Oui. J’ai envie de mettre des bébés dans chaque roman tant ma fille m’inspire et me fait rire. ^^

La romance est un genre souvent codifié. Est-ce qu’il t’arrive d’avoir envie de t’éloigner des règles du genre ? Est-ce que tu pourrais conclure un livre par une fin triste ?

Non, je ne peux pas concevoir qu’une de mes romances finissent mal… Je serais obligé de faire un second tome ! xD

camille-miss-cata-malgre-moi-1133788

Tu as également écrit des récits consacrés au harcèlement. Est-ce que tu as d’autres envies d’écriture, dans d’autres genres ?

J’ai un projet que je garde encore pour moi, mais ce sera une histoire inspirée de faits réels entre deux amies avec un point en commun qui pourrait les briser, mais au lieu de ça, elles vont s’unir encore plus qu’elles ne l’auraient imaginé…

En parlant de tes écrits, tu parles de sincérité, de pureté. Ta part de noirceur a-t-elle une place dans ton œuvre ?

Je n’ai pas de part de noirceur, voyons… 😉 Si je me suis énervée contre quelqu’un, il est possible que je crée un personnage inspiré de cette personne et que ça se passe mal pour lui… 😉

Certains considèrent que beaucoup de romances ont, dans le passé, véhiculé des clichés patriarcaux, voire sexistes. Est-ce que c’est une préoccupation lorsque tu écris ?

J’écris pour moi, pour mon plaisir. Je dois dire que je ne me prends vraiment pas la tête avec ça. Si ça plaît j’en suis ravie, si ça ne plaît pas, c’est aussi la règle du jeu 🙂

Y a-t-il des thèmes, des éléments que tu t’interdis de traiter ?

Pas vraiment. Si ! Vous ne verrez jamais un de mes personnages jouer à invoquer les esprits avec ses amis, par exemple. Ça c’est un truc que je m’interdis.

ahlg logo

Tu fais partie du GAHeLiG, le Groupe des Auteurs Helvétiques de Littérature de Genre. Y-a-t-il selon toi quelque chose de typiquement suisse dans ton approche de l’écriture ?

Oui ! J’aime écrire nonante au lieu de quatre-vingt-dix. Mettre des expressions de chez moi (Quand mes personnages sont Suisses). Et je vante très souvent notre pays, je l’admets. J’aime tellement les paysages qu’on y trouve et je m’y sens tellement bien…

Un conseil, une suggestion à ceux qui te lisent et qui ont envie d’écrire ?

Ne laissez jamais personne vous dire que c’est impossible ! Foncez, et vous verrez par vous-même si vous êtes fait pour cela !

 

Écrire le sexe

blog écrire sexe

On fait davantage l’amour dans la réalité que dans les livres.

Ce constat peut paraître paradoxal : après tout, la littérature pourrait sembler être par excellence le lieu d’accomplissement de tous les fantasmes, mais en s’y penchant de près, on réalise que ce n’est pas tout à fait le cas. Oui, on assassine bien davantage entre les pages que dans la vie de tous les jours, mais il n’en va pas de même pour le sexe.

Alors que la sexualité fait partie de la vie de tous les jours, qu’il s’agit d’une activité à laquelle tous les adultes s’adonnent avec plus ou moins de régularité, il y a des genres entiers de la littérature qui ne l’évoquent pas du tout, ou de manière très allusive, et où quoi que ce soit de trop explicite paraîtrait terriblement déplacé. Au fond, par bien des aspects, la littérature traite la vie sexuelle un peu comme elle traite tout ce qui se passe aux toilettes : on sait que ça existe mais on n’a pas particulièrement envie de s’attarder là-dessus.

Existe-t-il un puritanisme en littérature?

En théorie, écrire une étreinte de manière explicite dans un texte destiné à des lecteurs adultes devrait être la chose la plus naturelle du monde, mais, à moins que l’on se situe dans un genre qui réserve au sexe la première place, comme la littérature érotique ou certaines romances, ce type de scène est souvent absent. Les lecteurs, comme les éditeurs, et bien souvent, les auteurs eux-mêmes, n’ont pas envie de voir ça : ils jugent ces scènes trop intimes, trop explicites, et suspectent ceux qui les écrivent de ne chercher qu’à exciter le lecteur à bon compte.

Comme l’a écrit G.R.R. Martin:

« Je peux décrire une hache fracassant un crâne humain dans les moindres détails et personne ne s’en souciera. Si je rédige une description tout aussi détaillée d’un pénis rentrant dans un vagin, je reçois des lettres de lecteurs mécontents. Pour moi, c’est frustrant, c’est de la folie. Au bout du compte, un pénis rentrant dans un vagin représente quelque chose qui a donné beaucoup de plaisir à beaucoup de gens. Les haches dans les crânes, pas tellement. »

Faut-il comprendre qu’il existe un puritanisme en littérature ? Sommes-nous choqués par le déploiement de l’intimité dans la sphère littéraire ? La voit-t-on comme de la pornographie ? Ou alors la sexualité est-elle considérée comme une partie si ordinaire, si répétitive de l’existence qu’elle ne revêt, aux yeux de certains lecteurs, aucun intérêt littéraire ?

Quelle qu’en soit la raison, prendre en compte la sexualité dans un roman doit tenir compte de cette retenue. Chaque romancier, mais aussi chaque maison d’édition, va devoir trouver la bonne manière d’en tenir compte.

La plus simple, c’est naturellement de renoncer complètement aux scènes de sexe, ou d’ailleurs à toute mention de la sexualité. On raconte des histoires qui se focalisent sur d’autres parties de l’expérience humaine, et on laisse de côté tout ce qui se passer au-dessous de la ceinture. C’est évidemment un choix respectable, même si on peut considérer qu’il laisse de côté un pan significatif de nos existences.

On s’éloigne pudiquement du sexe alors qu’on s’attarde sur la violence

Autre option très populaire : les personnages ont une vie sexuelle, mais ils ne la partagent pas avec les lecteurs. Dès que deux individus, dans un livre, sont sur le point de devenir intimes, le narrateur ne décrit rien du tout, il s’éloigne pudiquement et le chapitre se termine abruptement, laissant le lecteur se charger d’imaginer l’étreinte. Il s’agit d’une option popularisée par des séries télévisées, ou un solo de saxophone et un fondu au noir étaient chargés de faire comprendre au téléspectateur qu’il allait se passer un truc sexy et qu’il n’était pas invité à rester.

Cette solution a le mérite de régler le problème : elle dote les personnages d’une vie sexuelle tout en préservant les lecteurs qui ne souhaitent pas la partager avec eux. Cette chaste discrétion, toutefois, ne rend que plus criante la différence de traitement entre le sexe et la violence : on s’éloigne pudiquement du premier alors qu’on n’hésite pas à s’attarder sur la seconde.

Dans ces circonstances, des auteurs moins timorés peuvent décider de s’attarder un peu plus longtemps dans la chambre à coucher et de traiter les relations sexuelles avec la même attention que le reste de leur narratif. Pour y parvenir, il existe différentes approches. La plus courante consiste à adopter un vocabulaire riche en métaphores, afin d’éviter d’avoir à décrire trop explicitement les différents organes et la manière dont on s’en sert. L’auteur renonce donc à ce registre anatomique et parle, à la place, de « feux d’artifices », de « tremblements de terre » et de « petite mort. »

On bascule dans une surenchère qui frise le surréalisme

L’avantage de cette solution, c’est qu’elle s’évite la fausse pudeur et qu’elle s’attache au ressenti des personnages. L’écueil, c’est que cela peut vite tourner au ridicule. À force de comparer l’extase à tout et à n’importe quoi, à faire usage de métaphores tellement alambiquées qu’elles semblent sorties de nulle part, on bascule dans une surenchère qui frise le surréalisme.

Depuis 1993, la revue littéraire britannique Literary Review décerne chaque année son « Bad Sex in Fiction Award », ou « Trophée du mauvais sexe en fiction. » Ce trophée à forte valeur sarcastique montre du doigt les auteurs dont la plume s’est emportée, en souhaitant écrire une scène de sexe, vers les rivages du risible.

Voici un extrait du roman primé en 2018, « Katerina » de James Frey:

Aveuglant époustouflant tremblant accablant explosif blanc Seigneur je jouis en elle ma bite palpite nous gémissons tous deux yeux cœurs âmes corps un seul.

Du coup, certains auteurs, pour faire passer une scène de sexe, sont tentés de faire exactement l’inverse : l’écrire sans affect, de manière sobre, clinique et descriptive, façon Nouveau Roman, sans rien qui puisse passer pour une métaphore ou quoi que ce soit de trop excitant. Cette option fonctionne très bien pour décrire le sexe triste, rongé par le quotidien et la monotonie, mais est bien trop terne pour être utilisée dans un autre contexte. Le sexe sans émotion, sans joie, ça n’est – heureusement – pas le schéma classique.

Et puis il y a toujours l’option de l’érotisme : décrire un accouplement dans le but délibéré d’exciter le lecteur. Il s’agit d’une démarche qui a l’avantage de l’honnêteté, mais qui risque de ployer sous le poids de l’emphase et des descriptions survitaminées. En choisissant cette voie, contrairement à l’option précédente, on renouera avec le côté jubilatoire de la sexualité, mais on quittera le domaine du réel pour balancer dans celui du fantasme, ce qui conviendra, en réalité, à très peu de styles de livres. Il vaut mieux conserver cette possibilité pour la littérature érotique proprement dite, aux romances épicées, au New Adult et aux autres genres qui cherchent à émoustiller.

La clé est d’écrire le sexe avec la même intégrité que n’importe quelle autre scène

Au fond, entre une scène de sexe centrée sur l’émotion, sur les faits ou sur les fantasmes, la première option reste la meilleure, mais uniquement si l’on prend garde de ne pas verser dans l’excès. La clé est de l’écrire avec la même intégrité que n’importe quelle autre scène : les personnages restent tels qu’ils sont dans le reste du roman, avec leur personnalité et leurs autres traits distinctifs ; la scène ne constitue pas une interruption de l’intrigue, mais en fait partie intégrante, avec la même importance pour le narratif que n’importe quelle autre scène ; il faut s’interdire la gratuité, et veiller à ce que la scène serve un but, qu’elle fasse progresser les enjeux internes ou externes du livre.

Une scène de sexe réussie est une scène dans laquelle les personnages conservent leur personnalité et leur dignité, et qu’on ne pourrait pas couper du narratif sans rendre celui-ci incompréhensible. Il faut aussi qu’elle soit mémorable, distincte de toute les autres scènes du même genre. Pour y parvenir, une bonne manière de procéder est d’oublier quelques instants que l’on a affaire à des pénis et des vagins, et de se rappeler qu’il y a aussi des personnages, un lieu, un vécu, des circonstances.

Lorsque deux personnages couchent ensemble, en particulier pour la première fois, tout peut être potentiellement significatif : un mot prononcé, le ton de la voix, un geste, une hésitation.

Il ne s’agit pas de faire un cours d’anatomie, mais de raconter un moment partagé entre deux individus. Dans cette perspective, toute occasion qui permet d’interrompre l’action ou de changer le rythme est la bienvenue : les complications autour du préservatif, une sonnerie de téléphone, le chat qui débarque dans la pièce, un bruit de moteur, un fou rire, bref, tous ces moments où le réel vient se mêler au fantasme, où l’on improvise, tâtonne, se trompe, rigole, recommence, bref, tout ce qui confère à l’acte de la vraisemblance émotionnelle, voilà ce qui peut changer une scène de sexe banale en quelque chose de mémorable.

⏩ La semaine prochaine: Éléments de décor – le pouvoir

 

La littérature jeunesse

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Comme nous avons, lors de billets précédents, exploré les différents moyens de mettre en scène des enfants ou des thèmes liés à l’enfance dans un roman, et que nous avons enchaîné avec des conseils pour écrire des personnages d’enfants et d’adolescents, il ne nous reste plus qu’à boucler la boucle et à nous intéresser aux livres destinés à être lus par de jeunes lecteurs.

Qu’on ne s’y trompe pas : le thème mériterait qu’on lui consacre un blog tout entier, avec des articles hebdomadaires destinés à en explorer les différents aspects. Ce billet est donc nécessairement incomplet : c’est une invitation à explorer davantage ces thèmes, si cela vous intéresse.

La littérature pour la jeunesse se caractérise par le public qu’elle vise, pas nécessairement par le public qui la lit. Il est ainsi tout aussi possible pour un adulte de lire un roman de la collection « Chair de poule » de R.L. Stine, comme il est possible pour un adolescent de se perdre dans la lecture du dernier roman de Michel Houellebecq. Certains ouvrages transcendent les limites d’âge qui sont artificiellement érigées par les maisons d’éditions pour des raisons promotionnelles, et deviennent des classiques qui peuvent être appréciés à tout âge, comme « Les aventures d’Alice au Pays des Merveilles », « Le Petit Prince » ou « L’Attrape-Cœur. »

Néanmoins, ce public-cible dont l’existence est fréquemment supposée dans ce type d’ouvrages conditionne en grande partie la forme, les thèmes, les personnages et tous les autres aspects des romans de littérature jeunesse, jusqu’à donner à celle-ci, par certains aspects, les caractéristiques d’un genre littéraire à part, régi par toutes sortes de règles spécifiques.

Traditionnellement, la littérature jeunesse est divisée en deux grandes catégories : la littérature pour enfants et la littérature pour adolescents. Sont venus s’y ajouter, ces dernières années, deux autres catégories : le Young Adult et le New Adult.

Littérature pour enfants

La littérature pour enfants est sans doute, de toutes celles qui sont examinées dans ce billet, celle qui présente la plus grande diversité formelle et stylistique. On parle ici d’une littérature dont tout un segment est constitué de livres illustrés, destinés à un public de lecteurs qui ne savent pas lire par eux-mêmes, et à qui on doit raconter les histoires ; il y a aussi des livres de contes, eux aussi enrichis d’images, qui revisitent les classiques ou inventent de nouvelles histoires faits pour être dites à voix haute ; des livres pour les très jeunes lecteurs, destinés à leur donner le goût de la lecture ; des ouvrages thématiques de nature éducative, destinés à sensibiliser les jeunes à des thèmes de la vie de tous les jours, dont certains sont graves (deuil, divorce, violence).

Malgré cette diversité, les livres pour enfants ont un certain nombre de points communs. Premièrement, les protagonistes sont le plus souvent eux-mêmes des enfants, ou des créatures (animaux, peluches, extraterrestres) qui se comportent comme des enfants, qui ont des problèmes d’enfants et des réflexions d’enfants. Deuxièmement, ces ouvrages sont courts et écrits gros, afin de satisfaire un public qui n’a pas beaucoup de patience, ni beaucoup de pratique de la lecture. Le vocabulaire utilisé est simple, faisant grand usage des répétitions (cela n’interdit pas une certaine ambition, comme en témoignent les livres pleins de jeux de mots de Pef). Surtout, tout est basé sur des concepts simples et originaux, qui rendent chaque livre ou chaque série instantanément identifiable.

De tous les secteurs de l’édition, celui des livres pour enfants est peut-être celui dont le niveau de qualité moyen est constamment le plus élevé, avec des textes inventifs et de haute qualité, une recherche du ton juste, souvent assisté par des professionnels de l’enfance, et des illustrateurs qui font partie des meilleurs du marché. Il n’est pas particulièrement aisé d’y faire sa place.

Littérature pour adolescents

Ce qu’on appelle aujourd’hui la « littérature pour adolescents » a subi ces dernières années une sorte de réajustement, causée par l’apparition de nouvelles catégories et d’une nouvelle dynamique venue du monde anglo-saxon où ce segment de l’édition a toujours été vivace. Autrefois, on l’aurait défini comme l’ensemble des publications visant un public de 13-18 ans, et on aurait pensé en premier lieu à quelques séries populaires comme « Le Club des Cinq » ou « Alice » (« Nancy Drew »), auxquels on aurait ajouté quelques classiques tels que les romans de Jules Verne.

Aujourd’hui, la littérature pour adolescents proprement dite s’est retranchée sur des âges plus précoces. On la conseillerait plutôt aux lecteurs de 10-15 ans. C’est devenu un segment de l’édition très actif, et surtout varié.

Dans cette tranche d’âge, on trouve des romans dans tous les genres : de l’aventure, du polar, de la fantasy, mais aussi de l’horreur ou du thriller. Il y a également pas mal de romans écrits dans une veine réaliste, qui permettent au lectorat jeune de découvrir de l’intérieur des situations sociales contemporaines (la drogue, la sexualité, l’argent, le succès) présentées de manière simple et accessible, voir le quotidien de jeunes qui vivent, dans des pays lointains, des situations très différentes des jeunes d’ici. En réalité, en germe, on trouve absolument tous le panorama de la littérature contemporaine, ce qui permet au jeune lecteur curieux de forger ses goûts.

Il y a tout de même des constantes. Les protagonistes des romans de littérature pour adolescents sont eux-mêmes des adolescents. Le langage est simple, avec parfois une intention didactique d’expliquer certains termes, les livres ne sont pas bien épais et les plus populaires peuvent se décliner en séries au très long cours, empruntant parfois les codes de la catégorie supérieure.

Young Adult

Le terme « Young Adult » est apparu dans le sillage du succès sidérant de la saga Harry Potter, lorsque des hordes de jeunes ont découvert le plaisir de lire et que le secteur de l’édition a cherché à satisfaire à leur demande, en produisant des romans susceptibles d’aborder les thèmes et les ambiances qui leurs sont chers.

Le résultat est une catégorie un peu hybride. On présente souvent les livres « Young Adult » comme étant ceux qui s’adressent à un public présentant des âges compris entre 15 et 30 ans, soit les lecteurs qui commencent à se lasser de la littérature pour adolescents classique, auxquels on ajoute les lecteurs qui ne trouvent pas de satisfaction dans les romans destinés au lectorat adulte, et qui préfèrent prolonger les plaisirs de lecture développés pendant leurs jeunes années.

En réalité, c’est un peu plus compliqué que ça, car le Young Adult est à la fois une catégorie d’âge, et, d’une certaine manière, un genre. Ou en tout cas, un ensemble de genres qui ont des points communs entre eux – tous les types de littérature ne sont généralement pas considérés comme Young Adult. Les romans réalistes ou éducatifs évoqués ci-dessus n’ont que rarement leur place dans les rayons estampillés « YA », au bénéfice de toutes sortes de romans dont le point commun est la volonté d’évasion (l’« escapism » anglo-saxon), le suspense, les sensations fortes et le divertissement.

Rien n’empêche d’aborder des tons graves, mais dans son ensemble, la littérature Young Adult privilégie les littératures de l’imaginaire – fantasy, urban fantasy, bit lit et compagnie. Même si les définitions n’ont rien d’officielles et sont très fluctuantes selon la personne que l’on interroge, le polar pour adolescent, par exemple, n’est généralement pas considérée comme faisant partie de cette catégorie.

Quel que soit leur âge, les lecteurs de littérature Young Adult sont de gros consommateurs de livres, mais aussi d’autres formes de divertissement, tels que séries télé ou jeux vidéo. Ils sont exigeants mais fidèles, et, lorsqu’ils ont découvert un certain type de romans ou d’auteurs qui leur plaît, ils ont tendance à chercher à multiplier cette sensation à l’infini.

C’est d’ailleurs ce qui leur vaut une partie de leur mauvaise réputation : la qualité moyenne des œuvres estampillées Young Adult n’est pas à mettre en cause, mais elles favorisent la fidélité de leurs lecteurs, dont certains finissent par manquer de curiosité et à lire encore et encore le même type de livres. On peut se réjouir de voir des jeunes qui lisent et applaudir le succès de ce segment du marché, mais le fait de chercher à satisfaire à des désirs très spécifiques se fait parfois au détriment de l’ambition littéraire et de la personnalité des œuvres.

D’ailleurs, un auteur qui souhaiterait œuvrer dans le domaine Young Adult se rendrait rapidement compte que pour s’y illustrer, il doit produire des œuvres très formatées, et que chaque pas de côté, chaque originalité, risque de l’en éloigner.

New Adult

Apparu ces dernières années, le segment « New Adult » a d’abord été présenté comme le prolongement naturel de la catégorie précédente. En deux mots, on aurait tout simplement affaire à une nouvelle catégorie de transition, qui serait donc réservée aux lecteurs amateurs de Young Adult qui, décidément, ne souhaiteraient pas laisser derrière eux ce type de littérature en gagnant en âge.

Donc à la base, le New Adult, c’est supposé être des romans destinés aux 18-30 ans, avec le même accent mis sur l’évasion que dans le Young Adult, le tout rehaussé d’une touche de maturité en plus. « Twilight », mais avec davantage de scènes de sexe. Le New Adult met généralement en scène – on l’aura deviné – des jeunes adultes, qui font face à des difficultés existentielles ou qui se trouvent à un tournant de leur vie. Ces romans sont souvent écrits à la première personne et comportent des éléments de soap opera dans leur style, ainsi, bien souvent qu’une certaine fascination pour tout ce qui provient de l’aire culturelle anglo-saxonne.

En réalité, même si certains adhèrent toujours à cette définition, le New Adult ne s’est pas tout à fait développé de cette manière. Il est rapidement devenu une catégorie presque exclusivement destinée aux lectrices, et fortement teintée de romance, ce qui fait qu’aujourd’hui, une partie des ouvrages qui sont vendus avec cette estampille sont presque impossibles à distinguer des romances traditionnelles.

⏩ La semaine prochaine: Éléments de décor – le sexe

Un magazine pour la littérature suisse de genre

gahelig

La Suisse est un vivier d’autrices et d’auteurs qui œuvrent dans la littérature de genre, sous toutes ses formes: polar, fantasy, romance, science-fiction, roman historique, fantastique, etc… Pour les regrouper et leur donner de la visibilité, certains d’entre eux, dont je fais partie, ont formé le GAHeLiG, le Groupe des auteurs helvétiques de littérature de genre, formellement constitué depuis ce weekend.

À présent, vous pouvez avoir un aperçu des auteurs impliqués et de leurs œuvres à travers un webzine, dont le tout premier numéro vient de paraître. Interviews, profils, chroniques, j’espère que son contenu vous séduira.

Vous pouvez le télécharger ici:

Webzine_N_1_Février_juin.02

Si vous souhaitez vous abonner à ce webzine et le recevoir gratuitement à chaque parution dans votre boîte mail, il suffit de suivre ce lien.

ahlg logo