La boîte à outils pour vos descriptions

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Réunir en un seul endroit une série de mots qui peuvent être utilisés pour décrire une émotion ou une expérience sensorielle, et assortir tout ça de conseils pour réussir ces descriptions dans un cadre romanesque : c’était la raison d’être d’une série d’articles publiés sur ce blog ces dernières semaines.

Il s’agissait d’articles-outils, de références à consulter en fonction plutôt que des billets à lire pour le plaisir ou pour élargir ses horizons, raison pour laquelle il m’a semblé nécessaire de les regrouper ici. Vous trouverez ainsi des liens vers chacun des articles de la série, ce qui vous permettra de les redécouvrir, et surtout de tout retrouver en un seul signet, dans l’attente du moment où vous en aurez besoin.

Décrire les émotions

La peur

La tristesse

La joie

La colère

La honte

Décrire les sens

La douleur

Le plaisir

Le toucher

L’odeur

Le goût

Le bruit

 

Décrire le goût

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Si l’odorat est notre sens le plus insaisissable, le goût est le plus rudimentaire. Notre langue n’est capable que de capter et d’identifier cinq goûts différents : le salé, le sucré, l’amer, l’acide et l’umami. En réalité, les infinies combinaisons de saveurs qui composent notre expérience gustative ne sont le produit que de ces cinq notes, ainsi que des arômes que parvient à détecter notre nez, un organe autrement plus subtil que la bouche. À cela s’ajoutent encore certaines caractéristiques des aliments : à quel point ceux-ci sont épicés ou astringents, quel est leur arôme, quelle est leur texture, et ont-ils un avant-goût ou un arrière-goût descriptibles.

Qu’est-ce que ça signifie pour un romancier qui souhaiterait décrire un goût ? D’abord, que le vocabulaire à sa disposition n’est pas très étendu. Un peu comme ce qu’on a pu dire au sujet de l’odorat, le goût humain n’est pas un instrument de grande précision. Il serait sans doute possible de décrire chaque expérience gustative en ne s’appuyant que sur les cinq goûts de base, dans le genre « la tarte au citron était très sucrée, assez acide, un peu amère, avec une légère note d’umami et pas de sel », mais ça serait absurde. En réalité, au quotidien, la manière dont nous faisons l’expérience du goût est plus vaste, faisant appel à la vue (qui nous fait saliver), au toucher, à l’odorat. C’est en tenant compte de cette dimension multisensorielle qu’il faut s’appuyer pour décrire la sensation gustative d’un personnage.

Un autre conseil à garder en tête, c’est qu’il faut choisir ses batailles. Décrire précisément le goût de chaque repas absorbé par un des personnages de votre roman, à moins que cela soit le thème du bouquin, ça n’a aucun sens. Par contre, si votre intrigue est ainsi tournée qu’un repas, qu’une bouchée, est supposée avoir un impact émotionnel particulier, prenez le temps de la décrire en détails. Comme toujours, les listes de vocabulaire et de conseils ci-dessous peuvent vous aider.

Noms

Appétence, appétit, attrait, bouffe, bouquet, délectation, délice, fumet, générosité, goût, gueuleton, montant, nourriture, palais, piment, piquant, ravissement, régal, repas, relent, sapidité, satisfaction, saveur, sel, sensualité

Verbes

Absorber, apprécier, avaler, bâfrer, becqueter, bouffer, boulotter, boustifailler, collationner, consommer, croquer, croustiller, cuisiner, déguster, déjeuner, dîner, (se) délecter, dévorer, s’empiffrer, engloutir, engouffrer, entamer, éprouver, expérimenter, festoyer, se gargariser, (se) goinfrer, goûter, grignoter, homologuer, ingérer, ingurgiter, jouir, mâcher, manger, mastiquer, mordre, picorer, (se) régaler, (se) repaître, ripailler, saliver, savourer, tâter

Adjectifs

Abject, affreux, agréable, appétissant, avide, complexe, délectable, délicat, délicieux, déplaisant, doux, durable, excellent, exquis, fameux, friand, gourmand, goûteux, goûtu, immonde, mangeable, odieux, plaisant, pur, ragoutant, repoussant, révoltant, sale, savoureux, subtil, succulent

Types de goût

Acide, âcre, agressif, amer, aromatique, astringent, bizarre, brûlant, camphré, chaud, citronné, corsé, croquant, croustillant, déconcertant, délicat, dominant, doux, écœurant, épicé, excellent, exquis, fade, fort, frais, gras, horrible, inhabituel, merveilleux, mystérieux, naturel, noble, nostalgique, nouveau, parfait, piquant, pimenté, poivré, poudreux, prolongé, pur, relevé, salé, sauvage, simple, singulier, sucré, terreux, vif, volcanique

Types de textures

Aérien, caoutchouteux, cassant, collant, coriace, coulant, craquant, crémeux, croquant, croustillant, ductile, dur, élastique, épais, feuilleté, fibreux, fondant, fibreux, gélatineux, gluant, gommeux, granuleux, gras, grumeleux, juteux, liquide, lisse, mâchant, moelleux, mou, mousseux, onctueux, pâteux, pétillant, poudreux, râpeux, sablé, sirupeux, soufflé, souple, soyeux, tendre, visqueux

Prendre des notes

Dans les billets de cette série consacrée aux descriptions, j’ai pris l’habitude de vous suggérer de faire l’expérience des différentes sensations sur lesquelles je m’attarde et de prendre note de ce qu’elles vous évoquent, afin d’étoffer votre vocabulaire. Naturellement, en ce qui concerne le goût, c’est à la fois plus facile et plus agréable : facile parce qu’on mange en général plusieurs fois par jour, agréable parce qu’il est délicieux de manger. Donc faites-vous plaisir, au nom de la littérature.

Cela dit, il est peut-être encore plus intéressant de goûter à des choses qui ne se mangent pas ou qui ne devraient pas s’ingérer, comme des aliments avariés ou brûlés. La teneur hautement émotionnelle de l’expérience devrait, n’en doutons pas, vous inspirer des descriptions hautes en couleur.

Le mot juste

Si vous prenez la peine de décrire un goût, faites-le correctement, et surtout, faites-le précisément. Savoir que quelque chose est bon ou mauvais a relativement peu d’intérêt. Si votre personnage s’attarde sur un goût, c’est que cela signifie quelque chose pour lui, et c’est là qu’il est particulièrement important de savoir faire la différence entre un goût poivré et un goût épicé, entre l’astringence et la pseudo-chaleur et entre toutes les textures qui peuvent se présenter à nous lors d’un repas. Si vous avez un doute sur la signification d’un terme, il n’y a pas de honte à vérifier tout ça dans le dictionnaire.

Le goût en-dehors des repas

Voyons les choses en face : le goût n’est pas le plus polyvalent de nos sens. On pardonnerait volontiers aux écrivains qui ne le mentionneraient jamais, ou uniquement, fugitivement, au cours de quelques descriptions de repas. C’est compréhensible, mais prenons malgré tout le temps de noter que le goût n’a pas une dimension exclusivement culinaire.

On peut utiliser sa langue pour identifier la trace d’un poison dans une boisson ou pour se rendre compte qu’un aliment n’est plus consommable parce qu’il est passé de date, un mauvais arrière-goût en bouche peut être le symptôme d’une maladie, on peut se servir du goût pour identifier un fil de fer ou de cuivre, ou faire la différence entre un cristal d’halite d’un cristal de sylvite, une forte dose de radiation cause une sensation métallique dans la bouche, une atténuation des sensations agréables liées au goût peut être un symptôme de dépression. Dans les littératures de l’imaginaire, il est possible qu’une créature non-humaine puisse utiliser ses papilles gustatives pour détecter des substances que nous ne parvenons pas à discerner (après tout, les souris peuvent sentir la présence de calcium dans les aliments, ce dont nous sommes incapables).

⏩ La semaine prochaine: Décrire le plaisir

Décrire les odeurs

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Parmi les sens qui sont utilisés pour les descriptions littéraires, l’odorat est le grand oublié, échouant à une lamentable quatrième place. Certains auteurs ne le mentionnent jamais, oubliant jusqu’à son existence. Pourtant, les odeurs sont tout autour de nous, occupant l’espace, nous permettant même de nous orienter en nous renseignant sur leurs points d’origine, et nourrissant nos pensées d’émotions et de souvenirs qui, parfois, nous hantent sans même que nous prenions conscience de l’effet qu’elles ont sur nous.

Ne renoncez pas aux odeurs. Au contraire : utilisez-les dans vos romans, incorporez-les à vos descriptions, servez-vous en, pourquoi pas, pour définir vos personnages. Comme toujours dans notre série, les listes de mots et les quelques conseils ci-dessous devraient vous aider à vous lancer.

Verbes

Cocoter, cogner,  dégager, émaner, embaumer, emboucaner, empester, empoisonner, exhaler, flairer, flagorner, fleurer, humer, odorer, parfumer, pourrir, répandre, respirer, sentir, suer, suinter, transpirer

Noms

Air, arôme, bouquet, bouffée, courant, effluence, effluve, émanation, essence, exhalaison, fragrance, fumée, fumet, haleine, infection, nuage, odeur, parfum, pestilence, puanteur, relent, remugle, senteur, trace, vapeur

Adjectifs

Abominable, âcre, affreux, agréable, agressif, aigre, ambré, amer, animal, appétissant, aromatique, artificiel, aseptisé, bizarre, boisé, bon, brûlant, camphré, capiteux, caressant, céleste, charmant, clinique, complexe, coriace, délicat, désagréable, détestable, divin, doucereux, doux, écœurant, enivrant, entêtant, épicé, exquis, exotique, fade, faible, fauve, fétide, fin, fleuri, floral, fort, frais, fruité, fugace, gênant, gras, hoquetant, ignoble, indéfinissable, infect, insaisissable, insupportable, iodé, léger, lourd, maladif, malodorant, malsain, marin, matinal, mauvais, médical, métallique, moisi, musqué, naturel, nauséabond, nauséeux, pénétrant, pestilentiel, pimenté, piquant, plaisant, poivré, poussiéreux, printanier, primitif, puant, putride, rance, râpeux, rebutant, rémanent, repoussant, résineux, riche, sain, salé, sauvage, suave, subtil, sucré, succulent, suffocant, tenace, terreux, terrible, vague, végétal, vif, violent, vomitif

Prendre des notes

On fait peu attention aux odeurs. Si vous découvrez pour la première fois une petite crique ombragée, lors de vos vacances à la mer, vous allez en décrire spontanément les couleurs émeraude de l’eau et les contours escarpés des falaises à vos amis en revenant à la maison, mais il est peu probable que vous vous attardiez sur l’odeur iodée des lieux, et il est presque inenvisageable que ça soit ça que vous reteniez en premier. De nombreuses personnes sont peu sensibles aux odeurs et n’y font que rarement attention.

Pourtant, même si ça ne se situe pas sur le plan conscient, ces senteurs les affectent, parfois bien au-delà de ce qu’ils peuvent imaginer. Elles peuvent débloquer en eux des souvenirs enfouis, les attacher ou les repousser sans même qu’ils perçoivent ce qui se passe.

Ne soyez pas comme eux. En tant qu’auteur, faites l’effort de vous montrer attentif aux odeurs, tentez de les percevoir, de les identifier, de les décrire et de les cataloguer. Ce ne sera pas toujours facile, vous allez vite réaliser que vous allez manquer de vocabulaire pour les classifier aussi efficacement que vous le souhaiteriez, mais persévérez, parce qu’un écrivain qui sait incorporer l’odorat dans ses descriptions, qui le fait de manière à la fois naturelle et originale, offre à ses lecteurs une expérience empreinte de réalisme et de sensualité. Il serait dommage de passer à côté.

Le mot juste… s’il existe

L’odorat est sans doute le plus imprécis de nos sens. Le nez humain perçoit des odeurs, mais n’est pas efficace pour en analyser les composants. Il n’en a pas d’expérience objective, comme il peut en connaître pour la vue ou l’ouïe, il ne peut pas les diviser en « parties » que l’on peut considérer indépendamment. Contrairement aux sons dont on peut décrire le timbre, l’intensité et la hauteur tonale, contrairement à la vue que l’on peut décrire en termes de couleurs et de formes, il n’est pas possible de décrire, de représenter et de transmettre à autrui une odeur spécifique.

D’ailleurs le vocabulaire olfactif est extrêmement pauvre. Alors que, par exemple, nous reconnaissons les couleurs comme des données visuelles qui ont une existence objective, qui peut servir de référence universelle, quelle que soit la personne qui les perçoit (les daltoniens, c’est bon, vous pouvez baisser la main), ou quel que soit l’endroit où elles apparaissent, à quelques rares exceptions, les odeurs n’existent qu’en comparaison avec les substances qui les émettent. Ainsi, les fleurs ont une odeur florale, et le musc a une odeur musquée. Super.

Décrire une odeur est donc une gageure pour l’écrivain, mais il n’est pas seul dans ce cas : l’expérience de l’odorat n’est pas analytique, ou très peu. Elle est émotionnelle. Dans un roman, on passera donc, par manque de vocabulaire à disposition, assez peu de temps à décrire une odeur, mais on pourra s’attarder davantage sur les réactions qu’elle suscite chez celles et ceux qui y sont exposés.

Les odeurs du cœur

Comme l’odorat résiste à l’intellect, par défaut, il est venu le plus émotionnel de nos sens. On ne parvient pas à l’analyser, alors on se contente d’évoquer les sensations qu’il fait naître en nous. On ne le décrit pas en tant que tel, mais à travers ses effets, ses conséquences.

Chaque odeur est un voyage à travers notre monde intérieur, qui nous fait cheminer le long de plusieurs émotions distinctes et évoque des souvenirs, certains récents, d’autres anciens, d’autres encore enfouis si profondément que seule un effluve très spécifique est capable de les rappeler à la surface de notre conscience. L’odorat est un sens nostalgique, un sens qui nous fait voyager dans le temps et l’espace, même lorsqu’on ne parvient pas tout à fait à mettre le doigt sur l’origine de nos souvenirs.

En décrivant une odeur, un auteur sera donc bien avisé de prendre en compte cette dimension, et de nous faire comprendre à quel souvenir et à quelle gamme d’émotions un personnage relie un parfum spécifique.

La bonne description

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Certains auteurs ne peuvent pas s’en empêcher : ils écrivent des descriptions interminables, riches de détails qui n’intéressent personne. Il faut croire que cette propension à s’étaler est contagieuse, parce que ce que j’avais initialement prévu comme un petit billet sur les descriptions est devenu une saga en trois volets, dont voici la deuxième partie.

Un volet qui répond à la question laissée cruellement en suspens la semaine dernière : maintenant que l’on sait ce que c’est qu’une description et à quoi ça sert, comment faire pour écrire une bonne description, étant établi qu’une bonne partie des lecteurs n’ont aucune envie de lire ce genre de choses ?

Pour commencer, une bonne description, c’est une description qui est bien structurée. Pour comprendre ce que vous tentez de lui transmettre sans avoir à se casser la tête, le lecteur doit pouvoir vous suivre, et pour cela il faut que vos descriptions soient cohérentes et que les différents éléments qui les composent obéissent à une hiérarchie logique.

La manière classique d’organiser une description, c’est d’aller du général au particulier. Cet extrait de « La terre » d’Emile Zola, nous en offre une belle illustration (en une seule phrase, en plus) :

Sous le ciel vaste, un ciel couvert de la fin d’octobre, dix lieues de cultures étalaient, en cette saison les terres nues, jaunes et fortes, des grands carrés de labour, qui alternaient avec les nappes vertes des luzernes et des trèfles.

On part d’un constat qui donne une idée générale de ce à quoi on a affaire (« Sous un ciel vaste […] dix lieux de cultures étalaient »), pour préciser ensuite cette première idée (« en cette saison les terres nues, jaunes et fortes »), revenir sur certains aspects (« des grands carrés de labour »), et terminer par des détails (« les nappes vertes des luzernes et des trèfles »).

Cette règle simple à suivre s’applique à tout. Ainsi, en décrivant un suspect dans un roman policier, l’auteur partira d’un constat général (« C’était un type énorme, du genre à effrayer les petites vieilles dans les rues sombres »), pour l’approfondir (« Il avait la gueule de travers – de naissance ou parce que quelqu’un d’encore plus gros que lui l’avait réarrangé, difficile à dire ») et terminer par un ou plusieurs détails (« Je ne pouvais qu’espérer que les taches sur sa chemise n’étaient pas du sang séché. »)

La même logique que celle de notre cerveau

Cela dit, attention. La logique qu’il faut suivre pour une description bien structurée, c’est la même logique que suit notre cerveau lorsqu’il est le témoin d’une scène. En d’autres termes : parfois, c’est un détail qui est la première chose que l’on remarque, pour passer ensuite à des aspects plus généraux. Dans ces cas-là, c’est bien ainsi qu’il faut construire sa description. Dans un roman fantastique, en décrivant un étrange personnage aux yeux rouges, on commencera par mentionner ce détail inhabituel, pour ensuite décrire des aspects plus ordinaires de sa physionomie. Ainsi, à la hiérarchie qui va du général au particulier, se surimpose une autre, qui va de l’inhabituel à l’habituel.

Et des hiérarchies, dans une description, on peut encore en adopter de nombreuses autres. Rien ne s’oppose à ce qu’elles soient structurées de la gauche vers la droite, du haut vers le bas, de l’animé vers l’inanimé, du proche jusqu’au lointain, etc… Ce qui compte, c’est que ce classement fasse sens et permette au lecteur de s’y retrouver.

Une bonne description, c’est aussi une description qui fait appel aux cinq sens. C’est la responsabilité de l’auteur de lui faire visiter son monde, et si possible de le toucher aux tripes. Alors n’hésitez pas : montrez lui la scène avec ses yeux bien sûr, mais n’en restez pas là. Écoutez-la à travers ses oreilles, sentez-la avec son nez, touchez-la avec sa peau, goûtez-la avec sa langue.

La rugosité de la pierre de taille, la saveur d’une fraise bien mûre

Chacun de nos sens convoie des informations de nature différente, mais est également porteur d’attaches émotionnelles différentes. En évitant de vous cantonner à l’aspect visuel des choses, vous allez produire un effet plus immersif sur le lecteur, qui va être touché et se sentir concerné de manière plus directe que si vous énumériez des indications purement visuelles. Après tout, l’image, et secondairement le son, c’est ce que nous sommes habitués à percevoir à travers tous les écrans qui nous entourent. La littérature a la chance d’offrir une expérience plus viscérale, aussi ne vous privez pas d’inclure dans vos descriptions l’odeur du foin fraîchement coupé, la rugosité de la pierre de taille, la saveur d’une fraise bien mûre.

Pendant que vous y êtes, rappelez-vous qu’un être humain a beaucoup plus que les cinq sens que l’on dénombre traditionnellement. Faites appel à l’équilibre lorsqu’un personnage manque de chuter au bord d’une falaise ; évoquez la thermoception lorsque l’on pénètre dans une pièce à la température inhabituellement basse ; servez-vous de la proprioception, ce sens que l’on possède de la place qu’occupe notre corps dans l’espace, pour évoquer une perte de repère, une expérience hallucinatoire ou surnaturelle. Et puis, bien sûr, le premier de nos sens, le sens de l’humour, a lui aussi sa place dans les descriptions.

Une approche multisensorielle enrichit une description

Attention quand même : certains auteurs débutants qui découvrent ce genre de conseils ont tendance à en faire trop. Chacune de leurs descriptions fait appel, dans l’ordre, à chacun des cinq sens – on peut presque les sentir mettre une coche derrière chaque phrase, avec un sens du devoir accompli. Ne vous sentez pas obligés de le faire : une approche multisensorielle enrichit une description, mais la rendre systématique risque de faire basculer vos textes dans le ridicule.

Une bonne description – ça va de soi mais peut-être pas tant que ça – c’est aussi une description variée. Multipliez les approches différentes, les adjectifs, les adverbes, les métaphores. Une image bien trouvée peut enrichir considérablement l’impact d’un texte descriptif. Soignez, comme toujours, votre vocabulaire, en tâchant de trouver le mot juste. Et notez que même des éléments extérieurs, comme une ligne de dialogue en réaction à ce qui est vu, peut très bien s’ajouter à une description et impliquer davantage les personnages présents.

Et puis finalement, une bonne description, parfois, ça consiste à s’abstenir de décrire. On l’a vu : les lecteurs retiennent ce qu’ils veulent. Souvent, un mot bien trouvé vaut mieux qu’une description : un garage où l’inspecteur qui est le personnage principal de votre roman ne met les pieds que sur deux pages pourra se contenter d’être « délabré », sans qu’il soit nécessaire de décrire chaque outil. Nous avons tous en nous une bibliothèque d’images de lieux ordinaires, et même si chaque lecteur visualisera nécessairement un « garage délabré » différemment, cela n’affecte pas la scène et vous permet de vous épargner, à vous et au lecteur, une description inutile.

On s’en fiche complètement, que Clara porte une jupe en daim beige

Cela vaut également pour les personnages : nous sommes au 21e siècle, donc n’écrivons plus comme au 19e. À moins que cela ait une importance pour l’intrigue ou pour le cheminement des protagonistes, décrire physiquement les personnages ne sert à rien.

On s’en fiche complètement, que Clara porte une jupe en daim beige et des escarpins : à moins que cela lui complique la vie dans une scène d’action, ce genre de détail est inutile. De même, que le juge Monty soit « plus grand que la moyenne », si ça ne lui sert pas à intimider les suspects, vous pouvez vous passer de le mentionner. En deux mots : laissez l’imaginaire des lecteurs habiller et coiffer vos personnages, ils font ça très bien. Dans mon roman « La Ville des Mystères », il y a un personnage important que je ne décris absolument pas et ça n’empêche pas les lecteurs d’en avoir une vision très nette. La bonne description, parfois, c’est celle que le lecteur croit avoir lue mais qu’il a en réalité inventé de toutes pièces.

⏩ La semaine prochaine: Descriptions – quelques techniques