Les métaphores

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Afin de poursuivre la discussion entamée autour du style dans un billet précédent, je vous propose cette semaine de nous intéresser de près à un des outils principaux qui permettent à l’auteur de faire entendre sa voix : la métaphore (pour des raisons de simplicité, ce que j’appelle ici « métaphores » va regrouper les métaphores proprement dites avec d’autres outils similaires tels que les comparaisons, les synecdoques et les métonymies).

« Le ciel était couleur télé calée sur un émetteur hors service » : voilà la première phrase du roman Neuromancien de William Gibson. C’est un bel exemple de métaphore, qui non seulement décrit un élément de décor mais donne un premier aperçu du ton du roman et de son univers de références.

Le mot « métaphore » vient du grec ancien « μεταφέρω », qui signifie « transporter » ou « transférer. » Cela signifie qu’une métaphore « transfère » du sens d’un concept à un autre en laissant entendre qu’ils sont semblables ou équivalents (Oui, cela signifie que le mot « métaphore » est lui-même une métaphore). En d’autres termes, ce que ça implique, c’est que la métaphore nous permet de prendre un terme et de le décrire à-travers toutes les implications et le champ lexical d’un terme complètement différent.

Ajoutez une métaphore bien trouvée et les mots se mettent à parler le langage de nos émotions

La métaphore est un ingrédient indispensable dans la grande soupe d’un roman : bien choisie, elle peut en relever la saveur et rendre inoubliable un passage qui serait sans cela resté banal. Vous vous en êtes sans doute déjà aperçus en relisant une description dans un de vos textes et en la trouvant terne, ordinaire, sans intérêt. Ajoutez-y une métaphore bien trouvée et les mots se mettent à parler le langage de nos émotions.

Ce n’est pas étonnant : l’être humain pense en métaphores. Notre cerveau est une machine à comparer les concepts les uns aux autres. Bien sûr que nous voyons des visages et des animaux se dessiner dans les nuages : à chaque instant, nous cherchons des ressemblances et des points communs entre l’univers dans lequel nous évoluons et la somme des expériences que nous avons accumulée. Les pieds de la chaise, la bretelle d’autoroute, les ailes de l’avion : nous sommes constamment en train de nommer des choses en les comparant avec d’autres choses. Lorsque l’écrivain utilise une métaphore ou une comparaison, il ne va donc pas simplement faire usage d’une figure de style, d’une astuce littéraire : il va s’adresser à ses semblables en utilisant le langage qu’ils comprennent le mieux.

Pour un auteur, il y a de nombreux moyens formels d’utiliser une métaphore ou une comparaison. Mettons que nous nous soyons mis en tête de tirer un parallèle entre un vieillard et une tortue. Ça n’est pas très sympathique, mais imaginons-le malgré tout. Il existe d’innombrables formulations qui vont nous permettre d’exprimer ce lien :

La manière dont ce vieillard se déplace me fait penser à une tortue.

Ce vieillard se déplace comme une tortue.

Ce vieillard est comme une tortue.

Tel une tortue, ce vieillard se déplace.

Ce vieillard est une tortue.

Cette tortue se déplaçait.

Cette tortue est un vieillard.

Ce vieillard est l’incarnation d’une tortue, l’image de la tortue, l’essence de la tortue.

Comme les chameaux marchent l’amble, ce vieillard marchait tortue.

De la manière dont ce vieillard se déplaçait, on lui aurait facilement imaginé une carapace sur la tête et une feuille de salade dans la bouche.

Le pas chélonien du vieillard.

Etc…

On le comprend bien, les métaphores peuvent servir à établir des liens entre toutes sortes de choses. À titre d’exemple, une métaphore peut relier une personne à une autre personne (« Arrête de faire ton Caliméro ! »), une personne à un animal ou à une plante (« Thérèse est un chêne »), un animal ou une plante à une personne (« Avec les années, ces vignes sont devenues mes sœurs »), une personne à une chose (« Je suis un roc »), une chose à une personne (« Londres est une Lady »), une personne à un concept (« Elle était l’incarnation de la confusion »), un concept à une personne (« La vieillesse est une amie perfide »), un concept à un animal ou à une plante (« Nos souvenirs étaient des squales mangeurs d’hommes »), etc…

Il faut qu’elles enrichissent le sens d’un texte sans le trahir

Qu’est-ce qui fait qu’une métaphore fonctionne ? Pour qu’elles apportent quelque chose à un texte ou à une description, il faut qu’elles en enrichissent le sens sans le trahir. Une bonne métaphore suggère un monde de connotations en quelques mots et peut élargir le sens du mot auquel elle se rapporte, tout en stimulant l’imaginaire du lecteur. Elle sera d’autant plus efficace si elle frappe l’imagination et présente des connections évidentes au sujet, mais y ajoute également des différences importantes (par exemple quand on compare un objet à une chose vivante), ainsi que des détails qui peuvent être tangibles et intangibles.

« C’est ainsi que nous avançons, barques à contre-courant, sans cesse ramenés vers le passé » : la dernière phrase de « Gatsby le magnifique » de Francis Scott Fitzgerald est une métaphore qui fonctionne parce qu’elle repose sur une image forte (la progression des barques contre le courant), qui fonctionne comme un parallèle direct avec le concept de base (le cheminement de notre mémoire et le mouvement des barques), en y ajoutant des connotations supplémentaires (la fragilité d’une barque chahutée par les courants).

Mais si certaines métaphores fonctionnent, il y en a d’autres qui s’enlisent ou qui explosent en vol.

Le premier piège est la métaphore qui ne frappe pas l’imaginaire, ou qui renvoie à un concept difficile à comprendre. Si j’écris une phrase comme « La justice est un léopard à rayures vertes et jaunes », c’est peut-être assez joli, mais on ne comprend pas où je veux en venir, ni ce que j’essaye d’exprimer au sujet de la justice. Mieux vaut trouver une image moins alambiquée (« la justice est un léopard en chasse ») qui n’emmènera pas le lecteur faire du hors-piste dans son imaginaire.

Ne faites pas comme les commentateurs sportifs

Attention également aux métaphores croisées. Parfois, on utilise une expression courante sans se rendre compte qu’il s’agit d’une métaphore, et on y ajoute une métaphore supplémentaire, pas forcément de même teneur, ce qui force l’imagination du lecteur à faire le grand écart. « Le monde du travail est une jungle où chacun essaye de parvenir le premier sur la ligne d’arrivée » compare le boulot à la fois à un milieu naturel et à une compétition sportive, ce qui fait beaucoup. En général, il n’y a la place que pour un seul univers de référence dans une phrase, donc si vous tenez absolument à rajouter une seconde métaphore, situez-la dans le contexte de la première : « Le monde du travail est une jungle où les animaux les plus féroces dévorent les plus inoffensifs. » Les commentateurs sportifs sont particulièrement adeptes de métaphores croisées et il n’est pas rare de les entendre lâcher des phrases telles que « Le stade est un champ de bataille où chaque artiste a du mal à garder le cap en attendant le coup de sifflet de l’homme en noir. » Ne faites pas comme eux.

Autre piège : le cliché. Gérard de Nerval a écrit que « Le premier qui compara la femme à une rose était un poète, le second un imbécile. » Lorsqu’une image a été trop entendue, trop utilisée, son parfum s’évente et sa force d’évocation disparaît. Écrire aujourd’hui qu’un personnage est « Rusé comme un renard » ou « Têtu comme une mule » ne frappe pas l’imagination, n’apporte rien au texte et risque même de faire décrocher le lecteur. Il n’y a rien à gagner à écrire « Il pleuvait des cordes. » Si vous ne trouvez pas une métaphore neuve et efficace, n’utilisez pas de métaphore.

Ces bêtes-là ont besoin d’espace pour vivre

Attention également à ne pas surcharger la phrase de métaphores. Ces bêtes-là ont besoin d’espace pour vivre. Elles prennent de la place dans l’imaginaire du lecteur et ne peuvent pas y déployer leurs effets si elles sont saucissonnées entre deux autres métaphores. Faites preuve de mesure, et évitez s’il vous plaît des phrases « Sapins de Noël » du genre : « Telle un fauve, la nuit cannibale tomba sur moi à la manière d’une pluie d’encre, alors qu’un sommeil meurtrier taillait mes songes endoloris en charpie. » Une métaphore maximum par phrase, c’est une assez bonne règle à observer, en général.

Et au fond, pourquoi pas zéro métaphore ? Ce n’est pas à recommander à tous les auteurs, mais pourquoi ne pas décider de renoncer totalement, l’espace d’un projet d’écriture tout du moins, à faire usage de cet outil ? Pourquoi ne pas opter pour un style purgé de toute image métaphorique, pour des phrases qui décrivent les choses et les gens tels qu’ils sont, sans aucune comparaison. Un tel pari minimaliste peut obliger un auteur à faire preuve de créativité et à se pencher sur son style avec un œil critique.

⏩ La semaine prochaine: les enjoliveurs de phrases

Le style

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Qu’est-ce que le style ?

La question est centrale et pourtant insaisissable. Qu’est-ce que le style en littérature ? Le style, vous savez, c’est cette notion agaçante dont tout le monde a une notion intuitive mais que personne n’arrive à définir. Cette semaine et dans les prochains billets, je vous propose de l’explorer un peu.

Parce qu’en réalité, trouver une définition satisfaisante du style, ça n’est pas si compliqué que ça : c’est l’application pratique de celle-ci qui peut être délicate. En deux mots, le style d’un écrivain, c’est la somme des éléments qui rendent son écriture unique et la distinguent de toutes les autres. Et le même principe s’applique également au roman, qui peut avoir un style distinct des autres écrits de son auteur.

Le style, en d’autres termes, c’est la personnalité d’une œuvre.

Réfléchissez un instant à ce qui constitue la personnalité d’un individu : certaines personnes sont bavardes ou taciturnes, ambitieuses ou modestes, traditionnelles ou iconoclastes, sincères ou manipulatrices, directes ou insaisissables. Il existe d’innombrables critères qui se conjuguent pour forger l’impression que va laisser une personne sur autrui et en faire quelqu’un d’unique. Le style, en littérature, c’est la même chose : l’accumulation de tous les aspects d’une œuvre qui contribuent à lui donner une personnalité.

Le style va se loger partout dans une œuvre romanesque

Pour le dire autrement : si vous faites l’addition de toutes les décisions esthétiques qui contribuent à la rédaction d’un roman, cette somme constitue le style de l’ouvrage. Et si vous faites la moyenne de toutes les décisions esthétiques prises par un auteur au cours de sa carrière, le résultat, c’est son style.

Le style va se loger partout dans une œuvre romanesque. Chacun des éléments que j’ai décrit jusqu’ici dans une perspective structurelle existe également dans une perspective stylistique.

Prenons une œuvre au hasard, et considérons les milliers de choix qui la constituent : comment l’action est-elle découpée en chapitres ? Les paragraphes sont-ils longs ou courts ? Et les phrases ? Quel type de vocabulaire l’auteur utilise-t-il ? Joue-t-il avec la grammaire, la ponctuation, la syntaxe ? Toutes ces options peuvent obéir à des contraintes pratiques comme celles de la construction narrative, mais elles sont aussi des éléments constitutifs du style. Il peut s’agir, de la part de l’auteur, d’une volonté délibérée d’émouvoir ou d’influencer le lecteur, mais même les décisions inconscientes finissent par contribuer au style.

Il existe différents niveaux de vocabulaire

Le choix des mots est un des principaux éléments constitutifs du style, ou en tout cas un des plus visibles. Il existe différents niveaux de vocabulaire, et un auteur serait bien inspiré de prendre la décision de se situer dans l’un d’eux : son langage peut être sophistiqué, ampoulé, académique, direct, familier, relâché, ou toute autre option entre deux. Il peut même combiner plusieurs niveaux de langage, pour autant que cela ait du sens, en optant par exemple pour un langage familier dans les dialogues et un style lyrique dans les descriptions.

Au-delà du niveau de langage, le vocabulaire offre d’autres choix à un écrivain : certains ont un goût prononcé pour les archaïsmes, d’autres laissent volontiers des néologismes sortir de leur plume (parfois ils inventent eux-mêmes des mots, ou jouent avec leur orthographe). Certains évitent les répétitions comme la peste, d’autres les tolèrent ou les recherchent. Pour certains, la musicalité du langage, les allitérations, les associations de sons n’ont pas d’importance, d’autres ne jurent que par elles.

Le principe à garder à l’esprit, c’est que dans un texte narratif comme un roman, le vocabulaire peut vite constituer un obstacle entre l’auteur et le lecteur. Beaucoup de gens sont rebutés par un niveau de langage trop lâche, ou n’apprécient pas de devoir sortir leur dictionnaire toutes les deux pages pour comprendre ce qui se passe. Souvent, faire simple est la meilleure option, ou en tout cas celle qui édifie le moins grand nombre de barrières à la lecture.

La voix de l’auteur, c’est ce qui transparaît de sa personnalité dans son écriture

Le style va également se loger dans la manière dont les phrases sont composées : certains auteurs ne jurent que par les très longues phrases, proustiennes et interminables, alors que d’autres alignent les fragments de phrases courts et abrupts. Pour certains, il est impératif qu’une phrase comporte un sujet, un verbe et un complément, alors que d’autres entretiennent avec la grammaire une relation plus ludique. Ces possibilités, bien que moins visibles que le choix de vocabulaire, vont avoir un impact déterminant sur la manière dont un texte sera reçu par le lecteur.

Une notion plus difficile à cerner lorsque l’on parle de style littéraire, c’est celle de la voix. La voix de l’auteur, c’est ce qui transparaît de sa personnalité dans son écriture : le ton, la signature émotionnelle du texte qu’il produit. La voix d’un auteur peut être impersonnelle ou bavarde, charmante ou pince-sans-rire, affirmative ou réflective, objective ou passionnée, sérieuse ou drôle. Ainsi, on n’aura aucune peine à distinguer la voix grave et grandiloquente d’un Victor Hugo avec la voix mélancolique et sarcastique d’un Boris Vian, pour citer ces deux exemples.

Pour un auteur, développer sa propre voix est généralement un processus naturel. Bien sûr, le style va muter en fonction des projets : il ne sera pas le même si un auteur signe une comédie ou s’il s’attaque à un roman policier. Toutefois, à force d’écrire, des constantes finissent par émerger, des habitudes, bonnes ou mauvaises, qui trahissent la nature profonde d’un écrivain et qui transparaissent en filigrane dans ses œuvres : la voix, c’est ça.

Vous pouvez faciliter l’émergence de votre propre voix en vous donnant la liberté d’écrire les choses à votre manière. Vous ne parlez pas exactement comme les autres, pourquoi écririez-vous comme tout le monde ? Explorez vos limites, cherchez la manière de vous exprimer qui vous corresponde le mieux, et votre voix finira par émerger d’elle-même.

Le style est une rencontre

Si la voix d’un auteur finit par devenir son identité, sa marque de fabrique, cela ne l’empêche pas d’explorer une infinité de styles. À ce sujet, il est important de se remémorer deux principes fondamentaux.

Le premier, c’est que le style est une affaire de choix esthétique, plongée profondément dans la subjectivité. Quand on parle de style, il y a pas de choix « juste » ou « faux », même s’il peut y avoir des choix plus ou moins efficaces. Ce qui nous mène au second principe : le style est une rencontre. Il s’agit de trouver le bon style pour la bonne œuvre pour le bon public. Votre approche est adaptée à ce que vous voulez écrire, mais elle rebute vos lecteurs : c’est qu’il y a sans doute quelque chose à corriger. Votre manière d’écrire séduit vos lecteurs mais vous fait passer à côté de votre sujet : cela va vous placer face à un dilemme moral entre votre amour de la littérature et votre goût pour le succès, j’imagine, mais quoi qu’il en soit il ne s’agit pas d’une situation idéale, vous en conviendrez.

Le récit au présent

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La semaine dernière, nous nous sommes intéressés au récit au passé, qui reste le choix principal et le plus populaire lorsque l’on se met en tête de raconter une histoire, qu’il s’agisse d’un roman ou non.

L’autre grande possibilité qui s’offre aux auteurs, c’est le récit au présent. Il s’agit également d’un choix populaire, mais résolument moderne : on ne le rencontrait pour ainsi dire jamais dans la littérature avant la seconde moitié du 20e siècle.

Ce type d’écriture est plus viscéral

Le principal attrait du récit au présent, c’est son immédiateté : on découvre les événements en direct, en même temps que le narrateur. Quand les personnages sont surpris, nous sommes surpris avec eux. Ce type d’écriture est plus viscéral, et offre au lecteur l’impression de se trouver sur la corde raide avec les protagonistes. Pour les genres qui s’appuient sur le suspense, le présent peut amplifier l’indispensable incertitude du récit.

Il y a aussi une question de réalisme : vivre les événements dans l’ordre, les uns après les autres, c’est ainsi que nous percevons nos vies. Bien amené, un récit au présent peut nous faire entrer plus profondément dans la tête du personnage. Associé en particulier à un point de vue à la première personne, il peut renforcer l’évocation de sentiments comme l’isolement, la perte de repères ou la désorientation, dans la mesure où le moment présent est le seul point d’ancrage d’un récit de ce type.

Écrire un roman au présent, cela dit, est perçu par certains lecteurs comme une coquetterie de style et peut représenter un obstacle insurmontable pour certains d’entre eux. Il est vrai que, si l’on n’y prend pas garde, un récit au présent risque de ressembler au script d’un film ou au texte d’une pièce de théâtre, et donner l’impression de manquer terriblement de vie.

L’action ne s’arrête jamais, elle ne ralentit pas, ne s’accélère pas

Choisir le présent, c’est également se priver de toutes sortes de techniques qui rendent un récit plus facile à appréhender pour le lecteur. En particulier, dans un roman rédigé de cette manière, l’auteur n’a accès qu’au moment présent, et se prive donc des points d’ancrage qu’offre le passé dans le développement des personnages et dans la découverte de l’univers du roman. Lorsque tout est écrit au présent, il est délicat d’expliquer quoi que ce soit sur le contexte dans lequel se situent les protagonistes, sur leur univers, sur les personnages secondaires : tout cela doit être découvert dans l’instant.

Avec un récit au présent, on est perpétuellement le nez dans le guidon, et il est difficile de prendre du recul : l’action ne s’arrête jamais, elle ne ralentit pas, ne s’accélère pas. L’auteur n’a pas beaucoup d’outils à sa disposition pour faire une pause, disserter sur des considérations plus générales, s’arrêter sur un point important ou passer comme chat sur braise sur des phases du récit moins cruciales. Tout compte, tout défile au même rythme.

Enfin, il est possible de combiner plusieurs temps de récit les uns aux autres, à l’intérieur d’un même roman. Cela peut être délicat, il y a donc quelques précautions à prendre. Comme nous l’avons vu en ce qui concerne les points de vue narratifs, l’essentiel est de procéder à des choix clairs en la matière : utiliser les modes présent et passé dans des contextes bien définis et compréhensibles pour le lecteur.

Ne pas hésiter à sortir des sentiers battus

Ainsi, on peut imaginer un récit qui suit des personnages dans deux époques différentes : l’auteur pourra choisir d’utiliser le passé pour les scènes les plus éloignées, et le présent pour les actions les plus récentes. Cela sera immédiatement compréhensible et permet à un écrivain de jouer sur les deux tableaux et de profiter des qualités des deux temps du récit.

Un choix plus audacieux mais qui peut donner de bons résultats serait de faire l’inverse : raconter les scènes les plus éloignées au présent et les plus récentes au passé. L’effet de désorientation produit par la narration au présent le rend idéal pour les souvenir, alors que la flexibilité narrative d’un récit au passé le rend idéal pour se charger de l’intrigue principale. Passé et présent ont des effets tellement différents sur la manière dont une histoire est racontée et perçue qu’il ne faut pas hésiter à sortir des sentiers battus.

Atelier : si l’on prend un texte rédigé au passé et que l’on se met en tête de le transposer au présent, comme dans l’exercice inverse, il s’agit de bien davantage qu’une simple question de conjugaison. En passant au présent, le texte va perdre une partie de son relief, de la distance entre l’action et le narrateur, éventuellement des jeux de contraction et de dilatation du temps qui sont possibles lorsqu’on rédige un texte au passé. Au final, le résultat sera probablement bien différent de l’original. Je vous suggère d’essayer.

📖 La semaine prochaine: les personnages principaux