Marylin Stellini et les auteurs helvétiques

En Suisse, il y a plein d’auteur-e-s talentueuses qui écrivent de la fantasy, du polar, de la science-fiction, du fantastique, de la romance, du steampunk, de l’horreur, etc… Un site, une page Facebook, que dis-je, un mouvement, les rassemble désormais.

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Il y a peu, j’ai intégré un groupe passionnant : Auteurs helvétiques de littérature du genre.

En quelques clics, je suis tombée dans la solidarité, les projets, la promotion (collective et individuelle) et ce que l’on pourrait qualifier d’amitié virtuelle. C’est un réel plaisir de découvrir d’autres auteurs suisses qui souhaitent mettre en avant les genres littéraires : fantasy, fantastique, polar/noir, romance, SF et tous leurs sous-genres.

Ce rassemblement d’auteurs a débuté grâce à Marilyn Stellini. Je vous propose donc de faire sa connaissance et d’en apprendre plus sur elle est les Helvètes associés.

Marylin Stellini

Bonjour Marilyn, auteure amoureuse des mots, de l’art et des sentiments. Pourrais-tu nous parler un peu de toi ?
Petite, je dévorais les contes. J’adorais ça. Je les lisais et les relisais en boucle et je sautais de joie quand on m’offrait un recueil de Grimm ou Perrault. Adolescente, je passais presque tout mon argent de poche dans…

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Le protagoniste

blog protagoniste

Vous allez dire que je radote. C’est vrai, j’ai déjà eu l’occasion de détailler un certain nombre de principes destinés à caractériser les personnages principaux d’un roman et les distinguer des personnages secondaires. Ici, j’aimerais encore prendre le temps de m’attarder quelques temps sur le rôle spécifique du protagoniste.

C’est au poète grec Thespis que l’on doit l’invention du protagoniste. Dans son œuvre comme dans le théâtre grec antique qui a suivi, « protagoniste » était tout simplement le nom que l’on donnait à un acteur qui évoluait en-dehors du chœur et entrait en dialogue avec celui-ci, incarnant généralement un ou plusieurs des personnages centraux de la tragédie. Ah, sacrés Grecs.

Beaucoup de choses ont changé depuis cette époque, mais une idée reste centrale : le protagoniste, c’est celle ou celui qui se détache de la masse, dont on perçoit la voix singulière au milieu du vacarme ambiant. Le protagoniste, c’est donc devenu le personnage principal d’une œuvre. Un rôle central qui se manifeste de différentes manières.

Le moteur de l’intrigue

Un protagoniste est, de tous les personnages d’un roman, celui qui est le plus étroitement lié à son intrigue. C’est de lui que l’on raconte l’histoire, c’est lui qui en fournit l’impulsion, qui est le premier concerné par les remous du roman, qui prend toutes les décisions majeures qui influencent le cours de l’histoire.

Le protagoniste donne à l’intrigue sa direction. C’est lui dont les choix et les actes changent la tournure des événements. D’une certaine manière, on peut dire que le protagoniste est une machine à générer l’histoire au cœur de laquelle il se situe. Sans lui, dispersée entre de multiples personnages, le roman risquerait de devenir une expérience chorale et sans forme, dont aucune figure centrale ne se détacherait pour donner de la cohérence à l’ensemble. Un protagoniste, ça n’est rien d’autre que l’outil avec lequel l’auteur donne sa forme au narratif.

Il est possible d’opter pour un protagoniste qui n’est pas le moteur de l’intrigue, une figure centrale ballottée par des événements qui ne dépendent pas d’elle, comme un bouchon de liège au milieu d’un océan déchaîné, mais il est très difficile de réussir à rédiger un roman captivant en choisissant cette option : le risque est que le lecteur se demande pourquoi on suit les aventures de cette figure passive qui ne fait que subir les événements, plutôt que celles des personnages qui prennent réellement les décisions.

L’incarnation des thèmes

Même si les thèmes sont des éléments qui nourrissent toute une œuvre et guident les choix de l’auteur dans leur ensemble, c’est à travers le protagoniste que ceux-ci s’illustrent le plus visiblement.

Bien souvent, c’est lui qui les incarne le plus directement et le plus littéralement, étant entendu qu’un livre qui traite de la mortalité mettra généralement en scène un protagoniste qui est confronté à la mort, qu’un livre dont le thème central est la solitude comportera vraisemblablement un protagoniste qui en souffre et qu’un livre qui tourne autour de l’idée de l’avarice va nous présenter un personnage avare ou qui subit les conséquences des actes d’individus âpres au gain.

En fait, un auteur qui souhaite accorder toute l’attention qu’ils méritent aux thèmes de son roman pourra difficilement faire l’impasse sur la réflexion qui consiste à se demander quel impact ceux-ci ont sur le protagoniste et de quelle manière celui-ci peut aider à mettre en lumière les thèmes du livre. Sans cette approche, si, pour une raison ou pour une autre, le protagoniste est laissé de côté de la réflexion thématique du roman, celle-ci risque d’être incomplète ou peu convaincante.

À l’inverse, si les principaux thèmes d’un livre sont exprimés à travers le cheminement du protagoniste, ils gagneront en clarté et en visibilité et le travail thématique du romancier sera, sinon complet, en tout cas bien avancé.

Les yeux du lecteur

On a eu l’occasion d’en parler : il y a de nombreuses manières de raconter une histoire et la fonction de narration n’est pas toujours couplée avec le personnage principal d’une œuvre. Malgré tout, quel que soit la façon dont les événements sont rapportés, le protagoniste reste le principal compagnon de voyage du lecteur : c’est à ses côtés que celui-ci découvrira l’univers de l’œuvre, à travers lui qu’il traversera toutes sortes d’émotions, ce sont ses interrogations qu’il partagera et c’est de lui que va dépendre une bonne partie l’attachement que le lectorat peut avoir vis-à-vis d’une œuvre.

On le répète : il n’est pas indispensable que le personnage principal d’un livre soit sympathique. Mais dans la mesure où lecteur et protagoniste vont passer pas mal de temps ensemble, l’auteur serait bien avisé de faire en sorte que l’on ait au moins une bonne raison de vouloir suivre les aventures d’un tel individu : parce qu’il est attachant, parce qu’il est intéressant, parce qu’il est imprévisible, etc…

Un livre peut être aussi bien écrit que l’on veut, si le lecteur est rebuté par le protagoniste, s’il le trouve fade, horripilant ou mal choisi, il aura envie de le refermer avant de l’avoir terminé et de passer à autre chose. Confession personnelle : à en croire certaines critiques, plusieurs lecteurs de mon roman « La Ville des Mystères » n’ont pas apprécié que son héroïne adolescente tombe amoureuse d’un inconnu au premier regard. Désapprouvant cette attitude, ils n’ont pas cru au personnage, ni, dès lors, au livre. Il n’est bien sûr pas possible de concevoir un personnage qui plaise à tout le monde, mais ce serait une erreur de négliger cette dimension.

Le miroir des personnages

Dans un roman où un personnage central se détache en tant que protagoniste, celui-ci va occuper la place centrale du réseau de liens qui se tisse entre tous les personnages. C’est à travers son regard, par le biais des relations qu’ils entretiendront avec lui que les autres personnages de l’histoire vont se révéler et prendre leur pleine dimension.

À moins de bâtir un roman choral, où chaque personnage jouit de la même importance et où aucun d’entre eux n’occupe le devant de la scène, les relations entre le protagoniste et les autres personnages sont les seules qui comptent vraiment. À moins qu’elles servent à les définir (comme dans le cas de jeunes mariés), les relations qu’entretiennent les personnages secondaires entre eux sont tangentielles, voire anecdotiques, et risquent d’alourdir le récit et de plonger le lecteur dans la confusion.

Dans la plupart des cas, le romancier aura donc avantage à utiliser le protagoniste comme un révélateur des autres personnages, et à s’arranger pour qu’il soit impliqué dans toutes les relations les plus significatives de l’histoire.

L’adversaire de l’antagoniste

Dans un roman qui possède un antagoniste, celui-ci sera automatiquement lié de près au protagoniste. Un prochain billet détaillera ce rôle. Rôh mais le suspense est insoutenable.

Se tromper de protagoniste

À la lecture de ces conseils, il se peut que vous ressentiez une gêne, en réalisant que le protagoniste de votre projet de roman n’a rien en commun avec le rôle que je décris ici : ce n’est pas lui qui fait avancer l’intrigue, les thèmes principaux du roman sont illustrés par d’autres personnages, tout dans sa manière d’agir est hostile au lecteur et les relations qu’il tisse n’ont rien de significatif.

Si vous vous retrouvez dans cette situation, il y a plusieurs explications possibles : peut-être que c’est parce que je fais fausse route dans mes conseils, peut-être que votre idée est tellement originale qu’elle s’affranchit des conventions, mais il est également possible que vous vous soyez trompé de protagoniste. Celle ou celui dont vous pensiez qu’on racontait l’histoire ? En réalité, ce n’est qu’un personnage secondaire.

Il n’y a pas de mal à réaliser que le véritable protagoniste de « Don Quichotte » est son écuyer Sancho Panza : cela permet d’adapter l’approche que l’on a d’un roman et de tout modifier en fonction de cette prise de conscience. En prenant conscience que l’on s’est trompé de protagoniste, toutes sortes d’éléments problématiques d’un texte deviennent clairs, les blocages se défont d’eux-mêmes. Reste à l’auteur à réécrire certaines scènes et à procéder à quelques adaptations pour que cette bascule d’un protagoniste vers un autre soit une réussite.

📖 La semaine prochaine: l’antagoniste

Des idées au roman: résumé

blog le petit plus

En des temps reculés qui se perdent dans les brumes de nos mémoires, lors de la préhistoire de ce blog, bref, le printemps dernier, j’ai posté une série de billets consacrés aux idées: comment stimuler son imagination, comment débloquer les pannes d’inspiration, comment tenter d’être original.

Parce que c’est pratique, et comme certains d’entre vous pourraient être intéressés à s’y plonger, j’inclus des liens vers ces textes ci-dessous, comme je l’avais fait il n’y a pas si longtemps pour ma série sur la structure d’un roman. N’hésitez pas à me faire part de vos commentaires, ils seront comme toujours les bienvenus.

Première partie: La machine à idées

Deuxième partie: L’angoisse de la page blanche (n’existe pas)

Troisième partie: Être original

Quatrième partie: La théorie des genres

Cinquième partie: La technique du livre de démarrage

Sixième partie: Se presser le citron

Septième partie: Se mettre dans de bonnes conditions

Huitième partie: Écrire en musique