Dix types de ton

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Partant du principe que certaines choses sont plus claires quand on les illustre, dans cette série consacrée au ton en littérature, maintenant qu’on a eu l’occasion de détailler la partie théorique, je vous propose d’examiner une dizaine d’exemples de tons que vous pouvez adopter pour votre roman.

On pourrait en citer énormément, mais j’ai retenu ces dix exemples parce qu’ils correspondent à ceux qui, à mon avis, sont les plus courants et peuvent être les plus immédiatement utiles pour les romanciers.

Notez que rien ne vous oblige d’aller puiser un de ces exemples dans la liste afin de l’appliquer à votre histoire en cours. Un romancier qui s’intéresse à réfléchir aux questions stylistiques pourra être tenté d’opter pour un ton principal distinctif et peu courant, qui ne figure pas sur la liste. Pourquoi ne pas rédiger un manuscrit au ton anxieux ? Confiant ? Hostile ? Solennel ? Ardent ? Un tel choix pourrait conférer à une œuvre un incomparable vernis d’originalité.

Humoristique

Le comique, la comédie, l’humour et le ton humoristique sont des notions qui s’entrecroisent mais qui n’ont pas tout à fait la même signification. Le comique est un registre, la comédie un genre, l’humour un sens aussi bien qu’une discipline, quant au ton humoristique, et bien c’est un ton. Plus précisément, celui qui vise à faire rire ou sourire le lecteur, par des juxtapositions de sens, des jeux de mots, des surprises, des répétitions, de la caricature, des sons amusants, etc.. Il peut prendre une forme ludique, spirituelle, ironique, burlesque, etc…

Un bon exemple de ton humoristique en littérature est le roman « Le guide galactique » de Douglas Adams.

Optimiste

Écrire une histoire au ton optimiste revient à chercher à conférer à son écriture un sens de l’espoir, à porter un regard positif sur l’avenir. Cela ne signifie pas qu’un tel roman n’aura pas d’enjeux ou que ses personnages ne feront face à aucune difficulté, mais qu’en relatant l’intrigue, on mettra un point d’honneur à mettre en avant les aspects réconfortants ou édifiants, à donner de l’inspiration aux lecteurs et des aspirations aux protagonistes. Une figure de style comme l’hyperbole, le superlatif, un vocabulaire familier, l’usage du point d’exclamation font partie des techniques qui peuvent aider à exprimer un ton optimiste.

Le roman « Pour un garçon » de Nick Hornby offre un bon exemple d’un texte au ton optimiste.

Léger

Un ton léger va chercher à raconter une histoire en réclamant aussi peu d’efforts que possible au lecteur, que cela soit des efforts intellectuels ou émotionnels. Ainsi, les mots utilisés seront courts, courants et faciles à comprendre, les phrases longues sont exclues et les effets de style les plus démonstratifs sont à éviter. De plus, un roman au ton léger est un roman où rien n’est vraiment grave, ou on évite de s’attarder sur les peines et les traumatismes des personnages et où aucune émotion n’est jamais poussée à son extrême.

Même si ça n’a rien d’obligatoire, de nombreux auteurs de littérature jeunesse choisissent d’écrire dans un ton léger. « Le Magicien d’Oz » de L. Frank Baum s’inscrit dans cette tradition : pour un roman qui parle de tyrannie, de guerre et de personnages névrosés, tout est amené avec une remarquable absence de gravité.

Sarcastique

À distinguer de l’humour, le sarcasme constitue un regard très différent sur une œuvre et ce qui s’y déroule. Là où le ton humoristique cherche à souligner et à accompagner la drôlerie naturelle des situations et des personnages, le ton sarcastique choisit de prendre de la distance et de juger l’œuvre, souvent négativement. Opter pour cette approche consiste à grossir les petits défauts des protagonistes de manière critique, voire mordante, à souligner leurs contradictions et leur hypocrisie, et à décortiquer avec acidité le fonctionnement de la société dans laquelle ils s’inscrivent. L’auteur se sert d’exagérations, de comparaisons, mais aussi de figures d’oppositions, telles que l’antiphrase (« Rien n’était si beau, si leste, si brillant, si bien ordonné que les deux armées. »)

Pour avoir une idée de ce à quoi cela pourrait ressembler, je suggère la lecture du « Candide » de Voltaire.

Sec

Présent aussi bien en littérature que dans la correspondance ou même dans la conversation, le ton sec est celui qui se caractérise par une approche tranchante, sans affect ni concession. L’auteur qui adopte cette attitude peut le faire en optant pour des phrases courtes, sobres, pauvres en adverbes et autres ornements. Le ton sec est celui qui ne s’excuse jamais d’exister. L’idée est de s’approcher de la vérité, ou d’une vérité, sans chercher le moins du monde à se montrer aimable ou agréable. Contrairement au sarcasme, il ne s’agit pas ici de juger, juste de prendre ses distances avec la moëlle émotionnelle de l’humanité.

On en trouvera de bons exemples dans les romans de Michel Houellebecq, et en particulier dans « Extension du domaine de la lutte », que j’ai examiné sur ce site.

Nostalgique

Comme son nom l’indique, une œuvre au ton nostalgique est celle qui porte sur le passé un regard à la fois fasciné et attendri. Dans ce genre de roman, les événements d’autrefois servent de référence et projettent leur ombre sur le présent. Tout est présenté en fonction de ce filtre : rose et ému lorsqu’on évoque le passé ; sombre, affecté, affamé ou résigné lorsqu’on parle du présent. Plus que d’autres attitudes du romancier vis-à-vis de son texte, celle-ci fonctionne constamment sur un double registre émotionnel, l’un idéalisé, l’autre critiqué.

L’autrice mexicaine Laura Esquivel a signé un chef d’œuvre du roman nostalgique avec « Chocolat amer ».

Triste

Les romans qui adoptent un ton triste sont ceux qui présentent avec empathie la perspective des personnages à travers leurs souffrances et leurs tourments. Les mots utilisés sont lourds, sombres, sérieux et chargés de pathos. Tout est abordé sous un angle pessimiste, morose, maussade ou découragé. L’idée est d’émouvoir le lecteur et de lui faire ressentir la douleur des protagonistes, et, ainsi de s’assurer son implication dans l’histoire qui lui est racontée. La meilleure manière de procéder consiste à dépeindre l’intrigue avec compassion, tout en laissant entendre qu’il n’existe ni espoir, ni échappatoire. Des outils qui fonctionnent bien sont le lyrisme, l’hyperbole, les comparaisons, les phrases interrogatives.

Critiqué en son temps sur cette page, « La route » de Cormac McCarthy, est un roman très triste.

Effrayant

De même qu’il faut distinguer comédie et ton humoristique, il est tout aussi pertinent d’apprendre à faire la différence entre un genre : l’horreur ; un sentiment : la peur ; et le ton effrayant. Celui-ci correspond aux textes littéraires dont l’auteur souhaite qu’ils inspirent la peur. Naturellement, il est tout à fait possible d’aménager des passages effrayants au sein de genres qui n’ont rien à voir avec l’horreur.

En termes littéraires, l’élaboration de l’horreur se confond avec l’évocation du suspense, qui, poussé à son paroxysme, peut être source d’anticipation, voire de terreur chez le lecteur. Pour cela, l’usage de figures de style comme l’ellipse ou la litote, les points de suspension, des ruptures de rythme dans la construction des paragraphes peuvent aider à faire fonctionner l’imagination du lecteur et à susciter des sueurs froides.

« Simetierre », de Stephen King, est un livre exemplaire par sa capacité à évoquer l’effroi.

Mélancolique

Situé à l’intersection du plus lourd des désespoirs et de l’inspiration la plus fertile et la plus transcendantale, la mélancolie occupe un registre bien à elle, pas toujours facile à définir, mais qui offre au romancier les clés d’un des sentiments les plus représentatifs des complexités de l’âme humaine. Ici, il s’agit d’émouvoir le lecteur, et d’aller chercher la joie qui se cache dans le chagrin et la tristesse qui se loge dans le bonheur. Pour y parvenir, l’auteur fera usage de métaphores et de comparaisons, d’antithèses, voir même d’apostrophes quand personnages et narrateurs s’adressent aux sphères cosmiques pour les prendre à témoins.

À titre d’exemple, « La peau de chagrin » d’Honoré de Balzac est un grand roman mélancolique.

Pompeux

Terminons cette énumération d’une dizaine de possibilités de tons littéraires par un intitulé qui peut paraître péjoratif : le ton pompeux. La pompe, c’est le cortège, la procession, et, par extension, l’apparat qui caractérise ceux-ci. Le style pompeux, c’est donc celui qui exacerbe les aspects émotionnels les plus démonstratifs : l’héroïsme, le drame, le sacrifice, le pathétique. C’est une composante essentielle d’une partie de la littérature populaire, dans des registres aussi divers que la fantasy, la romance, le pulp ou le fantastique contemporain.

Le ton pompeux fonctionne par emphase, suscitée par l’hyperbole, mais aussi les énumérations, les superlatifs, les métaphores et les anaphores, ainsi que les adverbes d’intensité. Longues phrases, longs paragraphes et longues descriptions sont non seulement autorisés, mais vivement encouragés, de même que les paginations à rallonge.

« Autant en emporte le vent » de Margaret Mitchell représente une bonne illustration de ce ton.

L’interview: Carnets Paresseux

N’insistez pas: il ne vous dira pas qui il est. L’auteur des Carnets Paresseux n’est pas de la génération Instagram, ne réclame pas de la reconnaissance, et ne souhaite tirer aucune gloire de sa plume. Il se contente d’offrir au monde un flot continu de petites histoires déroutantes, charmantes, foutraques que l’on est chaudement encouragé à retrouver sur son blog. On retiendra tout de même de sa biographie officielle qu’il apprécie « les fromages à pâtes molles, les utopies et son petit confort. » Comme on le comprend.
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Pour commencer, le mot de la fin ?

Le mot de la fin ? Pour moi, c’est « fin », parce que même s’il existe des histoires sans fin et des romans inachevés, je crois qu’un récit doit avoir un début et une fin.
Quand j’écris, le mot de la fin est très important. C’est pratique de savoir dès le début comment l’histoire se termine. Ça balise le chemin ; il n’y a plus qu’à choisir le point de départ et laisser l’histoire se dérouler – ce qui ne veut pas dire que tout est calé et qu’il n’y aura pas quelques zigzagues. Bien sûr, partir d’une idée, d’une situation, sans savoir comment ça peut finir, c’est bien aussi. Il y a la découverte, la surprise… Mais je risque plus de me perdre en chemin ou de changer d’histoire en route. Cela dit, je commence à être plus l’aise avec les histoires dont je ne connais pas la fin.

Les mots, c’est important pour toi. Il y a des auteurs voyageurs, des auteurs-psychologues. Toi, tu es un auteur à mots ?

Je ne suis certainement ni voyageur, ni psychologue. Mais auteur à mots ? Je ne sais pas. Ça va paraître un peu bête, mais j’ai mis du temps à me rendre compte que si on écrit, les mots sont les seuls outils qu’on a pour baliser un récit (avec la ponctuation, la grammaire, la syntaxe, la mise en page, et tout ça bien sûr…). Donc il faut bien passer par eux, sans perdre de vue qu’ils ont un sens, mais aussi un son, une forme, bref une richesse incroyable ; c’est un joli matériau, les mots.

Quelle part occupe le jeu dans ton rapport à l’écriture ?

Dans ton interview de Stéphane Arnier, tu cites Alain Damasio : « La maturité de l’homme est d’avoir retrouvé le sérieux qu’on avait au jeu quand on était enfant ». Je ne sais pas si je suis mûr à ce point-là, mais ça m’a fait penser qu’écrire, c’est un peu jouer à « et si… » : – et si un renard faisait ci ? – et s’il arrivait ça ? et, à partir de là chercher la meilleure suite – la meilleure, c’est-à-dire celle qui fait bien sourire, vraiment frémir ou fiche une bonne trouille… – et puis chercher encore un peu pour voir s’il n’y a pas mieux. Un peu comme quand môme, je me rejouais les épisodes d’une bande dessinée en boucle, en épuisant les variantes possibles et en attendant le numéro suivant, une semaine ou un mois plus tard.
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Parmi tous les mots qui n’existent pas encore dans la langue française, lequel te paraît le plus nécessaire ?

Plutôt qu’un seul mot, je préférerais une encyclopédie qui nommerait et décrirait les mondes, les lieux, les bêtes et les plantes que l’homme n’a pas encore découvert. Ce serait très utile pour les savants et les explorateurs, et rassurant : fini le face-à-face soudain et embarrassant avec l’inconnu, il suffirait de se reporter à la bonne fiche et on saurait ce qu’on vient de découvrir. Partir vers l’inconnu en sachant ce qu’on peut rencontrer, voilà quelque chose qui me plairait. D’ailleurs, ça existe déjà. Les récits anciens et les vieux dictionnaires regorgent de lieux et d’êtres qu’on s’attendait à rencontrer au détour d’un chemin : les licornes, les sirènes, les îles sous le vent, les amazones, l’Atlantide, le royaume du Prêtre Jean ou le Kraken.

Les mots, c’est aussi un peu ton masque, Jérôme. Révéler peu de choses à ton sujet, c’est une volonté ?

Je pense qu’une fois écrites, les histoires doivent se débrouiller toutes seules, et je crois que les miennes n’ont rien à gagner à ce que le lecteur sache où j’habite.  Et puis à la limite ce qu’un auteur veut bien raconter de soi sur le rabat d’une couverture, même si c’est vrai, c’est déjà de la fiction puisque le lecteur partira de ces quelques mots pour imaginer ce qu’il veut. La liste de métiers de la rubrique auteur des carnets joue là-dessus.
Et puis en fait je crois que je raconte beaucoup de choses sur moi dans mes petites histoires. Je ne le fais pas volontairement, mais je m’en aperçois en me relisant, parfois longtemps après.

Beaucoup d’auteurs sont narcissiques. Toi, tu cultives la discrétion et les collaborations. Ton narcissisme à toi, il va se loger où ?

Je pense qu’il se loge dans l’idée d’écrire des textes que j’aimerais bien lire mais que je n’ai pas encore trouvés dans les livres des autres. Pas pour être l’égal de Balzac ou de Calvino, mais pour dénicher juste la place libre là où personne ne s’est glissé.
Bien sûr, je n’ai pas tout lu (encore heureux), du coup je peux rêver à de grands espaces et de gros ouvrages. Mais il y a des désillusions : quand j’ai découvert, tout récemment, Cortázar, ma liste virtuelle de livres à écrire a fondu ! Mais, passé cette première impression, Cortázar m’a redonné de l’élan. Les bonnes lectures peuvent faire ça.

Tu te dis paresseux mais tu es prolifique : on te lit sur ton blog, tu participes à des projets collectifs d’écriture, à des forums. Écrire, pour toi, c’est un besoin ? Un plaisir ? Une hémorragie ?

Tout simplement, écrire, c’est un plaisir. Sinon, ça n’en vaudrait pas la peine. Mais comme ça fait une réponse un peu courte, je vais profiter de l’occasion pour parler d’autre chose : en fait, j’écris parce que je suis lecteur. Je veux dire que je lis depuis tout petit, sans doute mal (sans faire attention au nom de l’auteur, en prenant dix ou vingt pages au milieu d’un bouquin, en survolant ou en sautant des phrases et des paragraphes entiers), mais avec joie et beaucoup. Je n’en suis pas fier, c’est juste comme ça.
De toute façon, comme n’importe quel autre lecteur, je suis tributaire de l’histoire que l’auteur a imaginée. S’il décide d’enquiquiner un personnage que j’aime bien, je suis forcé d’accepter. S’il veut que le héros fasse un truc qui me paraît vraiment idiot, je n’ai aucun moyen de l’en empêcher. Je ne peux que lire la suite pour voir si l’affaire s’arrange. Il y a aussi des personnages secondaires que j’aimerais mieux connaitre.
Il y a aussi les lectures manquées, pour tout un tas de raisons qui tiennent autant au livre qu’au lecteur, et que l’on se dit « pas possible, on doit pouvoir faire mieux que ça ! »
Je crois que ça vient un peu de tout ça si j’écris. Façon de voir ce que peut arriver d’autre, d’explorer les pistes négligées. Pas pour redresser les torts, non, mais pour voir ce que pourrait arriver si l’histoire sortait de ses rails.  Prendre une histoire que tout le monde connait et la tordre un peu. C’est un peu le sens de ma série des Renard et Corbeau.

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On retrouve parfois dans tes textes une interrogation : suis-je lu ? Où vont ces mots qui s’échappent de moi ? Sans lecteurs, est-ce que tu écrirais encore ?

Bien sûr que je me pose la question. Je pense que si j’avais un éditeur, je devrais me retenir de lui demander les chiffres de diffusion.  C’est aussi pour ça que le blog est un bon format pour moi : les commentaires offrent des retours rapides et très agréables (pour l’instant, personne n’a pris la peine d’écrire un commentaire vraiment sévère). Mais sans lecteur, je crois que j’écrirais encore : après tout, j’écris aussi pour le plaisir d’écrire, et j’ai la chance d’avoir une cellule de lecture à la maison.

Tu privilégies les textes courts, pourquoi ?

Parce que je suis paresseux. Et puis parce que je trouve que le format du blog favorise les textes courts ; sur un écran, pour lire un texte au-delà de mille mots, il faut que je m’accroche. Alors que trois ou six cents mots, ça se lit facilement.
Et puis écrire, pour moi, c’est aider une ou deux idées à se développer, une situation à se résoudre. Ecrire un roman ? Je trouve ça bien épais et je ne suis pas certain d’avoir l’opiniâtreté ni même des idées qui m’amusent assez longtemps. Mais bon, tout peut arriver !

Est-ce que tu ressens parfois l’appel du papier ? Combien de projets de romans dorment dans tes cartons ?

L’appel du papier ? Bien sûr. J’aimerais bien me croiser dans une vitrine de libraire. Mais en même temps, il y a déjà tellement de livres chez les libraires et dans les bibliothèques… ça me fiche parfois le vertige, alors, en rajouter un ?

S’affranchir ainsi d’un visage, d’un éditeur, c’est aussi une manière pour toi d’écrire sans contraintes ?

C’est vrai que le cadre du blog, avec la maîtrise des billets, des parutions, tout ça, c’est bien agréable. Mais comme je l’ai dit au-dessus, ça ne me déplairait pas d’être en librairie, et je sais que ça doit passer par le cadre contraignant du marché du livre et de l’édition. Et puis de toute façon, écrire, c’est une contrainte. Attention, pas une contrainte façon écrivain maudit dont l’âme tourmentée ne s’exprimerait que dans la souffrance, mais la contrainte bête : pour écrire, faut un support, papier, écran, ou autre, une ou deux idées et des mots pour les exprimer.

Un conseil, une suggestion à ceux qui te lisent et qui ont envie d’écrire ?

Je ne sais pas trop quels conseils donner. Je crois que chacun doit trouver la méthode qui lui convient, alors je vais juste décrire ma propre façon de faire. Je me raconte des bribes d’histoires dans ma tête, et quand l’une me parait à point, je commence à l’écrire. Puis je la relis, pour voir ce qu’elle raconte, et s’il n’y a pas une autre histoire derrière ; souvent, arrivent alors des tas de trucs que je n’avais pas imaginés. Je laisse reposer aussi, pour que ça mûrisse. Et puis je déplace des paragraphes, des phrases, des mots, pour voir s’ils ne seraient pas mieux ici ou là.
Bref, je tâtonne, je cherche le bon agencement, je fais des essais. Et puis à un moment, je sens que je ne peux plus améliorer l’histoire, que je n’ai rien à ajouter, et là elle est prête. Ça ne veut bien sûr pas dire qu’elle est parfaite, mais simplement que moi, je ne peux pas la mener plus loin. C’est au tour du lecteur.
En pratique, les contraintes et les jeux d’écriture proposés sur les blogs m’ont beaucoup aidé à oser démarrer. La forme ou les mots imposés donnent un cadre, une direction, une couleur. Le jeu impose une durée, pas question de rêvasser pendant cent-sept ans, il faut rendre sa copie. Et le collectif offre à la fois un petit groupe de lecteurs amicaux et l’exemple d’autres textes écrits avec la même base, donc de l’émulation et des comparaisons très enrichissantes.
Plus globalement, je crois qu’il ne faut pas vouloir tout écrire d’un coup, ne pas tout faire rentrer dans la première histoire. Et puis faire lire son texte, à des proches ou bien à des inconnus (et pour ça aussi le web est aussi très pratique). Et recommencer.

« Le temps perdu se rattrape toujours. Mais peut-on rattraper celui qu’on n’a pas perdu ? » a écrit Alexandre Vialatte. Quel est ton avis ?

Je suis un gros égareur de temps, alors je ne suis certainement pas qualifié pour répondre à ça.
Peut-être que le plus sage serait de s’arranger pour en perdre un peu en chemin, façon Petit Poucet. Mais le mieux, c’est de lire Vialatte ; c’est une bonne façon de ne pas perdre son temps.

Pour celles et ceux qui ne sauraient pas aborder ton œuvre, par où faut-il commencer, selon toi ?

Je ne crois vraiment pas avoir une œuvre, au sens d’un ensemble construit. Plutôt des petits textes qui partent dans tous les sens, parfois avec des liens entre eux. Je pense qu’on peut y entrer par n’importe quel bout et se promener à sa guise.  Bref, le bouton « lire au hasard » en haut à droite de l’écran n’est pas là par hasard.