L’interview: Elodie Agnesotti

Gourmande d’écriture, Elodie Agnesotti, auteure française encore bien éloignée de ses trente ans, a signé un recueil de poèmes, échafaude un roman de poésie, orchestre un blog passionnant et participe à différents autres projets créatifs et associatifs.

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Ta première publication est un recueil de poésie autoédité. Comment faire pour intéresser les lecteurs à la poésie ?

Ce n’est vraiment pas évident. La poésie est entourée d’une aura très mystérieuse, comme si elle faisait peur à beaucoup de lecteurs. J’ai l’impression qu’elle souffre de l’image qu’on nous en donne à l’école : quelque chose qui s’apprend par cœur, qui se récite… A-t-on jamais eu l’idée de faire apprendre aux élèves des passages entiers de romans pour les leur faire réciter ?

Aujourd’hui, j’ai encore l’impression que la poésie évolue dans un monde à part, avec ses lecteurs-habitués et ses codes. C’est un peu dommage. J’adorerais qu’il y ait plus de mélanges entre les genres, car c’est là que se trouve la richesse.

En attendant, quand j’écris de la poésie, c’est souvent pour y parler de voyages. Je trouve cette forme plus dynamique qu’une narration classique, qui ne laisserait pas suffisamment de place aux images et aux sons. L’avantage de cette thématique des voyages, c’est qu’elle parle à beaucoup de monde et qu’elle peut donc intéresser indépendamment de l’étiquette de genre. Quand mes lecteurs me disent qu’ils ont voyagé en me lisant, j’ai l’impression d’avoir rempli mon contrat, sans que la forme n’ait d’importance.

Écrire, pour toi, c’est un plaisir ? Un besoin ? Une torture ? Autre chose ?

Si ce n’était pas un plaisir, je pense que je n’écrirais plus depuis longtemps. Dès que l’écriture devient torture (typiquement, parce que je n’arrive pas à me sortir d’une scène que je dois écrire), j’ai tendance à passer à autre chose assez rapidement. C’est d’ailleurs une des raisons qui font que j’écris très lentement : quand je me force à extraire quelque chose de ma tête, cela ne me plaît jamais.

C’est aussi un besoin, comme une manière d’exprimer plein de choses que je n’exprime pas dans la vie quotidienne.

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Ça date de quand, ce goût de l’écriture ? Tu as des romans de jeunesse dans tes tiroirs ?

D’une certaine façon, je pense que l’écriture a toujours fait partie de moi. C’est une composante de ma personnalité. Pourtant, contrairement à d’autres auteurs, je n’ai pas cherché à écrire mes propres histoires avant l’adolescence – et encore, à cette époque, ce n’étaient que des textes courts ou des fan-fictions sans grand intérêt. L’envie d’un roman ne m’est venue qu’à la vingtaine. Quelque part, j’ai l’impression que l’écriture s’est épanouie en moi comme une fleur au printemps, pour ne se déployer qu’au moment où je me suis sentie prête. Ça ne l’a pas empêchée de toujours m’accompagner, sous des formes diverses.

Ton premier roman est à classer dans la catégorie « fantasy. » Pourquoi ce choix ?

C’est marrant parce que je ne l’ai pas vraiment vécu comme un choix. Le roman est né dans ma tête avec une certaine forme, des thématiques, et je ne me suis posé la question du genre qu’au moment où j’ai voulu présenter ce projet à d’autres gens. « Fantasy » est une étiquette facile car elle veut tout et rien dire. C’est un signal pour le lecteur. En fait, je pense que je n’aurais tout simplement pas pu dire ce que j’avais envie de dire, dans un univers réaliste. C’était une évidence.

C’est quoi selon toi, les littératures de l’imaginaire ? Est-ce à dire qu’il y a des littératures qui ne font pas appel à l’imaginaire ?

Il est certain que ce terme de « littérature de l’imaginaire » a quelque chose d’absurde.

Le propre de beaucoup de littératures, c’est justement de faire appel à l’imaginaire et de l’utiliser, à différents degrés, pour refléter la réalité. Par contre, les littératures dites de l’imaginaire (Fantasy, Science Fiction…) sont les seules, je pense, à ne pas faire semblant d’être la réalité. Il y a quelque chose de clairement assumé dans la démarche : au lieu de mettre le lecteur en face d’un miroir, on le met derrière une fenêtre et on l’invite à regarder le plus loin possible de ce qu’il connaît. Mais au final, c’est la même chose : toutes les littératures parlent de l’Homme.

Être originale, c’est important pour toi ? De quelle manière essayes-tu de te démarquer des autres auteur-e-s de fantasy ?

Je n’y pense pas trop quand j’écris et à vrai dire, ce n’est pas très important pour moi. A mes yeux, l’originalité n’est pas une fin en soi, c’est une chose qui vient assez naturellement si l’acte d’écrire est suffisamment abouti. Toute œuvre écrite avec sincérité aura forcément une part d’originalité étant donné qu’elle sera personnelle. Après tout, n’oublions pas qu’un des sens d' »original », c’est justement quelque chose d’authentique, qui provient de l’auteur et qui n’est pas une copie. Tout roman peut répondre à cette définition.

Au-delà de ça, j’ai l’impression qu’il y a quelque chose d’un peu prétentieux à dire qu’on est original. Ca sous-entend qu’on a inventé l’eau chaude ou qu’on a révolutionné la littérature, alors que, quand on y regarde de plus près, aucun roman n’est réellement révolutionnaire. C’est comme une construction : elle se base toujours sur des fondations.

Pour être très honnête, je pense qu’à raisonner en terme d’originalité, on se trompe de combat. Les lieux communs peuvent avoir quelque chose de rassurant pour le lecteur, tant qu’ils ne sont pas un raccourci mais un tremplin vers autre chose. A force de vouloir les éviter à tout prix, on peut perdre de vue ce qui est réellement important : la psychologie des personnages et la sincérité de la démarche d’écriture.

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« Le mystère est le meilleur artisan du merveilleux » a écrit Ursula K. Le Guin. Quelles sont tes recettes pour émerveiller tes lecteurs ?

Je ne sais pas si l’émerveillement est ce qui caractérise le plus ma plume. En tout cas, j’ai l’impression qu’il renvoie à quelque chose d’un peu fascinant, dans lequel Ursula K. Le Guin s’inscrit totalement. Or, je fais très peu de Worldbuilding quand j’écris. Contrairement à beaucoup de gens, ce n’est pas vraiment ce qui m’intéresse en fantasy. Je préfère imaginer que mes personnages touchent les lecteurs, ça, oui. Je n’ai pas vraiment de recette miracle pour y arriver. J’essaie de me concentrer sur les ressentis de mes personnages et de nuancer au maximum ce qui les habite. J’essaie aussi d’aborder des thèmes assez larges, dans lesquels chacun peut se reconnaître : la recherche d’identité, le sentiment d’exil, l’urgence écologique…

Comment est-ce que tu juges la qualité de la littérature de genre en France ?

C’est comme tout : il y a du bon et du moins bon. A mes yeux, le meilleur auteur de SFFF est français et s’appelle Alain Damasio. Pour le reste, je dirais que la littérature de genre souffre surtout d’une mauvaise presse qui la relègue au rang de sous-littérature dans la culture française. J’ai l’impression que c’est plutôt l’inverse aux Etats-Unis, par exemple. C’est un peu dommage car je suis sûre que cela rend les éditeurs frileux et qu’on passe à côté de bien belles choses !

Tu te préoccupes de la représentation des personnages féminins dans les médias de l’imaginaire. Ces derniers sont-ils sexistes, selon toi ? Comment l’expliquer ? Et comment en sortir ? Comment traites-tu tes propres personnages féminins ?

Pas toujours, mais bien sûr qu’il y a une part de sexisme là-dedans ! Il suffit de se reporter à l’imagerie des jeux vidéos, où la femme est souvent représentée à moitié nue (alors même qu’elle est censée combattre) et les seins prêts à exploser. C’est peut-être moins visible en littérature, mais il y a quelque chose qui est extrêmement révélateur : je ne peux citer qu’un seul personnage féminin qui soit décrit comme étant moche, et qui ne soit pas une antagoniste. C’est Chien du heaume, dans le roman du même nom de Justine Niogret. Et justement, quand je l’ai lu, ça m’a marquée parce que ce n’est pas si courant. En fait, j’ai l’impression que les personnages masculins ont droit à davantage de diversité dans leur représentation, même s’il est évident qu’il existe également des clichés liés aux injonctions de genre. Et j’aimerais beaucoup que ça évolue.

Après, c’est finalement assez logique car la littérature reflète la société qui la fait naître, et que notre société est encore très sexiste. Mais loin de moi l’idée de donner des leçons ou quoique ce soit car je m’inclus totalement dans cette réflexion. Il y a peu, je me suis rendu compte que je tombais moi-même dans ces pièges. Je n’ai jamais écrit de personnage féminin laid, tout simplement parce que j’étais limitée par ce que j’ai toujours vu ou lu et que je ne me posais pas de questions. Peu à peu, je réalise que chaque auteur est responsable des personnages qu’il crée, et que tout changement commence d’abord dans nos propres projets ! Alors j’essaie d’être attentive aux lieux communs, et surtout de travailler la cohérence des ambitions de mes personnages féminins. Qu’elles ne deviennent jamais des faire-valoir.

Tu es administratrice d’un forum consacré à l’écriture. Est-ce important pour toi de te frotter à d’autres auteur-e-s ? En quoi est-ce que ça te permet de progresser dans ton écriture ?

Je n’ai jamais envisagé ma passion sans ce côté communautaire propre aux fora d’écriture ! Bien sûr, c’est hyper important de se frotter à d’autres styles, d’autres idées… car c’est cela qui ouvre nos horizons. Quand j’achète un livre, j’ai toujours tendance à aller vers les mêmes univers, alors que là, je suis exposée à plein de choses différentes en permanence. C’est aussi une source précieuse d’avis et de regards critiques, car tout le monde n’a pas la chance de connaître des bêta-lecteurs. Mine de rien, il y a quelque chose de réconfortant dans le fait de savoir que certaines personnes attendent la suite de notre roman, c’est motivant.

Un conseil, une suggestion à ceux qui te lisent et qui ont envie d’écrire?

N’ayez pas peur, lancez-vous !

Il y aura toujours quelqu’un pour vous soutenir et apprécier sincèrement ce que vous écrivez. Tout comme il y aura toujours quelqu’un pour vous dire que vous écrivez mal et que ce que vous faîtes n’a aucun intérêt. Ce qui compte à la fin, c’est la sincérité et le cœur que vous mettrez à la tâche.

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Critique: Le Déni du Maître-Sève

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Des racines jusqu’aux branches d’un arbre gigantesque s’épanouit la civilisation des Alkayas. Elle vit en symbiose avec Alkü, l’Arbre-Mère, dans les bourgeons duquel viennent au monde les nouveaux-nés. Un jour, l’un d’entre eux présente des caractéristiques extraordinaires. Nikodemus Saule, le vieux Maître-Sève, qui supervise les naissances de tout le peuple, mène son enquête et ce qu’il va découvrir va remettre en cause la plupart de ses certitudes.

Titre : Mémoire du Grand-Automne – Le Déni du Maître-Sève

Auteur : Stéphane Arnier

Éditeur : auto-édité (Bookelis)

Qu’il est agréable de se retrouver confronté à une œuvre de fantasy qui exploite pleinement les possibilités du genre, et qui, au lieu de nous proposer un univers en kit comme tant d’autres auteurs s’y autorisent, déploie sa créativité pour mériter pleinement d’appartenir aux littératures de l’imaginaire.

« Le Déni du Maître-Sève » nous propose de découvrir un monde d’une prodigieuse imagination, peuplée d’espèces hautes en couleur, bien loin des poncifs de la fantasy, mais qui nous est malgré tout immédiatement familière. Le talent de l’auteur, c’est de nous soumettre toutes sortes d’idées neuves en les insérant dans un cadre où elles trouvent une place cohérente.

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L’Arbre-Mère Alkü est un décor qui devrait être déconcertant, mais dans lequel on prend vite ses aises, tant Stéphane Arnier a la capacité de faire vivre les petits détails du quotidien qui le rendent vraisemblable. On vibre aux côtés des personnages et on partage leurs joies et leurs peines parce qu’elles nous paraissent à la fois reconnaissables et fabuleuses, ce qui est sans doute le grand triomphe de ce livre.

Pour y parvenir, on pénètre cet univers par le biais d’un genre familier : le thriller. « Le Déni du Maître-Sève », c’est, en son cœur, une enquête assez classique, très bien charpentée, avec un mystère central, des rebondissements, des personnages qui mentent ou qui cachent leurs véritables intentions, des révélations et des coups de théâtre. Fondamentalement, on pourrait, sans trop la déformer, transposer l’intrigue dans un décor beaucoup plus banal, comme celui d’une clinique de notre monde contemporain, avec ses médecins, ses patients et son conseil d’administration. Pourtant, c’est ce mélange d’une trame classique et d’un décor merveilleux qui fait la force du roman.

Le suspense devient de plus en plus haletant et la tension ne fait que croître

« Classique », ici, ne doit pas être compris au sens de « sans surprises », tant le texte regorge de détournements de clichés. Pour citer un exemple, le mystère au cœur du livre ne concerne pas une mort mais une naissance. Quant à notre enquêteur, il n’a au début de l’histoire qu’un intérêt limité pour l’affaire et ne prend pas conscience immédiatement qu’il est en pleine investigation sur un mystère touffu. Alors qu’il réalise dans quel pétrin il s’est mis, le suspense devient de plus en plus haletant et la tension ne fait que croître.

Ce protagoniste est un autre atout du roman : Nikodemus Saule, le Maître-Sève, est responsable de superviser les naissances de l’Arbre-Mère. En fin de carrière et pas loin de la fin de sa vie, il a construit son identité sur un certain nombre de certitudes qui vont éclater les unes après les autres – le « déni » évoqué par le titre joue un rôle important dans le livre, et bien souvent, même si Nikodemus découvre des informations en même temps que le lecteur, cela lui prend un certain temps pour admettre qu’elles sont vraies et pour agir en conséquence.

Le génie d’avoir un personnage central qui enquête à contrecœur est que cela permet à l’histoire de démarrer lentement et de nous donner le temps de nous familiariser avec l’univers. En général, en tant que lecteur, il est délicat de se retrouver en face d’un protagoniste passif, mais là, c’est toujours bien mené et enraciné dans les thèmes et dans la structure du roman de belle manière.

Une plume précise sans être méticuleuse et agréable à lire sans tomber dans la démonstration

Deux mots du style : Stéphane Arnier a une belle plume. Précise sans être méticuleuse, elle est agréable à lire sans tomber dans la démonstration. C’est un instrument élégant, qui est pleinement au service du lecteur et produit un texte plein de clarté et tout en retenue. Par moments, l’écriture semble toutefois un peu distante et on en vient à souhaiter un peu plus d’émotion, mais il s’agit d’un reproche mineur car les états d’âme des personnages sont habilement tracés.

Reproche mineur : les dialogues sont truffés d’expressions à haute teneur en métaphores horticoles, propres à l’univers des Alkayas, qui, à la longue, deviennent parfois démonstratives. Les noms des personnages sont eux aussi liés au vocabulaire des plantes, et comme nombre d’entre eux ont en plus des prénoms aux consonances similaires, il n’est pas impossible de les confondre les uns avec les autres (en tout cas, je confesse que ça m’est arrivé de ne plus trop savoir lequel était Aulis, Ansa ou Aow).

Autre point d’accrochage en ce qui me concerne : l’histoire ne se termine pas, elle se contente de s’interrompre. Le mystère central reste entier à la fin du roman, et aucune des intrigues secondaires ne trouve de conclusion. S’il est compréhensible de souhaiter donner envie aux lecteurs de découvrir la suite – et on en a effectivement envie – j’aurais malgré tout souhaité bénéficier d’un point de rupture plus net à la fin du texte, qui me donne davantage l’impression d’avoir eu affaire à un livre qui tient tout seul sur ses deux jambes. En l’état, le lecteur qui n’aurait lu que ce tome n’aurait en aucune manière bénéficié d’une histoire complète.

Cela peut sembler être un détail, mais cela a des répercussions tout au long du roman. Des personnages ou des concepts sont introduits mais n’ont aucun impact sur l’intrigue – on devine qu’ils seront importants plus tard ; les motivations réelles de certains personnages nous semblent difficiles à comprendre, mais on s’imagine qu’elles feront sens une fois que nous aurons poursuivi notre lecture au-delà de la dernière page.

Rien de tout cela ne gâche le plaisir : « Le Déni du Maître-Sève » est une réussite sur presque tous les plans, mais on devine qu’il faudrait avoir lu l’histoire dans son entier afin d’avoir le recul nécessaire pour se forger une opinion plus solide.

Critique: Paradoxes, tome 1

Titre: Paradoxes, tome 1 – Nytayah.

Auteur: L.A. Braun

Éditeur: Auto-édition

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Premier tome de « Paradoxes », « Nytayah » est un roman aux multiples facettes, un roman-gigogne, qui, comme la plupart de ses personnages, mène des vies parallèles tout à fait différentes les unes des autres, tout en restant cohérent et prenant du début jusqu’à la fin.

C’est tout d’abord un roman noir dans la grande tradition, corsé et haletant, que n’auraient pas reniés Chester Himes ou Raymond Chandler. Toutes les figures du genre sont présentes: des flics mal dégrossis, grand brûlés de la vie, qui tentent de faire leur travail malgré des supérieurs peu coopératifs, des femmes fatales au lourd passé qui jouent un double jeu, des criminels durs à cuire, etc…

Seul regret: à épouser ainsi les formes d’un genre américain, on en oublie passagèrement que c’est bien à Bruxelles qu’a lieu l’action. Mais il s’agit d’un détail. L’intrigue policière représente l’ossature principale du récit, avec une trame bien charpentée et un suspense toujours présent.

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Nytayah est aussi un roman d’anticipation, situé quelque part à la lisière du cyberpunk, dans un avenir désenchanté et ravagé par des catastrophes. Il s’agit d’un élément utilisé astucieusement par l’auteure, qui profite que l’action se situe dans le futur pour introduire avec naturel les éléments les plus déconcertants. le décor du Bruxelles de l’avenir apporte également énormément d’atmosphère, le plus souvent sombre et déboussolée.

Et en plus de tout ça, le livre ajoute encore du surnaturel: vampires, loups-garous et autres, dont le conflit naissant a des parfums de jeux de rôle à la White Wolf, même si certains éléments et personnage emmènent l’imaginaire dans les chemins de traverse. le plus étonnant, c’est que tous ces aspects cohabitent dans le même roman et que cela semble parfaitement naturel, comme si ces genres différents étaient faits pour vivre ensemble.

A signaler également des personnages bien brossés, attachants ou répugnants, mais en tout cas immédiatement identifiables, des dialogues naturels et bien sentis, et un talent marqué de l’auteure pour les ambiances habilement décrites. Les descriptions sont fines et méticuleuses, parfois un peu chargées en adverbes au début du texte, mais toujours d’une grande justesse, parvenant à nous faire voir exactement ce que l’auteure a en tête.

Encore deux mots d’un aspect plaisant: même si Nytayah connaît des suites et laisse le destin de certains personnages en suspens (et aiguise notre curiosité), l’intrigue policière connaît un dénouement qui rend ce roman satisfaisant à lire pour lui-même, même si l’on n’a pas lu – ou pas encore lu – la suite.

Original, bien écrit, prenant – un roman chaudement recommandé.

Disculpeur: je suis édité auprès de la même maison d’édition que l’auteure.

Je thème… moi non plus

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Le thème est un des grands axes qui donnent son identité à un texte de fiction, raison pour laquelle il est intéressant de se pencher sur la question.

Quatre éléments principaux permettent en effet de caractériser un récit : le type de texte (est-ce un roman ? un poème ? Une nouvelle ?), le registre (est-ce comique ? satirique ? tragique ? burlesque ?), le genre (est-ce réaliste ? merveilleux ? horrifique ?) et donc le thème, qui nous intéresse plus particulièrement dans ce billet. A titre d’exemple, « Le Seigneur des Anneaux » de Tolkien est un roman d’aventure fantastique qui traite (entre autres) du thème de la corruption du pouvoir. Avec ces quatre axes de description, on a une bonne idée approximative de ce qui nous attend en tant que lecteur.

Un roman peut très bien avoir plusieurs thèmes

Le thème, c’est la réponse à la question « De quoi ça parle ? », une idée ou un élément central au développement de l’intrigue, et qui peut en général être résumé en un seul mot : l’amour, la solitude, l’ambition, la nostalgie, l’argent, le passage à l’âge adulte, la vengeance… Un roman peut très bien avoir plusieurs thèmes, même s’il est en général préférable de s’en tenir à un seul et de l’explorer jusqu’au bout.

Potentiellement, le thème colore tout le récit et oriente tous les choix de l’auteur. Il peut influencer l’intrigue, les personnages, le décor, les dialogues et tous les autres éléments du récit. Un roman qui traite du thème de l’argent pourra par exemple se situer dans les milieux bancaires, mettre en scène des personnages qui ont de l’argent ou qui n’en ont pas, qui en veulent toujours plus ou qui s’en passent, et explorer ainsi diverses facettes du sujet.

Dans d’autres cas, un auteur pourra choisir de ne traiter le thème qu’en filigrane, sans en faire une préoccupation de premier plan, mais en le gardant tout de même à l’esprit, en tant que point de référence du récit, pour lui donner de la couleur ou de la cohérence. Ainsi, en gardant à l’esprit que le roman policier qu’il est en train d’écrire traite du thème de l’ambition, un auteur opérera certains choix narratifs plutôt que d’autres, ce qui mènera bien souvent à un résultat plus harmonieux et mieux ficelé que si chaque décision avait été prise sans aucun point d’attache thématique.

Le thème peut rester invisible

Le lecteur n’a même pas besoin de s’apercevoir de tout ça : le thème peut rester invisible, sans affection ni grandes démonstrations, et ce n’est pas parce qu’un roman traite d’un thème qu’il doit nécessairement parvenir à une conclusion ou délivrer un message. Un thème n’est pas une morale. Il est possible et même souvent souhaitable de faire preuve de retenue et d’ambiguïté.

Dans la littérature de genre, et en particulier dans les littératures de l’imaginaire, il existe la tentation chez certains auteurs de ne pas s’embarrasser d’une réflexion sur le thème : l’évasion, l’aventure, se disent-ils, se suffisent à elles-mêmes, et il n’est pas nécessaire d’ajouter une thèse à un livre pour le rendre plus intéressant, c’est même parfois l’inverse.

Même si on peut être sensible à cet argument, se passer de thème est selon moi d’une fausse bonne idée. Déjà parce que l’aventure est un thème en soi ; par ailleurs, parce que le thème n’est pas nécessairement une thèse : il ne s’agit pas de quelque chose de complexe ou d’intellectuel, et il n’y a aucune raison que cela alourdisse le récit – au contraire, cela peut lui donner de la clarté ; en plus, parce qu’il est très probable qu’une histoire ait un thème, que l’auteur en soit conscient ou non – et s’il ne l’est pas, il risque de passer à côté de son sujet sans le faire exprès ; enfin, parce que le choix d’un thème peut aider à rendre un récit original et à le distinguer de la concurrence…

Sélectionner un thème qui semble être en porte-à-faux avec le registre ou le genre de l’œuvre peut générer un résultat étonnant

Ainsi, un auteur de littérature de genre serait bien inspiré d’aller puiser dans les thèmes qui semblent réservés à la « littérature blanche » : procéder de la sorte permet de produire une œuvre à la tonalité singulière, riche et rafraîchissante. Les romans de fantasy qui traitent de thème comme la guerre, l’honneur, l’amitié ou la lutte du bien contre le mal sont très nombreux ; pourquoi ne pas prendre le contrepied et tenter d’écrire une œuvre de fantasy qui s’attaque à des thèmes comme la vieillesse, la fidélité, l’éducation, la courtoisie ou l’angoisse de l’individu face à l’absurdité de l’existence ? (si vous tentez la chose, faites-moi signe : le résultat m’intéresse).

De manière générale d’ailleurs, sélectionner un thème qui semble être en porte-à-faux avec le registre ou le genre de l’œuvre peut générer un résultat étonnant et souvent intéressant. Les exemples ne manquent pas : ainsi, avec la série de films d’animation « Toy Story » on a affaire à des histoires qui se situent dans le registre de la comédie, et dont les thèmes sont le passage du temps, la solitude et la mort. Les frictions qui se produisent entre le traitement humoristique du récit et la gravité des thèmes traités donnent naissance à des films plus mémorables que ce que l’on pourrait suspecter de prime abord (d’ailleurs la qualité du traitement du thème est une des marques de fabrique des films Pixar).

En résumé, même si le thème peut sembler être superflu, c’est en réalité un élément indispensable, et bien souvent, un excellent point de départ pour un projet d’écriture.

Atelier : imaginez des combinaisons type/registre/genre/thème originales. Demandez-vous de quels thèmes traitent vos livres favoris ? Et si vous avez un projet de livre, quel est son thème ? En quoi le résultat serait-il différent si vous choisissiez d’en changer ?

Critique mon roman, gagne une nouvelle

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Si vous postez une critique de mon roman, je vous envoie une nouvelle inédite. Ça vous tente?

Les auteurs aiment savoir ce que les lecteurs ont pensé de ce qu’ils ont écrit. Un roman ne vit que parce qu’on en parle.

Vous avez lu « Merveille du Monde Hurlant: La Ville des Mystères« ? Le livre vous a plu? Si le cœur vous en dit, postez quelques mots (ou quelques phrases) au sujet du roman sur le web, afin, peut-être, de donner envie à d’autres lecteurs de le découvrir.

Sur Amazon 
Sur Babelio 
Sur Booknode 
Sur Goodreads 
Sur un blog, sur le mur de votre immeuble, ou n’importe où ailleurs.

Si vous l’avez fait et que vous me le signalez, je vous enverrai une petite histoire, « La jeune fille et le mort », qui se situe dans le même univers et évoque le passé d’un des personnages.

Merci d’avance! 😉