Les 10 pires clichés de la fantasy

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Pour un genre littéraire axé sur l’imaginaire, et malgré tout l’émerveillement qu’elle peut prodiguer à travers ses plus belles réussites, la fantasy a parfois tendance à bégayer et à abuser de quelques vieilles recettes qui ont (trop) bien marché. Petit passage en revue (plein de mauvaise foi) des dix trucs que l’on n’a plus jamais, jamais envie de trouver au cours de nos lectures.

L’Élu

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A la base, c’est le roi des losers : un garçon de ferme, un orphelin, malmené par sa famille et méprisé par tout le monde, que personne ne connaît et qui ne sait rien faire. Ce gars-là ? A tous les coups, à la fin du roman (ou du cinquième ou sixième tome de la saga, c’est selon) il aura triomphé des forces du mal et épousé la princesse (on en viendrait presque à se demander si les auteurs de fantasy n’ont pas quelques frustrations à évacuer).

Le pire, c’est que tout ça, on vous l’annonce depuis le début : ce petit minable qui devient la Personne la Plus Importante de l’Univers, il n’y parvient pas à force de persévérance ou au nom de ses convictions. S’il y arrive, c’est qu’il est l’Élu. Il est spécial. Il a été choisi. Il n’a pas l’air comme ça, mais il est mieux que les autres. On l’attend comme le Messie, et ça tombe bien, le voici, et il correspond en tous points à ce que tout le monde attendait.

Un roman de fantasy dont le personnage principal est l’Élu, c’est comme une romance érotique avec un riche et bel homme d’affaire : c’est une histoire tellement usée qu’on la connaît par cœur et qu’il n’y a plus aucune surprise à en tirer. Autant opter pour un autre type de protagoniste.

 

La Méchante Religion qui brûle des sorcières

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Dans un univers de fantasy, la religion est un phénomène bien plus simple que dans le monde réel. Personne n’a de spiritualité, les églises ne remplissent pas de fonction sociale et communautaire, les cathédrales ne sont pas des lieux de savoir : tout cela est bien trop barbant. Non, à la place, la religion sert à deux choses : soigner les blessures et brûler les sorcières. C’est sans doute très pratique, mais à terme cela court le risque de devenir un tout petit peu répétitif.

A force de voir ces ordres religieux tout puissants qui débordent de fanatiques assoiffés de pouvoir et qui ne rêvent que d’éliminer celles et ceux qui ne leur ressemblent pas dans de longues et sanglantes croisades, on finit par s’interroger : quel peut bien être l’intérêt des fidèles dans tout ça ? Pourquoi suivre aveuglément des fanatiques aux yeux injectés de sang, qui ne semblent pas trop se préoccuper du bien de l’humanité, même pas pour faire semblant ? C’est vrai ça, un bûcher, c’est sans doute très divertissant, mais si c’est tous les dimanches, on finit par s’ennuyer ferme.

 

Les Elfes

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Ils sont plus beaux que nous, plus intelligents que nous, plus sages que nous, vivent plus longtemps que nous, ont davantage d’atomes crochus avec la magie et avec la nature que nous, ils ont tout vu, tout vécu, leur civilisation était déjà ancienne quand nous vivions encore dans des cavernes : il n’y a pas à dire, les Elfes sont prodigieusement agaçants. D’autant plus que, pour compléter ce portrait affolant de « race supérieure », ils sont blonds aux yeux bleus. Si ça ne se passait pas dans un univers de fantasy, c’est bien simple, ça fouterait les jetons.

Depuis que Tolkien a semé des graines d’Elfes dans son jardin littéraire, elles se sont mises à pousser dans toute la fantasy, comme des mauvaises herbes. Les Elfes sont partout, avec leur petit air supérieur, leurs mains manucurées et leurs coiffures permanentées, à distiller leurs conseils l’air pincé pendant que ce sont les humains qui font tout le boulot. Et bien ça suffit ! Rebellons-nous ! Il est temps de les jeter dehors de la littérature fantastique, qui ne saurait tolérer plus longtemps ces êtres lisses et sans défauts.

 

Les noms imprononçables

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A quoi bon être un personnage de fantasy si c’est pour s’appeler Jean-Michel ? Hein ? On est bien d’accord. Heureusement pour ces valeureux héros, cela ne se produit jamais. Ils ont tous des noms aux sonorités celtes ou nordiques, avec, pour qu’on comprenne bien que tout cela est magique et très spécial, des apostrophes sont semées aléatoirement au milieu des mots comme autant de petits cailloux blancs, et quelques « y » apparaissent là où une personne saine d’esprit se serait tout à fait contentée de simples « i ».

Bien sûr, la fantasy ne se contente pas d’affubler ses personnages de noms improbables, mais inflige également ce mauvais traitement aux pays, aux villes, aux animaux, et à n’importe quoi qui passe dans le coin et qui ne demandait qu’à recevoir un nom. Au final, alors que ces noms sont choisis pour leurs sonorités magiques et exotiques, c’est l’effet inverse qui se produit : tous les noms de fantasy finissent par se ressembler, tout cela devient monotone, et un personnage nommé Kyaz’laehal pourrait tout aussi bien s’appeler Jean-Michel.

 

La Quête

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Etre un héros de fantasy, c’est comme être un écolier : au bout d’un moment, quelqu’un de plus expérimenté que vous va vous dire exactement ce que vous devez faire et comment vous devez le faire. Et une fois votre mission accomplie, vous pouvez rentrer chez vous sans vous poser davantage de questions. A l’école, ça s’appelle « les devoirs », alors qu’en fantasy, on préfère parler de « quête. »

La quête, c’est l’intrigue que l’on retrouve dans l’écrasante majorité des romans de fantasy : aller chercher un machin magique, aller botter les fesses au grand méchant, sauver la princesse machin, est… Il ne manque plus que des points d’exclamation au-dessus des noms des personnages pour qu’on ait l’impression d’être dans un MMORPG. A dire vrai, tout cela est aussi excitant que d’aller faire ses courses à l’hypermarché.

Dans un genre qui devrait se caractériser par son imagination sans limite, il est parfois désolant de constater que la seule idée que certains auteurs ont pour leur intrigue principale, c’est « Un mec doit aller quelque part pour chercher un truc. »

 

Le Seigneur des Ténèbres

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Oh, il est tellement méchant ! Il mange des chatons, il tue pour le plaisir, il dort dans la lave, il ne referme jamais le tube de dentifrice et pour que tout le monde soit bien sûr qu’il est méchant, il s’habille tout en noir, il a les yeux qui brillent d’un éclat démoniaque et il a la voix tellement basse qu’elle pourrait te faire exploser ta boîte vocale s’il te laissait un message.

Le Seigneur des Ténèbres a toujours un nom qui fait peur, genre nom de médicament : Morlax ou Sorkilis ou Variak. C’est le méchant par défaut de n’importe quelle série de romans de fantasy, tellement ordinaire qu’on dirait que l’écrivain l’a reçu gratuitement quand on lui a livré son traitement de texte. Celui-là, on ne peut pas le rater : il a l’air d’être méchant, il a un nom de méchant et il est méchant, et bien entendu si l’on parvient à le tuer, ça sera la fin de toute méchanceté, car apparemment, assassiner les méchants, c’est pas méchant.

Si vraiment un roman de fantasy a besoin d’un antagoniste, celui-ci sera bien plus crédible s’il n’est pas juste méchant par nature mais qu’il poursuit des buts identifiables et a des motivations claires et compréhensibles pour compliquer la vie de nos héros.

 

L’Épée du Destin

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Commençons par poser une question qu’on aurait sans doute dû se poser depuis longtemps : quel genre de personne donne un nom à son épée ? Franchement, vous croyez que Roger Federer donne un nom à sa raquette, vous ? Le gars de la compta, il donne un nom à son ordinateur ? Et là, en plus, c’est pire, parce que non seulement les héros de fantasy donnent un nom à leur outil de travail, ce qui est déjà louche, mais en plus, c’est quand même l’outil dont ils se servent pour découper leurs ennemis en rondelles, et là, on balance carrément dans la catégorie « psychopathe. »

Et ce n’est pas seulement parce qu’elle a un nom que l’Épée du Destin est problématique. C’est surtout qu’elle est toujours la même : toujours une épée, qui brille toujours d’une « étrange aura », qui toujours est meilleure que toutes les autres épées pour tuer des méchants et qui est toujours destinée à abattre le chef des méchants à la fin. Et incroyable mais vrai, c’est exactement ça qui se produit. Ah, quelle surprise. A force, c’est à se demander si tous les héros de fantasy n’ont pas tout simplement la même épée, qu’ils ont acheté pendant les soldes à Décathlon.

Et pourquoi pas une Hallebarde du Destin, hein, pour changer ? Ou une Fléchette du Destin ? Ça changerait, c’est sûr. Et pendant qu’on y est, pourquoi le héros devrait nécessairement triompher du mal par la violence ? Quand on commence par mettre une arme dans la main d’un personnage, c’est qu’on a déjà décidé qu’il était parfaitement justifié à s’en servir.

 

Le Sage et Vénérable Magicien

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Il sait tout mais il ne répond jamais directement à une question, sinon par une autre question, il sait tout faire mais il ne fait rien, il a plus de mille ans mais il passe son temps à voyager avec des losers inexpérimentés, il peut adopter n’importe quelle forme, mais pour des raisons inexplicables il choisit apparaître comme un vieillard qui aime se laisser pousser la barbe très long et porter des robes.

Depuis Gandalf, ça semble obligatoire, chaque saga de fantasy se doit d’avoir sa propre version du Père Noël. Il joue toujours plus ou moins le même rôle, quelle que soit l’histoire : délivrer des informations essentielles au déroulement de l’intrigue, mais au compte-goutte, et uniquement quand ça lui chante. Si le Sage et Vénérable Magicien se mettait un jour en tête de déballer tout ce qu’il sait dans le premier chapitre, cela résoudrait bien des problèmes et les plus longues sagas de fantasy ne seraient sans doute pas plus épaisses qu’une brochure.

Partant du principe que rien ne vaut un protagoniste qui découvre lui-même les réponses aux questions qui le hantent, il est sans doute temps d’envoyer le vieux Magicien à l’hospice et de lui souhaiter une agréable retraite.

 

La Prophétie

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Tout était prévu depuis le début.

Les personnages des romans de fantasy n’ont pas besoin de s’embarrasser avec des trucs rasoir comme le libre arbitre ou des motivations : ils ont la Prophétie pour remplacer tout ça, c’est beaucoup plus simple, il suffit de suivre le script.

La Prophétie, c’est tous les clichés de la fantasy dans un seul paquet. Elle annonce l’arrivée de l’Élu et dicte toute son existence, elle est farouchement combattue par la Méchante Religion qui combat farouchement à peu près n’importe quoi, on peut compter sur le Vieux Magicien pour en livrer une interprétation, il y est à coup sûr fait mention de l’Épée du Destin, des Elfes et des Dragons, sa raison d’être, c’est d’expliquer comment organiser une Quête pour aller régler son compte au Seigneur des Ténèbres, et vous pouvez parier que l’oracle qui a pondu le texte original avait un Nom Imprononçable.

Retirez la Prophétie du menu, et vous verrez comme le plat de la fantasy devient immédiatement plus savoureux.

 

Les Dragons

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Moi, j’adore la tarte aux pommes. C’est bon, c’est goûteux, c’est délicieux. Mais si vous me proposiez de ne plus rien manger d’autre que de la tarte aux pommes en dessert, pour le restant de mon existence, probablement que je ferais un peu la gueule. C’est ça le problème avec les dragons en fantasy : à la base, des gros dinosaures volants cracheurs de feu, c’est assez cool. Mais à force d’en voir partout, ça lasse. Les Dragons sont devenus comme la tarte aux pommes.

Cela fait bien trop longtemps que les amateurs de Vouivres, de Griffons et de Manticores attendent leur tour. Le temps est venu pour les Dragons de débarrasser le plancher et de céder leur place à des créatures qu’on a moins l’habitude de voir. Parce qu’à force de voir des Dragons à chaque coin de chapitre dans chaque saga de fantasy, ils n’inspirent plus de frayeur ni de respect : rien d’autre qu’un profond ennui, assorti de bâillements qui, à leur manière, sont plus terribles que les rugissements des Dragons.

Et vous? Selon vous, quel est le pire des clichés de la littérature fantasy?

La théorie des genres

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Certains experts nous décrivent la littérature comme une vaste plaine traversée par un fossé : d’un côté du gouffre, la littérature dite « de genre », peuplée, donc, d’horreurs innommables telles que la science-fiction, la fantasy, l’uchronie, ou même, selon certains, la romance et le roman policier ; de l’autre côté, ce qu’on appelle parfois la « littérature blanche », soit une fiction pure, détachée de tout attachement à un genre et donc, par essence, supérieure en qualité à tout ce qui se situe de l’autre côté du fossé.

Cette représentation de la littérature me parait arbitraire, peu crédible et pas très fertile.

Celles et ceux qui défendent cette vision considèrent le genre comme un kit qui permet d’assembler des histoires. Pour faire de la fantasy, il suffit de mettre un peu de magie, un dragon, une quête, et hop, c’est parti ! (Je simplifie leur argumentaire un tout petit peu, je le confesse) Alors que la littérature blanche, en s’affranchissant de tout passage obligé, est à même de réaliser le plein potentiel de l’art littéraire, plutôt que de se contenter d’être un aimable divertissement.

Cette optique n’est pas totalement sans valeur, cela dit. Oui, il existe des romans policiers, des romances, des sagas de fantasy qui ne font qu’appliquer une formule, sans grande originalité, et on serait bien en peine d’y déceler quelque intérêt littéraire que ce soit.

Cela dit, si l’on se mettait en tête de chercher à classifier la littérature blanche en une pléiade de nouveaux genres, on pourrait faire le même constat : le « roman de divorce » n’est-il pas plus codifié que la science-fiction ? Le « roman de secret de famille » n’obéit-il pas lui aussi à des règles et ne suit-il pas des passages obligés, tout autant que le roman d’heroic fantasy ? Les écrivains-voyageurs ne mentent-ils pas tout autant que les auteurs de fantastique ?

Le genre n’est, après tout, que le point d’arrivée d’un travail littéraire

En réalité, la plupart du temps, les genres, en tant qu’outils d’approche de la littérature n’ont pas grand intérêt. Il s’agit plutôt d’une invention bien pratique pour les éditeurs, qui ont tout loisir de s’en servir comme outil marketing, ou pour les libraires, qui peuvent simplement pointer du doigt le rayon approprié à un client qui souhaiterait acheter un roman « avec des dragons. »

Il n’y a aucun mal à cela, d’ailleurs. Mais si la division par genres peut être bien pratique pour des raisons commerciales, il serait dommage qu’elle limite l’imagination des auteurs.

Le genre n’est, après tout, que le point d’arrivée d’un travail littéraire. Une fois le livre terminé, il est temps de se pencher sur lui et de se dire : « Hmmm tiens, c’est plutôt de l’urban fantasy, avec une pointe de science-fiction post-apocalyptique. » Si l’on prend le genre comme point de départ, on risque de se couper de tout un pan d’inspiration et de se mettre des œillères.

Après tout, si je me mets en tête de rédiger un roman de fantasy, même inconsciemment, il est probable que j’écarte des idées parce qu’elles ne correspondent pas aux conventions du genre, alors qu’elles auraient pu enrichir le roman et lui donner davantage de personnalité. Certains concepts de science-fiction sont tout à fait à leur place dans la fantasy, un roman policier peut être agrémenté d’un brin d’horreur, une romance d’un soupçon de fantastique.

L’innovation s’accommode mal de la pureté

Si l’on regroupe les genres les plus hauts en couleur sous l’étiquette de « littérature de l’imaginaire », après tout, ça n’est pas pour brider son imagination, bien au contraire. L’innovation s’accommode mal de la pureté, et se nourrit au contraire de mélanges, de métissages, de bouturages. C’est d’ailleurs comme cela qu’on inventera les nouveaux genres de l’avenir…

En deux mots : le genre est principalement une considération commerciale, qui a peu à voir avec la littérature. S’il veut libérer sa fantaisie et exprime sa pleine personnalité, un auteur sera bien avisé de ne pas trop s’en soucier – il sera toujours temps, plus tard, une fois l’œuvre achevée, de se demander dans quelle case on pourrait bien la mettre.

Atelier : vous avez une idée de roman, de nouvelle, de récit qui vous semble avoir sa place dans un genre particulier ? Essayez d’y ajouter un élément emprunté à un autre genre : un personnage, une situation, un élément de décor, et demandez-vous si ça détruit ou si, au contraire, cela enrichit votre récit.

Critique: L’île du destin

Titre: La Quête d’Ewilan – L’île du destin

Auteur: Pierre Bottero

Editeur: Rageot Editeur (version ebook)

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Après avoir lu les deux premiers tomes, sur lesquels j’ai rédigé des critiques postées sur ce blog, il me restait à lire celui-ci pour me forger une opinion complète sur La Quête d’Ewilan.

Inutile de s’étendre sur ses qualités: ce sont les mêmes que celles des autres romans de la série, avec le style de l’auteur, sa belle imagination et ses personnages plein de caractère. de ce point de vue, le roman est une réussite.

Du point de vue de la construction, c’est moins convaincant. Pierre Bottero a conclu un peu hâtivement la quête de ses personnages à la fin du deuxième tome, ce qui donne à celui-ci des airs d’appendices, comme s’il racontait des aventures moins importantes. On a droit à notre compte d’aventures, bien sûr, mais on sent que l’auteur et les personnages sont moins motivés qu’auparavant. La preuve: une dizaine de chapitres s’écoulent avant que le narratif entre dans le vif du sujet et que l’horripilante Camille et ses amies s’occupent enfin de la quête qui va les occuper pendant le reste du roman.

L’auteur défait d’une main ce qu’il a fait de l’autre

Pas étonnant d’ailleurs que l’histoire mette tant de temps à démarrer, quand on songe que le début du livre est consacré à remettre en circulation des personnages que Bottero a un peu précipitamment rangé dans l’armoire à la fin du tome précédent. Tout cela donne une impression d’indécision de la part de l’auteur, qui défait d’une main ce qu’il a fait de l’autre. Par ailleurs, cela confirme que rien de permanent ne saurait arriver à ses personnages principaux, qui sont régulièrement sauvés ou remis en selle, sans jamais avoir à payer le prix de leurs erreurs ou de leurs décisions.

Si on ajoute à cela un final dans lequel nos héros sont sauvés d’un mauvais pas par, non pas un, mais deux deus ex machina, cela fait de ce troisième tome le plus mauvais de la série, qui laisse une impression bâclée et confuse, malgré ses qualités.

Deux mots encore de l’édition intégrale de « La Quête d’Ewilan »: parmi les originalités de cette intégrale: une nouvelle qui sert d’introduction. Elle est très habilement écrite, mais sa lecture est à déconseiller à celles et ceux qui, comme moi, sont agacés par le personnage de Camille. Elle s’y montre ici plus insupportable que jamais.

Egalement au menu: quelques textes dans lesquels l’auteur revient sur l’écriture et la construction du récit. On y trouve quelques informations intéressantes, mais le tout est présenté sous la forme d’interviews fictives et rédigé dans un style curieusement ampoulé. Tout cela aurait gagné à un peu plus de simplicité.

Enfin, la lecture de l’intégralité de la trilogie d’un seul trait permet de réaliser à quel point certaines sonorités sont favorisées par Bottero lorsqu’il nomme ses personnages: Ewilan, Edwin, Ellana, Elea, Elicia, ou encore Salim, Siam, Chiam. Tout cela reste anecdotique, mais peut parfois plonger le lecteur dans la confusion.

Critique: « Les frontières de glace »

Titre: La Quête d’Ewilan – Les frontières de glace

Auteur: Pierre Bottero

Editeur: Rageot Editeur (version ebook)

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C’est parce que plusieurs lecteurs et critiques avaient comparés mon roman aux œuvres de Pierre Bottero que j’ai eu envie de me forger ma propre opinion. Charmé mais pas emballé par le premier tome de la Quête d’Ewilan, j’ai malgré tout souhaité lire le deuxième.

J’ai bien fait: il est bien meilleur. le roman garde tout ce qui fonctionnait dans le premier: un imaginaire rafraîchissant, un univers séduisant, des personnages attachants, un style fluide, mais y ajoute d’autres éléments qui font de ce volume le meilleur de la série. Certaines images sont très marquantes, pleines d’imaginaire et de poésie: l’Arche et la Dame en particulier. Par ailleurs, le récit est bien mieux construit, avec de vrais enjeux, une montée en puissance progressive, une tension narrative bien amenée, et un final éblouissant qui offre une conclusion idéale à l’histoire (dommage, il y a un tome après celui-ci…)

Le livre n’est cependant pas sans défauts. Camille, la fille parfaite qui n’a jamais tort et ne rencontre aucune difficultés, est toujours aussi difficile à apprécier en tant que protagoniste. On se rend compte d’ailleurs que l’auteur, qui n’a pas pensé à donner des limites naturelles à ses pouvoirs au début de la trilogie, est obligé d’en inventer de nouvelles, arbitraires, pour qu’elle connaisse tout de même quelques difficultés de temps en temps.

Mais le plus gros point noir du roman, c’est que Pierre Bottero manque cruellement d’idées pour introduire des moments de danger et de conflit dans le récit. Régulièrement, nos héros sont attaqués par des monstres, soldats et bêtes qui viennent de nulle part, la rencontre est suivie d’un combat et les gentils finissent par triompher sans pertes ni sacrifice. A force, cette succession de scènes interchangeables de combat finit par lasser, et on souhaiterait davantage d’originalité de la part de l’auteur.

Il s’agit malgré tout d’un livre réussi et plaisant, malgré quelques défauts.

Critique: « D’un monde à l’autre »

Titre: La Quête d’Ewilan – D’un monde à l’autre

Auteur: Pierre Bottero

Editeur: Rageot Editeur (version ebook)

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C’est parce que, en tant qu’auteur, on a plusieurs fois comparé mon roman à l’oeuvre de Pierre Bottero en général et à Ewilan en particulier que j’ai été tenté de découvrir ce cycle que je ne connaissais pas du tout.

Un premier constat s’impose: « D’un monde à l’autre » n’a pas volé son très grand succès. C’est un livre plein de charme et de personnalité, qui développe un monde et un imaginaire très personnels et qui, pourtant, semblent immédiatement familiers. L’auteur a un style fluide, agréable, concis mais jamais sec, occasionnellement ambitieux dans ses choix de vocabulaire pour un ouvrage qui se destine en particulier à un jeune public. La plupart des personnages sont attachants, vivants, distincts les uns des autres et de leurs interactions naissent la plupart des grandes joies de lecture que recèle ce livre. Ces qualités permettent à elles seules de faire de ce roman une réussite, et de passer sur les aspects moins séduisants du texte.

On peut repérer des familiarités avec d’autres textes: l’étrange voyage de la jeune fille rappelle des classiques comme « Trois coeurs, trois lions » de Poul Anderson. Quant à ses compagnons, ils sont très semblables à ceux des « Chroniques de Prydain » de Lloyd Alexander. Des comparaisons qui doivent être comprises comme des éloges, car le roman n’a rien à envier à ces glorieux prédécesseurs.

« Camille connaît tout et sait tout faire, est sage, aimée de tous et ne se trompe jamais »

Parmi les points faibles: le personnage central, celui de Camille, est le plus remarquable. Elle est un trou noir au coeur du livre, un protagoniste aussi difficile à aimer pour le lecteur qu’il est apprécié des autres personnages. Camille connaît tout et sait tout faire, est sage, aimée de tous, ne se trompe jamais, ne présente aucune faille et, n’ayant aucun défaut, ne change pas et n’apprend aucune leçon au cours du roman. Difficile de suivre les aventures d’un individu dont on comprend vite que rien ne va l’atteindre et qu’elle n’évoluera en aucune manière. le fait que son descriptif soit une accumulation de clichés n’aide pas: bien sûr elle est l’Elue, bien sûr elle est plus puissante que tous les autres, bien sûr elle a des parents adoptifs qui ne l’aiment pas parce qu’ils sont trop méchants, bien sûr elle a les yeux violets. Comme le protagoniste donne au roman une partie de sa forme, les défauts de Camille sont ceux de « D’un monde à l’autre »: dans ce narratif, cette jeune fille représente un point de repère, une sorte de bien absolu, et celles et ceux qui ne sont pas d’accord avec elle sont nécessairement dans l’erreur. A force, cette perfection devient risible et même irritante.

Le roman souffre également de petits défauts de construction, sans doute dû au découpage en trilogie. En particulier, toute la dernière partie qui a lieu dans notre monde fait l’effet d’un pétard mouillé: il s’agit d’une digression, qui permet (vaguement) d’introduire un personnage qui n’a aucune conséquence immédiate sur l’intrigue. Toute cette partie pourrait être coupée sans rien changer à l’histoire, et le choix de l’y laisser condamne la fin du livre à l’enlisement (ou donne envie de découvrir la suite, c’est selon).

Malgré quelques points noirs, ce roman représente un agréable moment de lecture, captivant et attachant quoi qu’imparfait.