Nouveautés sur le site

Bonjour à toutes et à tous et bonne année 2025 !

Ce bref message pour vous mettre au courant de deux nouveautés.

Premièrement, une nouvelle version de mon jeu de rôle libre Le Monde Hurlant est disponible. Vous pouvez la découvrir ici. Il y a de nouvelles règles, des correctifs et de nouvelles illustrations, regardez, en voici une.

Deuxièmement, je suis désormais raisonnablement actif sur le réseau social Mastodon. Vous pouvez me trouver ici.

Les effets du hors-champ

Être conscient de l’existence du hors-champ en littérature permet à un auteur de produire des effets intéressants. Certains argumenteront que c’est enfin l’article qu’on souhaitait lire depuis le début de la série, mais il était nécessaire d’établir tout le reste avant d’en arriver à ce stade. Dans cet article, je détaille quelques unes de ces techniques, mais n’hésitez pas à en mentionner d’autres en commentaire, si vous en avez fait l’expérience ou que vous avez la conviction que ça peut fonctionner.

Le hors-champ et la phase de tri

Dans mon article intitulé « Écrire un roman accueillant », (que d’ailleurs je n’ai écrit que pour pouvoir y faire référence ici), j’ai mentionné ce que j’ai appelé « la phase de tri », cette période qui intervient lors des premières dizaines de pages d’un roman, où une lectrice ou un lecteur cherche à déterminer de quels personnages, éléments d’intrigue et de décor il va avoir besoin de se rappeler pour suivre l’histoire que vous lui racontez, et lesquels sont juste là pour mettre un peu de couleur, et peuvent plus ou moins être oubliés immédiatement. Doser correctement la limite entre les deux n’est pas facile.

Pour y parvenir, être conscient que cette phase de tri existe représente un bon début, et comprendre que le hors-champ peut y jouer un rôle est précieux. Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’inconsciemment, le lecteur va le plus souvent ranger sur la pile « pas important » ce qui est hors champ, pour se concentrer sur le reste. Cela signifie que si vous souhaitez mettre toutes les chances de votre côté pour qu’il se souvienne d’un aspect de votre livre, il vaut mieux éviter de le présenter hors champ.

À ce sujet, j’ai une anecdote. Dans mon roman « Révolution dans le Monde Hurlant », dans un des premiers chapitres, j’introduis une femme énigmatique qui se fait appeler Briselâme, et qui devient ensuite un des personnages majeurs de l’histoire. Dans la première version de la scène dans laquelle elle fait son apparition, elle mentionnait en passant le fait qu’elle avait deux sœurs. Sachant que celles-ci allaient jouer un rôle crucial plus tard dans le roman, j’espérait que cette indication allait suffire pour que le lecteur s’en souvienne…

Mais ça ne fonctionnait pas du tout : le fait que cette information soit présentée hors-champ avait pour conséquence que les lecteurs-tests ne la retenaient pas. J’ai remanié la scène pour que les deux sœurs en question y soient physiquement présentes (dans le champ, donc). Même si elles n’y avaient qu’un rôle minime, les lecteurs retenaient qu’ils avaient affaire à trois sœurs, et ils les triaient sur la pile « à retenir ».

C’est loin d’être une science exacte, tout ça. Mais pensez à la plupart des romans et des films que vous connaissez et vous constaterez que les éléments qui comptent vraiment sont rarement présentés hors-champ. On peut très bien imaginer que le premier « Star Wars » s’ouvre avec les pérégrinations des deux droïdes sur la planète désertique : il ne manquerait pas vraiment d’information. Par contre, le fait d’avoir inclus Vador et Leia à l’écran dans les premières scènes a laissé une impression qui persiste pendant tout le reste du film. À garder en mémoire lorsque vous rédigez les premiers chapitres de votre prochain livre.

Agrandir l’univers

Quelle que soit la forme qu’il prend, le hors-champ existe en-dehors de l’espace sur lequel l’auteur inscrit l’essentiel de son action. Cela signifie qu’on peut s’en servir pour donner de l’envergure, de l’ampleur à une histoire, lui conférer des dimensions supplémentaires. Imaginez une scène où votre protagoniste se balade dans un souk magnifique, bruyant et envahi par une foule immense. Pour décrire cette balade, vous pouvez choisir de privilégier exclusivement ce qui est dans le champ, en alignant une série d’éléments descriptifs et de rencontres. Ça serait déjà pas mal. Mais pensez que vous pouvez agrémenter tout cela de hors-champ suggéré : des odeurs capiteuses, brièvement senties, qu’on ne parvient pas à identifier, les pleurs d’un enfant qu’on n’aperçoit pas, des percussionnistes qu’on entend avant de les voir, les vibrations dans le sol d’un gros camion de livraison.

La même approche fait merveille, par exemple, dans la description d’une bataille, ou le pauvre soldat est entouré d’explosions dont il ignore l’origine, qu’il entend des ordres braillés de derrière les collines, en les comprenant à moitié, qu’il sent des odeurs dont il ignore si elles sont liées à un gaz de combat… Et si le champ de bataille était l’ancien village natal du soldat, et que vous incluiez hors-champ des informations sur ce qu’étaient les bâtiments traversés avant d’être réduits à l’état de ruines ?

Utilisé avec imagination et parcimonie, le hors-champ peut conférer à vos scènes-clé l’équivalent d’une dimension supplémentaire.

Le suspense

C’est en quelque sorte une extension de la catégorie précédente : le hors-champ, cet assemblage d’informations mineures, ou qui ne sont pas entièrement perceptibles dans l’immédiat, peut faire merveille pour générer du suspense. Comme j’ai eu l’occasion de l’écrire dans un article précédent, le suspense, c’est une technique grâce à laquelle l’auteur installe dans l’esprit du lecteur deux scénarios : un positif, souhaitable, heureux, attendu, et un scénario négatif, dangereux, craint, catastrophique. Si c’est bien fait, cela suscite une forte envie de rapidement découvrir de quelle manière cette tension se dénoue.

Pour mettre en place cette technique, le hors-champ est un allié précieux. Tout ce qui est du registre du hors-champ suggéré fournit au lecteur des informations partielles qui suscitent une incertitude, génératrice de suspense. Ce hurlement venu du bout du couloir, était-ce un cri de douleur, le râle d’une bête blessée ou quelque chose de bien plus sinistre encore ? Quelle est cette odeur fétide qui vient de la salle de bain ? Pourquoi entend-on des pas au grenier, alors qu’il devrait être vide ? Cette méthode fonctionne très bien dans le domaine de l’horreur.

Le hors-champ raconté ou rapporté peut également être utilisé pour générer du suspense, par exemple en fournissant des informations qui semblent être en porte-à-faux avec la réalité telle qu’on la perçoit dans le champ narratif. Comment s’expliquer ces différences ? Qui a raison ? N’hésitez pas, par ailleurs, à vous servir du fait que le lecteur a généralement tendance à accorder moins de poids au hors-champ qu’au champ. Les informations que vous avez communiquées à travers du hors-champ de contexte, sont-elles dignes de foi ? Avez-vous essayé de les cacher, de faire croire qu’elles ne sont pas importantes alors que c’est tout le contraire ? Oui, on peut rendre un lecteur parano avec cette approche.

Casser le rythme

Un usage possible du hors-champ est stylistique : être capable de l’identifier et l’utiliser avec économie dans un texte peut permettre de casser le rythme de la lecture. On ne réagit pas de la même manière à des scènes d’action ou de tension dans le champ qu’à de l’exposition hors-champ. Vous pouvez utiliser des éléments hors champ insérés dans le texte à la manière des barres de bore dans le réacteur d’une centrale nucléaire : pour faire baisser la pression. Vous pouvez aussi utiliser un insert hors-champ après une révélation ou un autre moment significatif sur lequel vous souhaitez que le lecteur médite un petit peu. Pour le dire autrement : champ et hors-champ n’ont pas la même viscosité et passer de l’un à l’autre modifie le rythme de narration et la manière dont la lecture est perçue.

Rien n’est hors champ / tout est hors champ

Est-il possible de se passer complètement de hors-champ ? Cela peut, en tout cas, représenter un intéressant parti-pris esthétique, ainsi qu’une manière de réaliser à quel point le hors-champ va se loger un peu partout, dans un texte littéraire. On pourrait tenter cette approche, par exemple, dans un roman où le personnage principal (et focal) est quelqu’un de centré sur lui-même, et peu attentif à ce qui l’entoure. Son narcissisme se manifeste subtilement par le fait qu’absolument aucun élément n’est inclus s’il n’est pas dans le champ, ce qui pourrait créer un sentiment d’isolement, voire d’asphyxie, à la lecture.

Quant au pari inverse, celui qui consiste à ne constituer une histoire qu’avec du hors-champ, il paraît bien plus difficile à tenir. Ce type d’expérience pourrait être tenté dans le cadre d’une nouvelle, probablement pas d’un roman. Il pourrait s’agir d’un portrait un creux, un individu dont le narrateur ne s’approche jamais et dont on ne découvre pas les agissements est décrit par ce qui l’entoure, charge au lecteur d’assembler ces informations lui-même.

Le Monde Hurlant : un jeu de rôle

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Un jeu de rôle médiéval-fantastique gratuit et open source. Le pari est de proposer un jeu simple à apprendre, mais d’une certaine richesse, situé dans le décor de mes romans, le Monde Hurlant, mais facile à transposer dans un autre univers. Par rapport à la référence D&D, j’ai souhaité créer un jeu où les personnages, au fil de l’expérience, étendent la gamme de ce qu’ils savent faire mais sans trop gagner en puissance. Je voulais également me passer de figurines et représenter la dynamique des combats de manière moins littérale.

En octobre, mon ordinateur a cessé de fonctionner. J’ai un vieux portable qui fait l’affaire, mais il est lent et il ne permet pas de se lancer dans des travaux ambitieux, même en traitement de texte. Comme la situation s’est prolongée, j’ai décidé d’en profiter pour mener à bien un projet qui ne réclamait pas un ordinateur rapide, à savoir écrire un jeu de rôle pour mes enfants.

En tout cas, c’était l’idée de départ. Nos garçons ont déjà été initiés aux jeux de rôle avec l’excellent système Jeu de rôle Junior, mais cette option montre ses limites, et je me suis dit que pour continuer, il allait nous falloir un système de règles simples, et pourquoi pas, pendant que j’y étais, en profiter pour vivre des aventures dans le Monde Hurlant, l’univers de mes romans de fantasy « Merveilles du Monde Hurlant » et « Révolution dans le Monde Hurlant ».

Au départ, je voulais juste jouer à la première édition de L’Oeil Noir. Et puis j’ai vu une version renouvelée de L’Oeil Noir qui s’appelle L’Anneau Noir. J’ai hésité, j’ai tenté de combiner les deux, et puis j’ai eu des idées de règles supplémentaires, je me suis inspiré de plein d’autres systèmes, et puis ma volonté de jouer dans le Monde Hurlant a dicté encore d’autres adaptations, et finalement, tout ce qui reste du système original, c’est le système Attaque / Parade.

Là, je sentais que j’étais dans les ennuis. Parce que j’avais piqué le virus, et mon objectif était à présent d’intégrer dans le jeu toutes les espèces, tous les pouvoirs, tous les monstres aperçus dans mes bouquins. Et il y en a pas mal. Et pendant que j’y étais, me dis-je, pourquoi ne pas réécrire mon vieil univers D&D, celui qui a – dans les grandes lignes – servi de base au Monde Hurlant ? Et pourquoi ne pas y intégrer mes notes, celles qui m’ont permis d’établir l’univers des livres ? Et quand j’ai à nouveau bénéficié d’un ordinateur (merci à mon frère), j’en ai profité pour y ajouter toutes les illustrations réalisées au fil des années pour cet univers. Et en ajouter quelques autres.

Le résultat, c’est « Le Monde Hurlant : un jeu de rôle », et je suis presque embarrassé de constater qu’il fait plus de 300 pages. Voici la dernière version diffusée, la 0.6 :

Le Monde Hurlant – un jeu de rôle 0.6

Nouvelle version 0.6 (septembre 2025, corrections majeures et mineures, une nouvelle espèce (l’Humain du Monde Muet), nouvelles règles sur le remix des classes de personnages (trois nouvelles classes : l’Occultiste, l’Hérétique et le Maître-d’armes), 36 sorts et capacités de personnages supplémentaires (principalement chez les Mystiques, Prêtres, Champions et Dévoyés), quelques illustrations supplémentaires).

Le Monde Hurlant – un jeu de rôle 0.5

Nouvelle version 0.5 (janvier 2025, corrections majeures et mineures, règles sur les jets opposés, le combat à deux mains et les activités hors-aventures, rajout d’une créature, la sirène des marais, quatre nouvelles illustrations)

Le Monde Hurlant – un jeu de rôle 0.4

Nouvelle version 0.4 (janvier 2024, corrections mineures, nouvelles conditions de partage, règles sur les égrégores, rajout d’une créature, l’icorne)

Le Monde Hurlant – un jeu de rôle

Voilà la première version diffusée, la 0.3.

Et j’en profite pour vous proposer la feuille de personnage :

LMH feuille de perso

Et un écran sommaire pour résumer les principaux points de règles :

MH jdr écran

Sentez-vous libres de le télécharger, de le lire, d’y jouer et toutes ces choses réjouissantes. Fondamentalement, c’est un truc que j’ai fait pour mes proches et pour moi. La présente version n’est pas définitive. Elle a besoin d’être relue, testée, la mise en page est simple, et si je la destinais au grand public, ça serait illustré très différemment. Mais ça fait le boulot que je m’étais fixé au départ, et puis si vous avez lu mes romans et que vous avez envie de savoir ce qui se cache derrière un nom de pays ou de créature cité à la sauvette, probablement que vous trouverez des pages et des pages d’explication. Peut-être que je posterai ici d’autres versions dans l’avenir, même si je vais à nouveau me concentrer sur la littérature. Si vous avez des remarques, en tout cas, elles sont les bienvenues et j’en tiendrai compte pour les futures corrections.

Cité sur franceinfo.fr

petit truc copie

Dans le cadre d’un article très intéressant sur la place des personnages féminins dans la littérature fantasy, j’ai eu le plaisir de répondre aux questions de la rédaction numérique de France Info, et je suis cité dans le sujet que vous pouvez lire en suivant ce lien, parmi des noms prestigieux. J’y parle de Tim Keller, l’héroïne de mes romans du « Monde Hurlant ». Bonne lecture !

wrerew

Projet Sergio 3 : Lointaine, très lointaine

blog projets en cours

Dans le carnet de notes de mon principal projet romanesque en cours, je pense qu’il est intéressant de préciser mon intention de départ. Du point de vue esthétique, mon pitch, c’est « une version western spaghetti de Star Wars ». Je reviendrai dans un prochain billet sur la notion de « western spaghetti », et quel rôle elle joue dans l’histoire et mon approche de l’écriture, mais aujourd’hui, c’est plutôt la partie « Star Wars » de l’équation sur laquelle j’aimerais m’attarder. Pourquoi diable me suis-je lancé dans un pastiche de la saga de George Lucas ?

Si je devais définir « Star Wars », je dirais qu’il s’agit d’une série de récits à la tonalité pulp, qui empruntent des éléments à des genres aussi différents que le space opera à la Flash Gordon, le western, le récit de guerre, le chanbara, les Muppets, avec un peu de fantasy, des emprunts à différents auteurs comme Frank Herbert et Edgar Rice Burroughs et une pincée de Joseph Campbell pour relever la sauce. Bref, il s’agit d’une grande soupe, un vaste mélange d’éléments qui, à la base, ne sont pas conçus pour aller ensemble. C’est une grande oeuvre de littérature postmoderne, pas au sens où on l’entend généralement, mais par le fait qu’elle arrache des bribes de sens de leur contexte original pour en faire un collage et recréer des liens différents, comme si l’histoire de la littérature n’existait pas ou qu’il n’était pas nécessaire d’y trouver sa place. Bref, c’est ce qu’on appelle du syncrétisme, soit une combinaison d’éléments disparates qu’on n’a pas l’habitude d’associer et qui se conjuguent pour créer un nouvel ensemble.

C’est quelque chose qui m’attire depuis que je suis un tout petit garçon. Mon éveil à la fiction s’est joué en grande partie à lire des bandes dessinées de super-héros, ces fables où un détective, un martien, une amazone, un dieu et un type qui est super fort en tir à l’arc décident de collaborer pour combatre le crime, un point de départ insensé pour n’importe quelle histoire, mais qui est capable de catapulter une intrigue dans les directions les plus inattendues. Star Wars, c’est un peu pareil. En tant que lecteur, il m’est arrivé assez souvent de me dire que je serais intéressé à lire du Star Wars qui n’est pas vraiment du Star Wars, mais ça n’est pas si fréquent que ça. Les récits de space opera sont souvent très sérieux, la fantasy, en quête de cohérence, ne s’autorise que rarement des emprunts tous azimuts, et de manière générale, les récits d’aventure sont aujourd’hui devenus rares dans les rayons des librairies.

Alors on me rétorquera deux choses : premièrement, si je suis intéressé par les mélanges, pourquoi vouloir pasticher Star Wars plutôt que de concocter mon propre mélange, à base, par exemple, de fantasy, de new weird, de steampunk, de réalisme magique et de bande dessinée psychédélique ? Et bien ça, je l’ai fait, justement, et ça s’appelle la série du « Monde Hurlant ». Deuxième objection : pourquoi ne pas simplement pondre de la fanfiction, située dans l’univers de Star Wars ? Parce que ça m’ennuie, que si je souhaite reproduire une ambiance générale, je ne veux pas me liers les mains et que je préfère multiplier les petites inventions que les recherches fastidieuses.

Au final, même si l’ambition artistique de ce projet ne dépasse pas l’envie de divertir, j’ai la conviction que les ingrédiens que je rajoute au plat vont lui donner une saveur singulière. J’y reviendrai prochainement.