Le synopsis

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Faire court. Voilà ce qui nous préoccupe en ce moment dans cette série d’articles entamée par un premier billet consacré au sujet, et qui se propose d’examiner un certain nombre de résumés qui jouent un rôle essentiel au travail littéraire. Cette fois-ci, on continue à faire court, mais un poil moins, en s’intéressant au synopsis.

Un synopsis, c’est quoi ? Pour faire simple, il s’agit d’un texte qui va résumer votre roman, mais de manière complète, en incluant toute l’intrigue, du début jusqu’à la fin.

À quoi est-ce que ça peut bien servir ? À plein de choses différentes, en réalité. Avant de s’engager dans un projet, de nombreux éditeurs vont réclamer un synopsis, afin de savoir exactement ce que vous avez en tête avant que vous écriviez votre manuscrit. D’autres vont vous demander un synopsis même si le texte intégral est déjà écrit, afin de savoir où ils mettent les pieds sans avoir à se taper des centaines de pages de lecture pas forcément agréables.

Un synopsis est également très précieux lorsqu’on écrit à plusieurs, en particulier si un membre de l’équipe est plus particulièrement chargé de construire l’intrigue, ou si un texte est appelé à subir de grosses corrections de la part d’un pool d’auteur. Dans ces cas, il joue le rôle de document de référence. Pourquoi pas, d’ailleurs, partager un synopsis avec un ou plusieurs alpha-lecteurs, afin de leur demander de porter un regard sur l’architecture de votre intrigue ?

C’est une manière de vendre un projet de livre

Enfin, un synopsis peut vous être utile à vous, écrivain, lors de votre processus d’écriture. Il m’est arrivé de produire un synopsis à partir d’un plan, afin de mieux comprendre si l’intrigue de mon roman allait fonctionner ou non. Il s’agissait d’une sorte de test en miniature, une maquette du roman final, et le fait de le rédiger m’a évité bien des tracas lors de la rédaction du bouquin. On pourrait presque appeler cela un « pré-synopsis », cela dit, puisqu’il existe au final des différences entre ce texte et le roman terminé. Si j’avais eu à envoyer un synopsis à un éditeur, j’aurais donc dû y apporter des modifications.

Donc un synopsis, c’est, la plupart du temps, une manière de vendre un projet de livre, même si on se trouve être soi-même le client. Et c’est un résumé exhaustif de l’intrigue : tout le roman, mais en beaucoup plus court. Par contre, un synopsis ne se destine pas aux lecteurs, et il ne s’agit pas de convaincre qui que ce soit de découvrir votre roman pour le plaisir…

Voilà pour le « quoi ». Le « comment », cela dit, mérite également que l’on y consacre un peu d’attention. Parce que oui, le synopsis, c’est une version de votre histoire en modèle réduit, mais si vous vous imaginez que pour le rédiger il suffit de prendre dans l’ordre toutes les scènes de votre roman et de les résumer en mode « D’abord, il y a ça qui se passe, et puis ensuite il y a ceci qui arrive, et puis après… », vous pouvez vous arrêter tout de suite. Oui, à la rigueur, on pourrait qualifier de « synopsis » le résultat d’un tel travail, mais je vous déconseille très vigoureusement de procéder de cette manière. Tout simplement parce que le résultat sera très ennuyeux à lire.

Un synopsis doit avoir du style

Parce qu’un synopsis, oui, c’est un résumé, oui, c’est exhaustif, mais ça ne veut pas dire qu’il doit être si minimaliste et soporifique que même l’auteur lui-même, en le lisant, finirait par ne plus comprendre pourquoi qui que ce soit pourrait être tenté de lire le roman complet. Un synopsis doit avoir du style, il doit faire envie.

Il y a une analogie qui est souvent citée pour comprendre comment s’y prendre : c’est celle du récit d’un match sportif, dans un journal ou sur un site d’information. Jamais l’auteur d’un tel texte ne va se contenter d’évoquer platement toutes les actions de jeu, les unes après les autres. « D’abord l’équipe A a marqué un but, puis l’équipe B a marqué à son tour, ensuite un joueur a reçu un carton rouge, et après… », ça serait insupportable à lire, on est bien d’accord.

Que l’on parle du récit d’un match ou d’un synopsis, ce qui rend la lecture intéressante, c’est l’émotion : il s’agit non seulement d’énumérer les moments forts du déroulement de l’intrigue, mais également leur impact émotionnel, la peur, le suspense, la joie, l’espoir qui les accompagnent.

Donc oui, faites la liste des scènes-clé de votre histoire, dans l’ordre, mais de manière aussi captivante que possible, en y mêlant les états d’âme de vos personnages, et en particulier ceux de votre personnage principal.

Il ne s’agit pas de faire des cachotteries

Que doit contenir un synopsis réussi, alors ? Pour commencer, il doit présenter les événements importants, y compris les surprises, et bien entendu la conclusion – le document est fait pour révéler les qualités de votre histoire, il ne s’agit pas de faire des cachotteries.

Le synopsis doit également rendre compte de l’arc narratif et de l’évolution de votre personnage principal (ou de vos personnages principaux), éventuellement d’un antagoniste si votre projet s’y prête. Si une relation, amoureuse, familiale, amicale, évolue en cours d’histoire et joue un rôle central dans votre récit, il faut la mentionner également. Si le thème ou le message est essentiel à votre projet, faites-en mention. Tous ces ingrédients, mettez-les dans un grand pot, mélangez-les et dressez-les de la manière la plus attrayante possible, pour constituer un repas délicieux.

Deux mots de la narration : le plus simple est de rédiger votre synopsis au présent et à la troisième personne, même si votre choix narratif pour le texte en lui-même est différent. Pourquoi ce choix ? D’abord parce que c’est le plus habituel, le plus conventionnel pour ce genre de texte, et donc celui qui va créer le moins de distance entre votre histoire et le public très spécifique auquel celle-ci est destinée. Ensuite parce qu’il s’agit du choix stylistiquement le plus neutre, qui privilégie une distance naturaliste avec le sujet, et permet au lecteur de comprendre qu’il a affaire à un résumé, pas à un texte de nature littéraire.

D’autres possibilités existent, mais dans ce contexte, l’usage de la narration à la première personne, ou même le récit au passé, risque de paraître précieux et artificiel. Faites simple.

Le conseil est le même dans d’autres domaines. Du point de vue du style, faites joli si possible, mais surtout faites court. Donc n’écrivez pas :

« Marguerite cherche à parler au père Mounier au sujet des propos controversés qu’il a tenu lors de l’enterrement, afin de lui dire ce qu’elle a sur le cœur. Elle ne le trouve pas dans la chapelle, mais finit par le traquer jusqu’à son appartement et lui parle sur le pas de la porte. »

À la place, écrivez plutôt :

« Marguerite se rend chez le père Mounier pour lui reprocher son attitude lors de l’enterrement. »

Dans la mesure du possible, n’incluez des éléments de décor que s’ils sont essentiels à la compréhension de votre intrigue. Oui, peut-être que vous considérez que l’univers très riche de votre fresque de fantasy ou les recherches extensives auxquelles vous vous êtes astreint pour rédiger votre fresque historique représentent une de leurs principales qualités, mais le synopsis ne constitue pas une bonne occasion de le décrire dans le détail. Vous avez une histoire à raconter, et en l’occurrence, c’est cela qui compte, et pas autre chose.

Pour des raisons semblables, simplifiez autant que possible la nomenclature. Ne nommez les personnages et les lieux que si c’est absolument indispensable à la compréhension de votre histoire. Pas la peine non plus d’énumérer extensivement les noms et surnoms de vos personnages : un prénom suffit.

De la même manière, évitez d’inclure des dialogues dans votre résumé. Il ne s’agit toutefois pas d’une règle absolue. Dans certains cas, il peut être judicieux de citer une réplique, mais uniquement si celle-ci est absolument essentielle à la compréhension de l’intrigue, ou si elle résume mieux les enjeux d’une partie de votre histoire que ne le ferait un passage descriptif. Une citation de ce genre, parfois, peut aussi relancer l’intérêt du lecteur et rendre votre texte plus agréable à découvrir.

Le sujet

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Faire court. Voilà à quoi on va se consacrer dans la nouvelle série que j’entame avec ce billet. Dans la vie d’un romancier, différentes raisons se présentent qui vont l’obliger à condenser son texte et à en proposer une version raccourcie, soit en amont de l’écriture, soit une fois que le projet est terminé. C’est à cela que je vous propose de nous atteler pendant les semaines qui viennent. Et pour l’occasion, afin de me mettre dans l’ambiance, je vais tâcher de ne pas trop étaler ma prose.

La première occasion de faire court, et parfois même très court, c’est lorsqu’on définit le sujet du roman. On a déjà eu l’occasion de l’évoquer dans le premier article consacré au thème, le sujet, ou si vous préférez l’appeler ainsi, le concept, c’est la réponse à la question « de quoi ça parle ? »

Ici, votre talent pour la concision sera soumis à rude épreuve. Le sujet d’un roman peut, dans certains cas, être réduit à un seul mot. De quoi ça parle ? D’une famille, de la guerre, de solitude, d’un procès, d’un voyage, etc… Parfois, il n’y a pas besoin de davantage pour répondre à la question, et donc pour caractériser votre roman.

De la manière la plus simple et la plus directe

Dans d’autres cas, il faut une courte phrase pour exprimer le sujet du livre. Quelques mots qui vont servir à esquisser l’intrigue et les enjeux de l’histoire, de la manière la plus simple et la plus directe possible, sans nécessairement chercher à susciter l’envie chez un lecteur potentiel. Le sujet, contrairement à d’autres types de résumés, c’est une information brute, pas une opération séduction.

Le sujet de mon roman « Révolution dans le Monde Hurlant », c’est « Une jeune femme recherche son frère dans un monde parallèle à l’aube d’une révolution ». En quatorze mots, tout est dit : le démarrage du roman, mais aussi son personnage principal et son cadre. Quatorze mots, c’est déjà beaucoup. Essayez dans la mesure du possible de faire encore plus court que ça.

C’est sans doute une bonne idée de vous exercer à le faire en partant de romans populaires et bien connus. « Un ancien bagnard pourchassé par un policier sauve une petite fille de la pauvreté » : voilà les Misérables. « Un être paisible est entraîné dans une mission pour voler le trésor d’un dragon » : c’est « Le Hobbit ». « L’histoire cyclique d’une famille sur six générations », c’est le sujet de « Cent ans de solitude ».

Notons au passage qu’entre la formule en un mot et la formule en une phrase, il n’est pas obligatoire de choisir : vous pouvez très bien prendre les deux. Par exemple, « Les Misérables », de quoi ça parle ? De pauvreté. « Cent ans de solitude » ? De famille. Définir le concept de ces deux manières peut vous fournir un tableau plus conforme à la réalité de l’histoire.

Un outil précieux en amont d’un projet

Quelle que soit la formule que vous allez choisir, là, on touche au nerf d’un roman, à son expression la plus élémentaire, la plus laconique. Être capable d’exprimer les choses aussi simplement permet de bénéficier d’une clarté de vision qui va vous rendre service au cours de votre processus d’écriture.

Déjà, le sujet d’un roman, c’est un outil précieux en amont d’un projet. Alors que vous êtes en train de rassembler vos idées et votre enthousiasme, et avant que vous mettiez tout en forme en construisant un plan, prenez le temps de définir le sujet de votre histoire. Cela peut vous paraître trivial. Peut-être que vous avez l’impression de le connaître, ce sujet, et qu’il n’est pas nécessaire de le formaliser. Au contraire, il est possible que vous pensiez qu’en mettant vos idées en forme de cette manière, vous allez vous couper les ailes.

Ce ne sera pas le cas, au contraire. Comme disait Nicolas Boileau, « Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement. Et les mots pour le dire arrivent aisément ». En réalité, les projets trop vagues qui mériteraient d’être mieux focalisés sont plus courants que les projets trop précis qu’il faudrait rendre plus lâches.

En fixant le sujet de votre roman en une phrase, vous allez vous munir d’un guide précieux, qui va vous permettre de garder le cap pendant toute l’écriture, du premier jet jusqu’à la fin des corrections. En rédigeant cette simple phrase, vous allez définir ce qui entre dans la composition de votre histoire et ce qui n’en fait pas partie. Un concept clair mène à un thème clair, une intrigue claire et des personnages clairs. Cela vous facilite également le travail de relecture : où couper, si ce n’est dans les passages qui s’écartent trop du sujet ?

Il vous permet de communiquer

Faire le choix de ne pas définir un concept écrit en amont, c’est naviguer aux instruments, et prendre le risque de se perdre en cours de route, dans les brumes de votre inspiration. Sans un sujet, votre roman peut se muer en une collection d’idées disparates, privées d’un fil rouge qui pourrait les unir. Et chercher à définir le sujet après le premier jet, par exemple, va vous réclamer beaucoup plus de travail que si vous vous y étiez pris d’entrée de jeu.

Le sujet a également une raison d’être en-dehors du processus d’écriture. Il vous permet de communiquer au sujet de votre projet en cours, afin de répondre aux questions sans trop en dire. Quand on vous demandera de quoi parle votre roman, il vous suffira d’énoncer votre sujet, tel que vous l’avez défini, et que je vous conseille d’apprendre par cœur pour faire face avec élégance à ce genre de curiosité.

En réalité, le sujet est un point de départ, que ce soit du travail littéraire ou d’une conversation. C’est aussi, on va le voir, une brique qui va vous aider à construire d’autres types de résumés, qui interviennent plus tard dans le processus.

La guerre: résumé

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Vous trouverez ici tous les conseils que j’ai récemment postés sur mon blog pour raconter des histoires de guerre, de soldats, de combats et de batailles dans un contexte romanesque.

Normalement, j’ai arrêté de poster des articles qui servent uniquement de résumé pour une série de billets regroupés par le même thème. Après tout, j’ai créé une page qui regroupe tous mes articles, qui devait satisfaire l’ensemble des curieux. Malgré tout, comme ce projet sur la guerre était long et ambitieux, et que les autrices et auteurs qui souhaiteraient puiser dans les conseils que j’ai publié à ce sujet souhaiteront peut-être bénéficier d’un marque-page pour le jour où ils écriront une histoire dans cette veine-là, je me suis dit que cette fois-ci, ça serait pratique. Donc voici les liens:

  1. Éléments de décor: la guerre
  2. Écrire la guerre
  3. Écrire la bataille
  4. La bataille terrestre
  5. La bataille navale
  6. La bataille aérienne
  7. La bataille spatiale
  8. Guérilla
  9. Écrire le combat
  10. Le corps-à-corps
  11. Le combat à distance
  12. Blessures
  13. Décrire la douleur

Auteurs et lecteurs: résumé

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Dans mes articles intitulés Résumé, vous retrouvez des liens vers une série de billets récemment publiés et unis par un même thème. Ici: les auteurs et les lecteurs.

Première partie: L’auteur

Deuxième partie: Les trois types d’auteurs

Troisième partie: La ludification de l’écriture

Quatrième partie: Le public-cible

Cinquième partie: Les huit types de lecteurs

Sixième partie: Le contrat auteur-lecteurs

Septième partie: La suspension de l’incrédulité

Huitième partie: Écrire en public

Neuvième partie: Écrire à plusieurs