La bataille navale

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Exactement comme la bataille terrestre, que nous avons examinée dans un autre billet, la bataille navale voit s’affronter deux ou plusieurs camps, avec des objectifs opposés, des effectifs différents et des positions de départ distinctes, sauf que naturellement, dans le cas de la bataille navale, tout cela se joue sur un plan d’eau, de préférence sur la mer, et que les soldats, appelés ici marins ou matelots, sont groupés sur des embarcations. Ça change tout.

En mer

Un bateau, ça flotte sur l’eau. C’est une évidence mais un romancier serait bien inspiré de réfléchir à ce que ce constat implique.

Cela présente trois conséquences majeures. La première, c’est que l’eau est un milieu qui présente très peu de friction. Une fois lancé, un navire va continuer à avancer dans la même direction pendant longtemps, et si on souhaite l’arrêter, le faire reculer ou simplement faire en sorte qu’il vire de bord ou qu’il tourne, cela va réclamer un temps et une distance considérable. Si les bateaux étaient des véhicules terrestres, ils auraient les freins les plus inefficaces et le rayon de braquage le plus gigantesque que l’on puisse imaginer. Cela signifie que tout, dans une bataille navale, doit être anticipé, et que les ordres, en tout cas ceux qui concernent la navigation, ne déploient leurs effets qu’avec retard, parfois même trop tard.

Deuxième conséquence : un bateau, ça coule. En raison du gros temps, d’une attaque ennemie ou d’un récif, il peut prendre l’eau, s’enfoncer, puis sombrer pour de bon. Il s’agit d’un danger permanent qui guette toutes les embarcations qui participent à un engagement militaire, et qui peut coûter la vie à énormément de soldats en même temps. Tant mieux pour les auteurs : un bateau qui coule, c’est une scène pleine de danger et de suspense…

Troisième effet : un bateau dépend de la météo. C’est principalement le cas pour les anciens navires à voile, pour qui les variations du régime des vents représentent la principale source de mobilité (ou une nuisance, lorsque la mer est plate et qu’ils restent figés sur l’eau). Une tempête peut représenter un danger majeur pour un navire, qui peut déchirer les voiles ou noyer les ponts inférieurs. Un navigateur habile saura tirer parti des conditions météo, afin d’en profiter mieux que ses adversaires. C’est d’ailleurs sur cette tension que se joue la construction dramatique d’une scène de bataille navale.

Un bateau, c’est aussi un lieu spécifique, qui emmène avec lui son équipage. Alors qu’il est envisageable qu’une compagnie de soldats de l’armée de terre se divise en plusieurs sections aux missions différentes, qui s’éloignent les unes des autres pour les accomplir, par définition, un navire ne peut pas se couper en deux : les marins sont tributaires de son destin, ils triomphent et ils coulent avec lui, ils vivent ensemble et ils meurent ensemble. Tout au plus les rescapés d’un naufrage pourront-ils espérer qu’une embarcation de leur camp les repêche pour les sauver de la noyade – et les intègre à son équipage.

Évolution des navires

L’histoire de la guerre maritime reste très marquée par le progrès technologique. Au cours des siècles, il a fait évoluer de manière radicale la conception des bateaux et de leur armement, ainsi que le type d’engagements militaire qui en résulte.

Pendant l’Antiquité, les navires de guerre ont une faible voilure et sont principalement propulsés par des rameurs. On a tous en tête l’image de la trirème, galère de guerre à trois rangs de rames, surmontée d’une ou deux voiles carrées. Inventée par les Grecs, cette embarcation a été reprise sans grandes modifications par les Romains et a dominé toute une ère de la guerre en mer, aux côtés d’embarcations plus modestes comme le birèmes, les triacontères et les pentécontères.

Ces bateaux, il faut se les représenter principalement comme des transports de troupes. La tactique navale de l’époque consiste à faire monter des archers sur le pont et à décocher des flèches contre les navires ennemis, éventuellement des flèches enflammées si les conditions le permettent. Certains bateaux sont équipés de machines de jet comme des catapultes ou des balistes. Mais le gros de l’engagement consiste à se positionner de manière à aborder les embarcations adverses, à débarquer les soldats d’infanterie de marine présents à bord, et à se battre au corps-à-corps jusqu’à ce qu’un des deux bateaux soit pris ou coulé.

L’invention de la voile latine au 9e siècle améliore la mobilité des bateaux. Au cours des siècles qui suivent, les mâts s’allongent et se multiplient, et ils se chargent de voiles de plus en plus nombreuses. Ils deviennent alors de véritables voiliers, plus rapides et plus maniables que les embarcations de l’Antiquité. L’abordage reste pendant longtemps la tactique de combat la plus prisée, mais les meilleures performances des navires permettent aux capitaines les plus compétents d’échapper plus facilement à leurs poursuivants.

La poudre noire et l’invention du canon dotent pour la première fois d’une arme qui leur permet de se frapper à distance avec efficacité. Cela révolutionne les conditions de l’engagement en mer. Un équipage qui souhaite attaquer un bateau ennemi va d’abord chercher à s’en approcher suffisamment pour être à distance de tir : il va alors déployer ses canons, et éventuellement des tireurs équipés de mousquets sur le pont. Si les volées de boulets ne suffisent pas à couler l’embarcation ennemie, l’engagement peut se terminer par un abordage.

La terminologie qui caractérise les navires de guerre de cette ère est complexe, parce qu’elle dépend énormément de l’époque et des pays. En général, on classe les bateaux en fonction du nombre de mats. Aux petites embarcations à un mat, plus adaptées à la pêche qu’à la bataille, on préfère des navires à deux mâts, comme les caravelles, les bricks ou les brigantines, ou des trois mâts comme les corvettes, les frégates, les galions, les clippers ou les caraques. Une bataille navale peut impliquer un grand nombre d’embarcations différentes, certaines énormes, lourdement mâtées et armées de nombreux canons, d’autres plus légères, rapides et maniables, pour donner la chasse à l’ennemi.

On peut citer encore quelques curiosités comme le brûlot, un navire sans équipage, chargé de matières inflammables et de poudre que l’on dirige contre un navire ennemi pour le faire exploser, la preuve que la stratégie navale de l’époque n’était pas figée.

Si vous ambitionnez de décrire des engagements nautiques de ce type, je ne peux que vous suggérer de vous documenter sur l’évolution des embarcations et sur leur nomenclature, ainsi que sur l’organisation à bord, autant de sujets qui dépassent le cadre de ce billet et qui pourraient tous faire l’objet d’articles séparés. Écrire la guerre, c’est aussi chercher à savoir comment elle se déroule, quel est le rôle de chacun, et donc, en ce qui concerne les navires à voile, faire la différence entre un capitaine et un quartier-maître, un bosco et un gabier.

À noter aussi qu’une partie de la littérature de fantasy, parce que c’est cool, décrit les batailles terrestres en prenant pour modèle les engagements du Moyen-Âge, et les batailles navales comme si elles avaient lieu au 18e siècle, dans le sillage des films de pirates. Il n’y a pas de mal à ça, mais si vous êtes tentés de suivre cette tendance, pensez à toutes les implications : s’il y a des canons sur les bateaux, il y en a aussi sur le champ de bataille.

De nos jours

Aujourd’hui les navires de guerre se sont modernisés et sont équipés de dispositifs de détection et de différents types d’armes qui permettent à la fois d’attaquer les navires ennemis à distance, mais aussi de frapper d’autres types de cibles : objectifs à terre, interceptions de missiles, drones ou avions, sous-marins.

La terminologie reste complexe et elle diffère selon les pays, mais dans les grandes lignes, on appelle croiseur les plus grands bâtiments de combat qui sont dotés des systèmes d’armement qui leur permettent d’intervenir dans tous les types d’engagements et contre tous les types de cibles. Un destroyer est un navire de taille plus modeste, destiné à défendre un groupe de bateaux ou de s’attaquer à des embarcations adverses au niveau de défense moyen. Certains sont spécialisés dans la chasse aux sous-marins. Une frégate est plus légère, plus rapide et plus faiblement armée qu’un destroyer, est principalement utilisée pour des missions d’escorte ou de protection, et constitue le gros d’une flotte moderne. Une corvette est un navire de guerre de plus faible tonnage qu’une frégate, destiné principalement à des missions de protection côtière ou d’éclairage.

Cette liste ne serait pas complète sans mentionner le porte-avions, base aérienne mobile lourdement armée, qui constitue la principale arme de suprématie maritime des puissances modernes, dotée d’une importante force de projection, puisqu’elle permet d’exporter la puissance de feu d’une marine militaire jusque sur les côtes ennemies, de l’autre côté du globe si nécessaire.

Enfin, citons les sous-marins, d’abord utilisés pour des missions de sabotage, de reconnaissance ou d’espionnage, puis de lutte anti-marine, et qui ont évolué au fur et à mesure pour devenir, pour les plus grands d’entre eux, des navires à propulsion nucléaire, capables de tirer des missiles à longue portée contre les cibles ennemies.

L’équipage

Ce qui caractérise les marins engagés dans un conflit, par opposition aux soldats de l’armée de terre, c’est qu’ils forment un équipage, un ensemble de professionnels engagés pour toute la durée d’une mission en mer à un bâtiment de guerre spécifique.

Sur un navire militaire, on retrouve de nombreux corps de métiers, qui collaborent professionnellement et qui vivent ensemble. C’est le cas des anciens galions, où les matelots vivent entassés dans la cale, les uns sur les autres dans la promiscuité et dans des conditions d’hygiène déplorable. Il s’agit d’une atmosphère qui peut être difficile à vivre et qui engendre des conflits et des réactions volatiles de la part de celles et ceux qui supportent mal cette ambiance. N’importe quel auteur reconnaîtra là une belle source de conflit et donc d’histoires à raconter.

Dans un navire moderne, l’espace est moins exigu, mais il n’en reste pas moins que les mêmes personnes vivent dans un espace clos pendant une longue période et dans un contexte stressant, ce qui réclame là aussi une certaine abnégation et peut générer des frictions. Les permissions à terre sont cruciales pour réduire la pression, et lorsqu’elles s’espacent, le niveau d’agressivité monte.

Le phénomène est encore accentué par le fait que sur un grand bâtiment de mer moderne, des corps de métier très différents sont forcés de cohabiter. On croisera, sur un croiseur, des artilleurs, des officiers d’intendance, des spécialistes des transmissions, des météorologues, des fusiliers marins, des pilotes d’hélicoptère, des ingénieurs nucléaires, des cuisiniers, des timoniers, bref, des gens qui viennent d’horizons très différents, qui ont des responsabilités différentes, un quotidien différent, et qui ne se comprennent pas nécessairement les uns les autres. Une des délicates missions des officiers consiste à faire en sorte que toute cette foule bigarrée parvienne à se comporter comme un équipage, serein et efficace. Ce n’est pas une mince affaire.

C’est dans ce contexte que vont s’inscrire vos personnages de marins : un monde où chacun dépend de l’effort collectif, et où la négligence d’un seul rouage de cette machine bien huilée peut mener à une erreur fatale. Dans le chaos d’une bataille, en particulier si la situation devient catastrophique, un individu peut être amené à assumer des responsabilités qui ne sont pas les siennes et à aller au-delà de sa spécialité initiale, pour sauver la situation de tout le monde.

Mer-terre

Une flotte n’est pas seulement une force d’interception de la puissance navale ennemie, elle peut aussi intervenir dans d’autres circonstances. En d’autres termes : les bateaux, ça ne sert pas qu’à la bataille navale. Depuis l’invention du canon, les navires de guerre peuvent aussi tirer sur des cibles à terre, ce qui augmente sensiblement leur importance stratégique.

Une armée peut donc encercler un port ennemi, pendant que sa marine le pilonne à distance en feu croisé. Un navire bien armé ou une flottille bien placée peut également imposer un blocus dans un port, menaçant de couler tous les navires qui le quittent ou s’en approchent. De nos jours, grâce à l’armement moderne, un bateau de guerre peut même tirer des missiles ou des drones et frapper des cibles à terre, à bonne distance des côtes. Si votre histoire se passe sur un bateau de guerre, gardez à l’esprit ces options, qui vous permettent de varier les scénarios et les possibilités dramatiques.

Mer-air

Depuis le milieu du vingtième siècle, les navires sont armés de différents dispositifs mer-air, capables d’intercepter et d’abattre les avions et les missiles ennemis. Depuis l’entrée en scène du porte-avion, la marine s’est transformée en une base aérienne mobile, capable de faire décoller des chasseurs, de patrouiller dans un secteur et d’engager tous les appareils ennemis passant à portée. D’un point de vue littéraire, inclure ce type d’élément ajoute à une bataille navale une troisième dimension ainsi qu’un sentiment d’immédiateté qui peut augmenter la tension de ce type de scène.

Variantes

De la même manière qu’il est possible de mettre en scène sur les pages une infinité de combinaisons possibles de troupes et de machines de guerre, tant que leurs rôles tactiques restent reconnaissables, il en va de même pour les navires de guerre. Si vous êtes auteur de littératures de l’imaginaire et que vous souhaitez mettre en scène les forces navales d’une espèce extraterrestre ou d’une nation magique, pourquoi ne pas laisser de côté les voiles et les moteurs et offrir au lecteur quelque chose de réellement unique ?

Et si la flotte adverse était constituée de conques, de coquillages et de crustacés géants, flottant sur l’eau et protégés par leurs carapaces épaisses ? Et si, animés par les fantômes des naufragés, les déchets de l’océan s’aggloméraient et constituaient des nefs démoniaques ? Et si les peuples des profondeurs remontaient à la surface et tentaient de conquérir les mers, montés sur des monstres des mers géants ?

Même en vous éloignant des rôles traditionnels d’une marine de guerre, il existe des potentialités intéressantes. Mettre en scène, par exemple, l’affrontement entre un navire de guerre du 18e siècle et une espèce d’insectes ravageurs qui flottent sur l’eau et se propulsent dans l’air, dévorant gréements et coques en bois, a de quoi engendrer une scène mémorable.

L’eau

Alors que le terrain où se joue une bataille terrestre joue un rôle crucial, en créant des difficultés ou des opportunités stratégiques, c’est un peu moins le cas quand on parle des batailles navales, dans la mesure où la mer, en général, c’est plat, ou à peu près plat.

Il y a malgré tout des facteurs à considérer, qui peuvent jouer un peu le même rôle que le terrain dans un conflit à terre. Pour commencer, il y a la découpe des côtes, à supposer que l’engagement naval se situe à proximité d’une terre émergée. Elle exerce une influence sur certains aspects de la bataille. Par exemple, une île ou une langue de terre peuvent permettre de dissimuler une flotte (ou des renforts) à l’ennemi. En préparant les choses soigneusement, un amiral peut s’arranger pour prendre l’adversaire par surprise, en ne révélant sa présence qu’au dernier moment. Se trouver à proximité de la berge, ça peut également permettre de bénéficier de l’assistance de canonnières ou d’autres types d’armement disposés sur la terre ferme.

La présence de la terre modifie le régime des vents. Un navigateur expérimenté saura en jouer pour couper au moment opportun la vitesse de ses poursuivants. S’approcher des côtes, c’est également prendre le risque de se retrouver dans des hauts-fonds, et donc de terminer ensablé, pris au piège.

Il y a d’autres éléments présents en mer qui peuvent venir semer le chaos dans un engagement naval. Les navigateurs de la Renaissance étaient terrorisés par les sargasses, des algues flottantes qui pouvaient s’accrocher au gouvernail et compliquer la navigation d’un bateau. Une remontée de gaz explosif venu des profondeurs peut faire chavirer un navire, voire même en projeter l’équipage par-dessus bord. Et il n’y a pas besoin de revenir sur l’histoire du Titanic pour comprendre que la présence d’un iceberg sur la trajectoire d’un navire peut avoir des conséquences dramatiques.

Naturellement, les littératures de l’imaginaire ouvrent des perspectives encore plus larges, et un auteur facétieux n’hésitera pas à épicer ses scènes de batailles navales d’imprévus hauts en couleur, comme la présence de krakens dans l’eau, bien décidés à faire chavirer les navires, la mer qui se transforme soudain en sang caillé ou la présence de champs d’algues explosives en surface.

La météo

À l’inverse, la météo a beaucoup plus d’impact sur le déroulement d’une bataille navale que sur celui d’une bataille terrestre : un grain soudain, un vent trop puissant, une mer tumultueuses ont le potentiel de complètement désorganiser une flotte. C’est particulièrement le cas à l’âge de la navigation à voile, mais même un bateau à moteur a du mal à garder le cap au milieu de vagues de six mètres de haut.

Le calme plat, par contre, est spécifiquement un cauchemar pour la marine à voile. S’il n’y a pas de vent du tout, les navires sont paralysés, et si ça arrive pendant une bataille, cela crée un moment de stress où chaque camp est obligé de se préparer fébrilement afin d’être prêt au moment où le vent se mettra à souffler à nouveau.

La visibilité est également très variable en mer. Alors que l’air est limpide le matin, il peut se charger de brume en cours de journée et l’île qui était parfaitement visible à l’horizon est soudain introuvable.

⏩ La semaine prochaine: La bataille aérienne

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