Critique: La Cité des Abysses

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Sur la planète Thétys, la jeune Istalle a échappé de justesse à un cataclysme qui a ravagé la cité sous-marine où elle vivait avec sa famille. Tout le monde s’accorde à penser que c’est son père qui est le responsable du drame. Une fois devenue adulte, Istalle revient sur les lieux, bien décidée à laver l’honneur de sa famille. Et si les fascinants dauphins d’Ekysse, ces créatures mystérieuses, détenaient certaines des clés du mystère?

Titre : Le Cycle d’Ekysse – La Cité des Abysses

Auteure : Ariane Bricard

Éditeur : Editions Le Héron d’Argent (ebook)

Des secrets se cachent sous la surface: celle de l’océan, celle des souvenirs, celle des sentiments…

Au carrefour de plusieurs genres, La Cité des Abysses et d’abord un roman de science-fiction. Sur ce plan, il rappelle les plumes classiques, entre Vance et Van Vogt, qui avaient coutume de nous emmener à la découverte de planètes lointaines. Comme eux, l’auteure sait évoquer le dépaysement des astres inconnus et le frémissement des pionniers. On se plaît à découvrir aux côtés des personnages ce monde neuf et bien dessiné: la faune, la flore, et même les phénomènes météo, tout sur Thétys est pensé par l’auteur, tant et si bien qu’on a l’impression de s’immerger dans un environnement bien réel.

Le livre est aussi un thriller, puisqu’il est structuré comme une enquête. Qui est vraiment responsable d’une catastrophe qui a endeuillé Thétys? C’est la question que cherche à élucider Istalle. Ses investigations génèrent du suspense et tiennent le lecteur en haleine, même si la nature mélancolique du personnage baigne le récit dans une certaine langueur: la jeune femme souhaite-t-elle vraiment obtenir les réponses qu’elle dit rechercher? En proie à une crise existentielle, elle déploie autant d’efforts à enquêter qu’à s’interdire de le faire.

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Au cœur du récit se cache encore un autre genre: la romance. Notre héroïne se retrouve entre un amour qui s’en va et un amour qui vient. Tout cela est décrit avec délicatesse et cette histoire ne submerge jamais le récit, mais au contraire, sert les enjeux du roman et contribue à donner de l’épaisseur aux personnages.

Le style de l’auteure est fluide, élégant, ponctué de dialogues nombreux et dynamiques, avec un goût du mot juste et des descriptions vivantes. On se prend au jeu et on tourne les pages en ayant très envie de découvrir la suite.

Au chapitre des points faibles, on peut citer quelques personnages secondaires vite esquissés qui ne servent pas vraiment l’intrigue. Au début du roman, quelques dialogues d’exposition ne sont pas toujours convaincants. Rien de tout cela, cependant, n’entame le plaisir du lecteur.

Bénéficiant, dans sa version papier, d’un superbe travail d’édition, La Cité des Abysses est un roman prenant et original, dont les dernières pages ouvrent de nouvelles portes qui donnent envie de découvrir la suite.

✋ Disculpeur: je suis édité auprès de la même maison d’édition que l’auteure.

Et si on se voyait?

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Depuis que j’ai lancé ce blog, mon actualité promotionnelle est plutôt calme, mais ça va changer, donc pour celles et ceux que ça intéresse, je publierai de temps en temps des nouvelles de mes présences sur les salons.
Je serai présent au salon Livre Paris, le samedi 17 toute la journée et le matin du dimanche 18 sur le stand des Editions le Héron d’Argent. Comme ça, s’il vous venait une folle envie de #payetonauteur, vous pourriez vous offrir « La Ville des Mystères » (et moi en échange je vous ferais une dédicace).
 
À bientôt! 😉

Le protagoniste

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Vous allez dire que je radote. C’est vrai, j’ai déjà eu l’occasion de détailler un certain nombre de principes destinés à caractériser les personnages principaux d’un roman et les distinguer des personnages secondaires. Ici, j’aimerais encore prendre le temps de m’attarder quelques temps sur le rôle spécifique du protagoniste.

C’est au poète grec Thespis que l’on doit l’invention du protagoniste. Dans son œuvre comme dans le théâtre grec antique qui a suivi, « protagoniste » était tout simplement le nom que l’on donnait à un acteur qui évoluait en-dehors du chœur et entrait en dialogue avec celui-ci, incarnant généralement un ou plusieurs des personnages centraux de la tragédie. Ah, sacrés Grecs.

Beaucoup de choses ont changé depuis cette époque, mais une idée reste centrale : le protagoniste, c’est celle ou celui qui se détache de la masse, dont on perçoit la voix singulière au milieu du vacarme ambiant. Le protagoniste, c’est donc devenu le personnage principal d’une œuvre. Un rôle central qui se manifeste de différentes manières.

Le moteur de l’intrigue

Un protagoniste est, de tous les personnages d’un roman, celui qui est le plus étroitement lié à son intrigue. C’est de lui que l’on raconte l’histoire, c’est lui qui en fournit l’impulsion, qui est le premier concerné par les remous du roman, qui prend toutes les décisions majeures qui influencent le cours de l’histoire.

Le protagoniste donne à l’intrigue sa direction. C’est lui dont les choix et les actes changent la tournure des événements. D’une certaine manière, on peut dire que le protagoniste est une machine à générer l’histoire au cœur de laquelle il se situe. Sans lui, dispersée entre de multiples personnages, le roman risquerait de devenir une expérience chorale et sans forme, dont aucune figure centrale ne se détacherait pour donner de la cohérence à l’ensemble. Un protagoniste, ça n’est rien d’autre que l’outil avec lequel l’auteur donne sa forme au narratif.

Il est possible d’opter pour un protagoniste qui n’est pas le moteur de l’intrigue, une figure centrale ballottée par des événements qui ne dépendent pas d’elle, comme un bouchon de liège au milieu d’un océan déchaîné, mais il est très difficile de réussir à rédiger un roman captivant en choisissant cette option : le risque est que le lecteur se demande pourquoi on suit les aventures de cette figure passive qui ne fait que subir les événements, plutôt que celles des personnages qui prennent réellement les décisions.

L’incarnation des thèmes

Même si les thèmes sont des éléments qui nourrissent toute une œuvre et guident les choix de l’auteur dans leur ensemble, c’est à travers le protagoniste que ceux-ci s’illustrent le plus visiblement.

Bien souvent, c’est lui qui les incarne le plus directement et le plus littéralement, étant entendu qu’un livre qui traite de la mortalité mettra généralement en scène un protagoniste qui est confronté à la mort, qu’un livre dont le thème central est la solitude comportera vraisemblablement un protagoniste qui en souffre et qu’un livre qui tourne autour de l’idée de l’avarice va nous présenter un personnage avare ou qui subit les conséquences des actes d’individus âpres au gain.

En fait, un auteur qui souhaite accorder toute l’attention qu’ils méritent aux thèmes de son roman pourra difficilement faire l’impasse sur la réflexion qui consiste à se demander quel impact ceux-ci ont sur le protagoniste et de quelle manière celui-ci peut aider à mettre en lumière les thèmes du livre. Sans cette approche, si, pour une raison ou pour une autre, le protagoniste est laissé de côté de la réflexion thématique du roman, celle-ci risque d’être incomplète ou peu convaincante.

À l’inverse, si les principaux thèmes d’un livre sont exprimés à travers le cheminement du protagoniste, ils gagneront en clarté et en visibilité et le travail thématique du romancier sera, sinon complet, en tout cas bien avancé.

Les yeux du lecteur

On a eu l’occasion d’en parler : il y a de nombreuses manières de raconter une histoire et la fonction de narration n’est pas toujours couplée avec le personnage principal d’une œuvre. Malgré tout, quel que soit la façon dont les événements sont rapportés, le protagoniste reste le principal compagnon de voyage du lecteur : c’est à ses côtés que celui-ci découvrira l’univers de l’œuvre, à travers lui qu’il traversera toutes sortes d’émotions, ce sont ses interrogations qu’il partagera et c’est de lui que va dépendre une bonne partie l’attachement que le lectorat peut avoir vis-à-vis d’une œuvre.

On le répète : il n’est pas indispensable que le personnage principal d’un livre soit sympathique. Mais dans la mesure où lecteur et protagoniste vont passer pas mal de temps ensemble, l’auteur serait bien avisé de faire en sorte que l’on ait au moins une bonne raison de vouloir suivre les aventures d’un tel individu : parce qu’il est attachant, parce qu’il est intéressant, parce qu’il est imprévisible, etc…

Un livre peut être aussi bien écrit que l’on veut, si le lecteur est rebuté par le protagoniste, s’il le trouve fade, horripilant ou mal choisi, il aura envie de le refermer avant de l’avoir terminé et de passer à autre chose. Confession personnelle : à en croire certaines critiques, plusieurs lecteurs de mon roman « La Ville des Mystères » n’ont pas apprécié que son héroïne adolescente tombe amoureuse d’un inconnu au premier regard. Désapprouvant cette attitude, ils n’ont pas cru au personnage, ni, dès lors, au livre. Il n’est bien sûr pas possible de concevoir un personnage qui plaise à tout le monde, mais ce serait une erreur de négliger cette dimension.

Le miroir des personnages

Dans un roman où un personnage central se détache en tant que protagoniste, celui-ci va occuper la place centrale du réseau de liens qui se tisse entre tous les personnages. C’est à travers son regard, par le biais des relations qu’ils entretiendront avec lui que les autres personnages de l’histoire vont se révéler et prendre leur pleine dimension.

À moins de bâtir un roman choral, où chaque personnage jouit de la même importance et où aucun d’entre eux n’occupe le devant de la scène, les relations entre le protagoniste et les autres personnages sont les seules qui comptent vraiment. À moins qu’elles servent à les définir (comme dans le cas de jeunes mariés), les relations qu’entretiennent les personnages secondaires entre eux sont tangentielles, voire anecdotiques, et risquent d’alourdir le récit et de plonger le lecteur dans la confusion.

Dans la plupart des cas, le romancier aura donc avantage à utiliser le protagoniste comme un révélateur des autres personnages, et à s’arranger pour qu’il soit impliqué dans toutes les relations les plus significatives de l’histoire.

L’adversaire de l’antagoniste

Dans un roman qui possède un antagoniste, celui-ci sera automatiquement lié de près au protagoniste. Un prochain billet détaillera ce rôle. Rôh mais le suspense est insoutenable.

Se tromper de protagoniste

À la lecture de ces conseils, il se peut que vous ressentiez une gêne, en réalisant que le protagoniste de votre projet de roman n’a rien en commun avec le rôle que je décris ici : ce n’est pas lui qui fait avancer l’intrigue, les thèmes principaux du roman sont illustrés par d’autres personnages, tout dans sa manière d’agir est hostile au lecteur et les relations qu’il tisse n’ont rien de significatif.

Si vous vous retrouvez dans cette situation, il y a plusieurs explications possibles : peut-être que c’est parce que je fais fausse route dans mes conseils, peut-être que votre idée est tellement originale qu’elle s’affranchit des conventions, mais il est également possible que vous vous soyez trompé de protagoniste. Celle ou celui dont vous pensiez qu’on racontait l’histoire ? En réalité, ce n’est qu’un personnage secondaire.

Il n’y a pas de mal à réaliser que le véritable protagoniste de « Don Quichotte » est son écuyer Sancho Panza : cela permet d’adapter l’approche que l’on a d’un roman et de tout modifier en fonction de cette prise de conscience. En prenant conscience que l’on s’est trompé de protagoniste, toutes sortes d’éléments problématiques d’un texte deviennent clairs, les blocages se défont d’eux-mêmes. Reste à l’auteur à réécrire certaines scènes et à procéder à quelques adaptations pour que cette bascule d’un protagoniste vers un autre soit une réussite.

📖 La semaine prochaine: l’antagoniste

Personnages: les outils

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Dans cette série consacrée à l’exploration de la fonction des personnages en fiction, après avoir passé en revue certaines règles et certains conseils, il est temps de s’attarder sur un certain nombre d’outils que le romancier a à sa disposition pour donner forme à ses personnages de manière pratique et convaincante.

Les fiches

Pour s’y repérer, et en particulier dans un gros roman où il y a énormément de personnages importants, il peut être pratique de doter chacun d’eux d’une fiche qui contient toutes les informations pratiques à son sujet et qui peut servir de référence tout au long de la rédaction du livre. Certains romanciers considèrent qu’il s’agit d’un passage obligé, le complément naturel au plan du roman, qui est, à leurs yeux, tout aussi essentiel que celui-ci. Au fond, quelle que soit l’importance qu’on leur donne, les fiches ne sont qu’un outil pour organiser vos pensées au sujet de vos personnages.

Comme le plan, il existe d’innombrables manières de créer une fiche de personnage. À chacun de trouver l’approche qui lui convient le mieux. Une bonne manière d’aborder la question, c’est de commencer comme s’il s’agissait d’un formulaire administratif, avec les données de base : noms, surnoms, âge, nationalité, lieu d’origine et de résidence, profession, liens familiaux, etc… Ensuite, vous pouvez consacrer une section à la description physique, en mentionnant autant de détails que ça vous paraît nécessaire : taille, poids, apparence, origine ethnique, mais aussi accent, gestuelle, style vestimentaire, etc… De la même manière, vous pouvez décrire un personnage du point de vue mental et intellectuel : niveau d’intelligence, éducation, force de volonté et de concentration, maladies et troubles mentaux, capacité d’apprentissage, etc… Une section peut être consacrée à la description émotionnelle : forces et faiblesses, introverti(e)/extraverti(e), comment le personnage réagit à la tentation, à la tristesse, au conflit, au changement ? Qu’est-ce qui lui fait peur ? Qu’est-ce qui lui fait envie ? Quelles sont ses croyances, sa spiritualité ? Enfin, décrivez l’arc narratif du personnage, la manière dont il évolue au cours de l’histoire et ses relations-clé avec d’autres figures marquantes du roman.

La fiche de personnage est une affaire de dosage. Certains auteurs aiment tout savoir des individus qui traversent leurs romans, et rédigent des fiches longues et complètes. D’autres zappent complètement cette étape. Cela dit, ne perdez pas de vue qu’il s’agit d’un document de travail, qui doit présenter une dimension pratique : dans ces conditions, connaître la taille de chaque personnage au centimètre près et détailler le cursus scolaire de tout le monde risque de vous encombrer plutôt que de vous aider.

Les questionnaires

En complément ou à la place de tout ou partie de la fiche de personnage, vous pouvez choisir de remplir un questionnaire pour chacun des personnages importants de votre roman.

Pour que ça soit efficace et que cela permette de les comparer et de les contraster les uns aux autres, il convient d’utiliser les mêmes questions pour chacun d’entre eux. Par contre, le choix des questions vous appartient et dépend de vos priorités. Vous pouvez y répondre en adoptant un point de vue extérieur (« Samantha pense que la vie est une série de rencontres ») ou comme si le personnage lui-même répondait aux questions (« J’ai toujours vu la vie comme une série de rencontres »)

En comparaison avec la fiche, le questionnaire se veut moins une référence qu’un outil de développement. En répondant aux questions, vous pourrez « tester » le personnage, le situer par rapport à certains dilemmes moraux et existentiels, voir, en somme, de quelle étoffe il est fait.

Ainsi, je suggère de prévoir une série de questions très ouvertes, d’ordre psychologique ou social, destinées à en révéler autant que possible sur la nature profonde d’un être. En voici une petite sélection, mais sentez-vous libres bien entendu de partir dans une direction complètement différente : « Qu’est-ce qui fait que vous accordez votre confiance à quelqu’un ? », « Quelle est votre définition de l’honneur ? », « Êtes-vous capable de pardonner ? », « Que seriez-vous prêt à sacrifier par amour ? » ou encore « Quelle est la chose la plus précieuse que vous possédez ? »

En établissant une grille de questions dans ce genre-là, avant d’entamer la rédaction du roman, cela devrait vous permettre d’explorer un peu la psyché des personnages et de tenter de comprendre de l’intérieur comment ils réagissent aux situations de conflit : en procédant de la sorte, on peut leur donner de la cohérence et de l’épaisseur.

Les questionnaires n’ont pas beaucoup d’intérêt en tant que référence à suivre lors de l’écriture, mais c’est un outil exploratoire qui peut générer des idées et vous aider à développer vos personnages, les arrimer au thème de votre roman et les contraster les uns avec les autres.

Dix choses

Une technique qui donne un peu les mêmes résultats que celle des questionnaires, même si elle fonctionne d’une manière très différente, c’est celle qui consiste à établir une liste de dix choses, informations, anecdotes, révélations au sujet de chacun de vos personnages importants, mais attention : rien de tout cela ne sera mentionné, même de manière oblique, dans le texte proprement dit.

Cynthia ne sait pas bien lire l’heure sur une montre à aiguilles. Quand elle était adolescente, elle faisait semblant de lire le journal parce qu’elle pensait que ça lui donnait l’air intelligent. Son beau-père a tué son chien quand elle était petite. La première fois qu’elle s’est rendue à un entretien d’embauche, elle avait oublié ses chaussures et portait des pantoufles. Elle a vu le film « Full Metal Jacket » à quarante-deux reprises. Lorsqu’il neige en hiver pour la première fois, elle a l’habitude de faire un vœu. Elle a une cicatrice sur la jambe causée par un accident de VTT. Elle a passé un an en couple avec un garçon qui la rabaissait constamment. Elle rêve de devenir végétarienne mais n’y arrive pas. Elle aurait toujours voulu avoir un deuxième prénom.

À quoi est-ce que ça peut servir de garnir ainsi la vie de vos personnages de détails qui ne seront jamais utilisés ? Ça va vous être utile à vous, l’auteur.

Pour commencer, cela vous apprend à mieux connaître vos personnages et à les considérer comme des individus pleinement réalisés, qui ont une existence, même fictive, en-dehors de l’intrigue de votre roman. Cela vous habitue à entrer dans la peau de ces personnages et à tenter de découvrir ce qui les fait réagir, ce qui les touche et ce qu’ils ont traversé.

Par ailleurs, il s’agit d’un processus créatif qui, paradoxalement, peut vous révéler des aspects qui vont vous surprendre vous-mêmes et qui vont vous amener à développer leur rôle dans des directions inattendues. Enfin, même si ça n’est pas évident de prime abord, procéder de la sorte aide à renforcer la crédibilité de vos personnages, puisque lorsque vous les utiliserez, vous aurez dans un coin de votre tête toute une foule d’informations qui les humanisent.

Les nuages de qualificatifs

Cet outil-ci est un peu différent : il vous permet de mieux définir un personnage, oui, mais il vous fournit également une aide pour l’écriture du roman proprement dit. Il consiste, pour chaque personnage que vous jugez important, à constituer une liste d’adverbes et d’adjectifs que vous allez utiliser pour le décrire : un nuage de qualificatifs.

En se préparant de la sorte, vous allez fourbir les armes qui vont vous permettre, à travers les mots que vous utilisez, de caractériser un personnage et de lui donne de la cohérence sur toute la longueur du roman. Chacune des figures centrales de votre histoire se verra ainsi rattachée à un champ lexical, une famille de mots qui contribuera à lui donner une tonalité propre.

Dans le roman contemporain, on consacre moins de temps qu’autrefois à décrire précisément les personnages, leur apparence et leurs habitudes. On préfère généralement laisser leurs actes les définir, et il est tout à fait possible d’écrire tout un bouquin sans mentionner la couleur des cheveux du protagoniste. Dans ces conditions, établir un nuage de qualificatifs qui lui sont rattachés permet de renforcer la typologie d’un personnage sans tomber dans le piège des descriptions minutieuses et barbantes.

Pour créer un nuage de qualificatifs, pensez aux mots dont vous aurez besoin pour décrire l’attitude de votre personnage, son langage corporel, sa voix, ses gestes, son regard. Se comporte-t-il avec calme ou de manière frénétique ? Sa gestuelle rappelle-t-elle celle d’un clown, d’un mannequin, d’un crapaud ? Sa personnalité est-elle comparable à un bolide, un train régional, un avion ? À titre d’exemple, j’inclus ici le nuage de qualificatifs que j’ai établi pour S, la Chevalière Luminar, un des personnages de mon roman « Merveilles du Monde Hurlant » :

Puissante, digne, fière, dure, féline, léonine, guerrière, disciplinée, honnête, sincère, vigoureuse, robuste, aguerrie, intègre, ferme, solide, sévère, amazone, militaire, chevaleresque, franche, sérieuse, droite, loyale, décidée, inflexible, empathique, vraie, fiable, loyale, décidée, furieuse, rugissante, noble, intransigeante, fermée, froide, hautaine, redoutable, brusque

Les collages

Si votre imaginaire est tourné vers le visuel, il y a un outil dont vous pouvez vous servir et qui servira à la fois à vous inspirer et à ancrer vos personnages dans leur identité propre : les collages.

L’idée est de constituer une image composée de différentes photos, dessins et autres sources iconographiques qui constituent vos principales sources d’inspiration pour l’un de vos personnages. Le collage vous servira ensuite de générateur d’idée, mais aussi de référence pour conserver une ligne esthétique propre au personnage en question. Libre à vous de procéder de la sorte pour un seul de vos personnages, tous les personnages principaux, voire même absolument tous les personnages du roman (même si ce dernier cas me paraît un peu excessif : ne feriez-vous pas mieux d’écrire ? Hmmm ?)

Vous imaginez le flic de votre roman policier comme un mélange entre Vincent Cassel et Colin Farrel ? Mettez des photos de ces deux acteurs. L’atmosphère qui se dégage d’un tableau d’Edward Hopper se rapproche d’une des scènes-clé qui implique ce personnage ? Ajoutez-en une image à votre collage. Le dilemme auquel il fait face dans l’histoire le rapproche d’une figure historique ou d’un personnage de fiction ? Là aussi, trouvez une illustration qui vous parle et insérez-là dans votre image composite.

Réaliser un collage pour inspirer la création d’un personnage de roman n’est pas une démarche intellectuelle : laissez-vous guider par votre instinct, et ne vous fixez aucune règle. Tout type d’image est le bienvenu. Surtout, soyez attentifs à ce qui se passe en vous pendant que vous collectionnez ces différents éléments : des idées pourraient surgir qui vous seraient utiles par la suite.

Même si, à titre personnel, j’ai constaté que cette approche ne me convient pas trop, je vous propose ci-dessous, à titre d’exemple, un collage réalisé pour Matyas, un des personnages du roman que je suis en train d’écrire :s

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Les diagrammes

Dernier outil dont vous pouvez vous servir, les diagrammes ne servent pas à décrire les personnages eux-mêmes, mais à les situer les uns par rapport aux autres.

Pour procéder, ce n’est pas bien compliqué : inscrivez les noms de vos personnages principaux sur une feuille (réelle ou virtuelle), et tracez entre eux des flèches qui correspondent à la nature de leurs relations. Je suggère d’utiliser un code couleur, pour, en fonction de vos besoins, traduire l’intensité de leur relation (de l’amour à la haine), le degré de confiance ou, par exemple, les liens familiaux ou professionnels. Vous pouvez également rajouter un mot (ou plusieurs) au-dessus de la flèche pour préciser la nature de la relation (« mépris », « intrigué », « ne sait pas sur quel pied danser ») Si les gens vous prennent pour un fou, persévérez: ils sont jaloux.

Rien n’empêche de tracer ainsi plusieurs diagrammes, chacun correspondant à un type de relation différent, en fonction de vos besoins. Vous pourrez ainsi détailler les affinités affectives entre vos personnages sur une première feuille, et leurs relations hiérarchiques sur une autre, par exemple. Je suggère également de prévoir un diagramme montrant les relations entre les personnages au début du roman, et un second à la fin, pour retracer l’évolution qui doit intervenir au cours de l’histoire.

Ici, je parle principalement de personnages, mais il peut être utile d’ajouter au diagramme des groupes ou institutions qui jouent un rôle dans l’intrigue, et avec qui les personnages peuvent également tisser des liens (« les yakuzas », « les croisé », « le FBI », « le parti socialiste », etc…)

📖 La semaine prochaine: Personnages – le protagoniste

Personnages: quelques astuces

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Dans les billets précédents, j’ai eu l’occasion de distiller pas mal de conseils en tous genres sur les personnages principaux et les personnages secondaires. Dans ce domaine, le champ des possibles reste malgré tout très vaste, et il y a énormément de conseils, de considérations et d’astuces sur lesquels j’ai encore envie d’insister. Je vous les livre en vrac, servez-vous, faites-en ce qui vous paraît juste ou amusant.

Les personnages ne sont pas nos enfants

Parfois, quand on écrit de la fiction, une petite phrase, une maxime, un principe, si on le garde à l’esprit, peut orienter durablement notre plume et la guider vers de meilleurs résultats. « Les personnages ne sont pas nos enfants » en fait partie.

Les écrivains passent énormément de temps à imaginer, échafauder, planifier et finalement, rédiger. À force, ils finissent par s’attacher à leurs personnages, les ayant accompagnés pendant toute leur gestation, les ayant modelés, ayant consacré beaucoup d’efforts à leur élaboration, leur ayant conféré une grande part d’eux-mêmes. Pourtant, ce lien d’affection entre le créateur et la création, il faut le rompre.

Un des boulots d’un auteur, c’est de faire vivre des choses intéressantes à ses personnages. « Intéressantes », c’est une autre manière de dire « pénible » : des aventures, des sacrifices, des dilemmes, des remises en question. Toutes ces choses terribles, c’est exactement ce que nous souhaitons épargner à celles et ceux qui nous sont chers. Dès lors, à trop s’attacher à nos personnages, on risque de vouloir leur éviter toute cette souffrance et de leur rendre la vie facile.

Ça serait une grave erreur : les épreuves qu’ils traversent sont la substance du livre. À vouloir préserver les personnages, même inconsciemment, un auteur risque de sacrifier les intérêts de ceux qu’il devrait toujours garder à l’esprit : les lecteurs.

Les personnages ont droit à l’erreur

On l’a vu dans un billet précédent : un personnage principal ne doit pas nécessairement être sympathique. Les lecteurs savent se montrer compréhensifs vis-à-vis des failles morales d’un protagoniste, pour peu que celui-ci reste compréhensible. Curieusement, il est plus difficile de faire accepter un personnage principal faillible, qui commet des erreurs de jugement ou qui agit sans réfléchir. De nombreux lecteurs ont du mal à accepter ça, partant du principe que si eux, confortablement installés dans leur canapé, parviennent à flairer le mauvais coup, le personnage en question, en pleine action, devrait y arriver aussi.

Malgré tout, un auteur doit s’autoriser à mettre en scène des personnages qui se trompent. Déjà parce que c’est réaliste : la vie humaine est une longue série de faux pas. Mais aussi parce que cela génère de la tension dramatique : un protagoniste qui commet des erreurs finira par en payer le prix et par être hanté par elles, en n’ayant que lui-même à blâmer – une situation riche en potentiel romanesque.

Pour faire passer la pilule auprès des lecteurs les plus circonspects, faites-vous l’écho de leurs doutes : le personnage lui-même peut se demander s’il prend la bonne décision, ou alors son entourage peut ouvertement le critiquer pour son manque de discernement. De cette manière, les lecteurs qui n’aiment pas trop quand les personnages se fourvoient pourront se raccrocher à quelque chose et continuer leur lecture.

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Les lecteurs sont attirés par les personnages qui leur ressemblent

C’est un principe qu’il vaut mieux garder à l’esprit quand on écrit : les lecteurs ont envie de lire les aventures de gens qui leur ressemblent. C’est en tout cas le cas de la plupart d’entre eux. C’est même l’attente implicite : les livres qui racontent des histoires de femmes sont destinés à des lectrices, les romans dont les héros sont des adolescents sont faits pour être lus par des adolescents, les bouquins qui parlent du troisième âge sont réservés aux personnes âgées. Si votre personnage principal est une adolescente, certains lecteurs ne vont pas s’y intéresser parce qu’ils ne sont pas eux-mêmes des adolescentes (croyez-moi).

Ce principe est le fruit de la volonté de nombreux lecteurs de voir la littérature refléter leurs propres préoccupations, c’est donc une réalité que l’on ne peut pas se contenter d’ignorer. Par contre, il serait regrettable de tomber dans une littérature-selfie, où les personnages de romans sont des copies conformes de leurs lecteurs. Donc si vous avez envie de choisir comme protagonistes des individus qui ne ressemblent pas à vos lecteurs, sentez-vous libres de vos ambitions, qui sont louables, mais sachez que cela va créer un obstacle supplémentaire dans l’accessibilité de votre texte.

Présenter un personnage deux fois

Voilà une technique toute simple qui fait merveille : lorsque l’on introduit un nouveau personnage dans un livre, en particulier un personnage principal, destiné à être mémorable, cela peut être une très bonne démarche de le présenter deux fois.

Dans une première scène, le personnage apparaît fugitivement avant de disparaître, ou alors il est entouré d’autres personnages et n’a pas d’impact direct sur l’intrigue, ou bien il est simplement mentionné par quelqu’un d’autre, précédé d’une réputation, aperçu de loin, ou toute autre situation où l’on obtient de lui qu’une impression imparfaite. Ensuite, plus loin dans l’histoire, il aura droit à une scène d’introduction en bonne et due forme, où l’on apprendra qui il est et ce qu’il veut.

Le grand avantage de cette démarche, c’est qu’elle crée un mystère autour de ce personnage, qui va dès lors susciter l’intérêt. Le personnage en question n’en sera que plus mémorable, puisqu’il va exister dans l’imagination du lecteur avant d’entrer de plain-pied dans l’intrigue. L’autre aspect séduisant de cette technique, c’est qu’elle permet des jeux de contraste entre la première impression que va donner ce personnage et ce qu’on va apprendre de lui par la suite.

Lier un personnage et un lieu

Une autre astuce simple pour donner un peu de corps à un personnage, c’est de le coupler à un lieu. C’est utile en particulier pour les personnages secondaires, que l’on a forcément moins le temps de découvrir par leurs actes. Enracinez, si c’est possible, un personnage dans un lieu : un garage, une caravane, un manoir, une baraque à frites, peu importe. Cherchez à esquisser ce qui les lie, leur histoire commune, et ce qui fait qu’au fil du temps ils finissent par se ressembler.

En les liant l’un à l’autre, si vous faites preuve d’un peu de doigté, vous réussirez un beau doublé : en décrivant le lieu, vous enrichirez le personnage, et en décrivant le personnage, vous enrichirez le lieu.

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Duos de personnages

Autre possibilité pour enrichir des personnages secondaires : concevoir deux personnages comme un tandem dès le départ. D’une certaine manière, cela revient à créer un double personnage, un tandem qui agit toujours de concert, et qui est rendu mémorable à cause du contraste qui existe entre les deux individus.

Plutôt que d’introduire un enquêteur dans l’histoire, qui vient poser des questions au protagoniste sur une affaire louche dans laquelle il est impliqué, pourquoi ne pas en introduire deux ? Une femme et un homme, un grand et un petit, un bavard et un muet, un sarcastique et un sérieux ?

Il y a un double avantage à opter pour cette approche. Contrairement à un personnage solo, un duo va discuter ouvertement : c’est comme si le lecteur avait accès à son monologue intérieur, et même à ses divergences d’opinion. De plus, même si, dans les faits, le duo agit comme un seul personnage, il existe toujours la possibilité de le scinder plus tard dans l’intrigue et de tenter de voir comment chaque élément du tandem fonctionne indépendamment, ce qui débouche sur une autre dynamique qui peut être intéressante.

Le personnage né pour mourir

Parfois, c’est cruel, mais un personnage va mourir avant même l’écriture du roman. Vous réalisez soudain que vous avez besoin d’une tragédie pour épicer l’intrigue, d’un drame qui va rendre un des tournants de votre roman plus inoubliable ? Tuer un des personnages principaux est une des recettes les plus classiques qui existent. C’est pas sympa mais ça fonctionne.

Cela dit, si ça se trouve, vous avez des projets pour chacun de vos personnages principaux et il vous paraît difficile d’en supprimer un. Si vous en êtes encore à l’étape de la préparation du plan, il n’est pas trop tard : vous pouvez aisément rajouter un personnage supplémentaire, l’insérer dans l’intrigue depuis le début, lui donner une personnalité, de l’épaisseur, des liens avec les autres personnages, et au moment où vous en avez besoin, couic, vous le supprimez. Pour le lecteur, vous venez de tuer un de personnages principaux : vous seuls savez qu’en réalité ce personnage est né pour mourir.

Attention tout de même à une question sensible : tuer ou faire souffrir un personnage féminin pour donner une motivation à un personnage masculin est un des plus vieux clichés sexistes de l’histoire de la littérature. Plutôt que de le perpétuer, je suggère d’opter pour un homme dans le rôle de l’agneau sacrificiel.

Donner un secret à un personnage

Le personnage principal de votre roman a-t-il fait quelque chose dont il n’est pas fier et qu’il préfère cacher à ses proches ? Prétend-il être quelqu’un qu’il n’est pas ? A-t-il un amour secret ? Une peur secrète ? Une vie secrète ? Il est aisé de s’en rendre compte, un moyen simple d’enrichir un personnage, c’est de lui donner un secret, en particulier si les lecteurs le partagent avec lui. Immédiatement, cela renforce l’attachement qu’ils peuvent ressentir pour lui : ils savent quelque chose à son sujet que ses proches ignorent !

Un secret fait également une très bonne motivation : jusqu’où ira le personnage pour le préserver, qu’est-il prêt à faire pour éviter qu’il soit révélé ? Ce processus va révéler ses règles morales (ou leur absence) et les limites qu’il est prêt à se fixer ou à dépasser. Un secret, ça génère également du suspense : est-ce que quelqu’un va le découvrir ? Qui et dans quelles circonstances ? Et quelles seront les conséquences de cette révélation ? Rien que d’en parler, je frémis.

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