Critique: The Year of Our War

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Le monde est à la merci d’une horde d’insectes mangeurs d’hommes dont le territoire ne cesse de s’étendre, année après année. Pour tenter d’endiguer cette vague de mort, l’Empereur peut compter sur le Cercle, cinquante êtres d’exception à qui il confère cl’immortalité. Un des membres de ce collectif, Comet Jant Shira, le messager de l’Empereur, est la seule personne au monde à savoir voler. Sans le savoir, il détient peut-être aussi la clé du mystère de l’origine des insectes.

Titre : The Year of Our War

Auteure : Steph Swainston

Éditeur : Orion Publishing (ebook, in « The Castle Trilogy »)

Il y a dans les librairies du monde entier des livres qui patientent en attendant que vous tombiez dessus, et au moment où vous vous décidez enfin à les lire, ils explosent en vous comme l’équivalent magnifique d’une mine antipersonnel. Dans le passé, j’ai connu de telles expériences avec des livres comme « La Cité des Saints et des Fous » de Jeff Vandermeer ou avec « Palimpsest » de Catherynne M. Valente. C’est à nouveau le cas avec « The Year of Our War », une œuvre d’une imagination pure et d’une audace peu commune.

L’univers du récit est une de ses principales qualités. Ces héros éternels, qui vivent dans la peur de voir leur immortalité annulée s’ils ne prouvent pas leur utilité, qui luttent contre des insectes mortellement dangereux et avec lesquels on ne peut pas négocier, forment une toile de fond qui, à la fois, est originale et semble immédiatement classique, comme si l’auteure avait mis le doigt sur un mythe oublié qui parle à notre goût d’universalité.

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Dans le roman, la prodigieuse imagination de Steph Swainston est également disponible dans une version plus corsée : le protagoniste, lorsqu’il consomme de la drogue, est transporté dans une dimension parallèle, le Shift, dont il n’est pas sûr si elle existe réellement ou s’il ne s’agit que d’une hallucination. Mélange de Lovecraft et de Lewis Carroll, cet univers bis est peuplé de géants bleus qui utilisent les entrailles de leurs ennemis dans des rituels religieux, d’animaux invisibles qu’on chasse pour leur fourrure qui ne se voit pas ou encore de créatures faites d’amas de vers qui peuvent épouser n’importe quelle forme. Peu d’auteurs jettent autant d’idées sur la plage à la fois, et les amateurs de littérature de l’imaginaire ne peuvent qu’être émerveillés par ce tour de force.

Mais la plus grande qualité du roman est son personnage principal. Jant est d’une humanité désarmante, parfaitement évoquée par l’auteur. Lui qui fait l’admiration de tous et qui est membre d’un tout petit groupe d’individus d’exception doute perpétuellement de ses qualités et croît à la manipulation dès que quelqu’un lui témoigne de l’affection ou de l’estime. Accro à la drogue comme aux femmes, il est animé par une pulsion de mort qui l’aveugle sur son véritable potentiel, bien qu’il ne s’en rende absolument pas compte. Ceux qui auront côtoyé des toxicomanes ou d’autres individus déchirés par leurs contradictions ne pourront qu’admirer la finesse avec laquelle l’auteure dépeint cette figure si familière dans la vie de tous les jours et si rare dans la fantasy.

Steph Swainston pratique une langue libre et gourmande. Libre, parce qu’elle aime s’affranchir des conventions, varie les niveaux de langage, change de temps de verbe si cela sert les scènes qu’elle écrit, avec un abandon jubilatoire. Gourmande, parce qu’elle truffe ses paragraphes d’archaïsmes et de mots rares, qu’elle vous met au défi d’aller chercher dans le dictionnaire et qui contribuent à donner de l’épaisseur à son univers.

Malgré ses qualités, « The Year of Our War » est loin d’être un roman parfait. Sa structure, en particulier, est peu convaincante : le récit met une éternité à se mettre en route, nous laisse entendre que la mort d’un des personnages lui servira de fil rouge dramatique alors qu’il ne s’agit que d’une intrigue secondaire qui finit par s’étioler. L’événement qui occupe le plus de place dans le livre – la rivalité entre deux personnages – a du mal à s’imposer comme le cœur de l’histoire et ne parvient jamais à se connecter aux thèmes centraux du roman. Plusieurs intrigues secondaires vont et viennent, flottent sans attaches ni connexions les unes aux autres, comme des croûtons dans le potage, et l’on finit par suspecter que la plupart d’entre eux ne sont que des amorces d’histoires appelées à être développées dans d’autres livres. Tout cela évoque davantage une série télé bâclée qu’un roman maîtrisé.

Cela ne suffit pas à gâcher le roman, dont les qualités sont si criantes qu’elles triomphent de tous ces défauts. The Year of Our War est à mettre entre les mains de toutes celles et ceux pour qui ce label des « littératures de l’imaginaire » n’est pas un vain mot, puisqu’on a ici affaire à une œuvre de littérature de haute tenue, parcourue d’un imaginaire extraordinaire.

L’interview: Amélie Hanser

Elle écrit ses premières histoires à l’âge de huit ans, puis finit par donner naissance à une trilogie de fantasy en attendant de se lancer dans d’autres défis littéraires. Amélie Hanser me fait l’honneur de répondre à mes questions cette semaine.

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Tu as signé une saga de fantasy en trois tomes, intitulée « La Terre des Héros. » Est-ce que tu l’as toujours envisagée comme une trilogie ?

Pas vraiment. En réalité, j’ai commencé cette histoire quand j’étais au lycée, surtout pour moi. Je n’avais aucune idée de ce que j’allais en faire, j’écrivais comme un loisir. Au début, elle devait se terminer après la bataille du tome 1. J’avoue avoir été très étonnée d’arriver à la 100e page et de me rendre compte que ça ne suffisait pas. Au fur et à mesure du temps, et surtout de mes études, l’histoire s’est étoffée et surtout complexifiée. Lorsque j’ai réalisé qu’un tome ne me suffirait pas, j’ai pensé à une trilogie.

Depuis combien de temps cette histoire mûrit en toi ?

J’avais déjà la trame de cette histoire en tête durant mon adolescence, mais elle se déroulait dans un univers de Science-fiction. Finalement, j’ai commencé cette histoire en 2005, soit il y a 13 ans maintenant. Il faut croire que je ne suis pas rapide. En réalité, il s’agit surtout de la trame générale, car l’histoire a beaucoup changé. En 2013, j’ai complètement remanié mon univers et changé le nom de pratiquement tous les personnages principaux.

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« La Terre des héros » s’axe sur des motifs classiques de la fantasy. Est-ce une volonté de ne pas brusquer le lecteur ?

Là encore, je n’ai pas réfléchi à tout ça avant, puisque « La terre des héros » devait rester privée. J’ai écrit comme ça venait, sans préméditation. À l’époque, il y avait même des nains, des elfes et des orques. Depuis, j’ai repensé l’histoire et surtout l’univers. La trame du tome 1 Héritage peut paraitre classique, mais la trilogie prend plus de personnalité dans les deux suivants.

Passionnée d’histoire, tu es détentrice d’un master en histoire des religions. Quelle place cette spécialisation occupe-t-elle dans ton œuvre littéraire ?

Une grande place. Le concept même de l’univers provient d’un motif récurrent dans les religions antiques, celle d’une terre qui accueille les héros valeureux. Cette terre est le Valhalla des uns, les Champs Élysée des autres, etc. Les héros qui ont peuplé ce monde ont conservé leur religion et leurs rites. J’insère aussi dans mon récit des lais qui reprennent certains mythes. La religion est une part importante d’une civilisation et a longtemps conditionné tous les domaines de la vie des hommes, de l’alimentation à l’art. De plus, les religions possèdent beaucoup des points communs entre elles, et c’est ce que je veux illustrer dans ma trilogie.

« Les histoires que nous aimons vivent en nous pour toujours », a dit JK Rowling. Quelle trace aimerais-tu laisser dans les mémoires de tes lecteurs ?

Qu’ils m’adulent ! Non plaisanterie à part, laisser une trace est déjà une bonne chose. Et si c’est positif, c’est encore mieux. Je souhaite avant tout qu’ils passent un bon moment, car c’est le but premier de la lecture.

Tu es attachée à une saine représentation des genres, des ethnies et des orientations sexuelles en littérature. Pourquoi, à ton avis, les littératures de l’imaginaire ont-elles du retard dans ce domaine ?

J’ai justement écris un article sur ce sujet (« Auteurs, pensez à la diversité »). Oui, sans forcément le vouloir, les littératures de l’imaginaire reprennent souvent des motifs répétitifs qui deviennent à la longue discriminants. Je ne pense pas que cela soit volontaire, comme l’image de la femme qui oscille entre demoiselle en détresse, guerrière farouche presque nue ou encore servante. On retrouve cela autant chez les auteurs que les autrices.

En ce qui concerne l’orientation sexuelle ou l’origine ethnique, je pense que les auteurs ne se posent pas forcément la question de mettre un personnage homosexuel ou non caucasien. La fantasy n’est pas épargnée, même si la présence de différentes peuplades donne parfois une illusion de diversité. En même temps, il ne faut pas se servir d’une quelconque « particularité » pour caractériser un personnage. Il faut donc trouver le juste milieu et rendre l’information utile à l’histoire.

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Tu prévois d’écrire dans plusieurs genres différents. Pourquoi commencer par la fantasy ?

Je préfère dire que ce sont les histoires qui me trouvent plutôt que l’inverse. J’ai eu cette idée de roman qui est de la fantasy, les autres qui me sont venues sont du genre historique. Peut-être qu’un jour j’écrirais de la science-fiction, je ne sais pas.

Sur quels genres vont porter tes prochains projets ?

Les idées du moment appartiennent surtout au roman historique. La prochaine sera une romance durant la Première Guerre mondiale, j’ai aussi un projet en grandes lignes sur la chute de l’Empire romain.

Une bonne partie des salons et des éditeurs spécialisés dans les littératures de l’imaginaire sont en France ou en Belgique. Est-ce un handicap d’être basée en Suisse ?

En quelque sorte, oui. Je trouve la Suisse un peu fâchée concernant la mise à disposition des informations sur internet. Il n’est pas évident de trouver un salon et encore moins de connaitre les conditions pour s’inscrire en tant qu’auteur. De plus, la question de la langue ampute géographiquement le lectorat suisse potentiel. Il faut aller dans des salons de pays voisins et ce qui engendre des frais supplémentaires (hôtels, essence, etc.)

L’autoédition, dans ton cas, est-ce une volonté ou as-tu tenté d’approcher des éditeurs avec ton manuscrit ?

Dans un premier temps, j’ai envoyé mon manuscrit à plusieurs maisons et ai même signé un contrat. Mais la maison d’édition a fermé et j’ai récupéré mes droits. J’aurais pu continuer à démarcher, mais j’ai décidé de m’autoéditer pour essayer de voir ce que j’arrivais à faire.

Et qu’est-ce que tu es arrivée à faire? Tu es satisfaite de ta démarche?

S’auto-éditer n’est pas une question de facilité, bien au contraire. Il faut pouvoir présenter un livre qui a tout d’un édité, en ayant tout fait tout seul. La première fois, plusieurs fautes m’avaient échappé. J’ai dû rééditer le tome un mois après pour corriger mon erreur. Il faut aussi se renseigner sur la législation, la communication ou les canaux de distribution. Pour réussir sa démarche, il faut aussi reconnaitre ses propres limites. Dans mon cas, après avoir tenté de faire moi-même la couverture, je me suis rendu compte qu’il fallait que je passe par un professionnel pour qu’elle ressemble à ce que je voulais.

Aujourd’hui, je suis assez fière de m’être lancée dans cette aventure. Mes ventes dépassent largement le cercle de mes connaissances, ce qui me montre que je suis sur la bonne voie. En revanche, je ne suis pas à l’aise dans la promotion active ni dans le démarchage de librairies, là où une maison d’édition serait sans doute plus présente sur ce plan.

Existe-t-il des astuces pour écrire lorsque l’on est mère de famille ?

Profiter des siestes des enfants, et avoir un super mari qui comprend que ce soir on préfère écrire. Il faut trouver du temps par-ci par-là, ce qui n’est pas évident. Si je ne suis pas trop fatiguée, j’essaie de m’y mettre le soir, mais je n’y arrive pas toujours.

Au-delà de ça, un conseil, une suggestion à ceux qui te lisent et qui ont envie d’écrire?

Lancez-vous, ça ne coute rien. Au pire vous abandonnez et l’histoire reste dans un coin du disque dur, au mieux ça vous procure du plaisir et peut-être même de la fierté d’avoir accompli quelque chose. La question de la publication et des ventes, au final, n’est qu’un bonus.

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Les personnages secondaires

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Dans la chronique précédente, je me suis intéressé aux personnages principaux d’un roman, en tentant de dégager quelques pistes destinées à leur donner de la profondeur et à donner envie aux lecteurs de suivre leurs aventures.

Les personnages secondaires ne fonctionnent pas tout à fait de la même manière. Leur rôle dans l’intrigue est accessoire et utilitaire : ils n’emmènent pas l’histoire avec eux, c’est l’histoire qui s’arrête à leur porte brièvement, avant de repartir. Cette vision de leur rôle, qui est important mais limité dans le temps et dans sa portée, conditionne tous les conseils qui suivent (bref si déjà là vous n’êtes pas d’accord, on se retrouve pour une belle baston dans les commentaires).

Les personnages secondaires sont définis par leurs stéréotypes

Ce ne sont pas ses actes qui définissent un personnage secondaire, parce que bien souvent, le roman n’a pas assez de place à leur consacrer pour les voir agir et présenter toutes sortes de subtilités au lecteur à travers leurs actions. À la place, les personnages secondaires sont l’incarnation de stéréotypes, simples et facilement identifiables.

Moins un personnage sera présent dans le roman, plus les ficelles utilisées pour le définir seront épaisses. Un tavernier présent dans une seule scène sera pensé comme un simple « tavernier bougon », alors qu’un personnage secondaire récurrent sera un peu plus étoffé, comme par exemple un « écuyer pleutre mais poli qui descend d’une bonne famille. » En général, une simple formule composée de quelques mots suffit amplement à définir un personnage secondaire. Pas besoin d’écrire toute sa biographie.

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Les personnages secondaires sont mémorables

Comme les personnages secondaires ont peu de temps pour laisser une impression sur le lecteur, la fadeur est interdite : il faut qu’ils aient du tempérament, qu’ils laissent une trace immédiate dans la mémoire, afin qu’ils ajoutent de la couleur dans le récit.

Un personnage terne risque d’être instantanément oublié, et de se réduire à un élément de l’intrigue : un obstacle, un adversaire, ou un pourvoyeur d’information par exemple. Donc donnez-leur au moins une caractéristique qu’on retient immédiatement : un détail physique (grand, gros, borgne, bossu), un défaut (bègue, sale, méfiant, enrhumé), un élément de réputation (le meilleur bretteur, incroyablement malchanceux, le seul survivant d’une catastrophe), etc…

Pas besoin de tomber dans la caricature, mais à moins d’écrire un roman psychologique (ou tous les personnages sont en général des personnages principaux), il ne faut pas trop se tracasser si tout cela manque de subtilité. Réservez la finesse à vos personnages principaux, les autres sont plutôt là pour mettre un peu de vie dans le décor.

Les personnages secondaires changent peu

Ce qui caractérise les personnages principaux, c’est qu’ils changent au cours du roman, on a eu amplement l’occasion de s’en apercevoir. En principe, par contre, un personnage secondaire change peu ou pas du tout au cours du roman. Son parcours psychologique ne nous intéresse pas, seul compte le rôle qu’il joue dans le récit, et la manière dont il peut contribuer au cheminement des personnages principaux.

Donc je résume en gros traits grossiers : un personnage secondaire va rester identique tout au long du roman, dans chacune de ses apparitions, à moins que les changements qu’il subit aient un impact sur l’un ou l’autre des personnages principaux.

Si la paysanne à la langue bien pendue perd un œil parce que le jeune héros qui est le protagoniste du roman n’a pas, par excès de confiance su la protéger, ce changement physique n’existe que parce qu’il sert le personnage principal. De même, si la jeune recrue du commissariat devient cynique après avoir été confronté à la corruption policière, cela peut donner l’impulsion qui va faire évoluer le personnage principal d’un polar. Dans un cas comme dans l’autre, les changements observés chez les personnages secondaires n’existent pas pour eux-mêmes, mais en tant que point d’orgue de l’intrigue.

Les personnages secondaires ont une fonction dans l’intrigue

Bien souvent, un personnage secondaire sera davantage défini par la place qu’il occupe dans l’histoire que par les détails de sa vie intérieure. Les personnages secondaires sont des éléments d’intrigue, au même titre que le décor, les catastrophes naturelles, les coups du sort et les révélations : ils compliquent la vie des personnages principaux en s’opposant à eux ou en s’emparant de ce qu’ils convoitent, ils la facilitent en leur délivrant des informations ou des objets utiles, ils leurs donnent des motivations en leur confiant des missions, en les appelant à l’aide ou en commettant des actes répréhensibles. Bref: ils n’existent que pour le rôle limité qu’ils jouent dans l’histoire. Le talent du romancier consiste à donner l’illusion que ces figures de carton-pâte ont une vie en-dehors des scènes où ils figurent, mais du point de vue de la construction du roman, ils ont un simple rôle à jouer.

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Les personnages secondaires ont des connexions

Alors que les liens sociaux qui entourent un personnage principal servent à le définir, ceux qui entourent un personnage secondaire ont une pure portée utilitaire. Songez à la figure de l’indic dans les romans policiers : sa seule fonction est de connecter le protagoniste-enquêteur à d’autres personnages qui vont lui fournir des pistes et lui délivrer des informations.

Cette toile de relations humaines se confond (une fois de plus) avec l’intrigue : si les liens des personnages principaux les enrichissent, les connexions des personnages secondaires sont des ressources au service des personnages principaux, ou des sources d’embêtement quand un adversaire pas content appelle ses copains à la rescousse.

Les personnages secondaires ont des particularités

Ce ne sont pas leurs actes ni leur failles qui distinguent les personnages secondaires : ce sont leurs signes particularités, leurs excentricités, leurs idiosyncrasies. En général, il suffit d’avoir une idée distinctive pour donner du relief à un faire-valoir. Davantage, et on risque surtout d’installer la confusion.

Dans la mesure où les personnages secondaires sont principalement définis par leur rôle dans l’histoire ou par leur métier, il peut être intéressant de leur donner un trait distinctif qui soit aux antipodes de tout ça : la petite jeune fille fragile qui a aperçu l’assassin profite de chaque occasion pour fumer en cachette, le gros dur de la pègre est un énorme fan de karaoké, le chef-comptable est sourd-muet, etc… Il suffit de très peu de choses pour donner de l’épaisseur à un personnage secondaire.

Les personnages secondaires reflètent les personnages principaux et le monde

On l’a vu, les personnages secondaires sont là pour enrichir l’intrigue, mais ils peuvent également étoffer le décor ou même le personnage principal. Leur existence-même peut venir apporter des éclaircissements sur le protagoniste, si, par exemple, ils font tous les deux partie d’une même organisation ou pratiquent le même métier. Leurs points communs comme leurs différences vont apporter des repères au lecteur pour mieux comprendre les personnages principaux.

Un personnage secondaire peut également incarner à lui seul une organisation, puisque c’est à travers lui qu’on va la découvrir : le petit apprenti de la Guilde des magiciens aura pour raison d’être de mieux nous faire comprendre le fonctionnement de son organisation, mais aussi des arts magiques ; l’enquêteur de la police des police offre à la fois une figure de flic différente de celle de l’enquêteur qui sert de protagoniste à l’intrigue, mais à travers lui on découvre le fonctionnement et la raison d’être de sa brigade, ce qui peut être utile à l’intrigue comme au développement des thèmes du roman.

Les personnages secondaires ont des tics de langage

Il n’est pas nécessaire de trop réfléchir à la manière de parler d’un personnage secondaire : comme pour les autres détails, il suffit généralement de lui donner une seule caractéristique singulière, pas davantage. Ainsi, si votre personnage tutoie tout le monde, parle de lui-même à la troisième personne, s’exprime par monosyllabes ou se montre excessivement courtois, la mission sera déjà largement remplie, pour les rares apparitions où ce type de personnage obtient des lignes de dialogue.

Les personnages secondaires ont un nom simple

La plupart du temps, les personnages secondaires seront mémorables en raison de leur rôle dans l’intrigue et des quelques signes particuliers dont vous les aurez dotés. Il est rare que l’on retienne leur nom. Du coup, il n’est pas toujours indispensable de les baptiser (leur fonction peut suffire, ou un simple élément de description : le boucher, la petite mathématicienne, le frisé).

Si vous leur donnez un nom, choisissez quelque chose de simple, pas plus de deux syllabes si possible, et limitez-vous dans la mesure du possible à un prénom ou à un nom (mais pas les deux). Inutile d’encombrer la tête du lecteur avec ce genre de détail, à moins que, pour les raisons de l’intrigue, il soit indispensable qu’il s’en souvienne, par exemple si le sympathique professeur d’université croisé au début du roman finit par être victime d’un meurtre, auquel cas il va vite se transformer en intrigue secondaire, et donc en sujet de conversation, et il aura donc besoin d’un vrai nom.

Les personnages secondaires sont simples

Les romanciers sont comme des jardiniers : ils ont envie de bichonner leurs personnages comme autant de magnifiques massifs de fleurs, d’y ajouter des bouturages, des tuteurs, des protections contre les parasites et d’innombrables détails. Il faut résister à cette tentation. Dans un roman, il y a une limite au nombre de détails que l’on peut communiquer au lecteur efficacement avant qu’il craque. Concentrez-vous sur vos personnages principaux, et faites en sorte que vos personnages secondaires restent simples.

Chaque fois que vous seriez tentés de rajouter un détail supplémentaire à un personnage secondaire, demandez-vous si c’est indispensable, au vu des conseils qui précèdent. Si la réponse est non, ne le faites pas : tout détail qui n’est pas indispensable est inutile, voire contreproductif.

📖 La semaine prochaine: les personnages – quelques astuces

Construire une intrigue: résumé

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Comme j’ai eu l’occasion de le faire précédemment pour mes séries consacrées à « La structure d’un roman » et à « Des idées au roman« , et comme certains d’entre vous semblaient trouver cela utile, je regroupe ici tous mes billets consacrés à la construction d’une intrigue romanesque et aux choix majeurs que cela implique. Bonne (re)lecture!

Première partie: Les formes de l’intrigue

Deuxième partie: Les formes de l’intrigue 2

Troisième partie: L’intrigue sans forme

Quatrième partie: Prologues, épilogues et interludes

Cinquième partie: Le plan

Sixième partie: Le narrateur – la troisième personne

Septième partie: Le narrateur – la première personne

Huitième partie: Le narrateur – autres possibilités

Neuvième partie: Le récit au passé

Dixième parie: Le récit au présent

L’interview: Elodie Agnesotti

Gourmande d’écriture, Elodie Agnesotti, auteure française encore bien éloignée de ses trente ans, a signé un recueil de poèmes, échafaude un roman de poésie, orchestre un blog passionnant et participe à différents autres projets créatifs et associatifs.

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Ta première publication est un recueil de poésie autoédité. Comment faire pour intéresser les lecteurs à la poésie ?

Ce n’est vraiment pas évident. La poésie est entourée d’une aura très mystérieuse, comme si elle faisait peur à beaucoup de lecteurs. J’ai l’impression qu’elle souffre de l’image qu’on nous en donne à l’école : quelque chose qui s’apprend par cœur, qui se récite… A-t-on jamais eu l’idée de faire apprendre aux élèves des passages entiers de romans pour les leur faire réciter ?

Aujourd’hui, j’ai encore l’impression que la poésie évolue dans un monde à part, avec ses lecteurs-habitués et ses codes. C’est un peu dommage. J’adorerais qu’il y ait plus de mélanges entre les genres, car c’est là que se trouve la richesse.

En attendant, quand j’écris de la poésie, c’est souvent pour y parler de voyages. Je trouve cette forme plus dynamique qu’une narration classique, qui ne laisserait pas suffisamment de place aux images et aux sons. L’avantage de cette thématique des voyages, c’est qu’elle parle à beaucoup de monde et qu’elle peut donc intéresser indépendamment de l’étiquette de genre. Quand mes lecteurs me disent qu’ils ont voyagé en me lisant, j’ai l’impression d’avoir rempli mon contrat, sans que la forme n’ait d’importance.

Écrire, pour toi, c’est un plaisir ? Un besoin ? Une torture ? Autre chose ?

Si ce n’était pas un plaisir, je pense que je n’écrirais plus depuis longtemps. Dès que l’écriture devient torture (typiquement, parce que je n’arrive pas à me sortir d’une scène que je dois écrire), j’ai tendance à passer à autre chose assez rapidement. C’est d’ailleurs une des raisons qui font que j’écris très lentement : quand je me force à extraire quelque chose de ma tête, cela ne me plaît jamais.

C’est aussi un besoin, comme une manière d’exprimer plein de choses que je n’exprime pas dans la vie quotidienne.

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Ça date de quand, ce goût de l’écriture ? Tu as des romans de jeunesse dans tes tiroirs ?

D’une certaine façon, je pense que l’écriture a toujours fait partie de moi. C’est une composante de ma personnalité. Pourtant, contrairement à d’autres auteurs, je n’ai pas cherché à écrire mes propres histoires avant l’adolescence – et encore, à cette époque, ce n’étaient que des textes courts ou des fan-fictions sans grand intérêt. L’envie d’un roman ne m’est venue qu’à la vingtaine. Quelque part, j’ai l’impression que l’écriture s’est épanouie en moi comme une fleur au printemps, pour ne se déployer qu’au moment où je me suis sentie prête. Ça ne l’a pas empêchée de toujours m’accompagner, sous des formes diverses.

Ton premier roman est à classer dans la catégorie « fantasy. » Pourquoi ce choix ?

C’est marrant parce que je ne l’ai pas vraiment vécu comme un choix. Le roman est né dans ma tête avec une certaine forme, des thématiques, et je ne me suis posé la question du genre qu’au moment où j’ai voulu présenter ce projet à d’autres gens. « Fantasy » est une étiquette facile car elle veut tout et rien dire. C’est un signal pour le lecteur. En fait, je pense que je n’aurais tout simplement pas pu dire ce que j’avais envie de dire, dans un univers réaliste. C’était une évidence.

C’est quoi selon toi, les littératures de l’imaginaire ? Est-ce à dire qu’il y a des littératures qui ne font pas appel à l’imaginaire ?

Il est certain que ce terme de « littérature de l’imaginaire » a quelque chose d’absurde.

Le propre de beaucoup de littératures, c’est justement de faire appel à l’imaginaire et de l’utiliser, à différents degrés, pour refléter la réalité. Par contre, les littératures dites de l’imaginaire (Fantasy, Science Fiction…) sont les seules, je pense, à ne pas faire semblant d’être la réalité. Il y a quelque chose de clairement assumé dans la démarche : au lieu de mettre le lecteur en face d’un miroir, on le met derrière une fenêtre et on l’invite à regarder le plus loin possible de ce qu’il connaît. Mais au final, c’est la même chose : toutes les littératures parlent de l’Homme.

Être originale, c’est important pour toi ? De quelle manière essayes-tu de te démarquer des autres auteur-e-s de fantasy ?

Je n’y pense pas trop quand j’écris et à vrai dire, ce n’est pas très important pour moi. A mes yeux, l’originalité n’est pas une fin en soi, c’est une chose qui vient assez naturellement si l’acte d’écrire est suffisamment abouti. Toute œuvre écrite avec sincérité aura forcément une part d’originalité étant donné qu’elle sera personnelle. Après tout, n’oublions pas qu’un des sens d' »original », c’est justement quelque chose d’authentique, qui provient de l’auteur et qui n’est pas une copie. Tout roman peut répondre à cette définition.

Au-delà de ça, j’ai l’impression qu’il y a quelque chose d’un peu prétentieux à dire qu’on est original. Ca sous-entend qu’on a inventé l’eau chaude ou qu’on a révolutionné la littérature, alors que, quand on y regarde de plus près, aucun roman n’est réellement révolutionnaire. C’est comme une construction : elle se base toujours sur des fondations.

Pour être très honnête, je pense qu’à raisonner en terme d’originalité, on se trompe de combat. Les lieux communs peuvent avoir quelque chose de rassurant pour le lecteur, tant qu’ils ne sont pas un raccourci mais un tremplin vers autre chose. A force de vouloir les éviter à tout prix, on peut perdre de vue ce qui est réellement important : la psychologie des personnages et la sincérité de la démarche d’écriture.

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« Le mystère est le meilleur artisan du merveilleux » a écrit Ursula K. Le Guin. Quelles sont tes recettes pour émerveiller tes lecteurs ?

Je ne sais pas si l’émerveillement est ce qui caractérise le plus ma plume. En tout cas, j’ai l’impression qu’il renvoie à quelque chose d’un peu fascinant, dans lequel Ursula K. Le Guin s’inscrit totalement. Or, je fais très peu de Worldbuilding quand j’écris. Contrairement à beaucoup de gens, ce n’est pas vraiment ce qui m’intéresse en fantasy. Je préfère imaginer que mes personnages touchent les lecteurs, ça, oui. Je n’ai pas vraiment de recette miracle pour y arriver. J’essaie de me concentrer sur les ressentis de mes personnages et de nuancer au maximum ce qui les habite. J’essaie aussi d’aborder des thèmes assez larges, dans lesquels chacun peut se reconnaître : la recherche d’identité, le sentiment d’exil, l’urgence écologique…

Comment est-ce que tu juges la qualité de la littérature de genre en France ?

C’est comme tout : il y a du bon et du moins bon. A mes yeux, le meilleur auteur de SFFF est français et s’appelle Alain Damasio. Pour le reste, je dirais que la littérature de genre souffre surtout d’une mauvaise presse qui la relègue au rang de sous-littérature dans la culture française. J’ai l’impression que c’est plutôt l’inverse aux Etats-Unis, par exemple. C’est un peu dommage car je suis sûre que cela rend les éditeurs frileux et qu’on passe à côté de bien belles choses !

Tu te préoccupes de la représentation des personnages féminins dans les médias de l’imaginaire. Ces derniers sont-ils sexistes, selon toi ? Comment l’expliquer ? Et comment en sortir ? Comment traites-tu tes propres personnages féminins ?

Pas toujours, mais bien sûr qu’il y a une part de sexisme là-dedans ! Il suffit de se reporter à l’imagerie des jeux vidéos, où la femme est souvent représentée à moitié nue (alors même qu’elle est censée combattre) et les seins prêts à exploser. C’est peut-être moins visible en littérature, mais il y a quelque chose qui est extrêmement révélateur : je ne peux citer qu’un seul personnage féminin qui soit décrit comme étant moche, et qui ne soit pas une antagoniste. C’est Chien du heaume, dans le roman du même nom de Justine Niogret. Et justement, quand je l’ai lu, ça m’a marquée parce que ce n’est pas si courant. En fait, j’ai l’impression que les personnages masculins ont droit à davantage de diversité dans leur représentation, même s’il est évident qu’il existe également des clichés liés aux injonctions de genre. Et j’aimerais beaucoup que ça évolue.

Après, c’est finalement assez logique car la littérature reflète la société qui la fait naître, et que notre société est encore très sexiste. Mais loin de moi l’idée de donner des leçons ou quoique ce soit car je m’inclus totalement dans cette réflexion. Il y a peu, je me suis rendu compte que je tombais moi-même dans ces pièges. Je n’ai jamais écrit de personnage féminin laid, tout simplement parce que j’étais limitée par ce que j’ai toujours vu ou lu et que je ne me posais pas de questions. Peu à peu, je réalise que chaque auteur est responsable des personnages qu’il crée, et que tout changement commence d’abord dans nos propres projets ! Alors j’essaie d’être attentive aux lieux communs, et surtout de travailler la cohérence des ambitions de mes personnages féminins. Qu’elles ne deviennent jamais des faire-valoir.

Tu es administratrice d’un forum consacré à l’écriture. Est-ce important pour toi de te frotter à d’autres auteur-e-s ? En quoi est-ce que ça te permet de progresser dans ton écriture ?

Je n’ai jamais envisagé ma passion sans ce côté communautaire propre aux fora d’écriture ! Bien sûr, c’est hyper important de se frotter à d’autres styles, d’autres idées… car c’est cela qui ouvre nos horizons. Quand j’achète un livre, j’ai toujours tendance à aller vers les mêmes univers, alors que là, je suis exposée à plein de choses différentes en permanence. C’est aussi une source précieuse d’avis et de regards critiques, car tout le monde n’a pas la chance de connaître des bêta-lecteurs. Mine de rien, il y a quelque chose de réconfortant dans le fait de savoir que certaines personnes attendent la suite de notre roman, c’est motivant.

Un conseil, une suggestion à ceux qui te lisent et qui ont envie d’écrire?

N’ayez pas peur, lancez-vous !

Il y aura toujours quelqu’un pour vous soutenir et apprécier sincèrement ce que vous écrivez. Tout comme il y aura toujours quelqu’un pour vous dire que vous écrivez mal et que ce que vous faîtes n’a aucun intérêt. Ce qui compte à la fin, c’est la sincérité et le cœur que vous mettrez à la tâche.

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