Critique: Maître & Apprenti

Envoyés par l’Ordre Jedi régler une dispute politique sur la planète Pijal, Qui-Gon Jinn et son apprenti, Obi-Wan Kenobi, vont y vivre des aventures et y découvrir des secrets, mais ils vont surtout devoir sauver leur relation, qui est sur le point de se détériorer de manière irrémédiable.

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TITRE : Maître & Apprenti

AUTEUR : Claudia Gray

EDITEUR : Pocket (ebook, traduction)

Mes amis, c’est dramatique. J’ai si peu de temps pour lire, ces derniers temps. En théorie, je prévois de consacrer quinze minutes à la lecture, chaque soir de semaine, ce qui doit faire un peu plus d’une heure au total, après cinq jours. En réalité, mon emploi du temps chargé ou mon état de fatigue me permettent rarement d’honorer cet engagement au-delà d’une fois ou deux par semaine. Ce n’est pas bien grave, naturellement, puisque cela signifie que j’entreprends toutes sortes d’autres choses. En particulier, je consacre beaucoup de temps à ma famille. Mais cela peut tout de même générer quelques frustrations.

Cela signifie que j’ai peu de temps au total pour lire, mais aussi qu’il m’arrive de délaisser un roman que j’ai entamé pendant quinze jours ou davantage. C’est embêtant parce que cela signifie qu’il m’arrive d’oublier des détails de l’intrigue, des personnages, des événements, etc… Lorsqu’on lit, comme c’est mon cas, beaucoup de littérature de l’imaginaire, cela veut dire qu’il suffit qu’un univers de fiction soit un peu complexe pour que je finisse par m’égarer complètement.

Pour lire tout de même, je viens donc de traverser une phase où j’ai enchaîné deux romans Star Wars. Je connais l’univers, ces ressorts dramatiques : je n’en attends aucune surprise, ce qui, dans mon cas, constitue un point positif.

Ce roman, très académique, raconte une aventure de deux personnages de la série Star Wars. L’action se situe quelques années avant l’Épisode I, et met en scène ses deux principaux personnages Jedi, Qui-Gon Jinn et Obi-Wan Kenobi. Alors que le cinéma n’a consacré que quelques scènes à leur relation, ce livre permet aux fans d’en découvrir davantage, dans le cadre d’une histoire qui, agréablement, n’appelle aucune suite. Un lecteur occasionnel qui souhaiterait recevoir une petite dose de Star Wars, sans s’engager à lire une longue série de romans, y trouverait son compte.

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L’autrice, qui a déjà signé « Bloodline », semble écrire des romans Star Wars avec une checklist à côté d’elle. On y découvre donc tous les événements familiers : combats au sabre-laser, droïdes, escarmouches spatiales, contrebandiers, etc… Cela peut rendre la lecture un peu monotone, ou en tout cas sans grande surprise, comme si elle s’était contentée de réarranger les meubles d’une pièce déjà bien connue. Comme son style est purement utilitaire, il n’y a pas non plus de joies à trouver de ce côté-là. Dernière critique : Claudia Gray écrit pour les fans, et pour eux seulement. Ainsi, les espèces extraterrestres sont évoquées par leur nom, et le lecteur qui ne sait pas faire la différence entre un Chiss, un Trandoshan ou un Mon Calamari risque de se retrouver un peu perdu.

Claudia Gray, je l’avais déjà perçu dans le roman précédent, a parfois de belles idées pour donner vie à ses personnages, mais ne parvient pas à les exploiter aussi bien qu’on pourrait le souhaiter. Ici, par exemple, un des personnages principaux est un trafiquant de pierres précieuses qui a été éduqué par des droïdes de protocole – comme C3PO – ce qui a modelé sa personnalité. On imagine ce qu’un auteur habile aurait pu tirer d’un tel concept, mais ici, on reste sur sa faim : l’idée est évoquée, puis elle est à peine utilisée.

Ce qui retient malgré tout l’intérêt du lecteur, dans « Maître & Apprenti », c’est le ton général du livre, entièrement dominé par un sentiment que l’on n’associe pas vraiment à Star Wars : le malaise. Les deux protagonistes sont un maître et un apprenti qui, malgré leurs bonnes intentions, ne sont pas sur la même longueur d’onde, et sont incapables de communiquer pour améliorer leur relation. Chaque scène qui les réunit est donc imbibée de non-dit, de ressentiment, d’embarras. L’autrice parvient admirablement à retranscrire cette gêne, et à nous montrer de quelle manière les liens entre les deux personnages finissent par se resserrer.

Reste que dans l’ensemble, « Maître & Apprenti » est un roman médiocre, qui constitue pour moi une déception. C’est donc avec énormément de réticence que j’ai entamé la lecture d’un second livre estampillé « Star Wars »… pour découvrir à ma grande surprise un roman remarquable. Nous en reparlerons.

Critique: Citadelle de sable

Expatrié en Suisse, l’auteur se remémore des souvenirs de jeunesse liés à ses grands-parents, à Namur, en Belgique. (NB: j’ai interviewé Frédéric ici).

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TITRE : Citadelle de sable

AUTEUR : Frédéric Mairy

EDITEUR : Éditions d’autre part

« Citadelle de sable » n’est pas un roman, ni un carnet de notes, ni un journal, ni un recueil de poèmes. C’est un peu tout cela à la fois. Il s’agit d’une tentative de fixer sur le papier des souvenirs avant que ceux-ci ne s’envolent, la mémoire qui s’effrite avec le temps étant la citadelle de sable, monument assiégé, à laquelle fait référence le titre.

C’est ainsi que l’on fait la connaissance d’Emma et Albert, un couple de Namur, ou plutôt, de la trace qu’ils ont laissé dans les souvenirs de l’auteur, filtrés par son regard d’enfant, par la nostalgie, par l’oubli, par l’invention. Au fil des pages, on découvre de grands événements comme de toutes petites choses, de la seconde Guerre mondiale au port du short. Tour à tour, ces vignettes sont touchantes, amusantes, bouleversantes. Le lecteur en vient à tisser lui-même les liens entre ces anecdotes, à composer une histoire à partir de ces fragments, de ces mots choisis avec soin.

Formellement, le livre est ingénieux. Chaque souvenir occupe une page, toujours celle de droite, celle de gauche étant laissée vierge. Cela donne à chaque souvenir la possibilité de respirer, d’exister pour lui-même, comme une trace infime d’un monde disparu. On se plairait à imaginer une mise en scène théâtrale de ce texte, dont le dépouillement ferait merveille sur les planches.

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Autre originalité : tout au long du texte, l’auteur s’adresse à lui-même en se tutoyant. Une idée riche qui confère du recul aux souvenirs et leur donne une résonance universelle, l’auteur-narrateur se retrouvant ainsi, aux côtés du lecteur, du côté où l’on contemple.

« Se dire que d’Albert et Emma, dont tu as su si peu, il ne restera bientôt goutte. Pas même une larme, tu n’en as pas encore versé. »

On aurait tort de penser que « Citadelle de sable » est un petit livre, en le jugeant par rapport à son nombre de pages, ou au caractère personnel des souvenirs qu’il retrace. En réalité, par la justesse de ses mots et la manière dont il enchaîne événements majeurs et infimes, l’auteur confère à cette chronique familiale une envergure universelle, propre à toucher n’importe quel lecteur, quelle que soit son parcours.

Par ailleurs, les choix formels audacieux qui sous-tendent la construction du livre, et qui paraissent si naturels lorsqu’on le découvre, composent une trouvaille extraordinaire dans la manière dont la littérature peut rendre compte de la mémoire et de la manière dont celle-ci se rappelle à nous, nous interpelle, se dérobe.

Critique: Extension du domaine de la lutte

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Un informaticien est mandaté par son entreprise pour assurer le suivi d’un projet gouvernemental en lequel il ne croit pas du tout. Ce faisant, il se fait l’observateur des mœurs de ses collègues et de tous ceux qui l’entourent, se montrant à la fois fasciné et blasé par leur misère affective.

TITRE : Extension du domaine de la lutte

AUTEUR : Michel Houellebecq

EDITEUR : Flammarion

Rien n’a d’importance aux yeux du narrateur d’« Extension du domaine de la lutte. » Il jette sur ses contemporains le regard de l’entomologiste sur une colonie de fourmi, épinglant leur médiocrité, les mensonges qu’ils se racontent pour continuer à exister, ainsi que les systèmes de pensée qui les emprisonnent. Cette critique au vitriol de notre époque est rendue plus désarçonnante encore par le fait qu’au fond, il ne s’y intéresse pas vraiment, ne recherche aucune solution, ne tente même pas à échapper aux mécanismes qu’il observe. L’humanité est formée d’automates pitoyables, et le protagoniste s’en fiche. Voilà, en apparence, la thèse principale du livre.

Ceux qui ne verront dans ce livre qu’une longue complainte déprimante seront passés à côté du texte, selon moi. « Extension du domaine de la lutte » est un roman souvent drôle, même si l’admettre nécessite au préalable de la part du lecteur qu’il s’extraie d’une lecture au premier degré et mette de côté les sentiments d’agacement qu’il fait nourrir au sujet de l’auteur. Grinçant, cynique, le livre se fait l’observateur des travers de toute une époque et brosse un grand nombre de portraits savoureux de personnages prisonniers de leurs illusions, voire de leur aveuglement. Le narrateur n’y échappe pas – il s’inclut d’ailleurs dans ce portrait au vitriol, dont il est à la fois l’observateur, l’auteur et la plus parfaite illustration.

À cela s’ajoute un niveau de lecture supplémentaire : le lecteur est mis à demeure de se situer par rapport à la galerie de personnages pathétiques qu’il croise au fil des pages. Suis-je meilleur qu’eux ? Mes espoirs sont-ils plus réalistes ? Ce qui me pousse en avant a-t-il de la substance ou ne suis-je qu’un robot, prisonnier d’atavismes incontrôlables et d’une société qui veut faire de moi un élément constitutif de la chaîne, sans se soucier aucunement de mon épanouissement ? Est-ce qu’un réel individu, ça existe ou ne sommes-nous que des souris de laboratoire qui cherchent en vain la sortie inexistante du labyrinthe ?

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L’efficacité de cette mise en abîme proposée par « Extension » est encore renforcée par le tour de passe-passe génial de l’auteur : celui qui consiste à nous faire croire qu’il se confond avec le narrateur, qu’il partage son regard anesthésié sur l’humanité, comme s’il était possible qu’un personnage de ce genre écrive un roman tel que celui-ci. Ne soyons pas dupe : si les gens sont des cons, celui qui ne fait rien d’autre que contempler leur médiocrité est encore plus con qu’eux, comme le démontre l’échec ultime de la démarche du protagoniste.

Si vous êtes écrivain, il y a des leçons à tirer de la lecture de ce roman très réussi, en particulier pour les auteurs de littérature de genre, dont je fais partie, et qui sont perpétuellement en train de penser à leur intrigue et à la meilleure manière de la rendre aussi efficace que possible. Voici un récit qui ne contient presque pas d’éléments d’intrigue, et qui se moque ouvertement de ceux qu’il inclut. Il se focalise presque exclusivement sur les deux seules choses qui ont réellement de l’importance : le thème d’abord, et ensuite les personnages. J’aimerais voir davantage d’œuvres de littérature de genre faire preuve d’une telle audace.

Critique: Winnie l’ourson

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Christopher Robin, un petit garçon, vit à deux pas de la forêt, où il passe le plus clair de son temps. Pendant qu’il n’est pas là, ses peluches, ainsi qu’un lapin et un hibou qui se sont liés d’amitié avec eux, tentent – et échouent souvent – de donner un sens à un environnement qui les laisse perplexes, et qui est propice pour eux à des aventures aussi futiles que grandioses.

TITRE : Winnie l’ourson

AUTEUR : A.A. Milne

EDITION : Gallimard (ebook)

« Winnie l’ourson » est un des plus grands chefs-d’œuvre de la littérature enfantine. Les personnages en sont mémorables, et attachants pour les enfants, et les différentes histoires qui composent le recueil ne sont ni trop longues, ni trop courtes pour de jeunes lecteurs (ou, dans le cas de mes enfants, de jeunes oreilles). Il n’y a ici aucun antagoniste : Winnie et ses amis ne triomphent que de leur propre ignorance et des problèmes qu’ils se sont causés eux-mêmes.

Les adultes y trouveront également un intérêt certain. Pour commencer, l’auteur parvient à donner vie à un univers à la tonalité singulière, peuplé de dangers et de créatures tantôt fascinantes, tantôt inquiétantes, comme les nouifes et les éphélants. Mais ce monde, c’est le nôtre, pas différent de n’importe quelle forêt : ce n’est qu’à travers le regard des protagonistes qu’il acquiert sa magie, la naïveté de Winnie et des autres personnages les amenant à jeter sur le monde un regard faussé mais plein de poésie, et il s’agit d’un tour de passe-passe littéraire très habile et mené avec beaucoup de légèreté, dont beaucoup d’auteurs de littérature de genre seraient bien inspirés de s’inspirer.

Un lecteur peu attentif aura tôt fait de considérer que Winnie et ses amis ne sont que des personnages mignons et un peu bébêtes. Pourtant, il suffit de gratter un peu pour découvrir ce qui se cache sous la peluche : chacun d’entre eux incarne une névrose très adulte, ou en tout cas, une névrose d’adulte vue par le regard d’un enfant. Lapin est un obsessionnel qui souhaite organiser la vie de tout le monde autour de lui, Bourriquet est perpétuellement déprimé et se sent perpétuellement persécuté, Hibou est un Monsieur-je-sais-tout dont les grands airs cachent une ignorance presque totale sur tous les sujets. Il revient à Christopher Robin de les ramener à des considérations plus concrètes – lorsqu’il n’est pas là, ils se perdent en croisades absurdes et vaines querelles. Rien de tout cela n’est dû au hasard.

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Et puis A.A. Milne est un grand auteur absurde. Pensons au fait que ce livre, intitulé « Winnie l’ourson » (« Winnie the Pooh » en anglais), commence par un préambule au cours duquel l’écrivain nous explique que Winnie ne s’appelle pas vraiment Winnie, mais « Martin », que de toute manière « Winnie », c’est un prénom de fille et que personne ne sait trop pourquoi il a hérité de ce surnom, et qu’un « Pooh » , ça ne veut rien dire, de toute manière. Pas étonnant que l’ourson en question passe ensuite l’essentiel du livre à prendre des décisions basées sur les certitudes les plus surréalistes.

Le deuxième tome des aventures de ces personnages, intitulé en français « La maison de Winnie l’ourson », est au moins l’égal du premier. Il ajoute le personnage de Tigrou, un jouet qui parle systématiquement avant de réfléchir et est habitué des professions de foi grandiloquentes. C’est aussi un livre qui se termine par un chapitre doux-amer, très peu habituel pour un livre destiné aux jeunes lecteurs, dans lequel on comprend que Christopher Robin est devenu trop vieux pour ses jouets et qu’il leur dit adieu.

Critique: L’Exode

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Après deux siècles d’absence, les terribles Funestes sont de retour en Idalie. Ils se sont rendus responsables d’une éruption volcanique qui condamne les Cérasiens à fuir vers la capitale. Neph et Shéa escortent ces exilés et tentent de les protéger du danger. Au cours de ce voyage, ces deux héros et leurs alliés vont tenter d’échapper à différents périls, tout en apprenant à se servir de leurs pouvoirs magiques.

Titre : Neph et Shéa, tome 2 : L’Exode

Autrice : Aline Wheeler

Éditeur : Autoédité

Quelques précisions en préambule : c’est l’autrice elle-même qui m’a fait l’honneur de m’offrir ce livre, de me l’envoyer et de me le dédicacer, à la suite d’un tirage au sort sur son blog. Merci à elle pour ces moments de lecture.

Oui, il s’agit du deuxième tome d’une saga, dont je n’ai pas lu le premier volume, ce qui pourrait paraître handicapant, mais les premières pages du livre sont occupées par un résumé très complet du premier pan de l’histoire, qui permet, si on le lit attentivement, de se mettre dans le bain sans se sentir largué. C’est ce que j’ai fait et je n’ai jamais eu le sentiment d’être perdu dans l’intrigue, les personnages ou l’univers.

À noter encore qu’à la base, « L’Exode » ne rentre pas vraiment dans mon type de fantasy. L’univers dans lequel s’inscrivent les aventures de Neph et Shéa est riche, mais très classique, et peuplé de nombreuses figures imposées du genre : elfes, dragons, loups géants, vieux magicien sage, épée magique. Est-ce qu’on peut écrire un bon livre en se servant de ces éléments ? Bien sûr. Mais à titre personnel, j’avoue que je m’en suis lassé depuis longtemps et que j’attends quelque chose d’autre de la part d’un roman de fantasy écrit au 21e siècle. Il ne s’agit que d’une question de goût.

L’univers de « Neph et Shéa » est loin de n’être qu’une accumulation de clichés, cela dit. En particulier, le traitement de la magie, dans les différentes formes sous lesquelles elle se manifeste, représente un des attraits majeurs de l’œuvre, ce qui n’est pas étonnant quand on considère toute la somme de réflexion menée par l’autrice sur la question dans le cadre de son blog. On a affaire à un système cohérent, pensé dans toutes ses implications, et une partie significative du texte est consacrée à s’y intéresser et à en détailler les mécanismes.

Aline Wheeler a une belle plume, parfois un peu précieuse, mais sans lourdeurs, et ses raffinements sont toujours au service de l’histoire. Elle a un certain talent pour trouver le mot juste, un vocabulaire étendu mais jamais obscur, et elle pratique un beau langage, qui donne envie de se replonger dans le texte quand on reprend le livre en main. De la même manière, ses dialogues sonnent juste, et si certaines fois on peut leur trouver une tournure un peu académique, il s’agit clairement du meilleur choix pour l’histoire qu’elle est en train de raconter.

Ce livre n’est jamais aussi réussi que quand il ne se passe rien. Cela peut sembler être une remarque sarcastique, mais c’est tout le contraire : l’autrice excelle à dépeindre les petits moments de l’existence, ceux où on boit le thé, où on fume sa pipe, où l’on selle son cheval. Elle a un talent certain pour dépeindre les petites choses, dont elle tire les instants les plus savoureux de son histoire, et ce sont ces scènes tranquilles, doucement réalistes, qui ménagent les plus beaux moments pour le lecteur.

C’est en ce qui concerne les grandes choses que je suis davantage resté sur ma faim. J’ai beaucoup aimé l’idée de consacrer le début du livre a la fuite d’un peuple menacé, mais j’ai parfois estimé que le narratif manquait de substance.

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Si l’on considère le livre en tant que tel, « L’Exode » n’est pas exempt d’événements d’importance, mais il s’agit clairement d’une phase de transition entre l’action du premier tome et celle du livre suivant. Les personnages se préparent, ils apprennent des choses à leur sujet ou au sujet du monde, ils ont quelques déconvenues, et ils passent leur temps à attendre un événement qui ne se produit pas. La menace des Funestes, souvent mentionnée, n’a aucune existence concrète au sein du roman, et les personnages ne semblent pas particulièrement préoccupés par la situation, ce qui prive l’intrigue de tout le sentiment d’urgence qu’elle aurait pu contenir. Difficile de se faire du souci pour des méchants qu’on ne voit pas et qui n’ont pas d’impact direct sur l’histoire qu’on nous raconte. Pour moi, c’est un des aspects les moins convaincants du livre.

Un autre point de flottement concerne les personnages principaux. Neph et Shéa sont des protagonistes bien construits et attachants, mais ils n’ont aucune agencité : ils passent leur temps à exécuter les ordres ou à suivre les suggestions d’autres individus, dont ils ne sont que les exécutants. Dès qu’ils ont achevé une tâche, on leur en confie une autre, et ils n’ont que peu d’influence directe sur l’intrigue. Il y a des moments où je me suis demandé, dans ce cas, pourquoi le roman ne suivait pas plutôt les personnages qui prennent les vraies décisions.

À noter encore quelques choix insolites au niveau du langage. Là encore, il s’agit d’une question de préférence personnelle, mais ils m’ont fait tiquer plus d’une fois au cours de ma lecture. Au cours du livre, chaque fois qu’un des Cérasiens parle, ses dialogues sont rédigés avec « l’accent cérasien », où les fins de mots sont remplacées par des apostrophes. Cela freine la lecture et n’apporte pas grand-chose, selon moi. De même, Shéa est désignée tout au long du récit par le descriptif « le Maître des Ombres. » L’idée curieuse d’associer un qualificatif masculin à un personnage féminin m’a fait sortir du livre à chaque fois.

Au final, malgré ce que j’ai perçu comme quelques points faibles, « L’exode » est un roman bien écrit, au bénéfice d’un univers riche, qui saura satisfaire les amateurs de fantasy classique.

Critique: Ash

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Une petite fille nommée Ash et sa famille vivent à l’orée de la forêt, là où les superstitions peuvent vous sauver la vie. La mort de son père remet tout en cause : en grandissant, la jeune fille est traitée comme une domestique par sa belle-mère qui ne rêve que de trouver de riches et prospères maris pour ses deux filles. Mais Ash fait deux rencontres qui vont bouleverser son destin : celle d’une des chasseresses du Roi, et celle d’un mystérieux personnage du pays des fées.

Titre : Ash

Autrice : Malinda Lo

Éditeur : Hodder (ebook)

Pour ceux qui ne l’auront pas compris en lisant le résumé, « Ash » est une nouvelle version de « Cendrillon. » Nouvelle, mais pas moderne, puisque l’autrice la situe dans le même monde de fées et de magique que le conte original.

Le principal intérêt du livre est le soin et l’expertise que Malinda Lo a déployé pour transformer une histoire brève et allégorique en un véritable roman, peuplé de personnages qui ont une voix et des motivations claires et qui suscitent l’empathie du lecteur. En lisant ce livre, on comprend ce qui motive cette jeune fille à s’éloigner de son foyer, mais on a tout autant de compréhension pour ses belles-sœurs, pour lesquelles le mariage représente la seule destinée possible, et même sa belle-mère, qui tente de prendre les bonnes décisions pour sa famille en dépit d’une situation difficile.

Tout cela est fait sans rien sacrifier du merveilleux des versions originales du conte. Dès que le roman s’éloigne du monde des humains, il nous plonge dans un pays inquiétant et magique, dans lequel nos lois n’ont pas cours et où la parole donnée peut avoir des conséquences terribles. L’autrice est parvenue à modeler son style afin qu’il soit aussi agréable à lire qu’un roman contemporain, mais avec des touches désuète dans ses choix de vocabulaire et la construction de ses phrases qui donnent parfois l’impression que l’on lit la version originale de l’histoire, dont les contes ne sont que de pâles résumés. C’est tout à fait admirable.

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L’autre originalité du roman, c’est qu’il inclut une romance entre deux personnages féminins. Le livre est d’ailleurs présenté comme la version LGBT de « Cendrillon », mais à mon sens cette étiquette peut induire les lecteurs en erreur. Il ne s’agit en aucun cas d’un roman militant, et la romance n’y joue qu’un rôle relativement secondaire. Elle est évoquée en filigrane puis rapidement conflue à la fin de l’histoire. Qui plus est, l’attirance de deux personnages de même sexe n’y est pas thématisé, et personne ne s’en émeut au sein de l’univers du roman, ce qui fait que du point de vue de l’intrigue, le fait qu’il s’agisse d’une histoire d’amour homosexuelle ne fait aucune différence. Celles et ceux qui appellent de leurs vœux davantage de représentation des minorités dans la littérature de genre y trouveront malgré tout une source mineure de satisfaction, d’autres resteront sur leur faim.

Au final, « Ash » est le témoignage du grand talent de son autrice, même si on pourrait souhaiter qu’à l’avenir elle mette celui-ci au service de textes plus ambitieux.

Critique: La Colère d’une Mère

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Le peuple des Alkayas vit au pied d’un arbre géant qui aide à concevoir sa progéniture. Une jeune femme, Valpuri Saule, souhaite plus que tout devenir mère mais un accroc dans ce projet va la mener à découvrir, à force de persévérance, des secrets dérangeants sur la société dans laquelle elle vit et sur Alkü, l’Arbre-Mère.

Titre : Mémoire du Grand Automne 2 : La Colère d’une Mère

Auteur : Stéphane Arnier

Éditeur : Bookelis (ebook)

Tout ce qui était plaisant, séduisant, intéressant dans le premier volume de « Mémoires du Grand Automne », « Le Déni du Maître-Sève » se retrouve dans le deuxième tome, mais en mieux. L’extraordinaire décor d’Alkü l’Arbre-Mère est toujours là, aussi fascinant que la première fois, mais cette fois, l’intrigue est encore mieux construite, les personnages plus attachants, le suspense plus intense, les enjeux plus clairs. Sans dévier brutalement de la formule qui avait fait le succès du premier livre, Stéphane Arnier parvient à la surpasser en qualité dans presque tous les domaines.

C’est en partie dû au changement de protagoniste. Alors que Nikodemus, le personnage principal du premier tome, était dans le déni, et passait une bonne partie de l’intrigue à éviter de voir la vérité en face, ce qui était handicapant pour une histoire centrée sur le mystère, Valpuri, elle, est en colère, et ce sentiment dope sa motivation et tire toute l’intrigue en avant. Ça donne une urgence à l’écriture qui est la bienvenue, et qui ménage quelques beaux moments de suspense.

Ce qui est vite évident à la lecture de ce volume, c’est le parti-pris minimaliste de l’auteur. Il fuit les effets de manche, les coups de théâtre, les éléments qui viennent révolutionner l’intrigue. On est là pour raconter une histoire en plusieurs tomes, avec un certain nombre d’éléments en jeu, qui nous sont révélés progressivement avec une certaine habileté, mais Stéphane Arnier ne se laisse pas dévier de sa trajectoire : il n’ajoute pas de personnages si ceux qui existent lui suffisent, il ne complique pas l’intrigue inutilement, il ne rompt pas avec ses thèmes ni avec sa ligne de départ. Il sait que son univers est original et que ses personnages sont bien dessinés, et, auteur mature, il résiste à la tentation d’en rajouter.

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Cela peut générer quelques frustrations par moments. Vers la fin du livre, une longue scène d’action finit par s’enliser un peu parce que les personnages, chacun dans son rôle, presque toujours rationnels, ne parviennent pas à nous surprendre suffisamment pour générer des sensations fortes. Mais finalement, on ne peut pas tout avoir : c’est parce que le livre est habilement construit, que les personnalités sont bien charpentées, que les enjeux sont clairs qu’on se laisse parfois aller à rêver qu’une grosse surprise vienne bousculer tout ça.

J’en ai d’ailleurs fait l’expérience de manière amusante lors de ma lecture. Le milieu du livre se transforme en une enquête bien menée, classique, à la Agatha Christie, du genre où les indices s’accumulent les uns après les autres et où les personnages se rassemblent pour recouper leurs informations et bâtir des hypothèses. Pendant un instant, je me suis dit que, tout de même, tout cela était drôlement académique. Et c’est là que le contraste m’a frappé : oui, c’est une enquête comme on en a lu beaucoup, sauf qu’Hercule Poirot, à ma connaissance, ne s’est jamais intéressé aux complots autour des mécanismes de la fertilité des arbres géants. Ce que j’ai perçu comme de l’académisme permet de faire accepter l’imagination fulgurante de l’univers du livre : l’auteur sait bien mieux que le lecteur de quoi son roman a besoin. On est dans une partie d’échecs, et il ne faut pas s’attendre à voir débarquer un dromadaire sur l’échiquier, entre un cavalier et un fou.

Du point de vue du style, Stéphane Arnier opte également pour la sobriété. Sa langue est claire, efficace et toujours adaptée au propos. Il s’autorise tout de même quelques petits plaisirs sous la forme d’images fortes glissées çà et là, pour décrire un paysage ou l’émotion d’un de ses personnages.

Au final, « La Colère d’une Mère » est un très bon livre de fantasy, maîtrisé et poignant, qui se situe dans un univers à mille lieues des poncifs du genre. Comme le premier roman de la série, il est chaleureusement recommandé.

Critique: Fable – La Quête de l’Oiseau Noir

 

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Dans un royaume fantastique, une jeune fille qui aime bien la bagarre, un voleur qui songe à changer de vie, un détective haut comme trois pommes, un chasseur à la recherche de sa sœur et une jeune prêtresse naïve vont vivre chacun des aventures rocambolesques qui vont s’entrecroiser et se compliquer jusqu’à ce que tout cela forme au final une belle grosse quête bien épique.

Titre : Fable – La Quête de l’Oiseau Noir

Auteur : Lucien Vuille

Éditeur : Stellamaris

C’est rare d’avoir à faire ce constat, mais « Fable » est un roman plus réussi que nécessaire.

Parce qu’en réalité, le lecteur qui découvre les premières pages du livre se rend vite compte dans quel genre il se situe : on entre dans un univers médiéval-fantastique humoristique-mais-pas-seulement, parodique-mais-pas-toujours, quelque part entre Terry Pratchett, Naheulbeuk et Wakfu. C’est très marrant, on rit fréquemment à haute voix des nombreuses trouvailles comiques de l’auteur, et franchement, si c’était tout ce que ce roman avait à offrir, on serait déjà tout à fait satisfait.

Peu à peu, pourtant, l’auteur nous fait comprendre qu’il n’a pas du tout l’intention de se contenter de ça. Les cinq personnages que l’on suit au départ, et dont on s’imaginait qu’on allait les suivre dans des aventures au long cours, sont vite rejoints par toute une galerie d’autres personnages hauts en couleur, tous très mémorables, dont les destinées se croisent et se défont dans tous les sens, et, au moment où l’on pense avoir saisi où l’histoire va nous emmener, un coup de théâtre débarque de nulle part et rebat les cartes de façon inattendue, puis un autre, puis encore un autre, et ainsi plus ou moins jusqu’à la dernière page.

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La maîtrise narrative de Lucien Vuille est impressionnante : il nous propose une trame complexe, faite d’intrigues secondaires qui semblent avoir des ramifications à l’infini, et continue à ajouter des personnages presque jusqu’à la fin du livre, et jamais on ne perd le fil, jamais la branche ne ploie sous le poids des mots. Tout cela a l’air élémentaire.

Autre qualité : le niveau d’inventivité est extrêmement élevé. On aurait pu, ici, se contenter d’idées réchauffées, en particulier dans la mesure où l’on s’attend à tomber dans une parodie, mais non, chaque personnage a quelque chose d’unique, chaque situation est imprévisible. La palme au personnage de la cuisinière du roi, une matrone dont on découvre rapidement qu’elle est capable de faire grandir sa cuillère et de s’en servir comme d’une arme… ou comme un moyen de transport. Et ce n’est que la première d’une très longue série de surprises – je ne mentionnerai pas ce qu’elle est capable de faire avec sa langue.

Haha ! La langue, justement. Le livre se lit très facilement, dans un style souvent simple, mais qui s’autorise régulièrement quelques savoureuses pépites de style. Les dialogues des personnages sont soignés, tous s’exprimant de manière singulière, avec quelques morceaux de bravoure au niveau des jeux de mots, ainsi que quelques passages en vers, parce que, après tout, pourquoi pas ? L’auteur, qui est Suisse romand, ne recule pas devant l’usage des régionalismes, ce que je trouve rafraîchissant. Il a par ailleurs un don extraordinaire pour nommer les gens et les choses.

Si les fils narratifs convergent agréablement vers une fin satisfaisante, certaines des intrigues secondaires ne mènent nulle part, peut-être afin d’être développés dans d’autres livres. C’est le seul élément qui m’a laissé un peu sur ma faim : même s’il y a deux autres volumes de « Fable », j’aurais bien aimé que celui-ci soit entièrement autosuffisant. Mais on touche ici davantage à mes préférences personnelles qu’à une critique.

Au final, « Fable – La Quête de l’Oiseau Noir » est à la fois un des livres les plus drôles que j’ai lu depuis longtemps, et un des meilleurs romans d’heroic fantasy qui me soit passé entre les mains depuis belle lurette. Il faut le lire.

 

Critique: The Road

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Le monde est mort. Une catastrophe est survenue, qui a mis fin à toute vie végétale et animale. Seuls survivent, dans un monde sombre et poussiéreux, quelques individus qui se nourrissent des restes de la civilisation déchue, ou qui se mangent entre eux. Un père et son fils traversent un paysage désolé, descendant une route qui doit les mener en bord de mer, espérant y trouver une vie meilleure.

Titre : The Road

Auteur : Cormac McCarthy

Edition : Alfred A. Knopf (ebook)

C’est la fin. Il n’y a plus d’espoir, nul part où aller, la civilisation est un échec et les vivants sont des fantômes. C’est l’horrible point de départ du chef d’œuvre de Cormac McCarthy, qui choisit pour illustrer cette situation le point de vue d’un père qui doit malgré tout insuffler un peu d’espoir à son fils, parce que c’est ce que font les parents, même quand ça n’a pas de sens.

Pour retracer le voyage de ces deux âmes perdues, l’auteur se fait le chroniqueur de chacun de leurs petits instants, de leurs gestes infimes : comment ils s’installent pour la nuit, comment ils utilisent chaque élément de matériel à leur disposition, comment ils utilisent le moindre objet déniché pour améliorer leur quotidien, comment chaque bouchée de nourriture est précieuse et pourrait bien être la dernière. Dans ce monde où plus rien n’existe, seuls les petits gestes ont de l’importance, aussi McCarthy s’attarde sur chacun d’eux, et parce qu’il le fait avec talent et minutie, le lecteur en vient à frémir quand ses personnages pénètrent dans un bâtiment inconnu, ou à désespérer quand ils n’ont plus de nourriture.

Car comme dans ses autres romans, l’auteur ne s’intéresse qu’aux toutes petites choses et aux grandes choses, et à rien au milieu. Pas pour lui, l’héroïsme, l’action, l’aventure : il n’y a que l’infiniment petit du quotidien, et l’infiniment grand de la condition humaine, de la tragédie des individus livrés à eux-mêmes face à des dieux muets.

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Pourtant, la lecture de « The Road » est une expérience viscérale et plongée dans un suspense parfois terrifiant. C’est que chaque rencontre du père et du fils avec d’autres survivants est potentiellement la dernière : comme il n’y a presque plus rien à se partager, détrousser son prochain, ou même le manger, peuvent être les seuls moyens de survivre. Ainsi, le rôle qu’occuperaient les morts-vivants dans un récit de zombie est ici tenu par les humains – ou plutôt, tous les vivants se comportent comme des morts-vivants. Le père est prêt à tout pour protéger son fils, alors que celui-ci s’accroche à l’idée qu’il doit être possible de continuer à se comporter décemment, même face à l’apocalypse.

Cormac McCarthy, lorsqu’il a sorti son roman, a insisté pour dire qu’il ne s’agissait pas d’un récit de science-fiction, lui qui n’a jamais œuvré dans la littérature de genre. Il a tort : son roman montre ce que la littérature de l’imaginaire peut faire de meilleur, c’est-à-dire sonder le cœur des hommes dans des circonstances extrêmes. Il est symptomatique du cloisonnement du monde littéraire que ni lui, ni la critique n’aient vu ce roman pour ce qu’il était, c’est-à-dire un chef-d’œuvre de l’histoire récente de la science-fiction.

Critique: Paradoxes 2 – Destins

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L’année 2147. Bruxelles vient de survivre à une guerre secrète entre loups-garous et vampires. Un inspecteur de police, Jared Thorpe, s’est retrouvé au cœur de ces événements et a au passage découvert certains secrets au sujet de sa propre nature qui le plongent dans une situation qui le dépasse. C’est là que d’autres clans de créatures surnaturelles entrent en scène, désireuses d’accélérer ou de prévenir la fin du monde.

Titre: Paradoxes, tome 2 – Destins.

Auteur: L.A. Braun

Éditeur: Auto-édition

Le parti-pris de la série, qui consiste à raconter une histoire qui emprunte les codes du film noir, mais avec des vampires, des loups-garous et d’autres créatures fabuleuses, et tout ça dans le futur, en Belgique, n’est sans doute pas pour tous les goûts. En ce qui me concerne pourtant, je suis très client de ce mélange. Il paraît improbable quand on le décrit de cette manière, mais en réalité il ne faut que quelques pages pour se plonger dans le bain et accepter que tout cela est la réalité de cet univers de fiction. C’est délicieux.

D’ailleurs l’univers s’est étoffé depuis le premier tome. Les créatures « classiques », auxquelles je faisais référence à l’instant, existent toujours, mais s’y sont ajoutés des clans plus exotiques dans la littérature de genre : des individus qui sont en réalité des dragons, ou encore des Atlantes, qui manigancent leurs plans en coulisses depuis des millénaires. C’est une des grandes réussites de ce deuxième volume, qui fait cohabiter au fil des pages des groupes antagonistes aux origines complexes et aux ambitions divergentes et en profite pour générer un suspense à multiples détentes. C’est un plat copieux, épicé, ce qui à mon avis vaut cent fois mieux que les soupes indigestes que certains auteurs cherchent à nous servir. L’idée de faire précéder le texte d’une nouvelle située dans le même univers est excellente.

L’univers secret que nous décrit l’autrice est bigarré et parfois baroque, ce qui crée un contraste avec la réalité terne du Bruxelles de l’avenir, qui lui sert de toile de fond. Dans Paradoxes, on croise de nombreux personnages hauts en couleur, qui tous, ont leur particularité, marquent la mémoire du lecteur et s’entrecroisent au sein de l’intrigue de toutes sortes de manière inattendue. L-A Braun a énormément de talent pour conjurer un bestiaire d’individus originaux.

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Au milieu de tout ça, cela dit, on a parfois tendance à perdre de vue le personnage principal, Jared Thorpe, ce détective plongé malgré lui au cœur d’une lutte entre divers clans surnaturels. Même si on en découvre un peu plus long sur son passé que dans le second tome, il ne trouve pas toujours sa place de protagoniste. J’étais enthousiasmé en découvrant au début du livre que Jared et un collègue policier allaient prendre en main l’enquête sur un personnage mort dans le tome précédent. Hélas, ce fil rouge qui aurait pu propulser l’intrigue est vite abandonné. À la place, Jared se fait ballotter au gré des rencontres, et ne joue jamais un rôle propulsif dans l’intrigue, se contentant de la subir. C’est bien sûr un motif courant dans le film noir, mais j’avoue que j’aurais apprécié que le personnage principal influence le déroulement des événements de manière un peu plus déterminante. Comme, en parallèle, les motivations des autres personnages sont parfois obscures, il y a des moments où le lecteur ne sait plus trop à quoi se raccrocher.

Le style de l’autrice est agréable, efficace, sobre en règle générale, il devient riche lorsque c’est nécessaire. Il a gagné en maturité depuis le premier volume et il est devenu un outil de haute précision qui lui permet de raconter de manière simple des scènes complexes.

En résumé, la saga « Paradoxes » se poursuit de manière enthousiasmante, en dépit de quelques imperfections mineures. Ce deuxième tome est une réussite, qui donne envie de découvrir le troisième et dernier volet de la saga.