Les quatre espèces d’auteurs

Il n’y a pas deux types d’auteurs, comme j’ai eu l’occasion de le clamer ici. Il n’y a pas non plus trois types d’auteurs, malgré ce que j’ai pu moi-même prétendre. Même si la volonté d’établir une typologie de celles et ceux qui prennent la plume est compréhensible et même utile, cela doit se faire au nom d’une meilleur compréhension de l’acte créatif, et pas dans le but d’établir des repères identitaires vides de sens.

Comme je l’ai argumenté dans un billet précédent, certains romanciers ont tendance à prendre les catégories de « Jardinier » et d’« Architecte » au pied de la lettre, et à les traiter comme les classes de personnages de Donjons & Dragons. On serait Jardinier comme on est Barde ou Druide, avec les possibilités et les limitations que cela suppose. Ces classifications seraient des panoplies prêtes à l’emploi, qu’il nous suffit d’endosser. Rien n’est plus éloigné de la vérité, pourtant. La réalité est plus complexe et plus raffinée, et ce n’est pas en la réduisant jusqu’à l’absurde que l’on s’en approchera.

D’ailleurs, qui a décrété que la manière d’écrire était le critère à utiliser pour ranger les auteurs dans diverses catégories ? Et si, à la place, on avait choisi de s’intéresser aux raisons qui poussent les romanciers à écrire, plutôt qu’à leur approche de l’acte d’écriture ? Au « pourquoi » plutôt qu’au « comment » ? On aurait accouché d’une autre typologie, ni plus, ni moins pratique. D’un côté, on aurait donc des « types » ou des « classes » d’auteurs, d’un autre, pour pousser jusqu’au bout la métaphore rôlistique, on aurait des « espèces » ou des « races » d’auteurs.

Tout cela n’est pas très subtil. Mais peut-être qu’en superposant ces deux grilles de lectures, on pourrait commencer à porter sur la caractérisation des auteurs un regard plus nuancé, et donc plus affuté. Après tout, si vous prenez, d’un côté, les trois types d’auteurs que j’ai eu l’occasion de décrire, et que vous les croisez avec les quatre espèces d’auteurs que je passe en revue ici, vous obtenez déjà douze catégories distinctes, et vous entrevoyez à quel point la réalité est plus complexe et plus intéressante que cela.

Un Bricoleur Viscéral (comme je le suis la plupart du temps) a la même légitimité à prendre la plume qu’un Architecte Spirituel, mais ce qui se passe dans sa tête lorsqu’il accouche d’une histoire peut être complètement différent. En prenant note de ces distinctions, et des dégradés qui se situent entre elles, cette typologie apparaît pour ce qu’elle est : une béquille pour la pensée, plutôt qu’un substitut à celle-ci. En cherchant à se caractériser, un auteur va en apprendre un peu sur lui-même, mais également, du moins je l’espère, prendre conscience que la singularité de sa démarche n’est pas facile à enfermer derrière une paire d’adjectifs.

Qu’est-ce qui distingue les quatre espèces d’auteurs, tels que je vous propose de les répertorier ? Tout simplement le point d’origine de leur élan vers l’écriture : la tête, le cœur, les tripes, ou rien de tout cela. Cela constitue donc quatre familles, que je détaille ci-dessous. À laquelle appartenez-vous ? À vous de lancer le débat, ci-dessous.

Les Cérébraux

« Mon but de romancier est de rendre cette épouvantable réalité intelligible », a expliqué John le Carré. Pour un auteur Cérébral, pour commencer, l’écriture a un but, et celui-ci est exprimable et quantifiable, en plus d’avoir des effets tangibles dans le monde réel.

Ce que les auteurs qui appartiennent à cette espèce tirent de l’écriture, c’est de la satisfaction : celle d’avoir, patiemment, au prix d’efforts, obtenu un effet délibéré. C’est le sentiment que l’on obtient lorsque l’on assemble un énorme puzzle ou que l’on résout un problème mathématique.

Les Cérébraux sont des alchimistes, qui apprécient de transmuter un concept en réalité, une idée en roman. Pour eux, écrire est un défi intellectuel. C’est quelque chose d’utile, de pratique, une mécanique qui peut être perfectionnée à l’infini, grâce à énormément de travail, mais également d’une démarche qui consiste à chercher à comprendre comment on écrit, et de quelle manière on pourrait améliorer ce processus. Ils font la grimace quand on essaye de les convaincre que la vérité objective n’a que rarement sa place en art.

Au fond, on peut diviser cette espèce d’auteur en deux sous-embranchements, dont les finalités sont différentes. Les premiers, à l’image de John le Carré, voient dans l’écriture un outil de compréhension du réel. Pour eux, la fiction est la loupe qui rend visible le fonctionnement du monde qui nous entoure. En l’améliorant, on s’approche toujours plus près de la substance véritable de la condition humaine, dans une démarche qui rappelle celle des scientifiques, des naturalistes.

Le second type d’auteurs Cérébraux rassemble de grands formalistes. Ils voient l’écriture comme une mécanique d’horlogerie, qui peut être analysée objectivement, comprise et améliorée jusqu’à la perfection. Ils écrivent donc pour apprendre à mieux écrire, et pour améliorer constamment leur maîtrise technique de leur art, dans un cycle sans fin.

Les Émotionnels

« Pourquoi est-ce que j’écris ? Parce que j’aime ça », a répondu Christine Angot, interrogée par la revue « Papiers. » Les auteurs Émotionnels peuvent différer sur bien des aspects, mais ils se rejoignent sur un plan : ils écrivent par goût, par passion, parce que cela leur procure des sensations agréables, qu’il s’agit de leur passe-temps préféré.

Pour un Émotionnel, la conséquence de l’acte d’écrire, c’est le plaisir, c’est cela qu’ils recherchent et qui les pousse en avant. Écrire les rend joyeux, leur change les idées, leur permet d’échapper à leur quotidien, les divertit, les amuse. La récompense est immédiate et instantanément satisfaisante. Ils écrivent pour la même raison que certains jouent au tennis, se bronzent sur les plages ou jouent de la clarinette : parce que ça leur plaît.

La médaille a son revers, cela dit. En quête de leur dose de plaisir, certains d’entre eux fuient autant que possible tous les aspects plus rébarbatifs de l’existence de femme ou d’homme de lettres, ce qui fait qu’il peut leur arriver de manquer de motivation, parce que lors des moments difficiles de la rédaction d’un roman, le plaisir n’est pas toujours au rendez-vous.

Tous les Émotionnels ne trouvent pas le plaisir dans les mêmes aspects de l’écriture. Ils peuvent même être très spécialisés. Certains membres de cette espèce apprécient de jouer avec les mots, leur rythme et leur sonorité, et d’explorer la poétique du langage. D’autres sont passionnés par leurs personnages, aiment entrer dans leur tête, comprendre comment ils fonctionnent, les confronter les uns aux autres, jusqu’à, parfois, les considérer – presque – comme des proches. Il y a également des romanciers qui appartiennent à cette famille parce qu’ils ont tant aimé une œuvre littéraire qu’ils cherchent à reproduire à travers l’écriture leur plaisir de lecteurs. Ceux-là sont souvent auteurs de fan fiction ou de pastiches, proches de l’original ou savamment revisités.

Les Viscéraux

« J’écris parce que j’ai dès mon enfance éprouvé le besoin de m’exprimer et que je ressens un malaise quand je ne le fais pas. » À l’image de Georges Simenon, les auteurs Viscéraux expriment parce qu’ils en ressentent le besoin.

On le comprend bien, un romancier qui appartient à cette espèce obtient du soulagement en échange de ses efforts. Elle ou il a l’écriture qui la démange : c’est une compulsion, une obligation, comme le fait de respirer ou de s’alimenter. On ne peut pas dire que les auteurs Viscéraux aiment réellement écrire : plutôt, ils souffrent de ne pas le faire. Si les circonstances les privent de la possibilité de créer par ce biais, ils asphyxient, puis s’étiolent. En tout cas ils font la grimace.

Bien sûr, il s’agit d’une motivation en creux : un Viscéral, c’est quelqu’un qui ne supporte pas de ne pas écrire, mais qui peut parfois manquer d’un réel intérêt pour le faire. Au nom de la satisfaction de leur besoin, ils peuvent se contenter d’histoires imparfaites, voire bâclées, se sentant moins concernés par la qualité du résultat final que par le fait que le processus de création ait eu lieu.

Tous, bien entendu, ne ressentent pas ce besoin d’écrire pour les mêmes raisons. Certains produisent tant d’idées que celles-ci s’accumulent dans leur cerveau et finissent par sentir le moisi si elles ne trouvent pas une vie sur le papier. D’autres ressentent la nécessité de prendre la plume parce que cela leur permet de matérialiser des émotions qui sont enfouies en eux, et cela contribue donc à leur bonne santé mentale. Il y en a aussi qui voient dans le fait de donner vie à des personnages une manière de faire vivre les voix dans leur tête, les différents aspects de leur personnalité et de se réconcilier avec elles.

Les Spirituels

Charles Bukowski l’a très bien résumé : « Si je savais pourquoi j’écris, je n’en serais sûrement plus capable. » Pour un Spirituel, l’acte d’écriture est un mystère, et plus on cherche à le comprendre, plus on s’éloigne de la vérité. Dans leur cas, l’écriture est vécue soit comme une routine, soit comme une quête, en tous les cas comme un cycle sans fin, qui n’est pas destiné à connaître de dénouement. Le point d’interrogation, toujours situé à la fin de la question « Pourquoi est-ce que j’écris ? » constitue pour eux la plus essentielle des motivations.

Le point faible des Spirituels, c’est leur immobilisme. Ils peuvent produire des œuvres d’une grande beauté, mais leur démarche artistique est nécessairement statique, puisqu’ils refusent de s’interroger sur sa nature, et donc de se diriger vers tout changement ou progrès, quel qu’en soit la nature. Ils pratiquent une écriture en suspension, ni analytique, ni existentielle.

Au fond, on peut distinguer deux grandes sous-catégories d’auteurs Spirituels : les premiers sont en communication avec l’indicible. Selon eux, il y a quelque chose d’inexprimable dans la démarche d’un artiste, et chercher à le comprendre est vain, et même contreproductif. De la même manière que seule la pratique du bouddhisme permet d’en comprendre les principes, ils considèrent qu’il n’y a qu’en écrivant que l’on comprend pourquoi l’on écrit, et ce discernement disparait le plus souvent au moment où l’on pose la plume.

Pour la seconde sous-catégorie, il y a quelque chose de magique dans l’écriture, et pour cette raison, ils refusent de jeter sur elle un regard analytique. Au fond, ils ne savent pas pourquoi ils écrivent, et ils ne veulent pas le savoir. Certains peuvent même réagir avec colère lorsque l’on cherche à lever à leur place un coin du mystère. Il est tout à fait possible qu’ils appartiennent en réalité à une des trois autres catégories, mais prennent leurs distances avec toute forme de typologie, de peur de casser la machine.

Critique : Mythic Odysseys of Theros

blog critique

Dans le monde de Theros, des héros forgent leur propre légende et tentent de s’attirer les bonnes grâces d’un panthéon de Dieux querelleurs et jaloux. Ce décor de campagne pour le jeu de rôle « Donjons & Dragons » s’inspire de la mythologie grecque… jusqu’à un certain point.

Titre : Mythic Odysseys of Theros

Auteur: Wizards of the Coast

Éditeur: Wizards of the Coast (vo)

Ce n’est pas dans mes habitudes de rédiger ou de publier ici des critiques de matériel de jeu de rôle. Premièrement, ce n’est pas le sujet de ce blog. Deuxièmement, même si je garde un œil sur la production rôlistique, je ne joue plus depuis des années.

Cela dit, je fais une exception aujourd’hui, parce que je pense que l’évocation de ce livre peut intriguer tous les auteurs qui s’intéressent au worldbuilding et plus généralement à la construction d’un décor de roman.

« Mythic Odysseys of Theros » est un univers de campagne destiné à la cinquième édition du jeu de rôle « Donjons & Dragons », qui est tiré d’un univers créé à la base pour le jeu de cartes à collectionner « Magic : L’Assemblée », publié par le même éditeur. Il s’agit d’un produit singulier, puisqu’il propose la description d’un univers de fiction largement inspiré de la mythologie et de l’histoire grecque, qui en reprend les codes, certains éléments narratifs, et tente d’en refléter l’ambiance, mais en recréant tout cela de zéro, plutôt que de se servir directement des personnages, lieux et histoires connus de tous.

On a donc affaire à un ersatz : Theros n’est pas la Grèce, mais elle y ressemble énormément, en plus vaste et plus flamboyant. On y trouve la trace que l’inconscient collectif a conservé des cités-États grecques, mais remodelée, reformulée, avec, par exemple, une ville nommée Meletis qui tient – plus ou moins – le rôle d’Athènes. Ce monde-là est peuplé d’humains, mais aussi de centaures, de satyres, ou encore de minotaures, qui ont eux aussi leurs terres natales et leur culture.

TherosOdyssey

Quant aux Dieux, ce ne sont pas les Olympiens auxquels nous sommes accoutumés. Ici, il n’y a pas de Zeus, d’Apollon ou d’Artemis. À leur place, on trouve des figures aux noms différents, mais qui leur ressemblent énormément. On serait bien en peine de dénicher des différences fondamentales entre Demeter et Karametra, son homologue sur Theros.

Par contre, certaines figures du panthéon ne trouveraient pas leur place aussi facilement parmi les Olympiens. Heliod, le dieu du soleil, est un amalgame psychorigide d’Apollon et de Zeus. Et on cherchera en vain un équivalent de Mars, le dieu grec de la guerre. À la place, Theros propose deux divinités aux philosophies rivales : Iroas, le dieu-centaure de la victoire, et Mogis, le dieu-minotaure du massacre. On mentionnera encore que Theros n’a pas d’équivalent d’Hermes, mais qu’il inclut Phenax, une sorte de version grecque du dieu scandinave Loki.

Ces figures divines jouent un rôle de premier plan dans les aventures que les joueurs qui utilisent ce livre vont vivre. On meurt pour elles, on se bat pour elles, on exécute des quêtes épiques en leur nom. Des mécaniques de jeu permettent d’imiter assez efficacement le type de récits épiques hérités de l’époque des aèdes.

Mais à la lecture de ce livre habilement rédigé et richement illustré, on est saisi par une question : pourquoi diable ne pas simplement avoir utilisé les dieux grecs ? Même si l’un des deux est en bronze et l’autre pas, qu’est-ce que Purphoros, le dieu de la forge de Theros, permet d’accomplir narrativement que son équivalent hellénique Hephaïstos ne permet pas ?

Il y a vraisemblablement plusieurs réponses à cette question, qui vont du registre le plus cynique au plus convaincant. Pour commencer, il est aisé de s’en rendre compte, proposer une Grèce remodelée permet à l’éditeur Wizards of the Coast de posséder complètement la propriété intellectuelle ainsi produite. Pour le dire crûment : ils peuvent sortir des autocollants et des lunch-box à l’effigie de Heliod et encaisser tous les bénéfices, alors que s’ils faisaient la même chose avec Apollon, rien n’empêcherait la concurrence de marcher sur leurs plates-bandes, puisque le personnage est dans le domaine public.

Deuxième considération qui a peu à voir avec un souci de créativité : zapper les originaux et les remplacer par des copies permet d’esquiver des débats qui auraient à coup sûr surgi à la publication, tels que des accusations d’appropriation culturelle ou des querelles d’experts qui n’apprécient pas la manière dont l’éditeur a retranscrit l’histoire ou la mythologie grecque. Là, Wizards peut clamer, avec hypocrisie mais tout de même : « Ah mais non, Thassa, déesse de la mer, n’a rien à voir avec Poseidon, je ne sais pas de quoi vous parlez, laissez-moi tranquille ou j’appelle la police. »

erabos

Et puis les mythes grecs, il faut s’en rappeler, n’ont pas été créés pour tous les publics. En particulier, les aventures extramaritales de Zeus seraient peut-être difficiles à justifier vis-à-vis d’un public américain prompt à s’offusquer de toutes sortes de choses. Les dieux de Theros, plus sages, ont moins tendance à semer leur progéniture dans tous les coins. Là, on est tranquilles. On s’ennuie un peu, mais on est tranquilles.

Pour se montrer un peu moins sarcastique, le fait que les auteurs fassent le choix d’ignorer les aspects les moins modernes du monde antique permet l’univers présenté dans cet ouvrage d’inclure sans limites ni distinction les personnages de tous les genres et de toutes les origines. Ce n’est peut-être pas complètement raccord avec la vérité historique, mais cela permet d’incarner ou de mettre en scène des femmes qui commandent des régiments ou des philosophes qui ont toutes les couleurs de peau imaginables.

Par ailleurs, en-dehors de ces considérations fondées sur le marketing, proposer un ersatz de Grèce antique ouvre également des perspectives créatives intéressantes.

Déjà, comme je l’ai expliqué, les dieux de Theros, mais également les cultures, les nations, ne sont pas de simples décalques de leurs modèles grecs. Parfois, le décor de campagne prend même des distances vertigineuses avec la mythologie. Une cité-État labyrinthique peuplée de minotaures, des hordes de morts-vivants masqués qui s’échappent de l’enfer, des îles mouvantes, une peuplade de lions anthropomorphes qui vivent dans le désert : voilà autant d’idées propres à Theros, qui seraient plus délicates à insérer dans un livre fidèle à la tradition. Les auteurs se permettent tout et signalent ainsi aux meneurs de jeu qu’ils peuvent faire de même.

Il en découle une grande liberté. Il n’y a pas de tabou, pas de retenue à avoir par rapport à l’héritage culturel de la Grèce antique. Envie de tuer un Dieu ? D’en ajouter un ? Tenté par l’idée de détruire une ville par une catastrophe naturelle ? Ou d’ajouter à Theros une île, inspirée de l’Atlantide, mais peuplée d’êtres aux étranges pouvoirs ? Et si vos versions locales de Platon et Protagoras étaient des magiciens ? Comme ce n’est pas la Grèce, tout cela s’insérera sans peine dans vos histoires.

DD-Satyr

En plus de cette liberté, l’approche singulière de Theros offre davantage d’égalité du point de vue de la culture générale. Parmi les joueuses et les joueurs de D&D, tous n’ont pas une connaissance encyclopédique de la mythologie. En réinventant tout cela, tout le monde se retrouve sur un pied d’égalité : celle qui sait tout au sujet de l’histoire de Sparte ne va pas faire dérailler la partie par des digressions, puisque sur Theros, Sparte n’existe pas. Ou en tout cas, pas exactement. Le décor de campagne est plus hospitalier, plus facile d’accès que ne le serait un livre consacré à la Grèce.

Ce qui le rend également plus ouvert au grand public, c’est que Theros est une version simplifiée de la Grèce, optimisée pour le jeu. Ici, l’histoire complexe du Péloponnèse est condensée dans un temps, mythique, rendue plus claire, plus facile à assimiler, sans avoir à trahir une réalité historique. De la même manière, les relations entre les Dieux, leurs hiérarchies internes, les détails de leurs origines et de leurs ministères, sont bien plus simples dans le monde de Theros qu’elles ne le seraient dans un ouvrage consacré à la mythologie. C’est de la pop-mythologie.

Enfin, d’une certaine manière, on pourrait argumenter que la voie choisie par les concepteurs de ce livre est presque une obligation. Theros a été conçu pour Magic, un jeu où les participants campent des voyageurs dimensionnels dotés de capacités extraordinaires, et il est ici adapté pour D&D, où les joueurs incarnent des magiciens, des moines, des bardes et autres druides. Dans un cas comme dans l’autre, on se trouve déjà à mille lieues de la Grèce antique. Prendre ses distances avec le modèle permet de parvenir plus élégamment à un mélange entre la mythologie et les éléments hérités du jeu.

Au final, « Mythic Odysseys of Theros » est un supplément de jeu de rôle très réussi. Il parvient à évoquer une ambiance très spécifique et à la marier aux contraintes du jeu auquel il est destiné. En ce qui concerne les auteurs qui œuvreraient dans le domaine de la fantasy ou de l’uchronie, il peut également fournir un exemple d’une manière très pragmatique de résoudre une équation complexe entre source d’inspiration et nécessités pratiques. À quel point doit-on se rapprocher ou s’éloigner de nos sources d’inspiration ? Peut-on puiser dans les œuvres du domaine public ? Leur doit-on une certaine fidélité ou peut-on s’autoriser à les réinventer complètement ? Quels sont les critères qui permettent de prendre ce type de décision esthétique ? Theros offre un exemple de réponse à ces questions que peuvent se poser de nombreux auteurs.

Les Farandriens, une race pour D&D 5e

blog jeux de rôle

Quelque chose d’un peu différent cette semaine. Constatant qu’il y avait des quantités invraisemblables de travail préparatoires qui dormaient sur mon disque dur, en rapport avec mon univers de fantasy steampunk du Monde Hurlant, et ayant eu l’envie de m’y replonger, je me suis dit qu’il serait amusant d’en partager une petite partie avec mes lecteurs, sous une forme ludique.

J’ai donc eu l’idée de créer une race pour Donjons et Dragons, cinquième édition. Un document qui peut être utilisé de trois manières: pour les joueurs, il peut effectivement servir de base à un personnage de jeu de rôle, pour mes lecteurs, il présente quelques informations inédites qui peuvent être intéressantes, et pour les curieux… eh bien c’est une curiosité.

Si cette idée a du succès, peut-être que j’appliquerai le même principe à d’autres races de mon univers, comme les Lithiques, les Prismates ou les Farandriens. Donc si ça vous plaît, manifestez-vous.

Le document au format pdf est ici, bonne découverte:

Les Farandriens

Éléments de décor: le crime

blog crime

Il ne faut pas s’étonner que le crime soit un des thèmes les plus abordés en littérature : il est, par essence, dramatique, et se prête à d’infinies variations. Le crime, c’est une violation de l’ordre établi, ce qui en fait automatiquement un sujet intéressant à examiner. Il touche également à la morale de l’être humain et aux facteurs qui peuvent le pousser à commettre le bien ou le mal. Et puis comme le crime est par définition interdit, c’est qu’il va se heurter à des résistances, voire à des conséquences très lourdes, et ça signifie donc qu’il porte en lui les germes du conflit et donc du drame.

Le crime, qu’est-ce que c’est ? Un concept bien trop vaste pour être épuisé dans ce billet, pour commencer, donc je vous prie d’avance de me pardonner, mais je ne vais faire qu’esquisser le sujet. Si l’on part en quête d’une définition, on pourrait dire qu’il s’agit de la catégorie la plus grave des infractions au code pénal ou à d’autres lois qui servent de cadre à notre société, supérieure en cela au délit. C’est lui qui a les conséquences les plus sérieuses et qui est réprimé avec le plus de vigueur, et celles et ceux qui commettent des crimes peuvent s’attendre à finir en prison ou à subir d’autres peines majeures.

Il existe différents types de crimes, qui ont peu de rapport entre elles. Ici, on va surtout considérer les crimes contre la propriété, tels que les vols, les cambriolages, le recel, le détournement de fonds, la fraude, l’extorsion, et les crimes contre l’intégrité physique, comme le meurtre, le viol, les coups et blessures, mais aussi les commerces illégaux, comme le trafic de drogue, de fausse monnaie ou d’armes à feu. D’autres types d’infractions, tels que les crimes de haine, les crimes de guerre, les crimes contre l’environnement ou les crimes contre l’humanité ne font pas directement l’objet de ce billet, mais certains des éléments discutés ici peuvent y être appliqués également, si on fait un petit effort.

S’il existe différents types de crimes, il y a aussi différents types de criminels. Les premiers sont les criminels occasionnels, ou criminel d’opportunité, ceux qui commettent un assassinat sous l’emprise de la colère et n’ont pas l’intention de recommencer, ou ceux qui commettent un casse dans une station-service parce qu’ils ont besoin d’argent. Il y a aussi des criminels de carrière, à toutes sortes de niveaux, du petit dealer de drogue jusqu’au gros bonnet de la pègre. Et puis il y a des individus qui commettent des crimes, essentiellement monétaires, mais continuent à se considérer comme des éléments ordinaires de la société.

La question de la motivation du criminel est cruciale. Qu’est-ce qui pousse un individu à violer la loi ? L’appât du gain, l’effet d’entraînement, le désespoir, les besoins financiers, la colère, la vengeance sont des mobiles très fréquents. Parfois, on peut même commettre des crimes pour des raisons honorables, comme Tom Sawyer qui planifie l’évasion de Jim dans « Huckleberry Finn » de Mark Twain.

D’ailleurs, voilà un aspect du crime qui offre d’innombrables possibilités à un auteur. Le crime est un miroir de la société, en cela que ce sont les crimes qui forgent les criminels. Al Capone est un des barons de la pègre les plus connus de l’histoire, mais il ne faisait que vendre de l’alcool pendant la Prohibition. Quelques années plus tôt ou plus tard, rien dans ses activités n’aurait été interdit par la loi. Que penser d’un individu qui aide des immigrants illégaux à traverser les frontières ou les héberge chez lui ? Dans certains cas, la loi et la morale ne sont pas d’accord sur ce qu’il convient de considérer comme un crime.

Si la criminalité est présente dans toute la littérature, elle est au cœur d’un genre : le roman policier. Celui-ci s’intéresse, selon les histoires et selon les auteurs, à trois types de personnages, qui sont en fait les trois parties prenantes du crime : le criminel (ou le suspect), le justicier (policier, juge, avocat, détective privé, etc…) et la victime (également l’entourage de la victime ou les victimes périphériques). Pour un romancier, il y a des jeux intéressants à tenter en mélangeant ces trois rôles : et si le criminel était la victime d’autres criminels ? Que se passe-t-il quand un policier viole la loi au nom de ses idéaux de justice ? Et si la victime, par vengeance, se met en tête de faire la justice elle-même ? Et qu’arrive-t-il quand un juge devient victime d’un crime ?

Même si le roman policier tel qu’on le connaît aujourd’hui a pris forme lors de ces cent dernières années, il a des racines très profondes – on n’a qu’à penser que la Bible introduit dès ses premières pages un personnage d’assassin nommé Caïn. D’ailleurs les meurtres, les pillages et les vols abondent dans les littératures de l’Antiquité. Autant dire que les victimes aussi sont des figures anciennes de la littérature, même si l’idée de sonder leur cœur est contemporaine. Les détectives en tant que protagonistes sont un ajout plus récents, et selon certains historiens de la littérature, le tout premier détective romanesque moderne serait l’inspecteur Bucket, dans « Bleak House » de Charles Dickens, en 1853. Même si c’est vrai, il existe des ébauches de personnages qui mènent l’enquête depuis bien plus longtemps que ça.

Le crime et le décor

Quand on parle du crime, à cause de l’influence du polar littéraire ou cinématographique, on s’imagine presque sans le vouloir une rue mal éclairée, à l’aspect délabré ou inquiétant, qu’on se figure comme une sorte de décor par défaut du crime. En tant qu’auteur, c’est le genre de cliché qu’il faut fuir avec hâte : ce qui rend le crime fascinant, c’est qu’il pénètre tous les milieux et toutes les couches de la société, et votre histoire criminelle sera d’autant plus intéressante qu’elle se situera dans un milieu qui sort de l’ordinaire : et si un jardin d’enfant était utilisé comme plaque tournante pour un gros trafic de drogue ? Et si une affaire de meurtre prenait place dans le milieu des décorateurs d’intérieur ? Et si un paysagiste ou un dentiste poursuivaient une seconde carrière en tant que cambrioleur ?

De la même manière, un romancier qui souhaitera situer l’action de son polar dans un décor en particulier a l’embarras du choix – et ne doit surtout pas s’interdire de s’éloigner des sentiers battus. On pense par exemple au concept de syndicat du crime : peut-être est-il temps de s’éloigner des stéréotypes venus des films de mafieux ou de yakusas. Une bande criminelle peut très bien naître dans la campagne profonde, ou au sein d’une minorité à laquelle la littérature ne s’est pas beaucoup intéressée. Et si votre syndicat du crime était entièrement composé de femmes ? Ou de geeks ? Ou de Néo-Zélandais ? Ou de Bretons ? Ou d’homosexuels ? Quel que soit votre choix, ce qui compte le plus, au final, c’est de savoir quel genre d’activités poursuit ce syndicat du crime, quels membres le composent et comment sa hiérarchie fonctionne (au sommet et à la base).

Mais tous les criminels ne sont pas membres d’une organisation hautement hiérarchisée. Toute une partie de l’activité criminelle est commise par des individus solitaires ou des petits groupes, des amis, des familles ou des partenariats de circonstances. La structure dissolue de ce genre de groupe criminel et les tensions que cela génère peuvent être très intéressants pour un auteur.

Si c’est le point de vue des victimes qui vous intéresse, l’unité de décor dans laquelle peut s’inscrire votre histoire est la famille. En général, un crime a beaucoup de répercussions dans le proche entourage de la victime. Cela dit, il existe toutes sortes de familles différentes et dans certaines d’entre elles, peu unies, le soutien espéré risque de tarder à venir. D’autres milieux peuvent venir se greffer là autour : les amis, les médecins et le monde hospitalier, les psys, l’entourage professionnel, un cercle de soutien, l’église, etc… L’impact d’un crime violent en particulier peut se faire ressentir dans toute une communauté.

Côté justice, les éléments de décor attendus sont également usés par une longue habitude de leur utilisation dans la littérature : le commissariat de police, la brigade criminelle, le laboratoire, la morgue, le palais de justice, etc… Chacun d’entre eux est presque devenu un cliché du polar en soi. Si vous vous lancez dans ce genre d’histoire, essayez de trouver un angle pas trop usé pour vous en servir, une certaine manière de les décrire, ou une originalité dans votre description. Si votre roman raconte une enquête autour d’un meurtre menée dans une brigade qui vient d’être endeuillée par un attentat terroriste, par exemple, cela va lui conférer une dynamique différente de celle que l’on a l’habitude de voir partout.

Toutes les époques ne se ressemblent pas du point de vue de l’activité criminelle, et tant les méthodes des criminels que celles des policiers évoluent en fonction des sursauts de la technologie et de la société. On peut même dire que le crime et la lutte contre le crime sont en partie guidée par une forme d’escalade technologique : les progrès des policiers forcent les criminels à se montrer plus inventifs sur ce plan-là, et inversement. Pour s’en sortir, les policiers ont dû être des chasseurs, puis des scientifiques, et aujourd’hui des informaticiens.

Ce qui est considéré comme un crime varie également avec les cultures et les époques – on a déjà cité le cas de la Prohibition – et il y aurait matière à écrire un roman intéressant sur l’enquête d’un policier politique chargé de traquer des dissidents dans un régime totalitaire, avec les tiraillements de conscience que cela suppose.

Il y a aussi des périodes plus mouvementées que d’autres du point de vue de l’activité criminelle. Lors d’une récession, la criminalité augmente, et on retrouve derrière des barreaux des individus qui n’auraient jamais songé à violer la loi auparavant.

Le crime et le thème

Par nature, le crime et la police peuvent s’insérer dans n’importe quelle strate de la société, apparaître dans tous les milieux, toucher n’importe quel type d’individu pour les raisons les plus diverses. Plus que n’importe quel autre élément de décor, une histoire de nature criminelle peut être déclinée pour évoquer les thèmes les plus divers. Il n’y a pratiquement aucune limite aux variantes que l’on peut explorer. C’est en grande partie ce qui explique le succès durable des enquêtes criminelles dans la littérature et l’audiovisuel. On peut choisir de consacrer une histoire de ce type à des thèmes aussi divers que l’honneur, l’argent, la mort, la trahison, la famille, ou des centaines d’autres possibilités.

Certains thèmes, cela dit, sont plus spécifiquement liés au crime et c’est dans des histoires centrées sur cet élément qu’ils peuvent s’épanouir le plus naturellement. C’est le cas de la descente aux enfers : le thème où un auteur explore les conséquences d’une tentation, d’un passage à l’acte ou d’une erreur de jugement, qui finit par avoir des conséquences épouvantables pour le protagoniste et son entourage. Une première infraction est suivie d’autres, puis d’autres encore, alors que le personnage égare sa boussole morale et se pardonne de plus en plus de méfaits, jusqu’à ce qu’il ne puisse plus s’évader de la vie de crime qu’il a choisie.

Certains romans noirs aiment explorer la noirceur de l’âme humaine – l’idée que les véritables monstres sont autour de nous, et que même les individus les plus ordinaires sont capables de commettre des actes effroyables. Peut-on encore les comprendre, ces tueurs en série, assassins de masse, terroristes ? Peut-on les voir comme nos frères et sœurs humains, ou n’y a-t-il rien chez eux que l’on soit capable de reconnaître ? Et cette part sombre de nous-mêmes, quels sont ses effets, comment se propage-t-elle ? Est-ce qu’à vouloir trop comprendre les individus ignobles, on ne risque pas de finir par perdre ses repères ?

L’appât du gain est également un thème lié au crime, comme il l’est également à l’argent. Représenter dans la fiction le désir d’accumuler des richesses comme une faim insatiable, face à laquelle les fragiles digues morales qu’érigent les individus ne résistent pas longtemps, est un classique des histoires criminelles. Dans certains cas, l’amorce de la vie criminelle démarre pour des raisons pragmatiques – la survie, la volonté d’assurer la subsistance de sa famille – mais elle peut finir ensuite par être corrompue par un appétit de plus en plus furieux pour l’argent. À l’inverse, un personnage vénal mais respectueux de la loi peut être tenté d’aller de plus en plus loin pour accumuler son magot, jusqu’à commettre des crimes impardonnables.

Impardonnables – ou peut-être pas. Le pardon, la rédemption, sont aussi des thèmes qui méritent d’être abordés. Une fois que l’on a commis des actes que la société désapprouve, quels sont les moyens de rentrer dans le rang et de retrouver une certaine dignité vis-à-vis de nos semblables ? Comment résister à l’envie de replonger ? Voilà un joli point de départ pour quantité d’histoires romanesques.

Le crime et l’intrigue

Il est possible de structurer la construction d’un roman grâce à des éléments issus du monde du crime. C’est ce qu’on observe en particulier dans les histoires de casses, celles dans lesquelles on suit une bande de criminels qui planifie patiemment un cambriolage qui paraît impossible, avant de le mettre à exécution avec plus ou moins de succès. Là, la structure de l’histoire épouse de près celle du casse, les points-charnières étant formées par les principales étapes du crime et de sa préparation.

Il est également possible d’adopter une approche biographique : un roman pourrait suivre toute la carrière d’un criminel, depuis son premier larcin jusqu’à son arrestation, ou sa mort.

Mais plus que le délit en lui-même, c’est souvent la résolution du crime qui est la plus intimement liée à la structure des histoires criminelles. Ce n’est pas pour rien qu’on parle de roman policier. L’enquête, avec la révélation initiale, la collecte d’indice, une série de déductions et de retournements de situation, et une arrestation finale, constitue une intrigue prête à être utilisée pour raconter n’importe quel type d’histoire. On reviendra sur ces questions dans un prochain billet.

Le crime et les personnages

Au fond, les trois types de rôles principaux d’une histoire criminelle peuvent concerner n’importe quel personnage de votre histoire : est-il un criminel ? Un justicier ? Une victime ? Sous quelle forme ? A-t-il endossé un de ces rôles dans le passé ? Qu’est-ce qui pourrait le mener à le faire dans l’avenir, et en particulier, à quel point est-il susceptible de violer la loi ?

Il est très courant, en littérature, de décréter qu’un personnage a un passé de criminel, qu’il a fait de la prison, qu’il est ancien flic ou qu’il est en cavale et activement recherché. C’est le cas également dans des genres qui n’ont pas grand-chose à voir avec le polar. Le plus souvent, il s’agit d’une manière un peu facile de montrer qu’il s’agit d’un dur à cuire, de quelqu’un qui a une part sombre, et donc de donner l’illusion qu’il a de l’épaisseur.

Ne tombez pas dans ce piège. Il peut être intéressant de donner une trajectoire dans le crime à l’un de vos personnages, mais faites en sorte d’éviter les stéréotypes et de vous demander quelles marques ce genre d’expérience peut laisser sur la personnalité d’un individu. En général, celles et ceux qui sont passés par là sont marqués, instables, ont du mal à se réinsérer, entretiennent au sujet de l’existence une vision fataliste ou narcissique, ou encore se coupent de leurs contemporains, avec lesquels ils ont peu d’expériences en commun.

Souvenez-vous aussi que les histoires criminelles ont un long passé, qui charrie avec lui des stéréotypes et des mauvais réflexes. Par exemple, les protagonistes de ces histoires sont très majoritairement des hommes, à moins qu’il s’agisse de victimes, auquel cas on a plutôt affaire à des femmes. Voilà un déséquilibre que vous pourriez juger pertinent de corriger.

Variantes autour du crime

Les lois que produit une civilisation sont un miroir de ses valeurs. Ce que l’on choisit d’interdire, de réprimer, montre quelles sont nos priorités, nos tabous, ce que l’on considère dangereux pour la société. C’est quelque chose qu’un auteur de fantasy ou de science-fiction ferait bien de garder à l’esprit, parce que cela signifie que le crime devient un outil narratif qui permet d’explorer la société et de fournir de l’exposition.

Vous souhaitez écrire une histoire de SF située dans un monde où les riches peuvent télécharger leur conscience dans un ordinateur, et habiter des répliques androïdes d’eux-mêmes, parfaites et éternellement jeunes. Afin de mettre en lumière le fonctionnement d’une telle société, rien de tel que d’entamer l’histoire par un meurtre : que signifie un crime violent pour quelqu’un qui peut dupliquer sa conscience à l’infini, et comment s’y prendrait-on si on souhaitait l’assassiner pour de bon ?

Chaque aspect du processus de la lutte contre le crime peut recevoir une variante issue de la science-fiction. Dans sa nouvelle « Rapport minoritaire », adaptée au cinéma, Philip K. Dick met en scène un monde où la police peut détecter les meurtres avant qu’ils aient lieu. Vous pouvez explorer des variantes du même genre en mettant en scène une brigade criminelle qui peut voyager dans le temps, un futur où toutes les pulsions meurtrières ont été scientifiquement purgées de l’âme humaine, ou en écrivant une histoire autour de policiers qui luttent contre les crimes violents dans les mondes virtuels.

Le crime peut également prendre une forme poétique dans des genres comme le merveilleux ou le réalisme magique. Qu’advient-il d’une victime à qui un voleur a dérobé le cœur, et qui doit continuer à vivre sans cet organe où elle cachait ses émotions ? Quelles sont les motivations du voleur de mots, qui vient chaque nuit dérober des pans entiers du vocabulaire des citoyens d’une ville, jusqu’à ce que les enquêteurs ne soient plus capables de communiquer entre eux ? Et s’il était possible d’assassiner quelqu’un en réarrangeant son mobilier, comme dans « Enigma » de Peter Milligan ?

Réfléchissez aussi aux implications que les éléments les plus exotiques de votre décor ont sur les normes légales en vigueur dans votre univers. Dans un monde, comme ceux du jeu de rôle « Donjons & Dragons », où certains prêtres ont le pouvoir de ramener les morts à la vie, moyennant une certaine somme d’argent, on pourrait en déduire que le meurtre devient une simple atteinte à la propriété, mais que par contre tout ce qui a trait au blasphème serait puni très sévèrement.

⏩ La semaine prochaine: Écrire le mystère