Critique : Mâchoires d’écume

blog critique

Poursuivant leur quête destinée à retrouver et réunir les Synalions afin de combattre les forces d’Orga, deux d’entre eux, Lilas et Carson, partent en mission spéciale, bravant les terribles Eaux du Froid Mordant, afin de recruter le dernier élément manquant. Pendant ce temps, le jeune Jaz se réfugie au sein d’une troupe de saltimbanques.

Disculpeur : Sara est une amie

Titre : Les Enfants d’Aliel, tome 3 : Mâchoires d’écume

Autrice : Sara Schneider

Edition : Le Chien qui pense (ebook)

Une des joies des « Enfants d’Aliel », c’est que chaque volume est un peu meilleur que le précédent. Comme le premier était déjà très bon, cela ménage de très agréables moments de lecture. « Mâchoires d’écume », à ce titre, est un peu le tome de la maturité, celui où l’autrice domestique totalement son sujet et déploie son plein potentiel littéraire, qui est considérable.

« Mâchoires d’écume » poursuit l’intrigue entamée dans les tomes précédents, et constitue à ce titre le troisième chapitre de la saga complète des « Enfants d’Aliel ». C’est important de s’en rendre compte, afin d’aborder l’oeuvre correctement : le volume n’est pas lui-même construit comme un roman indépendant, avec un début, un milieu et une fin, mais s’insère comme le troisième acte d’une histoire complète.

Si c’est le meilleur épisode jusqu’ici, c’est aussi parce que c’est le plus inventif, le plus surprenant, le plus haut en couleurs. On découvre de nouveaux personnages savoureux, une nouvelle culture particulièrement originale, quelques créatures mémorables, ainsi qu’une description très vivante du fonctionnement d’une troupe itinérante de théâtre, qui mériterait sa saga à elle seule. Quant aux protagonistes, ils continuent à être attachants, distinctifs et convaincants en tant que personnes.

5433

J’ai déjà eu l’occasion ici de vanter la plume de Sara Schneider et son talent de conteuse. Je ne vais pas le refaire ici : sachez simplement qu’on retrouve ces qualités intactes, peut-être même renforcée par l’expérience, avec un sens aigü du dosage, qui consiste à décider avec beaucoup de justesse quand il convient de s’arrêter et de décrire les choses à fond, et quand il faut faire vite.

Ce qui est fondamentalement une qualité a parfois engendré chez moi quelques frustrations. Lorsque Jaz découvre de l’intérieur le fonctionnement de la troupe qu’il a intégré, ou qu’en compagnie des autres, on apprend comment fonctionne un navire, ou qu’on découvre une civilisation étrange, l’autrice prend le temps de nous faire comprendre, vivre, ressentir les choses. Le résultat, c’est un ralentissement du rythme, qui donne parfois l’impression que les personnages s’arrêtent, fascinés, pour contempler ce qui les entoure. Pendant ce temps, moi, lecteur, je me rappelle qu’ils sont en mission, que le sort de l’humanité est en jeu et que le temps presse. Par pitié, qu’ils arrêtent de faire du tourisme !

Mais en réalité, tout cela parait délibéré. Premièrement, le récit sait créer des points de rupture et des situations d’urgence qui rompent ce rythme contemplatif exactement quand il faut. Deuxièmement, le fait de prendre le temps d’absorber les détails qui constituent le monde sert les personnages, qui apparaissent dès lors comme plus humains, plus concernés que ceux qu’ils combattent. Cela m’apparaît comme une adéquation astucieuse et subtile entre la forme et le fond, et au final, cela constitue un des nombreux points forts du livre.

Si j’ai une critique, elle concerne les enjeux. Ici, on suit les aventures de deux personnages qui recrutent un nouveau membre dans le groupe, et d’un troisième qui tente d’échapper au danger. Mais pendant ce temps, hors-champ, les autres personnages principaux participent à une campagne militaire pour lutter contre les forces d’Orga, et on ne les retrouve que dans les dernières pages du volume. Fondamentalement, c’est plutôt une bonne idée de se concentrer sur un nombre limité de personnages, et pour l’essentiel, ça contribue au succès du roman. En revanche, en ce qui me concerne, j’ai perdu le fil des enjeux fondamentaux : où en sont les forces d’Orga ? Quelles sont leurs intentions ? Qu’est-ce qui est en jeu si elles gagnent ? Qu’est-ce que les Synalions projettent de faire de leur côté pour empêcher ça ? Selon moi, ça aurait valu la peine d’expliquer, d’illustrer ou de réaffirmer ces éléments. Bien qu’on assiste ici à quelques scènes sur des attaques commanditées par l’ennemi, j’attendais un point de bascule dramatique, et j’ai parfois eu l’impression, au troisième tome de la saga, de me situer toujours dans un (excellent) prologue.

Cette réserve ne gâche pas du tout le plaisir ressenti pendant la lecture de cet excellent roman, et j’ai hâte de découvrir la suite (alors que le cinquième et ultime tome vient de paraître).

Critique : La Peine des Derniers-Nés

blog critique

La civilisation des Alkayas s’est résignée à accepter la mort inéluctable de son Arbre-Mère, Alkü. La jeune Hely Saule est particulièrement représentative d’une génération qui n’attend rien de l’avenir d’un peuple devenu stérile. Au sein de sa famille, pourtant, certains voient les choses autrement : son oncle Ayrat planifie un voyage dont l’issue pourrait bouleverser la destinée de ses semblables.

Titre : Mémoire du Grand Automne – La Peine des Derniers-Nés

Auteur : Stéphane Arnier

Éditeur : Bookelis (ebook)

Un aveu pour commencer : j’ai dû me forcer à entamer la lecture de ce quatrième et dernier tome de la série « Mémoire du Grand Automne ». Ma réticence n’avait rien de bien mystérieux : je savais qu’en le lisant, l’histoire allait se conclure pour moi, et je ne me sentais pas prêt à dire adieu à cette histoire. Une réaction qui n’est pas inattendue en soi, mais qui devient ironique quand on considère que ce cycle parle justement de ça : comment faire son deuil, comment se comporter lorsque, inéluctablement, les choses prennent fin ? Comme les personnages de l’histoire, j’ai fini par me faire une raison et par cheminer, aussi sereinement que possible, vers la conclusion.

Est-ce une conséquence de cette fébrilité ou non, je l’ignore, mais j’ai eu un peu de mal à entrer dans ce quatrième tome. Dans ma critique du troisième épisode, j’avais souligné à quel point je trouvais admirable la capacité de l’auteur à tisser une intrigue tout en économie de moyens, à se servir, avec discipline et méticulosité, des pièces qu’il avait disposé sur l’échiquier, et à se refuser tout ajout d’éléments nouveaux qui ne seraient destinés qu’à créer artificiellement un effet de surprise. Cette fois-ci pourtant, le fait de retrouver une fois de plus des éléments récurrents de la série – une protagoniste isolée de ses semblables, des secrets de famille, des poursuites nocturnes – m’a donné une impression de réchauffé. Tout ce qui m’avait paru magistral la troisième fois me semblait soudain tourner en rond à l’acte 4.

J’aurais dû faire davantage confiance à l’auteur. Après cette entrée en matière un peu conventionnelle, le récit prend rapidement une autre dimension, et nous emmène là où aucun des tomes précédents ne nous a conduit. Sans rien dévoiler de l’intrigue, soudain, le cadre de l’histoire s’élargit considérablement, les événements du passé prennent une envergure nouvelle, et on comprend vite que l’on s’achemine vers une conclusion qui sera à la hauteur des attentes.

6645

Je suspecte que la manière dont le récit commence est délibérée de la part de l’auteur, afin de nous faire partager l’asphyxie qu’éprouvent certains de ses personnages face à leur absence de perspectives. L’une d’entre eux, d’ailleurs, se permet de s’écrier : « J’en ai assez ! Les serments antiques, les secrets de famille, les hontes du passé… J’en ai ma claque ! », ce qui a fait écho à mes propres réactions. Au final, que tout cela soit intentionnel ou non, ça a fonctionné parfaitement sur moi, et c’est tout ce qui compte.

Une des grandes qualités de « Mémoires du Grand Automne », c’est sa cohérence thématique. Depuis le début, on explore l’une après l’autre, aux côtés des personnages, les différentes phases du deuil, et on en arrive naturellement à la dépression, suivie d’une forme d’acceptation. On ne s’étonnera pas que cela ne confère pas une tonalité très riante au récit, mais cela lui donne une dimension tragique, présente depuis le début du cycle, et qui trouve à présent son couronnement. Il ne faut pas s’imaginer qu’il s’agit d’un roman triste où tous les personnages sont déprimés, cela dit : tous n’en sont pas au même stade de leur deuil, et c’est d’ailleurs de cette différence que proviennent les principales sources de conflit. On peut même dire qu’il existe une dimension psychanalytique à ce roman, puisque, en fonction de son attachement aux personnages et à l’univers, le lecteur sera lui-même resté bloqué à l’un ou l’autre des stades du deuil, et percevra, je le suspecte, les événements de manière très différente.

Difficile, cela dit, de ne pas être comblé de la manière dont Stéphane Arnier conclut son cycle. Il semble que les derniers chapitres ont été planifiés de longue date, et ils se révèlent parfaitement dosés, trouvant l’équilibre idéal entre inattendu et logique du récit : sans deviner exactement de quelle manière les choses vont se dérouler, on est satisfait des réponses qui nous sont apportées, parfaitement cohérentes avec tout ce qui précède, sans pour autant paraître éventées. C’est un tour de force. Il faut souligner à quel point ce genre de réussite est rare dans les littératures de l’imaginaire.

Deux mots encore du style : certains passages sont magnifiques, tout en sobriété enchanteresse et en force évocatoire. L’auteur, maître de son art, parvient à conjurer des images ou des sensations sans jamais écrire un mot de trop, ce qui fait de ce volume le plus éblouissant de la série du point de vue de l’écriture.

Lors de ma lecture, j’ai malgré tout rencontré des réserves mineures, comme la protagoniste, Hely, qui, bien que convaincante dans son rôle, n’atteint pas selon moi les sommets de certains autres personnages marquants de la saga. Je me suis aussi amusé du fait que, dans les romans de Stéphane Arnier, personne n’est jamais complètement déraisonnable, et on finit toujours par débattre de ses différends. Malgré tout, cette vision du monde très cérébrale est indissociable de la tonalité singulière de la série et de ce qui la rend attachante, donc il serait malvenu de la décrire comme un défaut.

Cela mérite d’être répété : « Mémoire du Grand Automne » est une saga de fantasy magistrale, un classique contemporain, que je recommande chaleureusement à toutes les amatrices et amateurs du genre. Située dans un monde imaginaire profondément original et construit avec beaucoup de soin, elle raconte une histoire multi-générationnelle aux thèmes forts et aux personnages attachants, distincts et plein d’épaisseurs, un récit maîtrisé de bout en bout et qui laisse des souvenirs marquants longuement après la lecture.

M’enfin, ce n’est que mon avis.

A toutes fins utiles, vous trouverez ci-dessous mes critiques des tomes précédents :

Le Déni du Maître-Sève

La Colère d’une Mère

Le Pacte des Frères

Critique : Le cheval de feu

blog critique

Après les épreuves traversées dans « Le grand éveil », Lilas et ses nouveaux alliés, les Synalions, forgent des liens et poursuivent leur lutte contre Orga, dont l’emprise maléfique ne cesse de s’étendre et d’attiser les mauvais instincts chez celles et ceux qui croisent la route de nos héros.

Titre : Les enfants d’Aliel tome 2 – Le cheval de feu

Autrice : Sara Schneider

Editions : Le chien qui pense (ebook)

C’est avec appétit que j’ai poursuivi ma découverte de ce qui m’apparaît comme un classique moderne de la fantasy, avec son histoire et son monde à la fois uniques et immédiatement familiers. Je n’ai pas été déçu : ce deuxième volume tient toutes ses promesses et est en tous points l’égal du premier.

En ce qui me concerne, c’est le langage qui m’offre le plaisir le plus immédiat lorsque je découvre un roman de Sara Schneider. Son style est un bijou, avec un art consommé du mot juste, une gourmandise des mots, mais également une retenue qui lui interdit d’en faire trop et de verser dans le tape-à-l’œil. A chaque page, on s’émerveille de la facilité apparente avec laquelle elle conjure des images dans notre tête, trouve de nouvelles manières de décrire des choses familières, et s’arrange toujours pour que les descriptions et l’exposition ne soient pas des corvées mais des cadeaux. C’est une leçon, et tout auteur intéressé par cet aspect de l’écriture serait bien avisé de s’y plonger.

L’autrice a toujours autant de facilité à dessiner des personnages mémorables et attachants. Chacun des protagonistes du roman bénéficie d’une voix propre, immédiatement identifiable, de valeurs, et de méthodes spécifiques, de failles et de taches aveugles. Ce qui est encore plus admirable, c’est que malgré le fait que chacun d’entre eux joue un rôle très spécifique dans l’histoire, Sara Schneider les fait évoluer et modifie leurs priorités et leurs relations au gré des épreuves qu’ils traversent. C’est encore plus réussi que dans le premier volume.

Parmi les gloires qui sont spécifiques à ce roman, il faut absolument citer l’introduction des guerriers durnach, dont on découvre la culture focalisée autour du cheval. Si vous avez l’impression d’avoir déjà lu tout ce que la fantasy avait offrir au sujet des civilisations équestres, ce livre vous fera changer d’avis : sans trop en dévoiler, les durnach ont une culture profondément originale, cohérente et fascinante, qui plus est parfaitement intégrée au narratif. On découvre leurs valeurs et leurs usages, sans gaspiller une seule page qui ne serve pas également le récit ou les personnages. C’est élégant et fascinant. Moi qui d’ordinaire suis assez peu sensible à tout ce qui tourne autour du cheval, ce roman est venu me chercher et m’a convaincu de m’y intéresser. Tout cela est, osons le dire, triomphal.

Un autre aspect du livre qui m’a donné envie d’applaudir concerne une intrigue secondaire qui occupe une place importante, et qui tourne autour du personnage de Jaz, le jeune frère de Lilas qu’on avait cru, un peu hâtivement, placé dans une voie de garage de l’intrigue. Il se retrouve embarqué dans une enquête policière diabolique, qui ne cesse de se corser et de réserver des surprises au lecteur. Ces passages m’ont pris par surprise et constituent au final ma partie préférée du « cheval de feu ».

54354

Comme toujours, je consacre la dernière partie de cette critique à exprimer quelques réserves. Elles sont mineures.

Le début du roman m’a laissé perplexe. On retrouve nos héros qui profitent d’une halte pour prendre un peu de repos et se recentrer. Ces pages sont agréables à lire, elles permettent de découvrir la culture durnach et d’approfondir les relations entre les personnages, ce qui est appréciable. Par contre, j’ai perçu un léger flottement, face à des protagonistes dont je ne comprenais plus tellement les priorités et les objectifs. C’est un segment de l’histoire sans enjeux forts, ce qui est déconcertant pour entamer un roman. On comprend mieux l’origine du phénomène quand on comprend que « Le cheval de feu » est en réalité, sauf erreur, la seconde moitié du premier tome original, qui a été coupé en deux. Ces chapitres auraient sans doute trouvé leur place plus naturellement au milieu d’un livre que dans les premières pages.

De manière générale, le roman, malgré toutes ses qualités, présente par moments une impression de dispersion : Lilas, qui était clairement le personnage principal du premier tome, est ici plus effacée et ne sert pas d’ancre au récit ; les protagonistes traversent des épreuves importantes mais n’accomplissent pas grand-chose de significatif dans leur quête. Au final, on aurait un peu de peine à décrire de quoi parle ce livre, en-dehors du fait qu’il propose la suite des aventures des enfants d’Aliel. C’est selon moi à la fois un péché et une bénédiction : cela affaiblit un peu la singularité de ce livre, mais renforce le côté feuilleton de ce qui est, au final, une saga à épisodes dont on se réjouit de découvrir la suite.

Bref, je ne vais sans doute pas trop tarder à lire le troisième tome, vous l’avez compris.

L’interview : Lucien Vuille

blog interview

Après François Curchod, on poursuit notre galerie de portraits d’auteurs suisses qui valent le détour sur le site.

Lucien Vuille est né en 1983 à la Brévine, dans le canton de Neuchâtel. Après avoir exercé successivement les professions de fromager, d’instituteur puis d’inspecteur de police et avoir vécu dans plusieurs villes romandes, il retourne dans sa région d’origine pour se consacrer davantage à l’écriture. Les habitués du site ont déjà entendu parler de ses romans de fantasy humoristique « Fable« . « Penalty », qui vient de sortir aux éditions Kadaline, est son premier roman destiné à la jeunesse.

Pourquoi consacrer un roman au football ?

Tous les ingrédients d’un roman intéressant se trouvent dans le monde du football. Rien que dans le récit d’un match, il y a un potentiel épique énorme. C’est d’ailleurs cette dimension que peux endosser le football qui me plaît, qui me pousse parfois à regarder des matchs improbables comme Dnipro Dnipopetrovsk-Mölde en VoD ou me déplacer à Berne pour voir jouer Ferenváros. Certaines parties sont ennuyeuses, c’est un peu une loterie mais souvent, un match de football t’offre tout ce pour quoi ton cœur peut battre : des retournements de situation, des drames, des cliffhangers, des fins tragiques… Il y a quelque chose de pourri au royaume du football mais ce monde en lui-même c’est un feuilleton sans fin : rebondissements, trahisons, records, histoires d’amour… Tout est là.

Quelle est l’origine du projet ?

Malgré la passion qui m’anime au sujet du football – une passion dédiée au ressort narratif des matchs, des tournois, des transferts plus qu’à l’aspect technique ou tactique de ce sport – je n’imaginais pas forcément raconter une histoire dans l’univers. Et puis, mon éditrice s’est manifestée : elle cherchait un auteur prêt à écrire un roman dans le monde du football destiné à la jeunesse. J’ai sauté sur l’occasion, tout d’abord parce que j’adore écrire des histoires et que j’aime le football mais aussi car toutes les planètes étaient alignées : on était en plein confinement, j’avais du temps à revendre et ma tête débordait d’épisodes d’Olive et Tom, de l’École des Champions mais surtout de matchs de football épiques qui m’ont marqué à vie.

penalty-ivo (1)

Qu’est-ce que ça représente pour toi, le football ?

Pour être franc, durant la plus grande partie de mon enfance, je n’y comprenais pas grand-chose. J’allais sur le terrain avec les copains, mais j’étais plus occupé à déambuler en m’imaginant des histoires qu’à chercher à suivre le ballon. À l’époque, le football c’était vraiment le domaine de mon père. Il écoutait les matchs de Xamax le dimanche après-midi, à la table de la cuisine, l’oreille tendue vers sa petite radio blanche en plastique. Quand il y avait l’équipe suisse qui jouait, il regardait la Nati à la télévision et la soutenait comme s’il était au bord du terrain, à crier à chaque occasion. C’était mon père le spectacle qui m’intéressait plus que la Nati des années 80. Une fois envoyé au lit, depuis ma chambre de gosse, je pouvais estimer la quantité d’actions de la Suisse aux décibels produits au salon. C’est en 94, quand la Suisse s’est qualifiée à la coupe du monde aux USA, que j’ai commencé à regarder la télévision plutôt que mon père durant les matchs. J’ai découvert les joueurs grâce aux albums Panini et petit-à-petit, j’ai trouvé mes marques. J’ai rattrapé mon retard avec des almanachs, des livres d’or et plus tard je me mettais à jour avec les jeux vidéo, pour connaître la composition des clubs européens.

C’est marrant parce que je me rends compte que j’ai reproduit le même schéma d’héritage avec mon fils ainé. Je le traînais un peu aux matchs, je me doutais qu’il venait plus pour les saucisses à la mi-temps que pour le spectacle mais depuis l’Euro 2020, je remarque qu’il s’intéresse, qu’il me pose des questions sur les règles ou l’histoire du foot. Et c’est lui qui réclame d’aller voir Xamax-Wil, ce qui prouve la sincérité de son intérêt.

J’aime surtout la dimension homérique des matchs, la glorieuse incertitude de chaque partie, les retournements de situations, les remontées fantastiques… Je trouve aussi qu’il y a quelque chose de demi-divin que l’on concède aux vedettes du football et c’est tout aussi épique. Je m’intéresse plus à cette dimension-là plutôt qu’à la tactique ou la stratégie. Je n’y comprends pas grand-chose, je suis un piètre analyste. Par contre, je pense connaître par cœur tous les résultats de la Nati durant les tournois internationaux que j’ai vu, je peux te citer le parcours en club de bien des joueurs et je reconnais l’année d’un maillot de la Suisse. Mais te dire si telle ou telle équipe joue en 4-3-3 ou en 4-5-2, j’en suis incapable.

En outre, le football est le seul sport, à ma connaissance, qui sache – je ne sais comment – toucher l’ensemble de l’humanité helvétique. On l’a vu après la fabuleuse victoire de la Suisse contre la France (28.06.2021, gravé dans nos cœurs). Une semaine après l’événement, tout le monde l’évoquait encore, quel que soit son niveau d’intérêt pour le sport ou le football, son âge ou sa profession, chacun d’entre nous en a entendu parler, et a éprouvé quelque chose.

À part le football, il n’y a aucun sport qui peut rassembler ainsi. Les exploits de Federer sont historiques, on a une chance dingue de suivre sa carrière, l’équipe de Suisse de hockey est arrivée très loin en championnat du monde, Werner Günther est une légende mais aucune de ces superbes réussites n’a rassemblé le peuple suisse comme a pu le faire ce match de football.

C’est un livre pour la jeunesse. Qu’est-ce que tu souhaites que tes jeunes lectrices et lecteurs en retirent ?

Les enfants et les adolescents ont rapidement une sacrée pression sur les épaules. Très tôt, ils sont poussés à trouver leur voie, à découvrir dans quel domaine ils excellent et à exploiter ce créneau. S’ils lisent ce livre, j’espère qu’ils comprennent que personne n’est obligé d’être bon dans un domaine et surtout qu’on n’a pas besoin d’être doué dans une activité pour s’amuser en la pratiquant. C’est terrible d’entendre des jeunes dire des phrases comme « J’adore le foot mais je vais arrêter parce que je suis trop nul ». Ce qui compte, c’est aimer ce qu’on fait, pas d’être le meilleur.

Écrire le football, c’est difficile ? Comment est-ce que tu t’y es pris ?

Les séquences de matchs, c’est effectivement assez difficile à décrire. Pour tout te dire, c’est pire que des combats à l’épée ou des alexandrins. Il y a beaucoup de données à gérer et à transmettre au lecteur : le temps qui s’écoule, l’action, la position du ballon, ce que font les vingt-deux joueurs… Il n’y a pas de secret incroyable, j’ai écrit en imaginant que j’expliquais un match à quelqu’un qui ne l’aurait pas vu, j’ai laissé reposer, j’ai relu et tenté d’y comprendre quelque chose. Au final, c’est un peu toujours la même recette que j’applique :  je suis un tâcheron, j’écris, je relis, je corrige, je continue d’écrire, je relis, je re-corrige….

C’est le tome 1 de « Penalty », cela suppose qu’il y aura au moins un tome 2 ? Le protagoniste va changer ?

C’est le projet de mon éditrice et cela me comble de joie. Il me reste beaucoup de choses à raconter sur Ivo Zyzak, donc il va rester au cœur de l’aventure mais le curseur va sans doute se déplacer sur d’autres personnages, secondaires dans le tome 1, qui prendront un peu plus d’importance dans le deuxième tome.

Néanmoins, même s’il y aura d’autres tomes, je tiens à préciser que ce livre raconte une histoire complète, qui se suffit à elle-même.

La préface est signée Bernard Challandes, qu’est-ce que ça représente pour toi ?

J’ai grandi à la Chaux-du-Milieu, un tout petit village qui a tout de même donné des acteurs importants du football romand : Guillaume Faivre, Sébastien Jeanneret et Bernard Challandes. Depuis toujours, on suit avec intérêt et fierté son superbe parcours d’entraîneur à Yverdon, Servette, Zurich, en Arménie et au Kosovo… En 2009, il a emmené Zürich au titre de champion suisse, c’était beau. Et en plus, il avait son autocollant dans le Panini 95. Surtout, au-delà de ses superbes résultats, j’ai toujours énormément apprécié ses tribunes, prises de position, ses coups de gueules. Il défend les valeurs purement sportives du football. Bernard Challandes, c’est le dernier des Mohicans, il continue de porter la flamme du football sincère, pas celui du fric et des magouilles. Il y a plein de choses horribles dans le football, qui dégoutent les plus passionnés : la dette d’un demi-milliard du FC Barcelone, les Anglais qui refusent leur médaille d’argent, le Real qui offre 200 millions pour un joueur… mais le monde du football est une auberge mal famée dans laquelle passent parfois des princes.  Quand mon éditrice m’a demandé si j’avais quelqu’un en tête pour dédicace, j’ai tout de suite pensé à lui. Je ne voyais personne d’autre, parce que les valeurs que j’espère transmettre à travers mon livre, ce sont les mêmes que Bernard Challandes défend.

lucien2

Enseignant, apprenti fromager, policier, auteur : tu as porté de nombreuses casquettes à travers ta vie. Est-ce que tout cela nourrit ton écriture ?

Évidemment, je n’invente rien, je m’inspire de tout ce que j’ai vécu, vu, entendu, lu, regardé, rêvé… Tous ces jobs c’est des expériences, des rencontres, des souvenirs qui abreuvent chacun de mes récits. Je crois que tout ce qu’on écrit nous décrit. On ne fait que de parler de soi.

Ta production est très diversifiée. En plus de « Penalty », on pense à la série de fantasy comique « Fable », ton magazine pulp, de la poésie, des livres dont vous êtes le héros. Est-ce qu’il y a un point commun entre toutes ces activités ?

Je ne veux pas rester cantonné dans un seul genre, tout simplement parce que je veux écrire les livres que j’aimerais lire et que mes intérêts sont nombreux. Tu imagines ne regarder que des polars, jamais de films d’un autre genre ou ne lire que des Stephen King ? Pour moi c’est autant difficile de me cantonner à écrire des histoires dans un seul genre. Le lien entre mes bébés, c’est la passion. J’aime écrire, j’aime chaque étape, quand ça mijote dans la tête, quand ça prend forme sous les doigts… Et quand on est lancé et que les mots sur le papier, ou l’écran, vont plus vite que la pensée. Tu écris des romans, tu connais cette sensation, quand on tape sur le clavier comme on respire, qu’on ne peut plus s’arrêter. C’est comme quand tout d’un coup quelqu’un a lu ton livre et t’en dit du bien… ou bien même juste quand quelqu’un a lu ton livre et t’en parle. Le panard.

Combien d’idées de projets littéraires as-tu encore dans tes cartons ? Des rêves ?

Pléthore ! La saga de fantaisie héroïque « Fable » est toujours en chantier. Mon objectif est de raconter plein d’autres histoires dans ce monde que j’ai créé, de plein de manières différentes. Les trois premiers volumes, j’ai réussi à en sortir un par année, mais le quatrième – un livre dont vous êtes le héros – m’a pris beaucoup plus de temps que prévu. Je suis dessus depuis plus de trois ans ! Néanmoins le cinquième (un recueil de nouvelles) est déjà bien avancé, le sixième est entamé et le septième – qui sera un jeu vidéo – lui aussi. J’ai un roman policier qui a trouvé son éditeur, mais qui patiente dans les tubes. Il raconte mes années passées à la police judiciaire genevoise. Une fois qu’il sera sorti, je terminerai le roman inspiré de mon expérience d’inspecteur de police dans le canton de Neuchâtel. J’écris la vie d’Ulysse en 10’000 alexandrins, en 2022 dans les meilleures librairies, un roman hommage à Star Wars, une sorte de fan-fic assumé. Dès que j’aurais fait un peu d’ordre, j’ai un roman qui traite d’un sujet qui m’horrifie, les fantômes. À côté de ça, j’écris des romans pulps sur commande, sous pseudonyme. Et chaque mois, des nouvelles publiées dans mon fanzine, Pulper Heart. Je crois que j’ai fait le tour.

Quelle est ton approche de l’écriture ? Comment naissent tes projets ?

Il y a de tout, je ne suis pas attaché à des rituels. Certains romans, je les ai écrits du premier au dernier mot sur l’ordinateur, pour d’autres j’ai rempli des cahiers de note et de brouillons. Chaque histoire est planquée, quelque part à l’intérieur de moi, dans la tête et/ou dans le cœur, et je la laisse sortir comme elle veut. Mais globalement, dans un premier temps, je fonce, je raconte l’histoire qui me trotte dans la tête (c’est ce que j’appelle le squelette). Une fois que j’ai terminé ça, je remets le tapis sur le métier à tisser, je relis, je corrige, je peaufine, j’ajoute des machins, je change des trucs. Généralement, les nouvelles et les romans je les écris à l’ordinateur et les poèmes sur des cahiers, mais il y a des exceptions. Ensuite, comme tu l’auras compris, j’ai toujours plein de casseroles sur le feu. Certaines histoires doivent être cuites rapidement, d’autres mijotent pendant des mois ou des années. Mon seul secret, c’est d’écrire, tout le temps, encore et encore.

L’interview: François Curchod

blog interview

C’est le retour des interviews sur le site. Cette semaine, j’ai le plaisir de vous proposer à la lecture un échange avec François Curchod. François est un auteur suisse né en 1987. On lui doit la série de fantasy « Orlan & Byggvir », dont le deuxième tome vient de sortir, ainsi que les nouvelles parues sous le titre « Le recueil des émotions »

« La Montagne du pouvoir » est le deuxième tome de ta série « Orlan & Byggvir ». Comment t’es-tu lancé dans l’écriture de cette suite ?

Après le premier tome, j’ai ressenti le besoin de faire autre chose. Alors pendant une année, je me suis lancé le défi d’écrire une nouvelle par mois, chacune traitant d’une émotion différente. C’était grisant de faire quelque chose de nouveau, différent. Mais l’histoire d’Orlan & Byggvir m’a très vite rattrapée.

Quand j’ai replongé dedans, j’ai écrit une centaine de pages, avant de faire une nouvelle pause. C’était au début de la covid et je n’avais plus la motivation. Pendant plusieurs semaines, je n’ai touché aucun manuscrit. Finalement, j’ai lentement repris, et au fil des pages, mon envie de créer est revenue. Aujourd’hui, je suis content de publier cette suite. Ce tome a été plus difficile à écrire !

En quoi est-il différent du premier ?

Les lecteurs qui ont découvert le premier volume avaient pratiquement toute la même question. Pourquoi s’appelle-t-il Orlan & Byggvir, alors que l’histoire suit essentiellement Orlan ? À l’époque, je ne m’en étais pas rendu compte d’avoir donné autant d’importance à ce personnage.

Alors j’ai voulu rectifier le titre. Dans ce tome, l’histoire tourne bien plus autour de Byggvir. Contrairement à son ami, il ne se sent pas taillé pour l’aventure. Pourtant, il n’a pas le choix. Il doit prendre la route, c’est une question de survie !

C’est aussi pour ça que j’aime discuter avec mes lecteurs. Ils voient des choses qui m’échappent. Grâce à eux, j’ai pu rectifier le tir sur le deuxième tome et je les en remercie. Sans eux, il aurait été bien différent. Certainement moins bien d’ailleurs !

Qu’est-ce que tu as appris sur l’écriture lors de la rédaction du premier volume, que tu as pu mettre en application dans celui-ci ?

Je crois que ce qui m’a le plus servi, c’est de comprendre la construction d’un ouvrage. Parce que lorsqu’on commence, généralement on tâtonne. Et plus on écrit, plus on progresse.

Pour ma part, j’ai pris l’habitude d’avancer par actes. Un peu comme des points de passage que je m’impose. Ils sont souvent constitués de trois parties. C’est une technique très connue, qui nous vient du théâtre et qui m’a énormément servi pour le premier tome.

Au départ, il devait en être de même pour « La montagne du pouvoir ». Mais je me suis rapidement rendu compte que je ne pouvais utiliser précisément la même approche. C’est de cette manière que j’ai compris que ce tome serait constitué de quatre parties. Et comme par magie, l’histoire s’est constituée face à moi !

867867

Quelle est ton approche de l’écriture ? Comment est-ce que tu travailles un nouveau projet ?

Souvent, ça commence par une simple phrase, que j’écris sur une note de mon téléphone. Elle se remplit plus vite qu’elle ne se vide, ce qui est bon signe ! De temps à autre, je vais y puiser une idée que j’intègre à l’une de mes histoires, ou alors si je la trouve vraiment pertinente, je l’utilise comme sujet principal de mon récit.

Ensuite, je construis des personnages et des lieux autour de cette idée. Bien souvent, cette partie me prend pas mal de temps. J’aime que mes protagonistes soient bien construits. J’apprends à les connaitre avant de les coucher sur papier. Je m’imagine leur vie, leurs habitudes. J’ai besoin de les cerner pour retranscrire leurs émotions. Il n’y a qu’une petite partie de leur personnalité que je retranscris, uniquement l’essentiel qui servira au récit. Mais dans ma tête, c’est comme s’ils étaient vivants.

Est-ce que ta saga obéit à un plan auquel tu te conformes, ou est-ce que chaque épisode est inventé sur le moment ?

Un peu des deux.

Comme je l’ai déjà dit, je travaille par acte, ce qui me fait deux ou trois points de passage par tome. Pour résumer, je connais le début, le milieu et la fin de l’ouvrage avant de l’écrire. Tout ce qui se passe entre ces jalons me vient spontanément. Et quand rien ne me vient, je prends du temps pour moi. Je vais me vider la tête en pratiquant du sport et bien souvent cela me donne de nouvelles idées pour continuer mon récit. Ensuite, il ne me reste plus qu’à m’en souvenir en rentrant !

Idéalement, on se dirige vers combien de tomes ?

Cinq. C’est prévu ainsi depuis le début, et rien ne devrait changer. Je connais déjà la fin de tous les tomes, ce qui me permet d’être assez catégorique sur ce point.

En revanche, j’aimerais peut-être par la suite écrire un prequel sur Baldur. Je trouve que ce personnage mériterait son propre ouvrage. Mais si ça se fait, ce sera après la sortie de l’intégralité de l’histoire d’Olran & Byggvir.

Tes deux personnages principaux sont deux amis. Qu’est-ce que tu as à dire sur l’amitié masculine, à travers ton texte ?

Beaucoup de choses. Pour moi, elle a constitué une grande partie de ma vie. J’ai toujours été entouré de quelques amis, qui ont changé au cours de ma jeunesse, jusqu’à trouver une stabilité vers dix-sept ans. C’est vers cet âge-là que j’ai rencontré ceux qui encore aujourd’hui me supportent jour après jour !

Pour moi, Orlan & Byggvir ne sont pas que des amis. Ils sont plutôt comme deux frères. Et c’est ça que j’ai voulu mettre en avant. Cet amour fraternel qu’on peut ressentir pour quelqu’un qui ne partage pas le même ADN que vous.

C’était mon cas avec quelqu’un dont je tairai le nom. D’ailleurs, avant d’écrire le premier tome, lorsque l’idée n’était encore qu’une histoire dans ma tête, il était Byggvir.

Il ne lui ressemble pourtant absolument pas. Mais j’avais besoin de le sentir là avec moi pour réussir à retranscrire cette amitié que nous partagions.

Je parle de lui au passé, car il nous a malheureusement quittés subitement il y a de cela bientôt deux ans. Ça a été un déchirement pour ma famille et moi. Il était comme un frère pour ma femme et moi. De plus, il était le parrain de ma fille.

Les mois qui ont suivi cette tragédie ont été compliqués. Heureusement, nous sommes bien entourés, ce qui nous a aidés à remonter la pente.

32432

Quelle part de toi peut-on retrouver en Orlan ? Et en Byggvir ?

C’est une très bonne question ! Plusieurs fois je me la suis posée sans jamais avoir trouvé une réponse précise.

Je crois que j’aimerais ressembler un peu plus à Orlan. Il est courageux, même si parfois il est têtu et qu’il s’emporte un peu rapidement. Mais au fond, c’est un jeune homme plein de bonne volonté qui veut comprendre qui il est.

Je pense que mon caractère se rapproche plus de celui de Byggvir. Il est réservé et aime peu sortir de sa zone de confort. Moi, je dois parfois m’y forcer ! C’est également quelqu’un qui a une confiance en lui assez friable. Il lui en faut peu pour douter de ces capacités. J’étais comme lui a son âge. Mais heureusement avec le temps, j’ai réussi à croire en moi et surtout à mettre de côté le jugement des autres, qui est bien souvent moqueur et t’empêche d’avancer. J’espère que Byggvir y parviendra également en vieillissant !

Un conseil, une suggestion à ceux qui te lisent et qui ont envie d’écrire ?

Lancez-vous ! Au début, l’écriture c’est personnel. On est dans son coin, face à un écran ou à une feuille et il faut produire quelque chose. Pour moi, c’est le moment le plus difficile. Mais dès que vous aurez eu la chance de faire lire à quelqu’un vos écrits et que ça plaira réellement à cette personne, vous serez heureux de l’avoir fait. C’est à partir de ce moment-là que l’écriture prend tout son sens pour moi. Ça doit être un moment de partage qu’on vit avec ses lecteurs.

Tu fais partie du Gahelig, le Groupe des auteurs helvétiques de littérature de genre. J’ai aperçu quelques « septante » dans tes livres. Y-a-t-il selon toi quelque chose de typiquement suisse dans ton approche de l’écriture ?

Si j’avais écrit différemment, j’aurais eu la sensation de me « travestir ». Comme tu l’as dit, je suis Suisse, et j’ai toujours utilisé septante ou nonante, même à l’écrit. Il était impensable pour moi de franciser ces chiffres.

Au-delà de la fantasy, est-ce que tu nourris d’autres projets littéraires dont tu pourrais nous parler ?

Oui, absolument. Comme je l’ai déjà dit plus tôt, j’ai écrit un recueil de nouvelles ou toutes les histoires sont très différentes les unes des autres. Quand je travaillais dessus, je ressentais le besoin d’explorer des genres différents et des temps verbaux qui m’étaient à l’époque encore étrangers. Je crois que tout cela m’a servi à discerner quelles façons d’écrire me plaisaient et d’écarter celles qui ne me convenaient pas.

D’ailleurs, actuellement, je travaille sur un ouvrage de science-fiction très excitant qui accapare la plupart de mon temps. J’espère pouvoir en dire plus rapidement, mais pour le moment le projet n’est pas encore assez abouti.