Résumés – tous les articles

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Faire la même chose en plus court : dans la vie d’une autrice ou d’un auteur, les occasions ne manquent pas d’avoir à réaliser cet objectif. Ici, dans une liste ma foi fort pratique, je vous dresse la liste de mes récents articles consacrés aux différents types de résumés – c’est plus important qu’on ne le croit.

Donc oui, ma série sur les résumés a elle-même son résumé, en résumé.

Le sujet

Le synopsis

Le pitch

Le blurb

Le titre

Le blurb

blog blurb

En 1907, un humoriste américain nommé Gelett Burgess a signé une illustration sur la couverture d’un petit livre, représentant une jeune femme identifiée comme « Mademoiselle Belinda Blurb, en plein blurbage », surmontée par le titre « Oui, ceci est un blurb ! », et accompagné d’un bref résumé du contenu du bouquin.

Par un caprice de l’évolution du langage, ce qui n’était conçu que comme un gag absurde a accidentellement introduit un nouveau mot dans la langue anglaise, toujours si accueillante vis-à-vis des néologismes. Désormais, le mot blurb y désigne un texte de quatrième de couverture.

Comme je l’ai dit récemment sur ce site en évoquant le pitch, utiliser des anglicismes ne fait pas partie de mes habitudes. Je préfère généralement utiliser une traduction, quitte à l’inventer moi-même. Mais le mot « blurb » est amusant à lire et à dire, et il est encore plus rigolo quand on l’associe au mot « pitch ». Je n’y peux rien, je suis faible. Mais ne vous privez pas d’utiliser plutôt le terme correct, qui est tout simplement un « quatrième de couverture ».

Un blurb, c’est quoi ? C’est tout simplement un texte destiné à résumer un livre. Mais contrairement au synopsis, il s’agit d’un condensé beaucoup plus court et même lacunaire, comme on va s’en apercevoir. Et il n’a qu’une seule raison d’être, c’est de provoquer l’acte d’achat de la lectrice ou du lecteur potentiel qui tient le livre dans ses mains.

L’expression « quatrième de couverture » n’est pas très adaptée

Ici, je parle de livres en papier, déniché dans une librairie ou un salon, mais le blurb est également utilisé dans les plateformes de vente en ligne ou dans les sites d’évaluation de lectures comme Goodreads ou Babelio. Généralement, il s’agit exactement du même texte, qui fait donc double emploi. Ce qui, au passage, constitue une raison de plus d’utiliser le mot « blurb », parce que pour décrire un insert promotionnel aperçu sur un site web, l’expression « quatrième de couverture » n’est pas très adaptée, vous en conviendrez.

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Pour être réussi, un blurb doit être court, informatif et incitatif. Je vous propose de nous attarder sur chacun de ces aspects.

Pour commencer, bien sûr qu’il doit être court. Après tout, vous lisez un article d’une série consacrée aux différentes formes de résumés littéraires, donc forcément qu’à un moment ou à un autre, je vais vous suggérer de faire court. Cela dit, il y a plusieurs manières de s’y prendre. En l’occurrence, le blurb est un résumé de votre livre qui est plus long qu’un pitch ou qu’un concept, mais plus court qu’un synopsis. Il contient davantage d’informations que les premiers, mais moins que le dernier. Certaines informations ne doivent pas y figurer, comme par exemple la fin, ou tout coup de théâtre ou retournement de situation qui constitue une surprise pour le lecteur, à moins que cette surprise intervienne tout au début du récit et soit indispensable à la compréhension de l’intrigue. En règle générale, dites-vous que si un élément n’est pas indispensable à votre blurb, c’est qu’il est superflu.

Certains mensonges par omission sont possibles

Un blurb doit aussi être informatif. Après tout, il doit permettre au lecteur de choisir rapidement et en toute connaissance de cause s’il souhaite ou non acheter un roman. Oui, l’auteur va souhaiter que ce texte soit aussi séduisant que possible, mais il doit s’interdire toute forme de mensonge dans le but d’y arriver.

OK, ce n’est pas tout à fait vrai. Certains mensonges par omission sont possibles et probablement judicieux. Le simple fait de ne pas mentionner certains éléments-clés de votre histoire constitue, après tout, une forme de dissimulation. Donc ça, ne vous gênez pas de le faire.

Par contre, votre quatrième de couverture doit être absolument transparent en ce qui concerne le genre dans lequel s’inscrit l’histoire, le type de protagoniste, et se montrer fidèle au ton général du roman. Il s’agit ici d’honorer le contrat auteur-lecteurs, un principe moral selon lequel celui qui souhaite vendre un livre joue carte sur table avec le public, afin de lui permettre de se forger une première opinion. Pas question par exemple de vendre un thriller comme une romance, dans le but de racoler des lecteurs friands d’histoires d’amour. Ce genre de tromperie est un mauvais tour à jouer aux lecteurs, qui s’abstiendront ensuite de lire les romans d’un auteur qui les a trompés sur la marchandise.

Il existe de nombreuses manières de structurer un blurb, mais pour vous donner un point de repère, une structure simple et pratique à utiliser, essayez d’y intégrer obligatoirement les éléments ci-dessous. D’abord, proposez une introduction du personnage principal (ou des personnages principaux, s’ils ne sont pas trop nombreux).

Eroll Pulsar est le dernier survivant du peuple saint des Caïmans Rouges qui régnait autrefois sur l’Amas de Deneb.

Ensuite, évoquez les racines du conflit central, ou de la tension qui sert d’amorce à l’intrigue.

Sous les ordres de son rival, le Contre-Empereur Heinrik Zero, il est emprisonné pour un crime qu’il n’a pas commis et jeté dans une cellule d’Alphatraz, la prison située au cœur d’une supernova.

Enchaînez en évoquant les enjeux liés à ce conflit, enjeux externes pour commencer, mais il n’est pas exclu de mentionner aussi les enjeux internes s’ils sont pertinents.

Parviendra-t-il à s’évader à temps pour empêcher le despote de s’emparer de la Nef d’Antimatière, qui lui donnera le pouvoir de régner sans partage sur la galaxie ? Arrivera-t-il à découvrir ce qui est advenu de ses semblables, et à vaincre la culpabilité qui le tenaille ?

Enfin, expliquez au lecteur pourquoi ce livre est pour eux, pour quelle raison il est impensable qu’ils passent à côté :

Croisement entre Star Wars et les épopées de l’Antiquité, « Les Étoiles cruelles » est une fresque baroque et décadente qui déconstruit les codes du genre et les réinvente pour le 21e siècle.

Comme je l’ai dit, tout cela doit être incitatif, c’est-à-dire que ce petit texte, à lui seul, doit inspirer une envie irrésistible d’acheter le livre. On a incorporé cette dimension dans la dernière partie, mentionnée ci-dessous, mais elle doit être présente dans tout le texte. La première phrase de votre quatrième de couverture est à ce titre particulièrement importante, puisque c’est elle qui va déterminer si le lecteur potentiel poursuit ou non la lecture de votre résumé. Cette première phrase, soignez-la, rendez la passionnante, frappante, marrante, mémorable, débrouillez-vous comme vous voulez, mais elle mérite une attention particulière.

Une vengeance d’une telle intensité qu’elle pourrait déchirer la galaxie…

Si on met tout ça ensemble, ça donne ceci :

Une vengeance d’une telle intensité qu’elle pourrait déchirer la galaxie…

Eroll Pulsar est le dernier survivant du peuple saint des Caïmans Rouges qui régnait autrefois sur l’Amas de Deneb. Sous les ordres de son rival, le Contre-Empereur Heinrik Zero, il est emprisonné pour un crime qu’il n’a pas commis et jeté dans une cellule d’Alphatraz, la prison située au cœur d’une supernova.

Parviendra-t-il à s’évader à temps pour empêcher le despote de s’emparer de la Nef d’Antimatière, qui lui donnera le pouvoir de régner sans partage sur la galaxie ? Arrivera-t-il à découvrir ce qui est advenu de ses semblables, et à vaincre la culpabilité qui le tenaille ?

Croisement entre Star Wars et les épopées de l’Antiquité, « Les Étoiles cruelles » est une fresque baroque et décadente qui déconstruit les codes du genre et les réinvente pour le 21e siècle.

Ça vous donne envie de lire ce livre (qui n’existe pas), vous ? Peut-être pas. Peut-être que la space opera grandiloquente, ça n’est pas votre truc. Mais justement : le but du blurb n’est pas de plaire à tous les lecteurs. Il s’agit d’informer des gens qui existent déjà et qui, sans le savoir, seraient ravis de lire exactement ce genre de bouquin, que celui-ci existe, et que oui, il correspond à ce qu’ils ont toujours rêvé de lire. C’est un missile à tête chercheuse, dont la cible est un type de lectorat très spécifique : le vôtre.

Notez qu’ici, je vous ai présenté une architecture typique pour un blurb, mais que rien ne vous oblige à incorporer ces éléments dans cet ordre. Par exemple, rien ne vous interdit d’entamer la présentation par les enjeux :

Le commissaire Fouchard va-t-il se relever du scandale qui le frappe ?

Ou par un argumentaire :

Le conte du Vilain petit canard devient une romance lesbienne !

Et puis un blurb, ça a du style. Mais pas nécessairement celui que j’adopte depuis le début de cet article, celui de l’aboyeur public, ou du publicitaire sans scrupules, même si cette approche n’est pas inefficace. Une bonne manière de procéder consiste à tenter de coller aux partis-pris de votre roman, qu’ils soient esthétiques ou narratifs. Ainsi, si votre histoire est rédigée à la première personne, pourquoi ne pas faire de même en ce qui concerne le blurb, afin qu’il reflète immédiatement le ton qui va accompagner le lecteur ? Et si votre texte est marrant, émoustillant ou terrifiant, débrouillez-vous pour que le résumé le soit aussi, sans quoi vous risquez de manquer votre cible.

Pour finir, je mentionne encore le pari qui consiste à jeter tout ce que je viens de vous dire à la poubelle, pour partir dans une direction complètement différente. Certains auteurs, par exemple, choisissent, en guise de blurb, de reproduire en quatrième de couverture un extrait du roman particulièrement saisissant. D’autres y voient l’occasion de laisser parler d’autres voix et de citer des critiques. Il y a également l’option, rare mais précieuse, de proposer un texte complémentaire, qui évoque le ton du roman, sans nécessairement en faire partie ou évoquer son contenu. Je me permets ainsi, en guise d’illustration, de vous proposer l’intégralité du blurb du deuxième tome de « Fable », de Lucien Vuille, dont vous pouvez lire une critique ici. À noter que ce roman ne parle pas réellement de dragons. Pourtant, avouez que votre attention est titilléee…

« Jadis il y avait pléthore de ces reptiles géants amateurs d’or.

Aujourd’hui il ne reste plus guère

Qu’une petite dizaine de congénères

Dotés d’écailles de couleurs différentes.

Voici des indications, si la chasse vous tente :

Rouge comme le sang il somnole peut-être sous la Mare du Grand Flétan.

Bleu comme le ciel en été il se repose quelque part où je n’ai pas été.

Blanc comme un œuf frit mais sans le jaune,

Ceux qui le cherchaient dans la neige ont dit « j’abandonne. »

Vert comme un truc qui serait vert il dort sur un tas d’or dans la Cordillière.

Doré comme l’aiment les nains, il est apparu et avant que quiconque ne lui parle il a disparu.

Harmonieusement tacheté, il serait parti dans les Brumes

Si cela est vrai parlons de lui de manière posthume.

Mauve et orange il doit faire mal aux yeux, il a rejoint le Titan dans son repaire ténébreux.

Quant au huitième, le Dragoméléon, si on le voyait il n’aurait pas cette appellation. »

Vanelilily Le Roux, « Où trouver peut-être des dragons »

Le pitch

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Le Fictiologue joue les réducteurs de tête en ce moment, en examinant les différentes manières de résumer un texte littéraire, dans le but d’atteindre des objectifs divers. Nous avons déjà abordé le sujet, qui sert de concept, de point de départ à une histoire ; nous avons ensuite détaillé le synopsis, qui détaille l’intrigue d’un projet, souvent pour le soumettre à une maison d’édition. Cette fois-ci, je vous propose d’aborder un autre passage obligé de l’activité d’une romancière ou d’un romancier : le pitch.

D’habitude, je n’aime pas trop utiliser des anglicismes dans mes articles, surtout dans les titres, parce que j’estime qu’une de mes missions en tant qu’écrivain francophone est d’être au service de la langue, mais comme je ne suis pas à une contradiction près, je fais une exception, parce que ce mot-ci est rigolo à lire et à dire, comme d’ailleurs celui de la semaine prochaine, donc je m’y autorise. Cela dit, ce terme est loin d’être intraduisible. On pourrait très bien dire « argument » ou « lancement », sans rien perdre dans l’opération.

Bref. Le pitch, c’est, pour faire simple, un condensé de votre roman destiné à donner irrésistiblement envie de le lire. Situé à mi-chemin entre le résumé et l’argument de vente, il n’a qu’un but : susciter la curiosité de la personne qui le découvre. Si c’est un lecteur, le pitch est destiné à provoquer l’acte d’achat. Si c’est un éditeur, il ne doit avoir qu’une seule envie, après en avoir pris connaissance : vous faire signer un contrat.

Votre arme maîtresse pour vendre votre texte

On peut même aller plus loin. Si le sujet constitue le cœur de votre histoire d’un point de vue littéraire, le pitch en est le cœur du point de vue du marketing. C’est votre arme maîtresse pour vendre votre texte, celle que vous allez utiliser en salon, lors de dédicaces, sur les réseaux sociaux ou dans n’importe quelle conversation pour séduire les lecteurs ; celle dont vous allez vous servir pour donner envie aux éditeurs de s’intéresser à vous ; pour convaincre les journalistes, les blogueurs, les critiques de parler de votre livre ; celle qui sera utilisée par un agent pour vendre le projet à un éditeur, par un membre d’un comité de lecture pour persuader une maison d’édition de s’intéresser à la manuscrit, par celle-ci pour évoquer votre projet auprès de ses réseaux de diffusions, et par les libraires pour le vendre à leur clientèle. Le pitch, c’est le schibboleth qui va permettre à votre roman de circuler et d’être imprimé par millions d’exemplaires.

Un orphelin va dans une école pour les magiciens

Un professeur découvre des secrets cachés dans de vieilles œuvres d’art en cherchant le Saint-Graal

Une lycéenne introvertie tombe amoureuse d’un vampire

Un astronaute, naufragé sur Mars, doit trouver un moyen de survivre

Peut-être que là, vous êtes un tout petit peu anxieux. C’est normal : rater votre pitch, c’est un luxe que vous ne pouvez pas vous payer. Afin de mettre toutes les chances de votre côté, tâchez d’observer les quelques règles décrites ci-dessous.

Un bon pitch doit être court. Les anglophones les surnomment « elevator pitch », comprenez, un argument qui peut être communiqué lors d’une conversation délivrée le temps d’un bref trajet en ascenseur, si possible en compagnie du patron d’une grande maison d’édition qui se trouverait piégé avec vous pendant quelques dizaines de secondes (on peut rêver). Dans la mesure du possible, limitez-vous à une ou deux phrases, et tâchez si possible de ne pas dépasser une vingtaine de mots (et en aucun cas plus d’une cinquantaine de mots).

L’idée n’est pas d’expliquer votre histoire

Pour y parvenir, retirez-en presque tout le contenu de votre bouquin. L’idée n’est pas d’expliquer votre histoire ou de détailler votre démarche. Tout cela peut venir plus tard, dans un deuxième temps. Il s’agit simplement de ne conserver que les éléments qui vont susciter la réaction suivante : « Hé, ça a l’air intéressant, dis m’en plus ! ».

Comment on fait ça ? Comme toujours avec le travail des mots, on couche une idée sur le papier, puis une autre, puis on triture, on bouture, on modifie, on améliore, jusqu’à ce que ça nous semble convenir. N’hésitez pas à soumettre votre pitch à vos bêta-lecteurs, si vous en avez.

Et dans le doute, faites passer un test à votre pitch, en vous posant les questions suivantes et en y répondant de manière impitoyable :

  • Est-ce que c’est court ? Est-ce qu’on peut le raccourcir ? Est-ce que chaque mot est indispensable ?
  • Est-ce que c’est unique ? Est-ce que cela semble distinct de tous les autres romans du même genre ?
  • Est-ce que c’est mémorable ? Est-ce que le pitch est suffisamment frappant pour que la personne s’en rappelle 24 heures après l’avoir entendu ?
  • Est-ce que c’est efficace ? Est-ce que cela peut pousser un lecteur potentiel ou un éditeur à se dire : « Hé, ça a l’air intéressant, dis m’en plus ! » ?

Il est possible de concevoir des pitches un peu plus long que ça, de la taille d’un paragraphe, à utilise dans des circonstances où votre public consent à vous accorder un peu plus d’attention. C’est le genre de matériel que je vous ai déjà suggéré d’inclure dans votre communiqué de presse quand j’y ai consacré un article. Mais pour l’essentiel, la démarche est la même : un texte court pour susciter l’envie d’un livre.

Un orphelin anglais de onze ans tout ce qu’il y a d’ordinaire se voit ouvrir les portes d’une école pour magiciens. Alors qu’il suit des cours pour se servir de son balai et de sa baguette magique, il est confronté à un secret de famille, lié à un effroyable sorcier dont personne n’ose prononcer le nom.

Un pitch réussi doit vanter les mérites de votre livre, pas en vous jetant des fleurs, mais en en soulignant les qualités intrinsèques. En d’autres termes, en en prenant connaissance, on doit comprendre immédiatement ce qui, dans votre roman, est frappant, unique, rafraichissant, captivant. S’il donne l’impression inverse, s’il semble banal, déjà vu, réchauffé, vous n’allez pas en vendre beaucoup. Un mauvais pitch peut tuer tous vos efforts. C’est une cruelle réalité.

Le livre vu comme un produit

Alors oui, je vous entends déjà grincer des dents : là, on se situe fermement dans le territoire du capitalisme. C’est le livre vu comme un produit. Du pur consumérisme. Ça ne vous fait pas nécessairement plaisir, vous avez peut-être même l’impression de prostituer votre manuscrit, à résumer ainsi vulgairement ses innombrables subtilités dans le but avilissant de faire du chiffre. Rien ne vous y oblige, en réalité. Mais si vous souhaitez convaincre un maximum de lectrices et lecteurs de vous lire, c’est bien ainsi qu’il faut procéder, et fondamentalement, il n’’y a rien de mal à ça. Détendez-vous.

Deux mots encore pour vous dire que même si vous avez trouvé le pitch parfait, celui-ci sera forcément un argument de vente générique pour votre roman, destiné au public dans son ensemble. Il est possible de pousser le vice jusqu’à développer des pitches pour des publics ciblés, en soulignant des qualités différentes en fonction d’intérêts particuliers. C’est particulièrement utile en salon, lorsqu’on est confronté à des profils de lectrices et lecteurs distincts. Il peut être pratique d’avoir en tête des approches qui s’adaptent à leurs centres d’intérêts spécifiques.

Ainsi, en ce qui concerne mon roman « Révolution dans le Monde Hurlant », le pitch de base peut s’exposer ainsi :

Une jeune femme part à la recherche de son frère qui s’est fait enlever dans un univers parallèle déchiré par une révolution

C’est celui que j’utiliserais face à une personne dont je ne sais rien et qui ne révèlerais aucun détail au sujet de ses préférences de lecture. Cela dit, une bonne partie des personnes que je rencontre en séance de dédicace sont intéressées par la fantasy ou plus généralement par la littérature de genre, donc face à eux j’utiliserais plutôt l’argumentaire suivant :

Une jeune femme de notre monde se retrouve mêlée, dans un univers baroque et fantastique, à une guerre larvée entre un pouvoir religieux et des rebelles qui contrôlent les lois de la fiction

Et puis il m’est arrivé d’essayer de convaincre des personnes passionnées de romances de s’intéresser à mon roman. Dans ces circonstances, je l’ai plutôt décrit de cette manière :

Une jeune femme vit une relation drôle et volcanique avec un coup d’un soir qui s’est embarqué par inadvertance dans son voyage dans un univers parallèle

Naturellement, si ce genre de chose vous amuse, n’hésitez pas à décliner votre pitch pour tous les publics possibles et imaginables.

Qu’est-ce qu’une histoire?

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Plus d’une dizaine de billets déjà dans ce blog et je n’ai même pas encore commencé à parler de l’écriture proprement dite. Nous avons abordé plusieurs questions liées à l’inspiration et à la naissance des idées, mais nous n’avons pas encore pris la plume.

Rassurez-vous, on y vient… prochainement.

Pour le moment, il nous reste une question à aborder. Une question qui est, vous allez le voir, plutôt fondamentale pour qui souhaite écrire de la fiction, puisqu’il s’agit de « Qu’est-ce qu’une histoire ? »

Vous souhaitez écrire ? Vous pensez avoir une idée qui vous motive suffisamment pour prendre la plume ? Commencez par la rédiger. Une phrase ou deux, pas plus, couchez-là sur le papier et réfléchissez-y. C’est ce qu’on appelle « l’argument » ou « le pitch » : un résumé en une phrase des enjeux et du contenu du récit que vous avez en tête. Est-ce intéressant ? Est-ce que cette phrase donne envie d’en lire davantage ? Est-ce que c’est original ? Pouvez-vous y ajouter ou en retirer quelque chose pour l’améliorer ?

Vous pouvez utiliser votre pitch comme boussole pour retrouver le cap

Une fois que vous en êtes satisfaits, c’est très bien : vous avez votre pitch. Il va vous servir à ancrer tout votre travail d’écriture, et vous pourrez l’utiliser comme boussole pour retrouver le cap quand votre muse vous aura emmené au loin, hors de la vue de l’histoire que vous souhaitiez raconter (oui, ces choses-là arrivent plus souvent que ce que l’on pense).

« Un pantin menteur qui marche et qui parle échappe à son créateur et vit des aventures dans le but de devenir un vrai petit garçon » : c’est l’argument de « Pinocchio. » Pouvez-vous résumer l’histoire que vous avez en tête en si peu de mots ? Parvenir à le faire peut vous aider à clarifier vos idées et à comprendre plus précisément l’histoire que vous êtes réellement en train de raconter.

Pour compléter votre pitch, même si ce n’est pas une obligation, songez à formuler un thème. Un seul mot peut suffire, ou une courte phrase. C’est cela qui va guider vos choix en ce qui concerne la signification profonde de votre roman, le message que vous souhaitez faire passer. Dans le cas de Pinocchio, le thème, c’est tout simplement la nature de la vérité. Nous parlerons des thèmes un peu plus en profondeur dans un prochain billet.

L’étape suivante consiste à produire un résumé. En deux mots, racontez toute votre histoire, du début jusqu’à la fin, en mentionnant tous les personnages principaux et tous les points forts de l’intrigue. Idéalement, il ne faut pas que cela dépasse une page. Ce document est précieux : il va vous servir à bâtir votre plan (nous y reviendrons prochainement).

De nos jours, il est rare de trouver de la fiction dans laquelle le personnage principal ne change pas

Reste à répondre à la question cruciale que nous nous posons cette semaine : votre projet, est-ce une histoire ?

Une histoire, c’est un récit au cours duquel le personnage principal change.

Il peut s’agir d’un changement physique ou extérieur : une blessure, la mort, une métamorphose ; cela dit, en général, cela dit, il s’agit plutôt d’un changement intérieur : il apprend une leçon, il change d’opinion, il subit un traumatisme, il prend conscience d’une de ses failles, il fait un constat décisif sur le monde qui l’entoure, etc… et en général, tout cela est lié au thème central que l’auteur aura sélectionné.

De nos jours, il est bien rare de trouver de la fiction contemporaine, que ce soit dans les livres, au cinéma, à la télévision, dans laquelle le personnage principal ne change pas. C’était davantage le cas autrefois, en particulier dans les récits mettant en scène un personnage récurrent : dans les histoires de Sherlock Holmes ou de Conan le Cimmérien, le protagoniste ne progresse pas, et il est rare que les aventures qu’il vit laissent des traces durables sur sa personnalité. Dans ces récits, le changement est exclusivement extérieur, et presque anecdotique : une énigme est résolue, un péril est évité.

Il est à relever que de nos jours, lorsque l’on entreprend d’adapter des œuvres de ce genre, on s’arrange pour y ajouter une dose supplémentaire de développement du personnage. Ce n’est d’ailleurs pas uniquement pour se plier aux modes du moment ou, comme on l’entend parfois, pour injecter du « soap opera » dans des genres qui n’en avaient pas besoin. En réalité, le changement est l’ingrédient essentiel à l’équilibre d’une histoire.

« Pourquoi diable est-ce qu’on m’a raconté cette histoire? »

Lorsque l’on est auteur, ce qui peut arriver de pire, c’est qu’un lecteur parvienne à la fin de votre livre en se disant « Pourquoi diable est-ce qu’on m’a raconté cette histoire ? » Il peut arriver en effet qu’en refermant un livre, on soit saisi d’un sentiment de flottement, ne comprenant pas très bien quels pouvaient être les enjeux du récit, comme si rien de tout ce qu’on a lu n’avait d’importance.

En règle générale, on ressent cette confusion quand le personnage principal n’apprend rien, ne se transforme pas, ne subit aucun changement. On est amené alors à se demander, explicitement ou non, pour quelle raison c’est cette partie de sa vie sur laquelle on s’est concentré, plutôt qu’une période de changement, par nature plus essentielle.

Les moments de transformation ne sont pas nombreux dans une vie, ce sont ceux qui sont les plus déterminants pour forger le caractère et pour trouver sa place au sein de la société, et ce sont de plus les périodes qui sont thématiquement les plus riches et émotionnellement les plus mouvementées : bref, une histoire, c’est le récit d’un changement, et un changement, c’est un bon point de départ pour une histoire.

A l’inverse, un récit où le personnage est parfait dès le départ, n’apprend aucune leçon, ne souffre pas de manière significative, ne rencontre personne de marquant, et vient au bout de ses embûches sans sacrifice et en restant le même qu’il était au début, ça n’est pas réellement une histoire. L’expression qui convient pour qualifier ce genre de récit, c’est « une perte de temps. »

Atelier : Dans les livres, les films, et autres histoires que vous découvrez, demandez-vous dans quelle mesure le personnage principal change (même question pour les personnages secondaires). Si vous avez un projet de livre, est-ce que vous avez prévu que le protagoniste connaisse une transformation ? De quel ordre ?