Critique : Où l’ombre s’abat

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Après un premier succès militaire contre l’Escadre de l’Ombre à Pandem Nai, l’Escadron Alphabet de la Nouvelle République est bien décidée à mettre fin aux agissements de ce redoutable groupe de chasseurs impériaux qui sème la destruction partout où il passe. Afin d’y parvenir, il met sur pied une embuscade autour du monde industriel de Troithe. Mais rien ne va se passer comme prévu….

TITRE : L’Escadron Alphabet 2 : Où l’ombre s’abat

AUTEUR : Alexander Freed

EDITEUR : Pocket (ebook, traduction Thierry Arson)

J’avais déjà eu l’occasion de l’affirmer dans ma critique du premier tome de cette trilogie, Alexander Freed est un des rares auteurs à comprendre ce qui fait l’originalité de Star Wars et comment traduire en mots l’alchimie particulière de cette franchise, sans sombrer dans le verbe plat et l’accumulation de références creuses qui caractérisent le travail de ses collègues. On a l’impression d’être en présence d’un auteur consciencieux, qui parvient à s’acquitter avec habileté d’un cahier des charges exigeant, tout en produisant une histoire au ton singulier. En d’autres termes : avec « L’Escadron Alphabet », on retrouve le rythme et l’ambiance visuelle de Star Wars, mais il s’agit d’un récit qui n’a d’équivalent dans aucun film et aucune série de la saga.

Le premier tome s’appuyait sur le point de départ incongru d’un escadron composé des vaisseaux les plus emblématiques de la Rébellion pour épouser les contours d’un roman d’espionnage avec un certain succès. Au passage, on découvrait un quintuor de personnages, tous très névrosés : une ancienne Impériale hantée par son passé, une pilote aux pulsions suicidaires, un idéaliste, un opportuniste et une femme mystérieuse. En toile de fond, l’auteur s’intéressait à dépeindre une Nouvelle République, qui, après sa victoire, ne sait pas comment régner, et un Empire qui, après sa défaite, n’a plus de raison d’être et est en quête d’un but pour justifier son existence.

Dans ce deuxième volume, ces éléments sont exacerbés : les failles des personnages gagnent en intensité et en profondeur, quant au contexte géopolitique, il est exploité de manière ingénieuse et fournit au roman une toile de fond fertile, alors qu’on aurait pu imaginer que rien ne pourrait être plus barbant qu’une histoire où les gentils ont gagné et les méchants ont perdu. Ici, tous les personnages, quels que soient leur camp, trimbalent des traumatismes causés par la guerre qui faussent leur jugement et les poussent à commettre des erreurs qui coûtent cher. De ce point de vue, c’est du Star Wars comme on n’en a jamais vu, avec des personnages en souffrance et des actes qui ont des conséquences personnelles sur le long terme. Parvenir, comme le fait Alexander Freed, à rendre attachants les membres de cette bande d’écorchés vifs, tour à tour agressifs et repliés sur eux-mêmes, qui se murent dans leurs secrets, est un tour de force.

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L’originalité de ce deuxième tome, contrairement au premier, c’est qu’il prend le parti d’être un récit de guerre à 100%. Le roman raconte une campagne militaire, vu des deux camps, des généraux aux troufions en passant par les pilotes, en commençant par la préparation, en poursuivant par les hostilités qui se déroulement de manière catastrophique, et en concluant le récit par les conséquences terribles de la bataille pour les protagonistes. Ici, on ne voyage pas, on ne sort jamais du système Troithe, et il s’ensuit par moment un sentiment d’inéluctable et parfois même d’asphyxie au sujet du sort qui attend les différentes figures auxquelles nous sommes attachées. Il y a un moment dans la lecture où on réalise qu’on est en train de lire une histoire de Star Wars où des soldats désabusés livrent une bataille sans véritable enjeu qui tourne au cauchemar, et autant dire que c’est atypique.

Comme le veut la tradition entamée avec « L’Empire contre-attaque », les deuxièmes volets des trilogies Star Wars se concluent de manière amère et séparent les personnages principaux. C’est le cas ici aussi, les différents chapitres nous faisant découvrir les trajectoires très diverses des protagonistes pendant et après la bataille. Le ton est sérieux, concret, parfois tragique. Il le sera sans doute trop, au goût de certains lecteurs. On n’y retrouve pas tellement l’humour et les gamineries qui font (également) le sel de Star Wars, mais les autres aspects habituels sont présents – il y a même une intrigue secondaire qui tourne autour d’un souvenir laissé par les Jedi. Parmi les autres aspects qui m’ont laissés sur ma faim : un des personnages principaux disparaît très vite du récit et ne repointe le bout de son nez que dans les dernières pages, ce qui donne l’impression que l’auteur n’a pas eu la place ou n’a pas trouvé de solution pour l’inclure dans le récit. Ca sent la coupe éditoriale.

Quant à la fin, en ce qui concerne deux des personnages, elle appelle désespérément une suite, que je me réjouis de découvrir – même si rien ne me ferait plus plaisir en vérité que de lire un roman d’Alexander Freed où il serait libéré des contraintes d’une franchise pré-existante.

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