Le genre : la substance et la surface

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Je le reconnais, ma proposition de diviser toute la fiction en seulement quatre genres dans un récent billet s’est heurtée à une forte résistance. Je m’y attendais (d’ailleurs, j’ai écrit cette phrase il y a des mois, bien avant de recevoir la moindre réaction).

Mais je ne me décourage pas, et je vous propose cette semaine une autre nomenclature, aussi distincte de celle que l’on utilise habituellement que de celle que j’ai proposé pour la remplacer.

L’idée de base est simple : ce que nous appelons habituellement « genre » n’existe pas vraiment, mais est composé de deux notions distinctes, que j’ai choisi d’appeler la « substance » et la « surface. »

La substance, c’est ce qui caractérise un genre dans son fonctionnement : ses traits distinctifs du point de vue de l’intrigue, du thème ou des personnages. La surface, c’est l’ensemble des motifs et des éléments esthétiques qui sont traditionnellement associés au genre, sans en constituer pour autant le cœur.

Les deux parties sont parfaitement détachables

Un exemple ? La science-fiction, en gros, c’est le genre littéraire qui s’attache à mettre en scène des personnages aux prises avec les mutations scientifiques, technologiques, sociales et psychologiques de l’humanité. Ça, c’est la substance. La surface, ce sont des vaisseaux spatiaux, des robots, des pistolets laser et des machines à voyager dans le temps.

Mais en réalité, les deux parties sont parfaitement détachables et peuvent exister indépendamment l’une de l’autre. Ainsi, vous pouvez, sans difficultés, mettre en chantier un roman qui s’inscrit dans la substance d’un genre, mais avec la surface d’un autre.

Vous prenez par exemple la romance. En substance, on a affaire à un genre qui s’intéresse à la naissance et à l’évolution du sentiment amoureux auprès de ses personnages principaux. Et bien vous pouvez y apposer la surface de la science-fiction, et soudain les tourtereaux s’éprennent l’un de l’autre au cœur d’un empire galactique déchiré par une guerre stellaire. D’ailleurs, vous pourriez raconter exactement la même histoire (dans les grandes lignes) avec la surface d’une invasion de zombies, d’une saga de fantasy ou d’un récit de guerre.

Ce ne sont, finalement, que des habillages interchangeables, des « skins », comme on le dit en informatique pour désigner les thèmes qui permettent de modifier l’apparence d’un logiciel ou d’un personnage de jeu vidéo sans en altérer les fonctionnalités.

De nombreuses œuvres connues peuvent être analysées avec cette grille de lecture

Il suffit de renverser l’équation pour réaliser à quel point cette manière de considérer les genres enrichit notre perception : un roman de substance « science-fiction » et de surface « romance » pourrait par exemple raconter le coup de foudre et les premiers rendez-vous d’un humain et d’une intelligence artificielle, ou de deux individus appartenant à des espèces à la perception de la réalité radicalement différente.

De nombreuses œuvres connues peuvent être analysées avec cette grille de lecture. Ainsi, la série « Game of Thrones » de G.R.R Martin est un roman qu’on peut classer de cette manière : « substance : roman de guerre, surface : fantasy. » « No Country for Old Men » de Cormac McCarthy est un western/polar. « Le Seigneur des Anneaux » de J.R.R. Tolkien peut être classé sous post-apocalyptique/fantasy. Et comme j’ai pu l’écrire ici-même, « Le hussard sur le toit » est un roman zombies/aventure.

Hollywood est friand de cette méthode. Les films destinés au grand public sont presque toujours basés sur la substance de genres perçus comme simples par les producteurs : action, comédie, aventure, etc… Afin d’y ajouter un peu de couleur et de diversité, on y accole ensuite la surface d’un autre genre : science-fiction, guerre, mythologie, polar, etc… Pour cette raison, la plupart des gens ont une perception superficielle de certains genres, tout simplement parce qu’ils ont été beaucoup moins exposés à sa substance qu’à sa surface.

Tout cela mène à une approche en kit de la notion de genre, qui peut être ludique et même féconde en nouvelles idées. Une romancière ou un romancier qui est en quête d’originalité pourra même tenter de voir s’il est possible d’inventer des combinaisons inédites. Pour votre prochain livre, pourquoi ne pas essayer des cocktails horreur/comédie, autobiographie/steampunk ou espionnage/conte, par exemple ?

Et puis rien ne vous empêche, si vous êtes ambitieux, de bricoler votre surface à partir de plusieurs genres. Vous pourriez ainsi vous lancer dans la rédaction d’une saga dont la substance est la fantasy, et dont la surface emprunte au space opera, au western, au chanbara et au film de guerre, et vous pourriez appeler ça « Star Wars. »

« Révolution dans le Monde Hurlant » – La couverture

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« Révolution du Monde Hurlant », mon nouveau roman de fantasy, vient de paraître. Il est possible de le commander ici. 📖

Lorsque je me suis mis en tête de lancer la rédaction de ce livre, une chose a été immédiatement claire: j’allais l’autoéditer, et donc, me charger moi-même d’à peu près tout, ne serait-ce que pour faire des économies. Cela voulait dire que j’allais devoir me charger moi-même de la couverture. Aïe aïe aïe.

Ce qu’il faut comprendre, c’est que je dessine depuis toujours. Comme l’écriture, il s’agit d’un moyen de canaliser ma créativité. Cela dit, en-dehors de quelques mandats par-ci, par-là, je n’ai jamais envisagé d’en faire ma profession. Ca ne m’a jamais tenté, et en plus, je suis très conscient de mes limites techniques. Qui plus est, depuis que j’ai des enfants, j’ai moins de temps à consacrer à l’art, et pour dire la vérité, je suis un peu rouillé.

Le souci, c’est que j’ai écrit un bouquin de fantasy, et que j’avais envie qu’il ressemble à un bouquin de fantasy, donc avec une illustration de couverture peinte et détaillée. Le genre de truc que je n’ai jamais fait et jamais su faire.

Donc j’ai commencé par un crayonné.

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Franchement, je le trouve pas mal. La composition est assez efficace, les proportions sont respectées, on sent que je suis dans mon élément. Ce n’est pas parfait mais ça fait l’affaire. Il s’agissait ensuite de procéder à une première mise en couleur…

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Ouille ! On sent que c’est mal embarqué, non? Ne me demandez pas pourquoi j’ai déplacé le poisson, ça n’a pas duré très longtemps. Ce qui est sûr, c’est qu’à partir de cette première mise en couleur, j’ai galéré comme un fou à faire en sorte que le résultat ressemble à ce que j’avais en tête. Je vous épargne les résultats intermédiaires, mais sachez qu’ils sont épouvantables, laids à faire trembler les petits enfants. En deux mots, pendant les six prochains mois, par petites touches, j’ai dû apprendre depuis zéro, par moi-même, en tâtonnant, les bases de la peinture sur ordinateur (et, franchement, de la peinture tout court).

Le résultat final, c’est donc ça:

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Honnêtement, j’en suis plutôt content. Oui, je vois les failles, les erreurs, les naïvetés, mais ça fait illusion, je trouve. J’ai énormément appris en le faisant, et franchement, je me suis plutôt amusé. Ce qui est rigolo, c’est que cette couverture est prête, pour l’essentiel, depuis environ un an et demi, alors que je voguais encore sur une autre galère, celle du texte lui-même.

Allez, encore un petit zoom, pour les amateurs:

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Une prochaine fois, je vous parlerai du quatrième de couverture, sur lequel il y a beaucoup moins de choses à dire. 

« Révolution dans le Monde Hurlant » – lire le début

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« Révolution du Monde Hurlant », mon nouveau roman de fantasy, vient de paraître. Il est possible de le commander ici. 📖

On y suit les aventures d’une jeune femme qui n’a pas froid aux yeux, Tim Keller, qui part à la rescousse de son jeune frère, après que celui-ci s’est fait enlever et amener dans un univers parallèle baroque et mystérieux.

Envie de lire les trois premiers chapitres gratuitement ? C’est ici: Extrait

« Révolution dans le Monde Hurlant » – mon nouveau livre est paru !

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« Révolution du Monde Hurlant », mon nouveau roman de fantasy, vient de paraître. Il est possible de le commander ici. 📖

Elles n’auraient pas dû s’attaquer à moi !

Des tueuses venues d’un univers parallèle se sont introduites dans mon appartement et ont enlevé mon petit frère. Oh, je ne suis pas idiote, je sais que c’est un piège, mais quoi qu’il en coûte, je vais les suivre chez elles, dans le Monde Hurlant, à travers les dunes d’un désert, par-delà la Grande Muraille de Tempêtes, dans les rues d’Ashnan’gadrad, la Ville-Cadavre.

Au sein de l’empire des humains, la colère gronde, et un groupe de révoltés promet de tout changer. Reste à savoir s’ils seront des alliés ou une embûche de plus sur ma route.

Je m’appelle Tim Keller, et l’année de mes vingt ans promet d’être plus mouvementée que prévu…

C’est fait ! Mon roman de fantasy et d’aventures, mâtiné de steampunk et d’un soupçon de sentiment, est disponible à la commande en version papier. Un gros bouquin de plus de 540 pages, dans lequel j’ai mis tout mon cœur et tout ce que j’ai appris de l’écriture. Pour les lectrices et lecteurs de « Merveilles du Monde Hurlant », aux Editions Le Héron d’Argent, ce livre peut être découvert comme une suite. Celles et ceux qui ne connaissent rien de mon univers peuvent très bien entamer leur lecture ici, sans être désorientés.

Je suis très fier de vous présenter ce nouveau livre, le fruit d’un long et passionnant travail. J’ai déjà eu l’occasion de l’évoquer ici, et il me tarde de pouvoir vous en parler davantage, ce que je ferai sur ce blog ces prochaines semaines.

Inventer un langage

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Parce que J.R.R. Tolkien, l’auteur du « Seigneur des Anneaux » était philologue et passionné de linguistique, de nombreux auteurs contemporains, dans son sillage, ont eu envie de doter le décor de leurs histoires de fantasy ou de science-fiction de langages fictifs. On peut même aller plus loin : pour certains, inventer une langue, dans les littératures de l’imaginaire, c’est un passage obligé, au même titre qu’imprimer une carte dans les premières pages du bouquin.

Autant être aussi clair que possible : ils ont tort. Créer une langue, une vraie langue, avec son vocabulaire, sa grammaire, son histoire, est une tâche monumentale qui dépasse de loin ce que l’on peut exiger d’un romancier. Dans le passé, j’ai relevé que certains auteurs se rêvent en encyclopédistes, et laissent les efforts déployés pour développer le décor de leur univers de fiction ensevelir ce qui devrait être leur priorité : raconter des histoires. Ceux qui ambitionnent d’être linguistes amateurs sont clairement dans ce cas.

D’ailleurs, faut-il le rappeler ? Tolkien lui-même, bien qu’il ait consacré toute sa vie à cette tâche, n’a jamais achevé sa langue elfique, le Sindarin. Quant aux autres langues parlées dans les Terres du Milieu, elles n’ont jamais dépassé le stade de l’ébauche.

Oui, il existe malgré tout des langues de fiction complètes et fonctionnelles. On pense en premier lieu au Klingon, la langue d’une nation guerrière de Star Trek, créée en 1985 par Mark Okrand. Elle a une grammaire élaborée, d’épais dictionnaires, et plusieurs œuvres littéraires ont été traduites dans ce langage. Il s’agit toutefois d’un effort isolé et rarissime, qui réclame des années d’efforts pour une finalité difficile à cerner. Mark Okrand n’a jamais écrit le moindre roman.

Renoncez à votre projet de créer une langue

Aux auteurs que les pages de lexique contenues dans les appendices des œuvres de Tolkien ou de ses émules ont fait rêver, il convient donc d’adresser un avertissement : renoncez à votre projet de créer une langue, vous allez vous y perdre et vos efforts ne vont rien apporter de significatif à la qualité de votre histoire. Tout le monde s’en fiche, que dans la langue du peuple Öklaz, le mot « perdrix » se dise « iamogh. » Quant à l’idée d’inclure un guide de prononciation, vous pouvez y renoncer immédiatement : les lecteurs prononceront les mots comme ils en ont envie, quels que soient les précautions que vous preniez pour qu’ils suivent les règles que vous avez mises en place. Ne vous épuisez pas avec ça, vous n’allez récolter que de la frustration.

Cela dit, s’il est contreproductif de créer une langue de toute pièce, cela ne signifie pas que toute création linguistique dans un univers imaginaire est à bannir. Au contraire : avoir une ébauche de réflexion sur la langue est indispensable, non seulement pour enrichir le thème, les personnages et le décor, comme nous l’avons vu, mais également pour donner du relief aux cultures mises en scène dans l’histoire.

Parce que s’il est peu probable, et vraisemblablement contre-indiqué, qu’il y ait dans votre roman des dialogues entiers rédigés dans une langue fictive, il y a au moins deux domaines qui touchent à la linguistique dont vous allez devoir vous occuper : les noms de personnes et les noms de lieux.

Tout ce qu’il faut, c’est donner au lecteur l’illusion d’une cohérence interne

Vous n’avez pas besoin d’inventer une langue fonctionnelle : tout ce qu’il faut, c’est donner au lecteur l’illusion d’une cohérence interne. Pour y parvenir, le premier but à viser, c’est de focaliser votre langage sur certains sons et certains ensembles de lettres récurrents. De cette manière, tous les noms que vous produirez auront une certaine ressemblance les uns avec les autres, rendant vraisemblable qu’ils soient issus de la même origine.

Pour cela, il y a différentes approches qui peuvent fonctionner. La première consiste à partir du nom de vos personnages, si vous les avez déjà baptisés. Prenez en compte les lettres que vous avez choisi – les consonnes sont-elles douces ou dures ? Les voyelles sont-elles variées ou certaines sont-elles plus utilisées que d’autres ? Y a-t-il des lettres qui ne se prononcent pas ? Avez-vous intégré des sons qui n’existent pas dans la langue française, ou des signes de ponctuation exotique ? Ce sont autant d’éléments que vous pouvez retenir pour générer d’autres noms de personnes ou de lieux sur la base de ceux que vous avez déjà créé.

Attention, cette méthode est simple à mettre en œuvre, mais elle a le défaut de générer des langages monotones, qui manquent de variété. Si c’est la voie que vous choisissez, autorisez-vous quelques pas de côté, des mots qui ne ressemblent pas à ceux que vous avez déjà créés, sans quoi le lecteur risque de se perdre au milieu d’un lexique où tout se ressemble.

Une autre solution consiste à partir d’une langue humaine connue et existante, et à la modifier un petit peu. Ainsi, votre peuple barbare s’exprimera par exemple dans un langage qui ressemblera beaucoup au danois : reste à constituer un corpus de mots issus de cette langue pour vous aider à générer des noms cohérents. Bien sûr, c’est encore mieux si vous vous éloignez un peu du modèle de base, sans quoi vos lecteurs qui parlent le danois risquent de sourire en découvrant vos créations. Ajoutez quelques variantes, par exemple des terminaisons courantes de mots qui ne figurent pas dans la langue qui vous sert de modèle – du danois dont les noms se terminent comme des mots espagnols, ça commence à ressembler à quelque chose d’unique. Et puis n’hésitez pas à puiser dans les langues mortes si vous voulez proposer quelque chose qui soit moins familier à vos lecteurs (par exemple, en ancien danois, « Comment allez-vous ? » se disait « Hvat segir þú? »)

Toutes les cultures ne nomment pas les individus en fonction des mêmes règles

Il n’est même pas nécessaire d’utiliser une langue existante comme une béquille. Une autre technique qui peut fonctionner est de partir de l’alphabet et de vous interdire l’usage de certaines lettres. Rayez trois ou quatre consonnes et une ou deux voyelles : elles ne seront pas utilisées dans votre langue de fiction. Soulignez au contraire quelques lettres que vous souhaitez utiliser plus que les autres (une langue où le « o » est la voyelle utilisée sera par exemple immédiatement identifiable par le lecteur). Pour compléter vos efforts, déterminez quelques terminaisons de mots courantes, des ensembles de lettres récurrents dans votre langage, et vous devriez avoir accouché de quelque chose de convaincant.

Une réflexion spécifique doit être menée pour les noms de personnes. Toutes les cultures ne nomment pas les individus en fonction des mêmes règles. Déterminez comment ça se passe dans votre univers et tenez-vous en à cette consigne. Dans certaines langues, les personnes n’ont qu’un prénom et rien qui s’y ajoute ; d’autres y ajoutent le nom du père ou de la mère, avec peut-être une terminaison qui signifie « fille de » ou « fils de » ; d’autres langages optent pour la solution du nom de famille, transmissible de génération en génération ; il y a aussi la possibilité d’augmenter tout cela d’un surnom usuel, qu’il soit un dérivé du prénom ou pas ; et puis ne pas oublier qu’il est possible d’inclure des particules ou des ensembles de lettres qui signalent un statut noble ou l’appartenance à une caste, voire d’autres indications comme des chiffres, qui peuvent indiquer qu’un personnage n’est pas le premier de sa famille à recevoir un nom, ou même une mention du lieu de naissance ou d’autres personnages similaires.

Vous pouvez également choisir de vous servir de la langue française pour baptiser vos personnages. Cela vous permet du même coup d’établir quelques indications culturelles sur votre univers. Ainsi, une civilisation dans un monde steampunk pourrait avoir des individus qui sont désignés par un prénom suivi d’un surnom, le plus souvent en relation avec l’industrie : Micheline Rouage ou Jean-Fiacre Belle-Bielle répondent à ces critères.

La naissance des noms géographiques est un processus chaotique

Dans mon roman « Merveilles du Monde Hurlant », je me suis amusé avec les manières de nommer les personnages. Ainsi, les Farandriens, des êtres végétaux qui vivent très longtemps, portent des noms interminables parce qu’ils rajoutent une syllabe à chaque fois qu’ils se font pousser un nouveau corps par bouturage ; quant aux Penguris, des hommes-pingouins, leurs noms complets sont des haïkus.

Les noms de lieux suivent également des règles, souvent moins strictes. Une bonne idée, pour donner de la personnalité à votre langue, est de décider de plusieurs terminaisons qui signifient « ville », « village », « château », « port » ou encore « pont. » Vous pouvez les utiliser comme terminaisons pour différents lieux, ce qui va donner de la cohérence à l’ensemble. N’oubliez pas cependant de choisir quelques noms qui ne suivent pas ces règles, parce que la naissance des noms géographiques est un processus chaotique, qui peut produire des résultats très divergents les uns des autres.

Sortir des rails, c’est essentiel quand on crée un langage de fiction. Toutes les règles que vous vous êtes fixés, il faut les oublier de temps en temps, pour partir dans une direction différente et inattendue. Parce qu’on l’observe dans les langues réelles : certains mots ne ressemblent pas du tout aux autres, et ont l’air de ne pas être à leur place, soit parce qu’ils sont empruntés à une autre langue, soit parce qu’il s’agit d’anomalies dont l’orthographe a évolué de manière peu conventionnelle. Si le français peut contenir des mots comme « gymkhana » ou « amphigouri », votre langue fictive peut également s’autoriser ce genre d’originalité.

Une langue doit pouvoir communiquer toutes les émotions

Occasionnellement, un auteur va souhaiter inclure dans son texte une ou deux phrases dans une langue inventée, pour créer un effet de décalage ou de choc culturel. Il ne faut pas en abuser, parce que la patience des lecteurs pour les dialogues incompréhensibles n’est pas extensible à l’infini, mais si vous le faites, il y a là aussi certaines règles qui peuvent vous faciliter la vie. Premièrement, respectez les consignes que vous avez établies pour les sonorités de votre langage. Deuxièmement, posez-vous la question de la longueur des mots. Certaines langues sont agglutinantes, c’est-à-dire qu’elles permettent de coller plusieurs concepts pour former un mot (souvent long) : ainsi, quelque chose comme « char attelé destiné à être tracté par quatre bêtes » pourrait ne réclamer qu’un seul mot. D’autres ont un vocabulaire plus généraliste et des mots plus courts.

Les langues ont quelques mots usuels qu’on utilise fréquemment, les équivalents de « le », « du » ou les verbes auxiliaires. Lorsque vous souhaitez créer un dialogue dans votre langue de fiction, décidez de trois à cinq mots qui pourraient jouer ce rôle dans votre univers, et parsemez-en votre discours, pour imiter une phrase à la grammaire correcte.

Enfin, dernier avertissement : évitez les clichés. Une langue doit pouvoir communiquer toutes les émotions et désigner toutes les situations de la vie courante. L’idée de créer une « langue des méchants », pleine de mots méchants, aux sonorités très méchantes est absurde. Traitez les différents langages de votre univers de manière égalitaire, sans chercher à les rendre particulièrement sinistre ou féériques : ce n’est pas à ça que sert un langage.

⏩ La semaine prochaine: Éléments de décor – les enfants

On fait le bilan – 2018

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Le temps passe et passe et passe et beaucoup de choses ont changé. Qui aurait pu s’imaginer que le temps se serait si vite écoulé ?

Comme à peu près tous les blogueurs de la planète, en particulier les blogueurs-auteurs, il est temps de passer en revue, avec un poil de retard, les moments forts de l’année 2018 qui vient de s’écouler.

Sur le plan personnel, 2018, c’est l’année de la naissance de notre troisième garçon. Naturellement, il s’agit de l’événement qui éclipse tous les autres, et donc je pourrais m’arrêter là que l’évocation de cette année me paraîtrait complète.

Mais ceci n’est pas mon carnet de notes personnel. Sur un plan plus littéraire, 2018, ça a été l’année de la sortie de mon deuxième livre, « La Mer des Secrets« , qui complète la duologie de fantasy steampunk « Merveilles du Monde Hurlant » aux Editions le Héron d’Argent. C’est la fin d’une très belle aventure et d’une jolie part de mon existence.

J’ai eu l’occasion en novembre de rencontrer les premiers futurs lecteurs de ce premier tome à Mon’s Livre en Belgique, et que les lecteurs du premier volume me fassent leurs retours, ce qui était une expérience très enrichissante. Cela a comme toujours été une joie de rencontrer mes collègues autrices et auteurs à cette occasion. J’aurai vraisemblablement l’occasion de faire quelques autres apparitions dans des salons ces prochains mois, histoire de boucler la boucle. J’ai également été interviewé à la radio pour parler de mon livre.

Malgré tout, « La Mer des Secrets » n’aura pas été mon unique actualité littéraire en 2018. J’ai suspendu au printemps l’écriture de la suite des Merveilles du Monde Hurlant, parce qu’il aurait été trop frustrant de la terminer avant la sortie du bouquin. Cela m’a donné le temps de me consacrer à quelques autres projets.

En particulier, j’ai mis en forme mon système générique de jeu de rôle, « META », que vous pouvez toujours trouver ici. Les retours ont été très encourageants. J’ai également écrit un décor de campagne qui va avec, intitulé « Kocmoc », mais je n’ai pas encore eu le courage de m’attaquer à sa laborieuse mise en page. Peut-être le ferai-je ces prochains mois.

2018, c’est l’année où j’ai rejoint le GAHeLiG, le Groupe des auteurs helvétiques de littérature de genre. J’ai eu la grande joie de faire la connaissance de certains d’entre eux et de contribuer modestement à quelques apparitions du groupe dans les médias. Nous avons un projet commun pour lequel j’ai rédigé une nouvelle.

J’ai également entamé la rédaction d’une autre nouvelle personnelle, dont l’action se situe dans le Monde Hurlant. Je suis sur le point d’en achever l’écriture, et je dois dire qu’à présent, je ne sais pas trop quoi en faire, ni à qui la faire lire ! Et puis, comme chaque année, j’ai rédigé un conte de Noël pour mes enfants.

Au cours de l’année 2018, le blog a volé de succès en succès. Le nombre de pages vues, mais surtout, le nombre de commentaires et de réactions, grimpe de mois en mois et c’est un grand plaisir de voir que certains en trouvent la lecture agréable ou utile. Mon article « Les huit types de lecteurs » est, sauf erreur, le plus populaire nouveau billet de l’année. Quant au billet qui continue à accumuler, jour après jour, le plus de vues, sans trop que je me l’explique, sans doute à cause d’un référencement positif chez Google, c’est « La structure d’un roman: les chapitres« , lu à ce jour à plus de 3’500 reprises. C’est un peu un mystère.

Merci de votre lecture attentive. Je me réjouis de vivre 2019 à vos côtés.

La Mer des Secrets: ce que j’ai appris

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Chaque roman est un apprentissage. Même l’écrivain le plus expérimenté n’aura pas, au moment d’entamer la rédaction de son manuscrit, toutes les cartes en main pour mener à bien le projet, et ce n’est qu’une fois que tout est achevé que l’on réalise avec justesse ce qu’il aurait convenu de faire pour que tout soit parfait. Pas grave, il y a toujours un autre roman. On lèche ses blessures, on se relève, on se remet à écrire. Un peu plus sage, un peu plus fou.

Comme j’ai déjà eu l’occasion de vous en parler ici, mon nouveau livre « La Mer des Secrets » vient de sortir aux Éditions le Héron d’Argent. C’est la seconde partie du roman « Merveilles du Monde Hurlant », donc c’est l’heure du bilan. Si tout était à refaire, qu’est-ce que j’aurais pu faire différemment ?

Pour moi, forcément, la question se pose avec une ironique acuité. Après tout, je tiens un blog où, semaine après semaine, je distille des conseils sur l’écriture comme si j’étais Victor Hugo. Forcément, il y en a qui m’attendent au tournant et qui doivent se dire : « Est-ce qu’il les suit, ses propres conseils ? Est-ce qu’il est parfait, son roman ? Est-ce qu’au moins il a atteint tous les objectifs qu’il s’était fixé ? »

Non, non et non.

Au départ, quand je me suis lancé dans la rédaction de ce roman qui s’intitulait « Mangesonge », mes buts étaient d’une ambition délirante. Je souhaitais écrire un gros bouquin épais (le premier d’une trilogie), avec plein de personnages, et, en particulier, quatre ou cinq protagonistes qui, chacun, auraient un arc narratif distinct, ainsi que deux antagonistes, l’un posant une difficulté lié au thème, l’autre une difficulté liée au personnage principal.

Tout cela devait se dérouler dans un monde de fantasy teinté de steampunk et de science-fiction, ou rien ne devrait être banal. J’en avais assez des épopées molles avec des chevaliers et des elfes : chaque détail de l’histoire devait être lié à une idée, être ambitieux en termes d’imaginaire. J’avais envie de faire pour la fantasy ce que Grant Morrison a fait pour la bande-dessinée de super-héros : des histoires qui croulent tellement sous les idées que le narratif ne parvient pas à toutes les exploiter. C’est ce que j’ai appelé ici « la quête de la saturation. »

En parallèle, je souhaitais faire la chronique de la vie d’une adolescente et de son passage à l’âge adulte, développer un discours sur la place des jeunes dans la société, et explorer les frontières entre la réalité et la fiction. Et oui, il fallait que ça soit agréable à lire, que ça convienne à tous les publics, que ça soit rigolo, et bien écrit, et toutes ces choses agréables. Oui, tout ça en même temps.

Donc non, je n’ai pas tout réussi, loin de là. Je suis satisfait mais à la relecture, je vois pas mal de défauts, que, pour certains, je suis le seul à percevoir. Ce n’est d’ailleurs pas très grave, selon moi. Le lecteur hérite du résultat, il l’apprécie ou non, mais il ne compare pas le roman aux idées que l’auteur avait en tête avant de se mettre à écrire.

Ce que j’ai appris, c’est qu’il faut laisser de la place aux idées. Quand Bruce Springsteen a enregistré son quatrième album, « Darkness on the Edge of Town », il a de son propre aveu compris que s’il tentait d’avoir sur la même chanson la guitare la plus poignante, la basse la plus viscérale, la batterie la plus puissante et le chant le plus émouvant, tout ce qu’il obtenait, c’était une cacophonie.

En réalité, « Merveilles du Monde Hurlant » est probablement trop ambitieux. Si j’avais souhaité produire un roman qui soit l’illustration des principes que j’expose sur ce blog, il aurait fallu que je fasse des choix différents. En particulier, si j’avais voulu privilégier le décor, l’imaginaire, j’aurais sans doute dû me concentrer sur un seul personnage principal, face à un seul antagoniste. À l’inverse, si je tenais à bénéficier de voix multiples, j’aurais probablement gagné à proposer un monde plus simple, axé sur quelques idées fortes et faciles à identifier, plutôt qu’un foisonnement de concepts qui partent dans tous les sens. Sous sa forme actuelle, le roman gagnerait au minimum à être plus long, et à laisser un peu plus de place aux idées pour s’exprimer, mais comme on l’a vu, c’était impossible.

Ainsi, le roman aurait été plus réussi de manière formelle, peut-être. Est-ce que j’aurais eu autant de plaisir à l’écrire ? Probablement pas. D’ailleurs je bosse sur une suite, et devinez quoi ? Elle est probablement trop ambitieuse elle aussi.

La Mer des Secrets : au carrefour des genres

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« La Mer des Secrets », mon nouveau livre qui vient de sortir, est présenté par l’éditeur comme un « roman fantasy steampunk. » J’aimerais en profiter pour dire deux mots de la question des genres littéraires, qui, selon moi, est un peu différente pour les auteurs de ce qu’elle peut être pour les éditeurs, les libraires ou même les lecteurs.

Où ranger un roman ? C’est la question fondamentale de la classification par genres. Et l’interrogation est pertinente : elle permet à l’auteur et aux lecteurs de se retrouver autour de centres d’intérêt communs. C’est le point de départ du coup de foudre que l’on peut avoir pour un livre.

En ce qui concerne les deux tomes de ma série « Merveilles du Monde Hurlant », le mot « steampunk » figure donc en quatrième de couverture, des éléments d’imagerie steampunk sont inclus sur les illustrations, l’éditeur a fait une partie de sa promotion autour du steampunk et j’ai même été invité à parler de steampunk à la maison Jules Verne à Amiens.

Tout cela, d’ailleurs, ne vient pas de nulle part. C’est soutenu par le texte. Dans « La Ville des Mystères », on aperçoit des dirigeables, on évoque des usines, il y a une journaliste buveuse d’absinthe qui écoute du jazz, un oiseau mécanique, et un assassin qui brandit un mousquet. Dans « La Mer des Secrets », une partie de l’intrigue tourne autour d’un grand bateau à vapeur, il y a une embarcation amphibie montée sur des pattes articulées et tout se termine sur un gratte-ciel. En plus, la question de la contestation sociale, qui, pour moi, est centrale dans tous les genres littéraires « punk », est au cœur de l’histoire.

Cela dit, certains lecteurs m’ont fait le reproche d’avoir été, en quelque sorte, trompés sur la marchandise. Ils attendaient un roman de steampunk plus pur. Or, je n’aime pas la pureté – je suis même en train d’écrire un livre à ce sujet.

Après tout, il y a aussi le mot « fantasy » imprimé dans le résumé, et on trouve dans ce roman une magicienne qui manipule les plantes, un trois-mâts dont les voiles sont tissées par des araignées, une antique espèce dont les membres se présentent sous la forme de poissons volants, une île qui ne devient visible que lorsqu’on l’approche par un cap bien précis, et plein d’autres éléments qui n’ont rien à voir avec le steampunk. On trouvera aussi, çà et là, des emprunts à la science-fiction, comme cette jeune femme dont le cerveau contient les individualités de quarante-sept personnes différentes, et qui n’est rien d’autre qu’un motif courant dans la littérature transhumaniste.

Bref, « Merveilles du Monde Hurlant » est difficile à classer dans un genre en particulier, voire même dans deux. J’ai toujours aimé le mélange des genres, et pour moi, les littératures de l’imaginaire n’ont d’intérêt que lorsqu’elles laissent les idées de toutes sortes s’épanouir. Il n’y a plus grand-chose de fantastique dans une épopée héroïque avec des elfes et des dragons ; de même, à force de se reposer constamment sur les mêmes motifs, le steampunk tourne souvent à vide. En franchissant les frontières des genres, on peut retrouver quelques fulgurances d’imagination propres à séduire les lecteurs qui apprécient ce genre de choses.

Au final, ma duologie « Merveilles du Monde Hurlant » est un ornithorynque. On n’en voudra à personne d’être déçu qu’il ne soit ni castor, ni canard. J’aurais tendance à rapprocher ce texte du mouvement « new weird », mais l’étiquette est incompréhensible pour les lecteurs francophones et n’a donc pas grande utilité. Bref, oui, « fantasy steampunk », c’est assez juste.

La Mer des Secrets – mon roman est sorti

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C’est la conclusion d’une aventure qui a duré cinq ans: « La Mer des Secrets », mon nouveau livre, vient de sortir aux Éditions le Héron d’Argent. J’ai eu l’occasion d’en dédicacer quelques dizaines d’exemplaires au salon Mon’s Livre, en Belgique et je suis très fier de vous le présenter.

Si vous souhaitez vous le procurer ou en savoir plus, il suffit de suivre ce lien.

« La Mer des Secrets », c’est la seconde partie de « Merveilles du Monde Hurlant », une histoire entamée par le premier volume, « La Ville des Mystères« , sorti il y a deux ans. On y retrouve Tim Keller, une adolescente de notre monde qui se retrouve propulsée dans une dimension parallèle, le Monde Hurlant, à la recherche d’un homme qu’elle n’a fait qu’apercevoir. Tim va tenter de survivre dans ce milieu hostile, baroque, plein de magie et de technologie, où plantes et roches peuvent se mettre à parler et qui se retrouve à l’aube d’un soulèvement populaire.

C’est une épopée de fantasy steampunk qui trouve sa conclusion avec ce tome (même si je travaille sur une suite qui pourra être lue indépendamment) et je suis très fier que les lecteurs puissent à présent se l’approprier et en découvrir la conclusion. Comme, à l’origine, ces deux volumes ne formaient qu’un seul manuscrit, j’ai le sentiment que l’histoire ne peut réellement être évaluée que si l’on suit l’évolution des personnages jusqu’au bout, donc cette parution est particulièrement satisfaisante pour moi.

Ces prochaines semaines, je vais écrire quelques billets autour de ce livre, en espérant que cela puisse vous intéresser.

Critique mon roman, gagne une nouvelle

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Si vous postez une critique de mon roman, je vous envoie une nouvelle inédite. Ça vous tente?

Les auteurs aiment savoir ce que les lecteurs ont pensé de ce qu’ils ont écrit. Un roman ne vit que parce qu’on en parle.

Vous avez lu « Merveille du Monde Hurlant: La Ville des Mystères« ? Le livre vous a plu? Si le cœur vous en dit, postez quelques mots (ou quelques phrases) au sujet du roman sur le web, afin, peut-être, de donner envie à d’autres lecteurs de le découvrir.

Sur Amazon 
Sur Babelio 
Sur Booknode 
Sur Goodreads 
Sur un blog, sur le mur de votre immeuble, ou n’importe où ailleurs.

Si vous l’avez fait et que vous me le signalez, je vous enverrai une petite histoire, « La jeune fille et le mort », qui se situe dans le même univers et évoque le passé d’un des personnages.

Merci d’avance! 😉