Critique: Le Secret de Crickley Hall

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Après avoir vécu un drame, une famille se met au vert pendant quelque temps au fin fond de la campagne anglaise, dans une ancienne bâtisse. Très vite, des phénomènes étranges s’y déroulent.

Titre : Le Secret de Crickley Hall

Auteur : James Herbert

Editeur : Bragelonne (traduction, ebook)

En poursuivant ma courte exploration de la littérature de maisons hantée, j’ai été amené à découvrir un roman qui est, en tous points, l’opposé de « La maison hantée » de Shirley Jackson. Alors que celui-ci s’accapare les codes inhérents à ce sous-genre pour les transcender et les mettre au service d’une démarche littéraire singulière, « Le secret de Crickley Hall » prend une direction différente. Il est clair dès les premières pages que l’auteur, James Herbert, ambitionne de signer la version la plus archétypique possible du roman de maison hantée.

On l’a vu, ce genre est principalement marqué par des œuvres qui détonnent, et c’est le cinéma, davantage que la littérature, qui a établi ses codes. Ici, l’auteur se met en tête d’explorer ceux-ci et de s’en servir pour rédiger une sorte d’idéal-type de roman de maison hantée, une référence, un texte qui correspond exactement à ce que l’on s’imagine des livres de cette veine.

Pour y parvenir, il n’y a pas un seul motif classique, pas un seul cliché qu’il n’utilise pas. Ainsi, son roman met en scène une famille déchirée par une tragédie, qui se retranche dans une maison de campagne à l’aspect sinistre. Oui, le chien refuse d’entrer dans la bâtisse ; oui, on entend des pas dans le grenier et quelque chose cogne dans un placard ; oui, le voisinage semble en savoir plus qu’il ne veut bien en dire ; oui, il y a une médium qui peut communiquer avec les esprits. On pourrait continuer longtemps comme ça : on en vient presque penser que l’auteur avait une checklist de tout ce qu’il estimait nécessaire d’intégrer dans un texte pour qu’il corresponde à la définition classique du roman de maison hantée. C’est peut-être pour cela que le bouquin fait plus de six cent pages.

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James Herbert est un bourrin de la littérature. Pour lui, rien ne compte à part l’efficacité. Oui, il sacrifie toute originalité et toute nuance, mais ce faisant, il livre, dans les deux premiers tiers du récit, une montée de tension bien menée, ponctuée par des moments de suspense ou de tension qui arrivent, sans faute, à la fin de chaque chapitre. Ce n’est pas subtil, mais c’est prenant, et c’est déjà très bien.

Hélas, comme le titre le laisse entendre, il y a un secret au cœur de cette histoire. Il ne s’agit pas d’un simple mystère terrifiant, courant dans le roman d’horreur, mais bien d’une intrigue que les protagonistes vont résoudre, à la manière d’une enquête, jusqu’à ce qu’ils soient en possession de toutes les réponses à la fin du livre. On finit par savoir exactement par qui et pourquoi Crickley Hall est hanté, et, pour l’essentiel, par résoudre le problème, ce qui, pour moi, rend l’histoire bien moins terrifiante.

Mais surtout, dans le dernier tiers du récit, l’intrigue part en cacahouète. Herbert ajoute deux personnages importants, qui nous éloignent du cœur de l’histoire : la médium déjà citée, qui n’a aucun rôle à part de débiter de l’exposition, et un personnage ambigu, qui n’existe que pour rajouter un danger physique aux derniers chapitres, et qui nous emmène dans d’interminables digressions qui basculent au final dans le grand guignol et le ridicule.

De manière générale, l’auteur asservit tous les aspects de son roman à son intrigue, de manière mécanique, quitte à endommager en chemin les personnages, les thèmes, l’ambiance et la vraisemblance. Chaque élément de l’histoire ne sert qu’à introduire des enjeux ou des éléments de suspense, en égarant toute humanité au passage.

Par exemple, le couple qui s’établit à Crickley Hall a perdu son fils une année auparavant, et ne sait pas si celui-ci est en vie ou décédé. On pourrait s’imaginer qu’un tel scénario pourrait être idéalement intégré aux thèmes et aux personnages d’un récit de ce type. Ce n’est pas le cas : cette intrigue secondaire n’existe que pour donner à la famille une motivation pour rester un peu plus longtemps dans cette maison de toute évidence hantée (la mère espère que son fils va profiter de la particularité des lieux pour la contacter par télépathie). Une fois cette mission accomplie, elle est vite abandonnée, et est traitée sans sensibilité ni quoi que ce soit qui ressemble de près ou de loin à une expérience humaine reconnaissable.

« Le Secret de Crickley Hall » est un cas d’école fascinant : le roman est une mécanique d’une efficacité diabolique au niveau des chapitres et de l’élaboration du suspense, mais pour en arriver là, l’auteur démolit tous les autres aspects de son roman, et nous livre un résultat creux, artificiel et sans vie.

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