Se servir des enjeux

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Quels sont les enjeux d’une histoire, à quoi servent-ils et comment peut-on s’en servir pour rendre le récit plus palpitant ? Après vous avoir proposé plusieurs définitions, je vous propose à présent de passer à l’étape suivante, et de vous fournir une marche à suivre afin d’intégrer simplement la réflexion autour des enjeux dans votre roman.

Pourquoi c’est important ? Parce que les enjeux constituent le mécanisme grâce auquel les lecteurs vont avoir envie de tourner les pages de votre roman.

Les enjeux engendrent de la tension, qui à son tour génère du suspense, pour les protagonistes comme pour les lecteurs. Le seul moyen de l’apaiser consiste à savoir si les personnages déjouent les enjeux auxquels ils sont confrontés, et de quelle manière ils s’y prennent. Et pour le savoir, il n’y a qu’une seule possibilité : continuer à lire. Bien amenée, cette question des enjeux peut engendrer chez le lecteur une expérience émotionnelle intense et mémorable, qui va laisser des traces et qui va faire en sorte qu’il recommande votre roman à ses amis et connaissances. C’est dire si cette notion est importante et si elle mérite que vous lui accordiez du soin, de l’attention et du temps.

Comment faire ? Voici une façon de procéder en six étapes que je vous propose. Naturellement, ce n’est qu’un point de départ, un outil à votre disposition. Sentez-vous libre de l’adapter ou de le modifier pour qu’il soit pleinement adapté à votre projet d’écriture. Cela dit, je vous recommande de ne pas complètement sauter cette réflexion : plus vous aurez les idées claires sur les enjeux, plus les principales étapes de l’écriture de votre roman, telles que le plan, les personnages, le décor, la structure, seront faciles à forger.

1. Définir les enjeux

Au début de votre démarche littéraire, alors que votre histoire n’est sans doute constituée que d’une idée dans votre tête, ou de quelques phrases gribouillées dans un carnet de notes, c’est le moment, déjà, de définir les enjeux.

Deux cas de figure se présentent à vous. Le premier, c’est celui où votre première impulsion créative constitue déjà une histoire digne de ce nom. Dans ce cas, votre mission est relativement simple, puisqu’elle va consister à repérer et identifier les enjeux dans cet embryon narratif. Ou, pour le dire d’une manière différente : reformulez votre idée en termes d’enjeux. Dans « Pinocchio », de Carlo Collodi, les enjeux, pour le personnage-titre, consistent à devenir un vrai petit garçon plutôt qu’un pantin ; dans « Sense and Sensibility », de Jane Austen, les enjeux pour Marianne et Elinor sont de trouver un mari sans se trahir ; dans « Dune » de Frank Herbert, l’enjeu pour Paul Atreides est de venger sa famille, spoliée par une maison rivale.

Revenez aux différentes manières de définir les enjeux que je vous ai exposé dans un précédent billet. Elles doivent vous aider à identifier ces mécanismes. Les enjeux peuvent correspondre à quelque chose que le protagoniste souhaite (« Je veux être un vrai petit garçon »), à quelque chose dont il a besoin (« Il faut que je trouve un moyen d’échapper à cette sorcière ou elle me mangera »), ou à des circonstances extérieures dans lesquelles il se retrouve enrôlé au gré des circonstances (« Le roi est fou et quelqu’un doit l’arrêter avant qu’il ne dévaste le royaume »). Bien souvent, on a affaire à une combinaison des trois. Il se peut aussi que les enjeux évoluent au cours de l’histoire, ou qu’il y ait plusieurs enjeux, typiquement de nature intérieure et extérieure. Mais de manière générale, plus limpides seront les enjeux de votre roman, meilleur il sera.

Le deuxième cas de figure, c’est celui où, lorsque vous vous penchez sur votre idée de départ, vous ne parvenez pas à identifier les enjeux. C’est le signe que votre idée n’est pas encore réellement aboutie, qu’il ne s’agit pas encore d’une histoire à proprement parler. Peut-être avez-vous eu des fragments d’idées, qui concernent le décor, le thème ou les personnages par exemple. Il vous reste à les connecter d’une manière qui puisse être exploitée sous une forme narrative.

Imaginons que vous ayez l’idée d’un héros amnésique qui se retrouve avec, sur lui, une lettre. Vous avez également l’idée d’un château souterrain, et d’une armée de statues vivantes. Tout ça, ce ne sont que des pièces détachées. Pour leur donner une forme, trouvez un enjeu. Par exemple, notre personnage amnésique cherche à retrouver la mémoire, et s’il n’y parvient pas, l’armée de statues réfugiées dans le château va conquérir le royaume. Même si tout cela doit encore être connecté et construit pour avoir du sens, mais voilà les enjeux, et avec cette simple réflexion, vous avez obtenu l’ébauche d’une histoire.

2. Exposer les enjeux

Une fois que les enjeux de votre histoire sont clairs dans votre tête, vous pouvez passer à la suite et commencer à construire, puis à rédiger votre histoire. Avoir les idées claires au sujet de vos enjeux devrait vous aider à échafauder un plan, où votre protagoniste ou vos personnages principaux font face à une série de péripéties qui, tour à tout, les éloignent et les rapprochent de la résolution de ces enjeux.

Mais il est très important de ne pas manquer cette deuxième étape : ces enjeux, il faut les exposer. Comprenez : il faut que dans votre roman, quelque part, si possible assez près du début, vous écriviez explicitement quels sont les enjeux, afin que le lecteur soit au courant. Oui, cela signifie que dans notre histoire d’amnésique, je vous suggère d’inclure une scène dans laquelle quelqu’un dit à notre héros : « Si tu ne retrouves pas tes souvenirs, l’armée des statues va conquérir le royaume. » Oui, avec ces mots-là.

Exposé de cette manière, cela semble terriblement simpliste. Peut-être êtes-vous en train de vous dire que ce n’est pas la peine d’être aussi littéral, et qu’il vaut mieux exposer vos enjeux de manière plus subtile, indirecte, ou faire confiance aux capacités de compréhension du lecteur qui va saisir de lui-même à quoi rime votre histoire, sans qu’il soit besoin de lui souligner à gros traits rouges.

Respectueusement, vous avez tort.

Les enjeux donnent une direction à l’histoire. Ce sont eux qui relient le début à la fin de votre roman, le protagoniste à tous les autres personnages, rendent les thèmes concrets, donnent de l’importance aux décisions qui sont prises, et confèrent de la résonance émotionnelle à votre récit. Plus vos enjeux sont clairs, compréhensibles et dépourvus d’ambiguïté, plus vos lecteurs vont saisir le type d’histoire qu’on leur raconte, les conséquences des choix, des échecs et des réussites de vos personnages, et plus ils vont se sentir impliqués. Pour que cela fonctionne, il n’y a pas à tourner autour du pot : dites explicitement quels sont les enjeux de l’histoire, aussi tôt que possible. Vos lecteurs ne vont même pas se rendre compte que vous manquez de subtilité, je vous le promets.

Les studios Pixar ont tout compris à la manière d’intégrer les enjeux dans une histoire. Je vous invite à revoir leurs films dans cette optique : vous serez surpris de constater à quel point l’exposition des enjeux y est explicite. L’exemple le plus criant est le film « Le monde de Nemo », dont le titre même résume les enjeux (« Finding Nemo », le titre original, signifie « Trouver Nemo »). Je suis allé vérifier : dans les cinq premières minutes de l’histoire, on entend notre protagoniste, Marin, le père du poisson Nemo qui vient de se faire emporter par un pêcheur, dire : « Ils ont emporté mon fils. Je dois trouver le bateau », puis une minute plus tard : « Je dois trouver mon fils. » Difficile d’être plus clair et moins subtil, et pourtant, c’est exactement ça qu’il faut faire.

Il y a des exceptions. C’est le cas par exemple de tout ce qui concerne les enjeux intérieurs. Un auteur de roman existentiel qui rédige un roman sur le deuil pourra se permettre de laisser planer le doute sur la nature du malaise du protagoniste. Oui, on sent immédiatement que quelque chose ne va pas et que les enjeux du roman vont consister pour lui à surmonter (ou non), la crise qui le tenaille, mais il n’est probablement pas si urgent de livrer immédiatement tous les détails sur la nature de cette crise.

Autre exception : comme on le verra plus loin, parfois les enjeux changent. Pas la peine de casser le suspense pour nous dérouler toute la chaîne d’enjeux qui attendent le protagoniste. Exposez déjà le premier, ça sera bien suffisant. Ce qui compte, c’est qu’à chaque instant, il y ait un enjeu clair.

3. Établir un lien entre le protagoniste et les enjeux

Pour que votre roman fonctionne, il faut que votre protagoniste soit connecté aux enjeux. Considérez qu’il s’agit là d’une autre règle d’or : pas d’histoire réussie sans relier les personnages principaux avec les enjeux. Dans certains cas, ce lien va de soi, parce qu’on a affaire à des enjeux d’une nature personnelle. Dans d’autres cas, il convient d’établir ce lien d’une autre manière.

Les possibilités sont infinies. Il peut s’agir de quelque chose de personnel, qui lui tient à cœur et qu’il cherche à accomplir (« Je veux identifier l’assassin de mon mari ») ; il peut s’agir d’un danger qu’il court, ou d’une échéance qu’il cherche à respecter (« Ce bus va exploser si la vitesse descend en-dessous de 50 miles à l’heure ! ») ; on peut avoir affaire à une situation qui le dépasse, mais dans laquelle il finit par jouer un rôle-clé (« Il faut détruire l’Etoile de la mort ! »)

Quelle que soit la nature de la connexion, il est crucial que votre personnage ne soit pas indifférent aux enjeux. Si c’est le cas, le roman est ruiné : on ne peut pas demander aux lecteurs de s’intéresser à l’histoire qu’on leur raconte davantage que ceux qui la vivent. Il y a mille manières différentes d’établir une telle connexion, la seule erreur étant de ne pas le faire.

Même dans les cas où les enjeux d’une histoire dépassent la situation individuelle du protagoniste, il est préférable de trouver une manière d’illustrer que tout cela a une résonance personnelle pour lui. Pourquoi ? Parce que c’est ainsi que fonctionnent nos émotions. Il est difficile d’avoir de l’empathie pour une foule, mais très facile de comprendre les souffrances d’un individu. Oui, Superman va sauver Metropolis de la destruction, et tant mieux pour les habitants de la ville, mais l’histoire sera plus poignante si, quelque part, Lois Lane est en danger (c’est d’ailleurs la raison pour laquelle cette pauvre Lois est souvent en danger).

Il est généralement préférable que votre protagoniste ait quelque chose de personnel à perdre en cas d’échec. Oui, il peut s’agir d’un danger qui le frappe, lui ou un proche, mais en fonction des genres et des histoires, cela peut prendre une forme plus indirecte : il peut voire une histoire d’amour prometteuse se terminer avant terme ; il peut rater une promotion qu’il convoitait ; un de ses secrets peut être révélé, le mettant dans l’embarras ; il peut rater son année ou un examen important ; il peut perdre sa liberté, son honneur, sa fortune.

Dans certains romans, le protagoniste peut également être affecté sur un plan idéologique, dans le cas par exemple où une cause à laquelle il adhère est ruinée ou discréditée. Il peut également être affecté au niveau de ses valeurs : son altruisme, son professionnalisme, sa curiosité sont telles que son implication dans l’intrigue ne fait que se renforcer (« Sa place est dans un musée ! »)

Pourquoi est-ce que la fantasy multiplie jusqu’à l’écœurement les histoires d’Élus et de Prophétie ? Parce que c’est un moyen bon marché d’établir un lien entre un individu et des enjeux qui lui sont extérieurs (« Tu dois sauver le monde parce que tu es le seul à pouvoir le faire, la Prophétie l’a dit ! »)

Quelle que soit sa nature, cette connexion protagoniste-enjeux, soignez-la. Plus vous le ferez, plus votre histoire sera poignante. Si ce lien s’incarne dans un personnage, rendez-le attachant, faites en sorte qu’on comprenne pourquoi il peut inspirer de l’amour, de l’amitié, de la loyauté. Si c’est une cause, rendez-la concrète : faites-nous découvrir les habitants du village qui risque d’être démoli, faites-en des individus qu’on a envie de défendre ; présentez-nous le veuf dont l’assassinat de l’épouse sert de base à l’enquête de votre protagoniste, et laissez-le nous décrire sa femme avec ses mots. Tout ce travail va vous rapporter gros par la suite.

4. Établir un lien entre le lecteur et les enjeux

Naturellement, s’il est très important de tisser des liens entre le protagoniste et les enjeux, il faut en faire de même pour la lectrice ou le lecteur. Voilà encore une opération qu’il vaut mieux ne pas négliger. Plus le lecteur sera attaché personnellement à ce que vos personnages triomphent des enjeux qui sont au cœur de votre intrigue, plus il sera accroché par votre histoire, et plus il sera affecté émotionnellement en refermant le livre.

Heureusement, une bonne partie du travail qui permet d’établir le lien protagoniste-enjeux fonctionne également avec le lien lecteur-enjeux. Pour que votre lectorat adhère immédiatement et durablement aux enjeux, il est préférable de lui faire dès le départ passer du temps avec ceux-ci. Dès les premiers chapitres, laissez-le se promener dans les verts pâturages de la Comté, et faire connaissance avec la touchante innocence des Hobbits : lorsque les menaces qui pèsent sur le monde se préciseront, son attachement pour ce pays et ses habitants renforcera son émotion. Dans une romance, quand les deux amoureux traversent une crise et semblent sur le point de se séparer, c’est parce que vous aurez pris le temps, en amont, de montrer à quel point ils peuvent se rendre mutuellement heureux que vos lecteurs seront captivés. Dans un thriller, c’est parce que vous aurez consacré du temps à nous montrer qui sont les otages et à quoi ressemble leur vie que vos lecteurs craindront pour leur vie lorsque la situation tournera à l’aigre.

Personne ne se soucie réellement du sort de parfaits inconnus, de statistiques, de théories : ce n’est qu’en faisant réellement la connaissance des personnages secondaires, des victimes, des innocents, en apprenant qui ils sont, en les voyant évoluer de manière concrète, que l’on forge un lien avec eux et que l’on se soucie de leur sort.

Un avantage de procéder de cette manière, c’est que si vous vous montrez efficace, cela vous permettra de mettre en scène un personnage principal antipathique. Votre protagoniste peut être un vrai salaud s’il protège un personnage secondaire dont vous vous souciez ; si vous vous préoccupez sincèrement du but poursuivi par le protagoniste, dans une certaine mesure, cela vous préoccupera moins s’il doit, pour arriver à ses fins, user de méthodes qui ne sont pas très recommandables. Travailler ainsi sur l’attachement du lecteur et sur les enjeux permet ainsi de jouer avec ses sentiments et de le glisser dans les baskets d’individus ambigus, mais dont les aspirations sont nobles.

5. Rappeler les enjeux

Établir les enjeux de manière claire et mémorable dès le départ, c’est important. Mais ça ne suffit pas : il faut les rappeler encore et encore. La mémoire des lecteurs est loin d’être parfaite, en particulier en ce qui concerne leurs réactions émotionnelles. Oui, ils se souviennent sans doute de la Comté, ou de l’époux de l’héroïne que vous leur avez montré dans les premiers chapitres, mais si vous ne leur rappelez pas pour quelle raison ils les ont trouvés sympathiques, vous allez les perdre et la conclusion de votre histoire n’aura pas l’impact que vous souhaitez.

Il convient donc de rappeler régulièrement les enjeux, en particulier quand l’histoire est longue et complexe. Ce n’est pas si facile à faire que ça, parce qu’à rabâcher toujours les mêmes choses, on peut vite lasser. Il faut donc trouver un moyen de revitaliser la connexion entre le lecteur et les enjeux, sans se contenter de répéter les mêmes informations encore et encore. Pour cela, je vous propose trois pistes.

La première est la plus naturelle : c’est celle qui consiste à entrelacer ce rappel dans l’intrigue. Prenons la situation simple d’une histoire où l’enjeu est d’éviter la destruction d’un village ou d’une région. Si, au cours du récit, la situation ne cesse de se détériorer, que ce lieu subit des attaques répétées, que des intrigues secondaires mettent en scène en miniature ce qui risque d’arriver au terme du roman, vos lecteurs ne vont jamais perdre de vue les enjeux. Si l’étudiant qui est votre protagoniste est constamment ballotté par l’intrigue dans des événements qui l’empêchent d’étudier et que sa moyenne est de plus en plus mauvaise, le spectre du redoublement ne va jamais s’éloigner. Si ça fonctionne de cette manière, c’est très bien : il n’y a rien de plus à faire.

Mais parfois, les circonstances de l’intrigue font qu’il est difficile de procéder de la sorte. Une méthode qui fonctionne bien, dans ce cas, consiste à intercaler des intrigues secondaires qui font écho aux enjeux centraux de l’intrigue. Le héros vient en aide à des gens qui lui rappellent son village ; la détective fait la connaissance d’une femme dont la situation lui rappelle celle de son épouse ; une petite catastrophe locale rappelle qu’une grande catastrophe globale est sur le point de se produire. Ces événements servent à rappeler au protagoniste et au lecteur ce qui est en jeu et ce qui risque de se produire dans le pire des scénarios.

Enfin, troisième approche : le rappel symbolique. C’est le plus simple, mais ça peut également être le moins subtil. Votre protagoniste a sur lui un objet, ou alors il a une habitude, il chante une chanson, il a un tatouage, ou quoi que ce soit, qui représente les enjeux. En incluant ces éléments dans l’histoire, cela permet de rappeler les enjeux sans avoir à dérouler à nouveau toutes les explications. Si votre héroïne tente de refaire sa vie après le décès de son mari, la montre dont il lui a fait cadeau et avec l’ouverture de laquelle elle ne cesse de jouer peut suffire à indiquer aux lecteurs où elle se situe par rapport aux enjeux émotionnels de l’histoire.

6. Augmenter les enjeux

Dans une histoire dynamique, les enjeux évoluent progressivement. En général, la situation se corse et tout va de pire en pire. Nous aurons l’occasion d’aborder cet aspect dans un prochain billet en détail. Mais à ce stade, notez que les enjeux de départ ne sont pas nécessairement une donnée immuable, mais qu’elle est amenée à évoluer au cours du récit.

Critique : Le Maître et Marguerite

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Le diable, qui se cache sous l’identité d’un magicien de music-hall nommé Woland, ainsi que ses sinistres assistants, persécutent une confrérie d’écrivains moscovites de l’entre-deux-guerres, en leur jouant toute une série de tours cruels ou burlesques. En parallèle, il donne un coup de pouce à Marguerite, une jeune femme mariée à un auteur, le Maître, mis au ban de la société pour avoir rédigé un roman sur Ponce Pilate, dont des extraits s’interpénètrent avec la trame principale du livre.

Pour l’anecdote, j’ai écrit cette critique en 2018 et pour des raisons qui m’échappent, je ne l’ai jamais postée sur mon site. Donc la voici, même si le mystère reste entier sur les raisons pour lesquelles ce texte est resté inédit jusqu’ici.

Titre : Le Maître et Marguerite

Auteur : Mikhaïl Boulgakov

Editeur : Domaine public (ebook)

Il y a une scène dans « Le Maître et Marguerite » qui ne résume pas le roman, car aucune scène ne saurait contenir une telle avalanche d’imaginaire, de personnages et de situations cocasses, mais qui offre un aperçu de mon opinion au sujet de ce texte. On y voit Marguerite, une pure jeune fille qui vient d’accepter de signer un pacte avec le Diable et de devenir sorcière, profiter de ses nouveaux pouvoirs pour entrer au domicile d’un influent critique qui a, dans le passé, massacré le roman du Maître, le mari écrivain de la jeune femme. Pour le punir, elle saccage l’appartement avant de s’en aller, satisfaite du devoir accompli.

Il y a quelque chose de vindicatif dans « Le Maître et Marguerite ». Le livre est considéré comme un classique, une évocation mordante de la Russie stalinienne et une exaltation des vertus de l’imaginaire face au rigorisme et à la lâcheté des dictatures. Tout cela est vrai, et le roman a des qualités innombrables : un style impeccable, une grande drôlerie, un sens de l’image qui frappe, un auteur érudit qui constelle son texte de références musicales et littéraires, une imagination débridée, un narratif aux multiples niveaux de lecture, etc… Il n’a tout simplement pas son pareil dans toute l’histoire de la littérature.

Cela dit, c’est aussi le roman d’un écrivain frustré par la société liberticide dans laquelle il vit, un écrivain bien décidé à régler ses comptes à travers ce texte dont il sait qu’il ne sera jamais publié (il le sera longtemps après sa mort). À ce titre, le lecteur contemporain risque bien de se retrouver désemparé face à ce texte qui ne retient des horreurs staliniennes que les souffrances des artistes bâillonnés par le pouvoir. Oui, « Le Maître et Marguerite » fonctionne comme une satire de cette époque sombre de l’histoire russe, mais c’est une satire qui ne s’intéresse aux goulags et aux assassinats de dissidents que de manière oblique.

Qui plus est, Boulgakov ne déploie pas beaucoup d’efforts à rallier le lecteur à sa cause : l’ignominie des serviteurs du pouvoir soviétique est considérée comme allant de soi, elle n’est que peu illustrée dans le roman, et c’est malgré tout l’unique angle d’approche du texte.

Bien entendu, toute personne qui connait un tant soit peu cette page sombre de l’histoire n’aura aucune sympathie pour Staline, mais quant à étendre cette inimitié à la myriade de fonctionnaires et d’artistes officiels tournés en ridicule dans le roman, c’est plus délicat. On est prié de se réjouir des mauvais tours que leur fait subir Woland, mais comme ces figures ne sont qu’esquissées, certaines scènes manquent de l’impact émotionnel qu’elles pourraient avoir. Comment se réjouir des malheurs de personnages qu’on connaît à peine ?

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Les protagonistes n’ont pas beaucoup plus de substance. D’ailleurs, il est difficile de parler de protagonistes à proprement parler : Woland est le moteur de l’action, mais il reste dans l’ombre pendant une bonne partie du roman, et le lecteur n’a aucun accès à son intériorité ; le Maître est absent du premier tiers du roman, après quoi il reste passif, simple spectateur des événements ; quant à Marguerite, elle se montre plus dégourdie, mais, n’apparaissant pas avant la seconde moitié du livre, il est malaisé de la voir comme le sujet central de l’histoire.

Au final, la figure dont le lecteur est le plus proche est celle de Ponce Pilate, protagoniste du roman-dans-le-roman, dont on en vient par moment à souhaiter que celui-ci existe pour de vrai et qu’on puisse le lire dans son intégralité.

On pourrait encore parler des ruptures constantes de ton, qui passe des pitreries les plus grossières aux considérations philosophiques, en passant par des scènes de pure inspiration fantastique, sans oublier le recours à la satire. L’effet produit est une désorientation, où l’on ne sait plus trop s’il faut rire ou pleurer, craindre pour les personnages ou se désintéresser de leur sort, en on en vient à s’éloigner du roman, pour ne plus le considérer que comme une curiosité.

« Le Maître et Marguerite » est le roman illisible d’un esprit brillant, fécond, érudit : il est constamment surprenant, riche en idées et en références, drôle et piquant, profond et léger à la fois. Hélas, en ce qui me concerne, même si le texte a ravi mon intellect, il m’a laissé froid sur tous les autres plans.

Les enjeux

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Dans la catégorie « j’aurais sans doute dû en parler depuis très longtemps, mais enfin mieux vaut tard que jamais », je vous propose cette semaine de discuter des enjeux, une des notions les plus importantes à comprendre pour toute personne qui se mettrait en tête de raconter une histoire.

On peut connaître les enjeux d’une histoire en répondant à la question « Qu’est-ce qui est en jeu ? »

Voilà une première ébauche de définition. Je vous propose de l’affiner progressivement au cours de cet article. Notons au passage que, comme son nom l’indique, la notion d’enjeu, la narratologie l’a empruntée au monde du jeu, et plus précisément au jeu d’argent. L’enjeu, c’est l’argent qui est sur la table, et que le gagnant de la partie va remporter – respectivement, que les perdants vont laisser filer.

Il y a des enjeux dans toutes sortes de contextes différents. Ainsi, un match de football pourra présenter des enjeux multiples : remporter la partie, remporter le championnat ou la coupe, se qualifier pour un autre type de compétition, retrouver la faveur du public, interrompre une longue série de défaites face à un adversaire, remporter, pour un joueur, un record personnel, etc… Savoir si l’équipe que l’on soutient remporte ou perd l’un ou l’autre de ces enjeux constitue l’un des intérêts principaux pour le supporter de foot. Les sports de compétition ne fonctionnent pas exactement comme la littérature, mais les mécanismes qui soutiennent notre intérêt dans le premier cas sont similaires à ceux du second cas.

On peut également réfléchir en termes d’enjeux lorsqu’une entreprise commercialise un nouveau produit. Qu’est-ce qui est en jeu ? Par exemple le succès du produit, l’obtention de bénéfices, la conquête d’un nouveau marché, la survie de l’entreprise, ou encore la carrière d’un ou plusieurs collaborateurs. C’est une grille de lecture que l’on peut superposer à n’importe quelle situation où un individu risque d’échouer dans ce qu’il entreprend.

Dans le conte traditionnel des « Trois petits cochons », ce qui est en jeu, c’est la survie même des trois protagonistes. Un loup déploie des trésors d’entêtement pour les croquer, et s’ils n’avaient pas fait preuve d’ingéniosité et de solidarité, ils seraient passés à la casserole. Lorsque l’on tente de résumer une histoire en quelques mots, à condition que celle-ci soit bien construite, il n’est pas exclu que les enjeux soient mentionnés dès la première phrase : « C’est un conte où trois cochons sont poursuivis par un loup. Chacun d’entre eux construit une maison, et le loup fait voler les deux premières en éclats. Ils se regroupent alors dans la troisième et parviennent à piéger le loup dans une marmite lorsqu’il entre par la cheminée. »

Plus haut, j’ai bien dit « raconter une histoire », et pas « écrire un roman », parce que la plupart des histoires présentent des enjeux, même si ceux-ci ne sont pas toujours explicites. Il est facile de s’en rendre compte en prenant une blague au hasard. Oui, en-dehors des calembours et de l’humour purement absurde, même les histoires drôles présentent des enjeux, même si ceux-ci sont généralement déjoués, ou interprétés de manière ironique.

« La maîtresse dit à Toto :

« Tu es épicier. J’entre dans ton magasin et je choisis une salade à 1 euro, un kilo de carottes à 3 euros et trois litres de jus d’oranges à 4,50 euros. Combien je te dois ?

Toto réfléchit un moment et se met dans la peau de l’épicier,

– Ne vous en faites pas ma p’tite dame, vous me réglerez votre note demain ! » »

Qu’est-ce qui est en jeu ? Dans cette histoire, l’enjeu qui se pose pour notre protagoniste, Toto, comme c’est souvent le cas dans les blagues qui le mettent en scène, consiste pour lui à comprendre sa leçon. Et comme toujours, il échoue, l’intérêt de la blague étant de voir de quelle manière il va se tromper. Dans le cas d’espèce, il ne comprend pas – ou ne veut pas comprendre – que cette histoire d’épicerie est un artifice pour lui enseigner les mathématiques, et il répond comme s’il s’agissait d’un simple jeu de rôle. Ironie supplémentaire, Toto lui-même ne comprend pas les enjeux.

On le voit bien dans tous ces exemples, les enjeux, comme on l’a déjà vu avec le suspense, représentent des tournants ou au moins deux issues sont possibles : l’une positive, l’autre négative. L’équipe remporte le match ou le perd ; le produit est un succès ou un échec ; les cochons survivent ou meurent ; Toto apprend sa leçon ou non. Cela nous permet d’affiner notre définition :

Les enjeux d’une histoire, c’est ce que les protagonistes peuvent perdre s’ils échouent ou gagner s’ils réussissent.

C’est une bonne définition, simple et complète. Cela dit, on peut encore la simplifier, dans la mesure où, pour structurer une histoire, tenir compte des risques de conséquences négatives encourus par les protagonistes est généralement plus déterminant que de se focaliser sur le positif. Une histoire où un personnage risque de tout perdre sera plus palpitante qu’une histoire où un personnage a une chance de tout gagner, même s’il y a des enjeux dans les deux cas. N’ignorez pas les enjeux positifs de votre histoire, mais consacrez davantage d’attention aux enjeux négatifs, qui sont ceux qui vont générer de la tension à travers votre récit. Ainsi, une définition resserrée sur sa partie la plus déterminante ressemblerait à ceci :

Les enjeux sont les conséquences négatives de l’échec des protagonistes

Cette phrase-là, gardez-la en tête pendant que vous construisez votre histoire. Avant de vous mettre à rédiger votre roman, il est crucial que vous ayez les idées claires à ce sujet. Pour vous aider à cerner les enjeux de votre récit, voici quelques questions que je vous suggère de vous poser :

  • Qu’est-ce que votre protagoniste peut perdre lors de cette histoire ?
  • Qu’est-ce qui peut être perdu, en-dehors de la situation du protagoniste ?
  • Si les choses vont de travers, en quoi la situation à la fin du roman pourrait être plus mauvaise que la situation au début du roman ?
  • Qu’est-ce que vos personnages risquent afin d’accomplir leurs objectifs ? Que doivent-ils sacrifier ?
  • Comment se terminerait votre histoire si vos protagonistes n’existaient pas ou étaient occupés à autre chose ?
  • À quoi ressembleraient vos personnages à la fin du roman s’ils n’avaient pas été confrontés aux enjeux ? (car comme on le verra dans d’autres billets de la série, les enjeux sont parfois intérieurs ou personnels)

Il y a une autre manière de considérer les enjeux, que j’aime bien et qui est plus étroite encore et plus radicale que les précédentes. Elle ne fonctionne pas dans toutes les histoires, mais la prendre en compte peut vous aider à aiguiser les enjeux de votre histoire.

Si l’échec de votre protagoniste a des conséquences irrémédiables, qu’il lui serait impossible de revenir en arrière, voilà votre enjeu.

Les enjeux sont un des piliers de la narration. On pourrait même dire qu’ils en constituent le cœur. C’est bien simple : une histoire sans enjeux n’est pas une histoire. Même si un concept aussi simple et universel qu’une histoire peut être abordé de toutes sortes de manière différente, une approche légitime consiste à la définir ainsi :

Une histoire, c’est un récit au cours duquel un ou plusieurs protagonistes cherchent à déjouer des enjeux négatifs.

Il vous suffit de réfléchir à vos histoires préférées pour vous rendre compte que cela fonctionne dans la plupart des cas. Et même si cette définition n’est pas universelle, elle a eu une telle influence sur la manière dont on raconte les histoires qu’elle constitue un bon point d’entrée pour comprendre la narration et le rôle que les enjeux y tiennent.

Ne pas confondre « Meta » et « Meta »

meta logo

La maison-mère de Facebook, qui chapeaute le réseau social du même nom, ainsi qu’Instagram et Whatsapp, et sans doute plein d’autres projets diaboliques, ne s’appelle plus Facebook. Les propriétaires de la multinationale viennent de la rebaptiser « Meta ».

Grand bien leur fasse, mais cela m’oblige à prendre poliment mes distances. Ce groupe multimédia fraîchement rebaptisé n’est en rien connecté, quelle que soit la manière d’envisager les choses, à mon « Meta » à moi, à savoir mon système de règles génériques pour jeux de rôle, ainsi qu’à son extension « Kocmoc » (et les deux autres projets META sur lesquels je me remettrai à bosser un jour, peut-être).

Je vous invite à méditer là-dessus en découvrant ou en redécouvrant « META » et « Kocmoc », grâce aux liens ci-dessous:

🌀 META

☭ Kocmoc

Arrêtons de compter les mots

blog compter les mots

Compter les mots. Voilà une occupation assez fréquente chez les auteurs qui se préoccupent de leur productivité.

Heureusement pour eux, pas besoin de s’astreindre à de fastidieuses comptabilités : aujourd’hui, des machines s’en chargent à leur place. Elles peuvent nous dire, très précisément, de combien de lettres, de mots, de phrases est constitué un texte, et donc, quelle progression s’est opérée en une session d’écriture, en un jour, une semaine, un mois, un an. Certaines autrices et certains auteurs préfèrent compter les caractères que les mots, c’est sans doute plus précis. Mais au fond, cela revient au même : traduire les progrès en chiffres, à l’image d’un marathonien qui compte les kilomètres qui le séparent de la ligne de départ. Il y a même des événements qui tournent entièrement autour de cette notion, comme le Nanowrimo.

Il n’y a rien à redire à ça. Oui, ces chiffres permettent bel et bien de prendre la mesure de l’avancement d’un projet. En plus, ils évaluent quelque chose de crucial : la masse du texte. Pour boucler un roman, il faut coucher sur le papier énormément de mots, chacun d’entre eux représente un effort, et donc plus on en aligne, plus on s’approche du but. Certains voient même dans ces chiffres qui grimpent une source de motivation, le signe que oui, un jour, à force de lui donner des coups de bec, l’oiseau parviendra à faire disparaître la montagne de diamant s’il est persévérant. Vous les croisez sur les réseaux sociaux, qui s’écrient avec joie : « J’avais prévu d’écrire 500 mots aujourd’hui, et je viens de compter : 1’347 ! », le plus souvent accompagné d’un emoji triomphateur.

Donc compter les mots, ça peut être encourageant. Mais ça n’est pas grand-chose d’autre.

Si le but que vous poursuivez, c’est de prendre la mesure de votre progrès, de savoir où vous en êtes, de réaliser ce qui vous sépare de la conclusion de votre travail sur votre manuscrit, il s’agit d’un indicateur très imparfait.

Eh oui, parce qu’écrire une histoire, ça n’est presque jamais une ligne droite qui commence au premier mot pour se terminer au dernier. Sans même compter que certains auteurs rédigent dans le désordre, il y a toute la phase des corrections et de réécriture qui fait voler en éclat cette illusion de linéarité. Parfois, lorsqu’on a écrit le dernier mot d’un manuscrit, on n’en est en réalité qu’à mi-chemin. Dans certains cas tragiques, on ne se retrouve pas plus avancé qu’au commencements. Ces mots, dénombrés avec la méticulosité d’un bénédictin, est-on bien sûr qu’ils vont tous se retrouver dans votre roman ? Rien n’est moins sûr.

Quels objectifs est-ce que je poursuis ?

Ce que je vous propose donc, c’est d’abandonner ces chiffres qui ne veulent pas dire grand-chose, pour les remplacer par d’autres marqueurs de votre progression. Ils vont vous sembler moins précis, mais en réalité ils se rapprochent davantage de la réalité du labeur de romancier.

Cela consiste simplement à se poser deux questions (et d’y répondre, hein, sinon ça ne sert à rien).

La première va intervenir avant une session d’écriture. Il s’agit de vous demander : « Quels objectifs est-ce que je poursuis ? » La réponse est une question de choix, et est entièrement de votre ressort. Qu’est-ce que vous souhaitez accomplir ? Terminer la rédaction d’un chapitre ? Relire et corriger votre prologue ? Retoucher tous les dialogues d’un de vos personnages pour en modifier le niveau de vocabulaire ? Retoucher la grande scène d’exposition du chapitre 3 ? Il n’y a pas de bons et de mauvais choix, cela dépend du temps que vous avez à votre disposition, de votre ambition, de votre capacité de travail, et de ce dont votre manuscrit a besoin. Vous n’avez qu’un quart d’heure à disposition ? Pourquoi ne pas vous fixer comme but d’écrire une phrase, une seule phrase, une phrase parfaite ?

La seconde question, vous vous la posez une fois la session d’écriture terminée, et c’est la suivante : « Qu’est-ce que j’ai accompli ? » Oui, cela peut paraître un peu bébête. Mais il ne s’agit pas simplement du second volet de la première question, ce n’est pas comme mettre une coche sur chaque article de votre liste de courses.

Oui, vous allez vous demander si vous avez atteint ou pas les objectifs que vous vous êtes fixés, c’est bien normal. Mais même si vous n’y êtes pas tout à fait parvenus, vous avez peut-être tout de même accompli quelque chose de significatif, dont il convient de prendre conscience, et même de vous féliciter. Un progrès inférieur à nos attentes, c’est tout de même un progrès. Par ailleurs, les chemins de la créativité sont tortueux, et il est très courant que ce que vous accomplissiez ne ressemble en rien à ce que vous envisagiez au départ. Prenez-en note, et, si vous pensez que ça peut vous aider, proclamez-le sur les réseaux.

Pour que ces indicateurs fonctionnent, cela dit, ça réclame que vous jetiez à la corbeille vos anciennes conceptions de ce qui constitue un progrès, parce que, au début, ça peut être contre-intuitif. Oui, dans certains cas, vous allez travailler sur votre histoire, et ce que vous allez accomplir, par exemple, c’est couper un personnage, ou carrément supprimer tout un chapitre, le premier par exemple, afin de commencer plus près du nerf de l’intrigue. C’est capital d’en prendre conscience : parfois, progresser, dans un travail romanesque, ça consiste non pas à augmenter le nombre de mots, mais à le réduire. Parce que le but, le vrai but, ça n’est pas de faire grimper un chiffre, c’est de signer la meilleure version possible de votre histoire, par tous les moyens possibles.