Critique : Le cheval de feu

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Après les épreuves traversées dans « Le grand éveil », Lilas et ses nouveaux alliés, les Synalions, forgent des liens et poursuivent leur lutte contre Orga, dont l’emprise maléfique ne cesse de s’étendre et d’attiser les mauvais instincts chez celles et ceux qui croisent la route de nos héros.

Titre : Les enfants d’Aliel tome 2 – Le cheval de feu

Autrice : Sara Schneider

Editions : Le chien qui pense (ebook)

C’est avec appétit que j’ai poursuivi ma découverte de ce qui m’apparaît comme un classique moderne de la fantasy, avec son histoire et son monde à la fois uniques et immédiatement familiers. Je n’ai pas été déçu : ce deuxième volume tient toutes ses promesses et est en tous points l’égal du premier.

En ce qui me concerne, c’est le langage qui m’offre le plaisir le plus immédiat lorsque je découvre un roman de Sara Schneider. Son style est un bijou, avec un art consommé du mot juste, une gourmandise des mots, mais également une retenue qui lui interdit d’en faire trop et de verser dans le tape-à-l’œil. A chaque page, on s’émerveille de la facilité apparente avec laquelle elle conjure des images dans notre tête, trouve de nouvelles manières de décrire des choses familières, et s’arrange toujours pour que les descriptions et l’exposition ne soient pas des corvées mais des cadeaux. C’est une leçon, et tout auteur intéressé par cet aspect de l’écriture serait bien avisé de s’y plonger.

L’autrice a toujours autant de facilité à dessiner des personnages mémorables et attachants. Chacun des protagonistes du roman bénéficie d’une voix propre, immédiatement identifiable, de valeurs, et de méthodes spécifiques, de failles et de taches aveugles. Ce qui est encore plus admirable, c’est que malgré le fait que chacun d’entre eux joue un rôle très spécifique dans l’histoire, Sara Schneider les fait évoluer et modifie leurs priorités et leurs relations au gré des épreuves qu’ils traversent. C’est encore plus réussi que dans le premier volume.

Parmi les gloires qui sont spécifiques à ce roman, il faut absolument citer l’introduction des guerriers durnach, dont on découvre la culture focalisée autour du cheval. Si vous avez l’impression d’avoir déjà lu tout ce que la fantasy avait offrir au sujet des civilisations équestres, ce livre vous fera changer d’avis : sans trop en dévoiler, les durnach ont une culture profondément originale, cohérente et fascinante, qui plus est parfaitement intégrée au narratif. On découvre leurs valeurs et leurs usages, sans gaspiller une seule page qui ne serve pas également le récit ou les personnages. C’est élégant et fascinant. Moi qui d’ordinaire suis assez peu sensible à tout ce qui tourne autour du cheval, ce roman est venu me chercher et m’a convaincu de m’y intéresser. Tout cela est, osons le dire, triomphal.

Un autre aspect du livre qui m’a donné envie d’applaudir concerne une intrigue secondaire qui occupe une place importante, et qui tourne autour du personnage de Jaz, le jeune frère de Lilas qu’on avait cru, un peu hâtivement, placé dans une voie de garage de l’intrigue. Il se retrouve embarqué dans une enquête policière diabolique, qui ne cesse de se corser et de réserver des surprises au lecteur. Ces passages m’ont pris par surprise et constituent au final ma partie préférée du « cheval de feu ».

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Comme toujours, je consacre la dernière partie de cette critique à exprimer quelques réserves. Elles sont mineures.

Le début du roman m’a laissé perplexe. On retrouve nos héros qui profitent d’une halte pour prendre un peu de repos et se recentrer. Ces pages sont agréables à lire, elles permettent de découvrir la culture durnach et d’approfondir les relations entre les personnages, ce qui est appréciable. Par contre, j’ai perçu un léger flottement, face à des protagonistes dont je ne comprenais plus tellement les priorités et les objectifs. C’est un segment de l’histoire sans enjeux forts, ce qui est déconcertant pour entamer un roman. On comprend mieux l’origine du phénomène quand on comprend que « Le cheval de feu » est en réalité, sauf erreur, la seconde moitié du premier tome original, qui a été coupé en deux. Ces chapitres auraient sans doute trouvé leur place plus naturellement au milieu d’un livre que dans les premières pages.

De manière générale, le roman, malgré toutes ses qualités, présente par moments une impression de dispersion : Lilas, qui était clairement le personnage principal du premier tome, est ici plus effacée et ne sert pas d’ancre au récit ; les protagonistes traversent des épreuves importantes mais n’accomplissent pas grand-chose de significatif dans leur quête. Au final, on aurait un peu de peine à décrire de quoi parle ce livre, en-dehors du fait qu’il propose la suite des aventures des enfants d’Aliel. C’est selon moi à la fois un péché et une bénédiction : cela affaiblit un peu la singularité de ce livre, mais renforce le côté feuilleton de ce qui est, au final, une saga à épisodes dont on se réjouit de découvrir la suite.

Bref, je ne vais sans doute pas trop tarder à lire le troisième tome, vous l’avez compris.

Augmenter les enjeux

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Déclarer, comme je l’ai fait dans la première partie de cette série, que les enjeux littéraires sont « les conséquences négatives de l’échec des protagonistes » peut fournir une indication trompeuse. En effet, en se basant sur cet énoncé, on pourrait croire que l’enjeu, c’est une situation pleinement connue dès le départ de l’histoire, et qu’il faut patienter jusqu’à la conclusion pour, dans un tournant final, savoir si nos protagonistes réussissent et échouent. Oui, parfois, c’est bien de cette manière que ça se passe, mais en général, les enjeux évoluent, se corsent, augmentent au fil de l’intrigue.

Pourquoi le faire ? Pourquoi ne pas se contenter de garder les enjeux de départ ? Parce que plus les enjeux seront élevés, plus l’implication émotionnelle des lecteurs va se renforcer, et plus glorieuse sera l’issue du roman si les protagonistes s’en sortent. Par ailleurs, modifier les enjeux, c’est introduire une surprise : ce que le lecteur tenait pour acquis n’est plus vrai, il est bousculé et s’inquiète pour la sécurité du protagoniste. Il y a tout à gagner à agir de la sorte.

C’est ce que j’ai appelé « la Loi de l’Escalade » lorsque j’ai évoqué les suites littéraires : non seulement les enjeux sont de plus en plus importants d’un tome à l’autre, comme on l’a vu à cette occasion, mais ils gagnent également en importance à l’intérieur d’un même volume. Afin d’y voir plus clair, je vous propose cette semaine quelques pistes qui doivent vous permettre d’augmenter les enjeux.

Les enjeux à épisodes

La première voie que j’évoque ici est aussi la moins bonne. C’est celle des romans picaresques ou des séries à épisodes. Dans ce genre de récits, parfois, on établit un enjeu de départ, et le protagoniste va ensuite connaître une série d’aventures, qui présentent chacune des enjeux secondaires, et qui toutes, l’approchent ou l’éloignent de l’enjeu principal.

On peut essentiellement procéder de deux manières différentes. Dans son cycle de « Dilvish le Damné », Roger Zelazny retrace, par le biais d’une série de nouvelles et d’un roman, la vengeance du personnage-titre contre le sorcier Jelerak. Chaque histoire raconte une aventure distincte, mais qui toutes approchent Dilvish de son objectif.

Autre angle d’attaque, celui de la série télé « The Mandalorian ». Celle-ci raconte, initialement en tout cas, le voyage d’un mercenaire qui a fait vœu de protéger un enfant et de trouver des gens qui pourraient le recueillir. La structure ressemble à celle de « Dilvish le Damné », mais chaque épisode est davantage imbriqué dans le précédent que dans le cycle de Zelazny. Essentiellement, à chaque fois que le Mandalorien pense avoir trouvé une solution à son problème, il doit s’acquitter d’une tâche ou triompher d’un péril supplémentaire, ce qui fait qu’il semble perpétuellement s’éloigner de l’enjeu.

Si ces approches existent, c’est en raison des exigences formelles d’une série fractionnée en divers épisodes. Elles donnent de bons résultats dans ce cadre, mais il s’agit d’une manière médiocre d’augmenter les enjeux : le lecteur a plutôt une impression de stagnation, voire que la résolution finale de l’intrigue s’éloigne de plus en plus. Dans un roman fait pour être lu d’une seule traite, je vous suggère de procéder d’une autre manière.

Les enjeux-gigogne

Variante des enjeux à épisodes, ce que j’appelle « enjeux-gigogne » sont des enjeux qui sont contenus dans des enjeux plus grands, eux-mêmes contenus dans des enjeux plus grands, et ainsi de suite. Ce que le protagoniste prend initialement pour les enjeux de l’histoire n’en forment en fait qu’une petite partie, et en poursuivant ses aventures, il réalise qu’il fait en réalité face à des enjeux bien plus larges. Les enjeux semblent augmenter, même si en réalité, c’est uniquement notre perception de ceux-ci qui s’affine.

Prenez l’exemple d’un petit village qui se fait régulièrement mettre à sac par des bandits. Notre protagoniste, un jeune guerrier, parvient à vaincre le chef des brigands, mais ce faisant, il réalise que celui-ci est à la solde de la capitaine d’une armée, qui cherche à assoir sa domination sur toute la région. Progressivement, il prend conscience que celle-ci n’est elle-même qu’un rouage dans le plan d’un roi-sorcier, qui souhaite exterminer des milliers d’âmes afin de lancer un sortilège qui lui donnera la vie éternelle. Ce n’est sans doute pas l’intrigue la plus originale qui soit, mais elle permet de comprendre cette mécanique en forme de poupées russes : d’une certaine manière, ruiner les plans du roi-sorcier est le véritable enjeu du roman, même si le protagoniste et le lecteur l’ignorent au départ du livre, mais la lutte contre la capitaine et celle contre le chef des brigands représentent des aspects particuliers de cet enjeu, qui forment eux-mêmes des mini-enjeux temporaires pour le récit.

Cela fonctionne d’ailleurs tout aussi bien pour un roman existentiel. Au début de l’histoire, le protagoniste souffre de maux de tête qui l’empêchent de se concentrer et de poursuivre un projet professionnel qu’il doit rendre dans des délais très courts. Lorsque la douleur s’accentue, il découvre qu’il est atteint d’une maladie grave et qu’il doit subir une opération de toute urgence. Après l’échec de la procédure, le roman dévoile son véritable enjeu, qui contient les deux précédents : la manière dont un individu fait face à la mort.

Renforcer l’implication

C’est un cliché mais ça marche. Une manière d’augmenter les enjeux, c’est de les rendre de plus en plus personnels. Au début, le héros se bat pour son pays, puis c’est son village natal qui est pris pour cible, et à la fin le méchant capture sa fiancée et menace de l’exécuter s’il ne capitule pas. Il se sent de plus en plus menacé, les enjeux personnels sont de plus en plus tangibles, et la charge émotionnelle de l’histoire est croissante.

Suivre les aventures d’un pompier qui tente de sauver un maximum de gens dans un village à la merci d’une coulée de boue dévastatrice, c’est palpitant. S’il a de bonnes raisons de penser que son fils est allé faire un tour à bicyclette dans la zone inondée, l’affaire prend une dimension bien supérieure.

Là, je vous renvoie à la lecture de l’article où j’explique comment établir une connexion entre le protagoniste et les enjeux. Oui, rendre les choses de plus en plus personnelles, ça fonctionne, mais cela réclame du travail pour que le lecteur se soucie de ce qui est en train de se passer. Il s’en fichera pas mal que la tante du héros soit en danger de mort s’il ne la connait pas et n’en a jamais entendu parler. Dans le film « L’Ascension de Skywalker », on trouve un bon exemple de tentative ratée de renforcement de l’implication des enjeux. Pour montrer à quel point ils sont déterminés, les méchants décident de pulvériser une planète à laquelle les protagonistes sont attachés – mais en réalité, leur cible est un monde sur lequel l’action du film s’est attardée moins d’une dizaine de minutes et auquel ni les héros, ni les spectateurs n’ont eu le temps de s’attacher.

Le sacrifice

Dernière approche pour augmenter les enjeux d’un récit : le protagoniste se sacrifie. Afin d’atteindre les enjeux du roman, il renonce à tout jamais à quelque chose qui lui tient à cœur. Pour que cela compte comme un sacrifice, il doit s’agir d’un choix, et celui-ci doit être irréversible. La chose perdue l’est pour toujours. Cela peut représenter un tournant émotionnel d’une histoire.

Comment Aron Ralston est parvenu à quitter en vie le canyon où un éboulement l’avait emprisonné ? Vous le savez si vous avez lu son livre ou vu le film « 127 heures » : il s’est scié le bras. Voilà un exemple très parlant d’un protagoniste qui commet un sacrifice pour atteindre ses enjeux. L’enjeu, c’est la survie, le sacrifice, c’est l’amputation.

Voilà qui donne une bonne mesure de la marge qui s’offre à vous en tant qu’auteur, lorsque vous décidez que votre personnage principal a mérité de souffrir et qu’il va devoir faire un sacrifice. Elle peut être exprimée en une proposition simple : si l’enjeu d’un roman constitue les pires conséquences négatives imaginables de l’échec des protagonistes, quel serait la deuxième chose la plus grave qui pourrait arriver ? Voilà ce qui doit être sacrifié. Plus le sacrifice est grand, plus la charge émotionnelle est élevée, plus le roman est poignant.

Pour refermer le trou de ver qui menace d’engloutir le système solaire, notre héros rentre dans la faille spatiale et la referme de l’intérieur, après avoir tenté toutes les autres approches : il sacrifie donc sa vie pour sauver l’espèce humaine ; dans une histoire d’horreur, face aux démons qui peuplent une maison hantée, notre héroïne choisit de sacrifier sa santé mentale plutôt que de se laisser dévorer l’âme ; afin de livrer les médicaments au petit village au fond de la jungle, les membres de la compagnie Bravo font face à un feu nourri – ils choisissent de foncer contre les tirs ennemis pour donner à l’un d’entre eux la chance de remplir la mission.

Ça ne doit pas nécessairement être une question de vie ou de mort. Dans une romance, les parents de l’héroïne menacent de lui couper les vivres si elle ne renonce pas sur le champ à sa relation avec sa copine. Si elle souhaite vivre son histoire d’amour, elle doit donc renoncer à la sécurité matérielle, à ses études et à une partie de ses projets d’avenir. Dans les derniers chapitres d’une telle histoire, quand la romance se complique et que notre héroïne doit reconquérir la femme qu’elle aime, les enjeux sont exacerbés par ce sacrifice : si elle échoue, elle aura tout perdu, sans rien gagner.

On fait le bilan – 2021

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Comme chaque année à la même date, ce site met un point d’honneur à respecter la tradition du bilan, en ayant cette fois-ci une pensée spéciale et toute particulière pour les blogueuses et blogueurs qui publient des bilans mensuels. Respect. Je ne sais pas comment vous faites.

2021, où comme nous avons tous pris l’habitude de l’appeler, « Covid 2 », a été pour chacune et chacun d’entre nous une année pleine d’incertitudes et d’impatience. Au fond, ce n’est pas très différent sur ce site, même si ça n’a pas grand-chose à voir avec la situation sanitaire.

Comme d’habitude en décembre, j’entame ce bilan par tout ce qui concerne mon activité d’écrivain. De ce point de vue, l’année 2021 a été florissante, en tout cas à mon échelle. En février, j’ai sorti mon tout premier roman en autoédition, « Révolution dans le Monde Hurlant », ce qui représente une grande fierté pour moi, puisque j’ai porté le projet de A à Z, écriture, illustration, mise en page, promotion, etc…

En avril, j’ai participé à un ouvrage collectif avec mes camarades du Gahelig, « Eclats de chocolat », douze nouvelles de littérature de genre autour du thème du chocolat, rédigées par douze autrices et auteurs suisses. Je suis heureux et honoré d’avoir été associé à ce projet en compagnie d’artistes de grand talent.

Il y a également ma nouvelle d’horreur « La dame penchée », publiée, corrigée et republiée sur ce site. Elle devait servir de premier test pour un roman d’épouvante qui est actuellement en suspens.

2021 a aussi été l’occasion de renouer, timidement, avec le lectorat, dans le monde réel. J’ai été présent dans deux événements pour signer mes ouvrages, ce qui représente toujours un moment fort.

Un échec retentissant

Ces satisfactions sont considérables, et elles ne sont pas entachées par la déception, même si déception il y a : « Révolution dans le Monde Hurlant » est un retentissant échec. Les ventes de ce roman ont été ridicules, bien inférieures à mes objectifs qui étaient pourtant très modestes. Je ne peux même pas dire que le livre a déplu, il est simplement passé inaperçu – ce que j’avais à offrir n’a pas intéressé les personnes qui en ont entendu parler. D’ailleurs les articles que j’y ai consacré sur ce site ont été à peine lus. J’ai sans doute commis de nombreuses erreurs dans ce projet, même si je ne sais pas vraiment lesquelles. En tout cas, je continue à croire que le bouquin est plutôt réussi.

Je parle de tout cela avec une certaine candeur, pas pour susciter de la pitié, mais parce que je mène mon existence dans une démarche de vérité. Par ailleurs, je suis convaincu que que cela peut déboucher sur des questions ou des échanges sur ce thème, qui peuvent être féconds pour vous comme pour moi. Si vous avez des réactions ou des interrogations, n’hésitez pas à m’en faire part.

Reste que ce revers a eu un certain nombre de conséquences. La première, c’est que je n’écris pas le troisième tome de mon histoire, et je ne l’écrirai vraisemblablement jamais. La deuxième, c’est que j’ai hésité avant de me relancer dans un nouveau projet. Finalement, je suis en train d’écrire un roman, mais il servira de test : en cas d’échec, je me trouverai une autre occupation.

La troisième conséquence concerne directement les lecteurs de ce blog. J’ai traversé cette année une crise de légitimité, réalisant que je me trouvais dans une position inconfortable pour donner des conseils sur l’écriture à qui que ce soit. J’ai donc arrêté d’écrire de nouveaux articles, avant de reprendre au ralenti. Le rythme des parutions est devenu bimensuel plutôt qu’hebdomadaire.

Le résultat, conjugué probablement à une certaine lassitude de la part des fidèles du blog, c’est que pour la première année depuis que j’ai lancé mes activités de Fictiologue en 2017, j’ai eu significativement moins de pages vues que l’année précédente, même si j’ai eu très légèrement plus de visiteurs. Tendance déjà observée l’année dernière, le nombre de commentaires et de mentions « J’aime » continue à baisser, comme il le fait chaque année depuis 2018. C’est regrettable, de mon point de vue, parce que ce sont vos retours qui me motivent à continuer.

On constate une usure

Les articles les plus populaires sont anciens. Les billets que j’ai publiés cette année ont suscité relativement peu d’intérêt. Celui qui a connu le plus de succès se classe au 66e rang de mes publications, autant dire pas très haut. Ma série consacrée aux suites, ou celle sur le genre en littérature, m’ont malgré tout valu un intérêt poli.

Bref, on constate une usure. Dans le couple entre vous et moi, une certaine indifférence s’est peu à peu installée, ce qui est, finalement, très humain.

Tout cela mène naturellement à une réflexion sur l’avenir. Il y a une année, j’avais déjà l’impression que le site tirait ses dernières cartouches. Finalement, ça n’a pas été le cas, et j’ai d’ailleurs plusieurs billets déjà écrits et pas mal d’idées encore inexploitées. Malgré tout, le thème que j’explore sur ce blog n’est pas inépuisable, ma motivation est en baisse et l’intérêt des lecteurs s’estompe progressivement. On se bat pour être à l’avant dans un avion qui va droit vers le crash.

Le Fictiologue restera de toute manière ma base d’opération sur le web, même au cas où je m’y ferais plus discret. Au final, tout cela engendre un suspense insensé. Est-ce que nous nous retrouverons tous ici dans un an pour tirer un nouveau bilan, ou est-ce que ça n’en vaudra pas la peine ? Est-ce que j’aurai le plaisir de lire vos commentaires et qu’ils m’inspireront de nouveaux articles ? Est-ce que je sortirai un nouveau roman ? Rendez-vous en 2022 pour le découvrir.

Les types d’enjeux

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Des enjeux, en littérature, il en existe plusieurs types. Même si, au final, ils peuvent tous se résumer par la formule « les conséquences négatives de l’échec des protagonistes », les conséquences en question peuvent se manifester de manières très diverses. L’enjeu final d’une saga de science-fiction peut être l’annihilation de toute trace de l’humanité dans l’univers, alors que l’enjeu d’un roman familial intimiste peut être l’oubli de la mélodie que le grand-père du protagoniste lui chantait quand il souffrait de la rougeole.

Afin d’y voir plus clair, il peut être utile de tenter d’établir une classification. En réalité, je vous en propose deux, dans la mesure où, pour commencer, les enjeux d’un roman peuvent facilement se répartir dans une des deux catégories suivantes : externes ou internes.

Les enjeux externes

Cette catégorie, sans doute la première que l’on a en tête lorsque l’on commence à réfléchir à la question des enjeux, concerne tout ce qui a trait à l’univers physique qui entoure les personnages, qui comporte donc tous les individus, les lieux, les objets, mais aussi les construits sociaux, les cultures, les traditions, les relations entre les personnages. Oui, c’est assez vaste.

En gros, les enjeux externes concernent le « faire », l’« agir », les conséquences palpables et tangibles des actions des personnages. En raison de leurs actes, le monde autour d’eux se transforme : des choses sont détruites ou construites, des êtres meurent ou naissent, des civilisations sont créées ou effacées, des entreprises sont ruinées ou font fortune, des histoires d’amour commencent ou se terminent.

Cette catégorie peut sembler beaucoup trop immense pour être d’une quelconque utilité. À quoi cela peut-il bien servir de ranger tous les enjeux de la littérature dans seulement deux catégories, l’une des deux comprenant l’univers physique et social dans son intégralité ? En fait, si cette distinction est pertinente, c’est parce qu’elle permet de différencier les enjeux externes et internes, qui vont souvent de pair.

Reprenons l’exemple très parlant du film « Le monde de Nemo », déjà évoqué dans cette série. Comme nous l’avons vu, l’enjeu externe tourne autour de la quête du poisson-clown Marin qui recherche son fils Nemo à travers l’océan : s’il échoue, celui-ci va peut-être mourir, ou en tout cas le père et le fils risquent de ne plus jamais se revoir. Mais il ne s’agit que d’un aspect des enjeux de cette histoire…

Les enjeux internes

Tout ce qui se passe à l’intérieur de la tête de vos protagonistes appartient à la catégorie des enjeux internes. Cela peut sembler moins vaste que le premier groupe, mais en réalité il s’agit d’un univers presque infini. Il contient toutes les activités mentales, toutes les représentations, toutes les émotions ressenties, les valeurs éthiques, les idéaux philosophiques, l’identité, la mémoire, la culture, la psychologie et une myriade d’autres choses qui cohabitent dans notre crâne.

Ici, on se situe dans le « être », dans le « ressentir », dans l’« apprendre » de l’histoire, les conséquences mentales et psychologiques de l’histoire.

Les enjeux internes peuvent être le seul type d’enjeu d’une histoire. Par exemple, vous pouvez très bien écrire un roman sur une victime de l’inceste qui, enceinte, cherche à décider si elle souhaite ou non adresser à nouveau la parole à son père, responsable de tant de souffrances. Tout ce qui est important dans ce type d’histoire appartient à l’univers mental de la protagoniste, et les enjeux externes sont négligeables.

Bien souvent, cela dit, un roman présentera des enjeux internes et externes. S’ils fonctionnent en tandem, c’est mieux. Une manière simple et élégante de procéder, c’est de raconter une histoire au sujet d’un personnage qui a un problème à résoudre et une faille de caractère. En résolvant son problème, il parvient en même temps à combler son défaut, et les deux enjeux parviennent à leur conclusion ensemble, comme s’il s’agissait des deux facettes d’une même situation.

Ainsi, dans « Le Monde de Nemo », l’enjeu interne de Marin consiste pour lui à apprendre à faire confiance à son fils handicapé et à lui laisser un peu de liberté, plutôt que de s’inquiéter en permanence qu’il lui arrive quelque chose. S’il n’y parvient pas, il va étouffer son enthousiasme et lui ménager une horrible jeunesse. Cela dit, le fait qu’il en prenne conscience lui donne l’impulsion qui lui permet de retrouver Nemo. Ainsi, l’enjeu interne (la peur étouffante de Marin) et l’enjeu externe (il faut retrouver Nemo) sont résolus en symbiose l’un par rapport à l’autre, se renforcent mutuellement, et s’entortillent avec élégance autour des thèmes de liberté et de codépendance qui sous-tendent le film. Quand ces choses-là sont réussies, ça peut être magnifique.

Les autres enjeux

Analyser les enjeux en fonction de la grille externe/interne est déjà riche d’enseignements pour un auteur, et ça peut être suffisant. Cela permet de raconter des histoires sur des personnages qui font quelque chose, et qui, en le faisant, apprennent quelque chose.

Cela dit, pour prendre pleinement conscience des possibilités qu’offre la réflexion autour des enjeux à la création littéraire, il peut être nécessaire d’énumérer quelques catégories supplémentaires. Celles-ci ne s’ajoutent pas à la dichotomie externe/interne, il s’agit d’un autre découpage, en fonction de la typologie de ce qui est accompli par les personnages. Les cinq catégories qui suivent ne sont que des exemples : on pourrait y ajouter les enjeux écologiques, monétaires, artistiques, matériels, psychologiques, éducatifs, judiciaires et bien d’autres. Le tout est de prendre conscience que parmi les infinités d’histoires que l’on peut raconter, ce qui se joue peut prendre une très grande variété de forme.

Les enjeux physiques

C’est tout ce qui concerne la possibilité pour vos protagonistes de souffrir, d’être blessé et de mourir. S’ils échouent, ils risquent d’avoir très, très mal. Inoculez-leur des maladies, torturez-les, découpez-les en petits morceaux, rouez-les de coups, tirez-leur dessus, jetez-les dans une maison en feu et regardez ce qui peut arriver, blessez-les et examinez de quelle manière ils peuvent récupérer. Les enjeux physiques sont prépondérants dans la littérature d’aventure ou d’action, mais ils peuvent être utilisés dans n’importe quel type d’histoire. Il n’y a pas grand-chose de plus universel que la souffrance et la mort.

Les enjeux sociaux

Le standing social, la reconnaissance par ses pairs, les liens familiaux, l’appartenance à une classe, à une caste, la réputation, la possibilité de voir son identité comprise et reconnue : voilà quelques-uns des enjeux sociaux qui peuvent être utilisés dans un roman. Un scientifique fait une découverte tellement révolutionnaire qu’il craint d’être ridiculisé s’il la rend publique ; une femme découvre qu’elle a été adoptée et craint que cela ne complique l’obtention d’un héritage ; un trafiquant fait tout pour éviter que les membres de son gang découvrent son homosexualité… Pour certains, exister aux yeux d’autrui est plus important que la vie elle-même, et ils sont prêts à commettre des actes inimaginables pour éviter de perdre la face.

Les enjeux émotionnels

On peut mourir émotionnellement aussi. On peut avoir le cœur brisé, on peut perdre tout espoir, on peut choisir de vivre le reste de sa vie comme un automate, de se fondre dans la masse et de ne plus jamais faire de vague, tant la crainte de se faire à nouveau broyer par l’existence est grande, on peut faire une dépression, on peut être hanté par la honte ou par les regrets, on peut être en deuil. Imaginez l’ironie horrible du protagoniste qui réussit les enjeux externes qui étaient au cœur de l’histoire, mais le fait en sacrifiant les enjeux internes, ceux-ci étant de nature émotionnelle. Il a gagné, mais à l’intérieur, il est brisé, vaincu. Vous pouvez même lui donner une fausse victoire avant sa vraie défaite. Vos lecteurs vont tellement chialer.

Les enjeux philosophiques

Qu’est-ce que cela signifie de faire le bien ? D’être une bonne personne ? De donner l’exemple ? D’être un meneur ? Un père ? Comment répondre à ces questions aussi vieilles que l’humanité, et trouver des réponses alors que personne ne propose de points de repères ou de solutions pour s’orienter ? Et si l’on échoue sur tous les plans, comment va-t-on faire pour poursuivre son existence dans la dignité ? Si les enjeux physiques de votre histoire vous paraissent fades, vous tourner vers l’éthique et la philosophie peut vous aider à glisser dans la mixture le savoureux piment existentiel qui lui manquait.

Les enjeux professionnels

Imaginez que votre boulot soit à ce point la partie la plus importante de votre vie, que si vous échouez, que votre carrière ne prend par la tournure que vous attendiez, que si vous ne vous donnez pas à 100% pour obtenir les résultats que vous espériez, vous avez l’impression que plus rien n’a d’importance. Imaginez que votre emploi soit tellement ennuyeux, tellement abrutissant, vos tâches tellement absurdes, vos supérieurs tellement incompétents, vos collègues tellement monstrueux, que si vous ne changez pas quelque chose très vite, vous sentez que vous allez péter les plombs. Le travail, la réussite, l’échec constituent eux aussi des enjeux qui peuvent générer de nombreuses histoires haletantes.

Faites-vous un cadeau !

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Noël approche… Ça sent la cannelle et le clou de girofle. Il est temps de penser aux cadeaux ! Et si vous offriez un roman qui va vous faire voyager dans un monde extraordinaire ? Et si vous vous l’offriez à vous-mêmes ? Fidèles de ce site et de ses articles, lectrice ou lecteur de passage, autrice ou auteur, passez commande et pour Noël, offrez-vous un voyage dans le Monde Hurlant…

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