Prologues, épilogues et interludes

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Après avoir longuement évoqué les différents moyens de structurer un texte de fiction, encore deux mots des prologues, des épilogues et des interludes : toutes ces petites excroissances qui se mettent à pousser sur des textes sans en faire complètement partie mais sans en être totalement indépendants non plus…

Je vous fais la version courte : si vous envisagez d’inclure un de ces trucs dans votre roman, renoncez, ça n’est pas une bonne idée (après, promis, je vais aussi vous faire la version moins courte).

Il faut qu’il existe une différence de nature entre le prologue et le corps du roman

Le prologue, c’est un texte qui précède le véritable début d’un roman : plusieurs aspects peuvent le distinguer du corps du texte. L’action peut se situer chronologiquement bien plus tôt que celle du roman proprement dit, et constituer une sorte d’origine historique pour les situations que l’on va retrouver plus tard ; le protagoniste du prologue peut être différent de celui de l’action principale – il peut même s’agir d’un protagoniste « jetable », qui meurt lors du prologue ou que l’on ne retrouve pas par la suite ; un roman policier peut décrire le meurtre dans un prologue et entamer l’enquête avec le premier chapitre ; le style du prologue peut être différent de celui de ce qui suit, par exemple il peut être en vers ; le narrateur du prologue peut être distinct de celui du roman proprement dit : il peut s’agir par exemple d’un narrateur omniscient alors que le reste du texte est rédigé à la première personne du singulier.

Quoi qu’il en soit, il faut bien qu’il existe une différence de nature entre le prologue et le corps du roman, sans quoi je ne peux que vous conseiller de renoncer au prologue et de l’intituler tout simplement « Chapitre 1 », ça sera beaucoup plus simple.

Le prologue, en effet, comme l’épilogue et l’interlude, doit justifier sa propre existence. S’il n’existe pas au moins une excellente raison de l’inclure, il vaut mieux y renoncer. Après tout, et l’on touche ici au nerf du problème : pourquoi ne pas simplement commencer le roman par le moment où les choses deviennent réellement intéressantes ?

En choisissant d’en passer par un prologue, on court le risque d’affaiblir l’impact du début du roman : plutôt que d’entrer directement dans l’action, on doit d’abord transiter par une scène dont, souvent, l’importance n’est pas immédiatement compréhensible. Les premières impressions sont importantes : si la lecture d’un roman est rendue ardue ou ennuyeuse à cause d’un prologue mal tourné, cela peut inciter le lecteur à le reposer, ou lui laisser un mauvais souvenir.

Un prologue peut servir à établir les fondamentaux de l’univers dans lequel se situe le roman

Un autre souci avec les prologues, c’est que beaucoup de lecteurs les sautent, et préfèrent commencer par le vrai début du roman, pour toutes les raisons exposées ci-dessus. Si vous comptiez inclure dans ce passage toutes sortes d’information cruciales à la compréhension du bouquin, mieux vaut garder ça à l’esprit…

Malgré tout, les prologues existent : c’est donc qu’il existe de bonnes raisons d’en écrire.

Un prologue peut servir, en particulier dans les littératures de l’imaginaire, à établir les fondamentaux de l’univers dans lequel se situe le roman (« Nous sommes en l’an 3000 et la Lune s’est écrasée sur la Terre »). Quelques paragraphes peuvent suffire, pas besoin d’en faire trop, mais cette approche a l’avantage d’éviter d’avoir à communiquer les mêmes informations, péniblement, au début du roman, à travers les dialogues des personnages (« Ah, tu te souviens, quand la Lune s’est écrasée sur la Terre ? ») Ce choix permet également de se passer d’insérer un flashback explicatif plus loin dans le roman.

D’une manière plus subtile, le prologue peut établir une ambiance, un ton, qui vont se propager dans le reste du roman. En entamant, par exemple, le récit par un passage mélancolique, l’action qui va suivre va s’en trouver colorée et enrichie.

Le prologue est également un bon outil pour créer du suspense, en soulevant une question qui va trotter dans la tête du lecteur, en particulier si elle n’est pas résolue d’entrée de jeu. En entamant le récit par un événement choquant, un meurtre ou un mystère, avant de passer à tout autre chose, cela va maintenir l’intérêt du lecteur, qui va continuer pendant un moment à se demander quand les événements du prologue vont avoir des répercussions dans le corps du texte. Attention quand même à ne pas trop les faire languir : peu d’auteurs ont autant de talent pour prolonger l’attente que G.R.R. Martin, qui met plusieurs tomes à répondre aux questions soulevées par le prologue de Game of Thrones.

Quoi qu’il en soit, la brièveté est notre alliée : un prologue aura d’autant plus d’impact qu’il est court. Il serait mieux qu’il ne dépasse pas la moitié de la longueur moyenne des chapitres qui suivent.

Ne gâchez pas la fin de votre roman en lui collant une seconde fin moins intéressante

La plupart des conseils ci-dessus valent également pour l’épilogue. Ne gâchez pas la fin de votre roman en lui collant une seconde fin moins intéressante, ça serait dommage. Là aussi, mieux vaut renoncer à ajouter un épilogue à moins d’avoir une très bonne raison de l’inclure.

Dans au moins deux situations, l’épilogue peut être une bonne option : pour relancer l’action ou la conclure définitivement. Dans le premier cas, on conclut le roman normalement, en dénouant les fils de l’intrigue, puis on y ajoute un épilogue, qui relance d’autres possibilités, dans le but de laisser entendre qu’une suite est possible. C’est un type de construction que j’ai évoqué dans un récent billet.

L’autre cas, c’est la situation inverse. L’épilogue sert à faire comprendre au lecteur qu’il s’agit d’une conclusion définitive de l’histoire, par exemple en en situant l’action plusieurs années après la fin de l’intrigue principale du roman. Cette technique est fréquemment utilisée pour conclure des sagas au long cours : on en a un exemple à la fin du dernier tome de Harry Potter.

Les interludes sont moins problématiques. Au fond, la plupart du temps, il s’agit juste d’une manière un peu pompeuse de baptiser certains chapitres : ceux qui dévient de l’intrigue principale et nous montrent des événements qui se situent ailleurs, à un autre moment ou impliquent d’autres personnages. Dans mon roman « Merveilles du Monde Hurlant », j’ai par exemple baptisé « Interludes » tous les chapitres dont la narratrice n’est pas la protagoniste du roman.

Atelier : imaginez quel pourrait être le prologue d’un roman qui n’en possède pas. Alternativement, prenez un roman qui commence par un prologue, et demandez-vous s’il fonctionnerait aussi bien en l’excluant.

📖 La semaine prochaine: le plan

6 réflexions sur “Prologues, épilogues et interludes

  1. C’est vrai qu’il y a une tendance à penser que le prologue est une chose obligatoire chez beaucoup de « jeunes » auteurs. Il y a un phénomène de mimétisme sur la toile à ce niveau là, et beaucoup ne savent pas exactement ce qu’est un prologue : j’ai vu plusieurs fois un résumé être présenté comme un prologue.

    Peut-être qu’il est bon aussi de rappeler l’origine du prologue, qui vient du théâtre antique, et qui était l’annonce des enjeux du drame avant l’entrée du chœur. C’est en quelque sorte la parole avant la parole, celle qui est à peine dans l’histoire. Ce n’est que récemment que le prologue a glissé vers le roman, et vers le corps même du roman. Et je me demande si ce n’est pas l’usage du prologue tel qu’on l’observe dans l’opéra qu’a récupérer le roman : c’est à dire l’ouverture de la situation dramatique.
    Dans mon roman actuel, je commets prologue, épilogue et interludes, car je ne crains pas le danger ~ Et surtout car je me raccroche à la structure du théâtre grec avec un usage du chœur comme témoin dans les interludes qui pourraient être des stasima, comme regard qui développe une intrigue secondaire et liante de l’intrigue principale. Mon articulation prologue, interlude, épilogue sert en quelque sorte à une mise en abyme, presque à quelque chose de métaleptique, du drame que je raconte. Je ne peux pas imaginer de m’en passer ! Sinon toute ma structure perd son sens.

    L’atelier que tu proposes est très compliqué ! Ajouter un prologue à une œuvre qui a fait le choix de ne pas en avoir ressemble à essayer de coller une troisièmes pattes à un canard : les russes l’ont sans doute fait pendant la guerre froide mais ça n’avance pas à grand chose ! Et je me rends compte que l’usage du prologue dans le roman est vite limité à certains genres plutôt qu’à d’autres.

    Aimé par 2 personnes

    • Mais un canard n’apprécierait-il pas d’avoir une troisième patte pour se gratter le dos? Peut-être ainsi seraient-ils moins irascibles.

      Merci pour cet éclairage précieux et très intéressant sur les racines de cet outil littéraire. J’ai l’impression qu’il n’y a rien de pire qu’un prologue qui ne se justifie pas, mais s’il fait partie de l’intention de départ, ça peut au contraire être formidable.

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  2. Je vais paraître extrémiste, mais les prologues, je n’en peux plus. J’ai l’impression que tout auteur débutant veux m’en coller un dans les pattes et je ne sais jamais quoi en faire. Lire des fiches-univers sous prétexte que c’est de la fantasy ou de la SF, ça me gonfle. Lire des textes incompréhensibles sous prétexte de mettre du mystère pour « accrocher » le lecteur, ça me gonfle aussi.
    En ce moment, j’écris un texte qui se passe 20 ans avant le reste de mon histoire et qui a un autre personnage principal. Je n’ai pas pu me résoudre à appeler ça un prologue, c’est devenu mon chapitre 1.

    Je ne me rappelle pas avoir lu d’interludes. Je serais heureuse d’en lire plus.

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